DÉLAIS SANS FIN DU PREMIER PRÉSIDENT
on n'avoit qu'à se souvenir de celui qu'ils avoient fait de leur usurpatiou d'opiner devant nous aux lits de justice , malgré l'infinie disproportion d'y seoir et d'y parler, qui les avoit conduits de degré en degré à opiner avant les fils de France, enfin devant la reine mère et régente;. qu'il ne falloit point se flatter que la position des princes du sang entre eux et nous , quand il seroit possible qu'ils les voulussent suivre , nous préservât de leurs entreprises fondées sur ce nouvel usage que nous aurions accordé , parce que l'état des princes du sang étoit invulnérable , et leur rang aujourd'hui plus que jamais , duquel nous ne serions pas reçus à faire bouclier , et qu'au lieu de l'union que nous devions nous proposer de la levée des excès offensants , ce seroit par nous-mêmes , et par notre propre fait , ouvrir une large porte à toutes les plus folles prétentions , et à la défensive de notre part la plus honteuse , quand , contre toute apparence , après tant d'énormes exemples , ils ne réussiroient à rien. Je supprime ici beaucoup d'autres raisons qui seroient plus en leur place dans un morceau à part , mais qui n'existe point parce qu'il n'y a pas eu lieu ; et je conclus qu'il étoit de notre plus pressant intérêt de rejeter un hameçon si grossier , et de détourner ]es princes du sang par les plus vives remontrances de consentir à suivre les présidents s'il étoit possible qu'ils fussent ébranlés à le faire.
Le duc d'Aumont insista sur les mêmes principes, ou plutôt motifs, quil'avoient amené; et, avec beaucoup de fleurs, se rabattit à me vouloir persuader que nous n'avions rien à craindre , ayant les princes du sang entre nous et les présidents à leur suite , et me conjurer d'y porter If. le duc d'Orléans. Je répondis froidement que je serois méchant avocat d'une cause que je tenois aussi mauvaise , et que ce prince de plus s'étoit fort moqué avec moi d'une idée si ridicule à leur égard , et si visiblement nuisible aux pairs. Pressé à l'excès par un homme fort abondant , et que je vis déterminé à ne point sortir de ma chambre , je lui dis que tout ce que ma déférence lui pouvoit accorder étoit de contribuer à une assemblée où cette matière des princes du sang fût de nouveau mise en délibération , mais nombreuse et non autrement , où chacun exposeroit ses raisons et où la pluralité décideroit; et qu'au cas qu'il y passât de faire ce que l'on pourroit pour persuader les princes du sang de suivre les présidents, je verrois là-dessus M. le duc d'Orléans, non pour lui dire des raisons où je n'en trouvois aucune , mais pour lui exposer respectueusement les désirs qu'on avoit cru devoir former. De guerre lasse ou autrement , M. d'Aumont se contenta de ce qu'il remportoit; mais en s'en allant, il me pria de l'attendre chez moi le lendemain matin à pareille heure pour raisonner du fruit de nos communes réflexions. Cette seconde conversalion fut plus courte ; nous demeurâmes tous deux dans nos mêmes sentiments.
On se lassoit cependant des délais du premier président ; ils n'étoient plus fondés sur sa compagnie , puisqu'il avoit tenu plusieurs assemblées chez lui là-dessus ; ni sur sa santé , puisqu'il étoit tous les matins à la grand'chambre , et les après-dlnées dans les rues. Il étoit même bien peu respectueux pour le roi de différer si longtemps, et sans prétexte, de lui rendre compte d'une affaire qu'il lui avoit recommandée , et à la-