‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 129 sur 232 · EFFORTS DE MAISONS A ME PERSUADER · texte numérisé non relu

EFFORTS DE MAISONS A ME PERSUADER

eut , qui lui fit choisir lé plus imbécile , non pas de ses confrères mais du parlement entier , pour le leur mener. Il leur présenta donc le président d'Aligre pour leur demander grâce pour le parlement, car ce fut ainsi qu'ils se mirent à parier d'une affaire qui étolt toute particulière aux présidents. Maisons n'alloit pas là pour réussir. Aussi furent-ils payés de toutes les civilités imaginables , dont sur la parole de Maisons , mais qui ne disoit pas la y éri table" bonne, d'Aligre et lui se retirèrent contents. Toutefois ilfalloit finir. Le roi S'en étoit expliqué. L'es présidents trouvoient un si monstrueux avantage à lâcher le bonnet pour être suivis, qu'ils ne voulurent rien oublier pour y réussir.

On a vu en son lieu les liaisons que Maisons étoit venu & bout de md faire prendre avec lui , et combien ii les avoit cultivées. Il avoit lestement glissé sur le refroidissement , et plus encore , qu'y avoient mis dd ma part les procédés de cette affaire du bonnet. Avec autant de monde que le duc d*Aumont , plus d'esprit , et surtout de profondeur encore et de manège , il se mit dans la tète qu'il n'étoit pas impossible de me petsuader, et que, venant à y réussir, j'entraînerois tous les autres. Ma franchise, et la vivacité qu'on m'attribiioit , lui faisoient espérer quMl y découvriroit par moi notre dernier mot sur cette affaire. Il s'attacha aussi à d'Antin , et 11 attaqua tous ceux qu'il crut pouvoir gagner , faisant croire à chacun d*eux qu'il ne parloit qu'à lui, pour donner plus de poids à ses paroles. J'eus donc à essuyer des visites aussi longues qub fréquentes , et des péroraisons où à travers l'impatience j'admiroii lA souplesse et la fécondité qui par cent tours divers tendoit toujours AU même but. L'esprit , le tour , les sproposito suppléoient d'ordinaire aui raisons , et sa patience fut inaltérable aux coups de boutoir que mon impatience porta souvent sur les présidents et leurs usurpations. L'utilité de l'union pour le bien de l'Etat , dans les circonstances que T&gë du roi laissoit envisager de près , fut par lui tournée de toutes les manières , parce qu'il me faisoit l'honneur de me croire fort susceptible d'une si grande raison ; et il ne se rebuta point de la réponse , si présenté et si péremptoire , que c'étoit à eux à la mettre entre nous par la restitution d'une usurpation de si nouvelle date et de si injurieuse nature, non à nous à Tacheter par un avilissement volontaire et inconcevable. Cette persécution duta jusqu'à la bombe qui fit tout sauter, et qui en attendant se chargeoit.

Les plus profondes noirceurs laissent bien des embarras , quoique tissues par tout l'art , l'esprit et l'expérience , et appuyées du plus puissant crédit. L'affaire ne pouvoit plus durer, j'en abrège mille choses quinô donneroient pas plus de connoissance que celle qui se peut tirer de ce récit, de l'esprit qui enfanta ce projet, qui en ourdit la trame, et qui la conduisit Jusqu'au bout , et de cçlui dans lequel les ducs s'y condui* sirent, après avoir été forcés comme on l'a vu. Le respect dû à la mémoire d'un grand roi dont je suis né sujet ne me permet pas de le soupçonner d'avoir, été de moitié là-dessus avec son bâtard favori. Indépendamment de cette grande raison , c'est ici le lieu d'expliquer ce qu'on sait par lui-même de ce qu'il pehsoit dé M. du Maine, et réquité m'y engage aussi.

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