‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 134 sur 232 · CONFÉRENCE A SCEAUX · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE A SCEAUX

surpris d'une proposition qu'ils entendirent pour la première fois de ]eur vie; et si elle fut moins nouyelle au duc d'Aumont, il joua bien d'abord.

Mme du Maine , qui s'en aperçut , et qui sans doute s'y étoit bien attendue , les cajola l'un après l'autre , puis les ducs en général , leur dit qu'ils ne dévoient point s'étonner de ce qu'elle leur proposoit; qu'il étoit de leur intérêt d'emporter ce qui étoit entamé ; de celui de M. du Maine de s'assurer de tant de grands seigneurs qui n'avoient pas vu sans peine ses diverses élévations ; qu'il en étoit bien informé il y avoit longtemps; qu'il ne laissoit pas de désirer leur amitié, et qu'ils le voyoient bien par les démarches qu'il avoit faites sur cette affaire ; mais qu'il entendoit aussi que le succès les lui concilieroit de manière à éteindre en eux leurs anciens déplaisirs à son égard , et à former un attachement (quelle expression 1) dont il se pût assurer; que c'étoit sur quoi elle les prioit de lui répondre. Là-dessus force compliments, force verbiages ; mais elle leur déclara qu'elle ne s'en contentoit point. Eux répondirent qu'ils ne savoient rien de plus à répondre que lui dire les sentiments qu'ils lui exposoient, puisque, ne s'agissant de rien de précis , ils n'avoient rien à refuser ni à accepter. Mme du Maine , voyant que tous ses propos ne les faisoient point s'avancer, et que M. de La Force comme l'ancien prenoit toujours la parole sur M. d'Aumont sans jamais la lui laisser, prit son parti de parler la première. Elle leur dit donc que , après toutes les grâces dont le roi venoit de combler M. du Maine , et particulièrement celle de l'habilité à succéder à la couronne, il n'ayoit plus rien à en désirer, mais qu'en même temps il n'étoit pas assez peu considéré pour ne pas voir que cette disposition et d'autres qui avoient précédé celle-là pouvoient , non pas être contestées après le roi (elle ne disoit pas ce qu'elle en pensoit) qui les avoit bien solidement munies de tout ce qui les pouvoit bien assurer , mais donner occasion d'aboyer (quel terme !) , de crier', d'exciter les princes du sang, jeunes et sans expérience , quoique si liés à eux par les alliances si proches et si redoublées , donner envie aux pairs de se joindre à eux contre M. du Maine, enfin de les tracasser; que M. du Maine vouloit éviter cet inconvénient , jouir paisiblement de tout ce qui lui avoit été accordé , et que c'étoit à eux à voir s'ils se vouloient engager à lui sur ce pied*là d'une manière non équivoque.

Le duc d'Aumont saisit la parole. Le duc de La Force la lui prit à l'instant, en l'interrompant sur ce qu'il enfiloit plus que des compliments. Après en avoir fait quelques-uns , La Force se mit à vanter la solidité de tout ce que M. du Maine avoit obtenu , la solennité des formes qui y avoient été gardées, conclut que c'étoit là une terreur panique sur des choses que personne n'avoit aucun moyen d'attaquer. La duchesse du Maine répondit que, s'ils n'avoient point de moyens, il n'en falloit pas conserver la volonté ; que cela ne se prouvoit point par des propos , mais par des choses ; que c'étoit à eux à voir quelles étoient ces choses dans lesquelles ils voudroient s'engager. Le duc de La Force , de plus en plus surpris de tout ce qu'il entendoit , et qui voyoit déjà où elle en vouloit venir, se défendit sur ce qu'ils n'imaginoient rien au

26S PROPOSITIONS m LA DUCQES^ DU MAINE. [1714]

it^li f)»cfi qu'il venoit d^'lui dir^; qu'il y sjottUroît de plus toutes Us protestations qu'elle estimeroît l'assurer de leurs iptentions; qu^e^e ayoit vu que pas un d'eux n'avoit opposé quoi que ce fût à toutes les volontés du roi à l'égard du duc du Maine ; et revint encore à lei|r solidité. Mme du Maine , forcée enfin d'articuler, leur déclara que si c'étoit •incèreroent qu'ils parloient , tant pour eux que pour les autres ducs , il ùe leur coûteroît rien de leur donner une assurance par écrit de sou? tenir après le rpi pe qu'il avoit réglé de soq vivant pour ses fils naturels et leur postérité , tant pour leurs rangs et honneurs que pour la succession A la courouue.

M. de La Forpe , qui dès le commencement de cette forte conversation avoit prévu cette proposition , la supplia de considérer ce qu'elle leur proposoit; de fair^ réflexion si des sujets, quels qu'ils fussent , pouvoient sacs crime s'arroger l'autorité et le droit de confirmer les dispositions du roi vivant et régnant, enfin de jeter les yeux sur la juste jalousie du roi de sou autorité , et sup les folles calomnies que le premier président avoit osé leur imputer à ce même égard d'autorité , et au roi même , lesquelles ils ne pouyoient ignorer , puisque le roi les avoit aussitôt après rendues au due d'Antin avec permission d'en informer les ducs , lequel lui en avoit dén^ontré la noirceur et la folie. Le duc de La Force coniinuoit en étendant sa réponse ; pieds la duchesse du Maine , qui avoit eu i peine la patience de l'écouter jusque-là, l'interrompit avec un feu qu'elle ne put contenir. Elle lui dit qu'elle s'en étoit toujours bien doutée ; que les ducs ne cherphoient que des échappatoires ; mais que pour celle^ U elle les tenoit, et qu'elle leur répondoit que non-seulement le roi ne leroit point offensé de l'écrit qu'elle leur demandoit, mais qu'il leur ep sauroit même fort bpn gré , et que M. du Maine s'en faisoii fort. Le duc d'Aumont profita prestement de l'étourdissement où cette vive réponse jeta le duc de La Force , et de la réflexio)i dans laquelle il tomba ^ quelque prévoyance qu'il en eût eue. « Monsieur, lui dit Aumont, si nous ne trouvons plus de difficuîvé conune madame l'assure , et que M. du M^ine s'en fait fort, que risquons-nous? et ^u cqntraîre celte assurance de notre part n'est qu'honorable. »

La Force retiut l'indignation dont cette apostrophe le saisit , et avec ui^ sourire modeste lui répondit : « Mais qui nous assurera , monsieur ^ que ce que le roi approuvera aujourd'hui, par considération pour M. le que du Maipe , ne lui soit pas empoisonné demain contre nous sûr son autorité , 4 laquelle nous aurions attenté par la concurrence de la nôtre ; et contre If. le duc du Maine même qui, non content de toute celle dé là majesté royale , auroit en sus montré qu'il comptoîf ce concours dé notre pftrt uécessajre, et qu'il y a eu recours? Qui nous assurera que le premier présidep^, dans la rage qu'il témoigne ^ que le parlement^ dans l'aliénation qù il l'a nais de nous, n'aura pas encope plus de jalousie que le roi de poqs Vpir confirmer ce que cette compagnie a solennellement enreglst^^ ; et que dans le temps que ces ipessieurs n'épargnent rien pour qqus ré4l^i^6 ^^ simple état de membres de leur corps, comme euifméme9 fi S4ns rien qqi upus en distingue , ils ue feront pas toqs leurs efforts pour traiter d'attentat cette autorité arrogée par-4!^$us ^ pi eu

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