‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 144 sur 232 · MENÉES DE FLEURY, ÉVÊQUE DE FRÉJUS · texte numérisé non relu

MENÉES DE FLEURY, ÉVÊQUE DE FRÉJUS

soupçonnées, et est mort aprè§ en ayoir été le martyr , sans qifil ait été jamais possible cle V^n séparer, Malgré la fausseté notoire de toutes ses prophéties , elle fut toujours le centre où tout aboutit dans ce petit

troupeau ^ et l'oracle suivant lequel Fénelon vécut et çon4uisit l§s

litres.

Si je me suis un peu étendu sur ce personnage , la singularité de ses talents , de sa vie , de ses diverses fortunes , la figure et le bruit au'il a faits dans le monde, m'ont entraîné, persuadé aussi que je ne aeyojs pas moins au feu duc de Beauvilliers pour un ami et un maître qui lui fut si cher , et pour montrer que ce n'étoit pas merveille qu*U en fût aussi enchanté , lui qui avec sa candeur n'y vit jamais que la piété |a plus sublime, et qui n'y soupçonna pas même l'ambition. Tout étoit si exactement compassé chez Mf 4e Cambrai qu'il mourut sans devoir un

80U et sans nul argent.

Un prélat plus heureux pour le monde , mais qui n'a voulu rendre que soi heureux, jeta en ce temps-ci le premier fondement d'un règne qui a étonné l'Europe , et qui en m^me temps est devenu le plus j^rand et Je plus solide malheur de la France, Je parle du trop fameux Fleury, qui A rendu à Dieu depuis plus de deu]( ans les comptes de sa longue vie et de sa toutes-puissante et funeste administration , dont il n'est pas temps de parler. On a vu ses plus qu'obscurs commencements, ses progrès par cause plus que louche, avec (}uels efforts et combien tard il devint évéquè de Fréijus , et la prédiction du roi au cardinal de Noailles , qui lui arracha cet évêché malgré lui. XI y languissoit loin de la cour et du grand monde , où il n'osoit venir que rarement. On a vu aussi comment il tâohoit de s'en dédommager en Provence et en Languedoc ; l'étrange conduite qu'il eut, pour un évêque françois, lorsque M. de Savoie vint à Fréjus pour l'expédition de Toulon; la juste colère du roi, et l'art et la hardiesse que Torçy employa pour lui parer les plus grandes marques d'indignation ; mais Tambition ne se rebute d'aucun obstacle. H avoit toute sa vie été courtisan du maréchal de YiUeroy. Il voyoit Mme de Dangeau et Mme de Lévi dans l'intimité de Mme de Maintenon et dans toutes le» parties intérieures du roi. Il avoit toujours cultivé Dangeau et ■a femme , Où la bonne compagnie de la cour étoit souvent , et qui étoient amis intimes du maréchal de ViUeroy, Il g'initia auprès de Mme de Lévi , et la subjugua par ses manières, son liant, son langage. A la faveur suprême où il vit le maréchal de Villeroy auprès du rçi , ramené, puis porté par Mme de Maintenon sans cesse, Il ne douta pas qu'il ne fût dans les dispositions du roi , surtout depuis qu'il le vit successeur des places du duc de Beauvilliers dans le conseil. U avoit toujours courtisé M. du Maine; et de tout cela, il conclut que, marchant .par ces deux dames, il pourroit se faire nommer précepteur. Toutes deux étoient parfaitement à lui-, Mme de Dangeau pouvoii beaucoup sur le maréchal de Villeroy. Celui-ci et M. du Maine étoient dans les nie-

sures les plus intimes , dont Mme de Maintenon étoit le lien. Les je-

auites le cgnnoissoient trop pour s'y fier i Çt c'est ce qui détermina sa

fortune.

Mme de Maintenon les haissoit , et on en a vu ailleurs les raisons. Le

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