PLUS QUE DOUTEUX» À PARIS. S
les hommes et pour les bayeuses ' ; mais on n'y laissoit entrer hommes ni femmes que fort parés. Le roi prêta une garniture de perles et de diamants au duc du Maine , et une de pierres de couleur au comte de Toulouse. M. le duc d'Orléans avoit un habit de velours bleu y brodé en mosaïque, tout chamarré de perles et de diamants, qui remporta le prix de la parure et du bon goût. La maison royale , les princes et princesses du sang et les bâtards s'assemblèrent dans le cabinet du roi.
Les cours , les toits , Tayenue , fourmilloient de monde , à quoi le roi s'amusa fort par ses fenêtres , et y prit grand plaisir en attendant l'ambassadeur , qui arriva sur les onze heures dans les carrosses du roi , avec le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil , introducteur des ambassadeurs. Ils montèrent à cheval dans l'avenue , et , précédés de la suite de l'ambassadeur , ils vinrent mettre pied à terre dans la grande cour , à l'appartement du colonel des gardes , par le cabinet. Cette suite parut fort misérable en tout , et le prétendu ambassadeur fort embarrassé et fort mal vêtu , les présents au-dessous de rien. Alors le roi , accompagné de ce qui remplissoit son cabinet, entra dans la galerie, se fit voir aux dames des gradins; les derniers étoient pour les princesses du sang. Il avoit un habit d'étoffe or et noir, avec l'ordre par-dessus, ainsi que le très-peu de chevaliers qui le portoient ordinairement dessous ; son habit étoit garni des plus beaux diamants de la couronne , il y en avoit pour douze millions cinq cent mille livres ; il ployoit sous le poids , et parut fort cassé , maigri et très-méchant visage. Il se plaça sur le trône, les princes du sang et bâtards debout à ses côtés, qui ne se couvrirent point. On avoit ménagé un petit degré et un espace derrière le trône pour Madame et pour Mme la duchesse de Berry qui étoit dans sa première année de deuil, et pour leurs principales dames. Elles étoient là incognito et fort peu vues , mais voyant et entendant tout. BUes entrèrent et sortirent par Tappartement de la reine , qui n'avoit pas été ouvert depuis la mort de Mme la Dauphine. La duchesse de Yentadour étoit debout à la droite du roi , tenant le roi d'aujourd'hui par la lisière. L'électeur de Bavière étoit s\ir le second gradin avec les dames qu'il avoit amenées; et le comte de Lusace, c'est-à-dire le prince électeur de Saxe, sur celui de la princesse de Gonti, fille de M. le Prince. Goypel, peintre, et Boze, secrétaire de l'Académie des inscriptions, étoient au bas du trône , l'un pour en faire le tableau , l'autre la relation. Pontchartrain n'avoit rien oublié pour flatter le roi, lui faire accroire que cette ambassade ramenoit l'apogée de son ancienne gloire , ea un mot le jouer impudemment pour lui plaire.
Personne déjà n'en étoit plus la dupe que ce monarque. L'ambassa* deur arriva par le grand escalier des ambassadeurs , traversa le grand appartement ^ et entra dans la galerie par le salon opposé à celui contre lequel le trône étoit adossé. La splendeur du spectacle acheva de le déconcerter. Il se fâcha une fois ou deux pendant l'audience contre son interprète , et fit soupçonner qu'il entendoit un peu le françois. Au sortir
•I . Vieux mot indiquant des personnes qui regardent avec un air étonné. Il vient du verbe hajrer (tenir la bouche béante en regardant quelque chose).
i%k MAGmPlCÈNàES âfAti^BS DfiVAHt LUI. [i?lS]
âè i'âti4ièÂcè,> il fUt tMUé h dtûer pir lés offioiérs ftH tai^ oOdUlMl éd a aeediitttihé. il fut endtiHè Saluer k roi d'aujourd'hui Kiatts l*a|fp&rt«Miil de Vi rèinë qtt'ou di^oii superbement oi*Dé s de là roir Pdittekartnin et Torey ; où il mbutft eU batrbâse pour retouruer ft Paris. he% pi^sents , âusii peu di^ue^ du rbi dé Perse que du toi ^ edusistferént en tout ëa eent quatre perïes fort médioores , deux cents turquoises fdrt Tilsines ei deux boîtes d'or plëiiieis d^uu baume qui est rare ^ sbrt d'ud rocher reuterme datis un Autre , et ie congèle un peu par la suite du temps. OU le dit merveilleux pour les blessures; Le irol ordonna qu'on Ue défit rien dans la galerie ni dans le grand appartement. Il avoit résolu de donner l'audience de congé dans le même lieu et avec M liiêmé magnificence qu'il avoit donné cette pretnièré audience à ce prétendu ambassadeur; Il eut pour commissaires Torcy, Pontchartrain et DeëmatetS) éo&t Pbntchartrain se trouva fort embarrassé.
Le grand ma1ti*é de Halte , persuadé que les Tureë alloient attaquer son île , fit faire aux chevaliers les citations {iour s'y tendre; Il envoya des vaisseaux à Marseille j tant pour les pasiser que pour lui en apporter force munitions de guerre et débouche. Le grand prient, qui falsoit toujours son séjour à Lyon, fit demander au roi là permission de venir prendre congé de lui pour y aller. Il fut refusé de voir lé roi et de s'approcher de Paris j et eut liberté dé se rendre à Maite; Lé roi y destina quatre bataillons des tr6u{ies de terre , et deux de celles de la marine « cent «anonniers , beaucbUp de mineurs 4 le tout payé par la Jleligibn. L'électeur àe Trêves $ comme grand prieur de Castilié, [arma] deux bataillons à ses dépens ; mais ces troupes eurent bientôt un eontte-ordra , ainsi que Renault, lieutenant général des arméels navales, qUe le grabd maître avoit obtenu du roii Le grand prieur , qui éteit allé à Malte ^ y fut salué , eii arrivant , de vingt-trois coups de canon ^ et reçu par tous les grand-croix et les carrosses du grand maître ^ ce que le grand prieur âl publier^ Les chevaliers les plus pressés en furent pour leur voyage, lea autres furent contremandés ^ les Tutcs n'avoient aueun dessein éur Malte.
Lé roi donna cent mille francs à Bonrepos , qu'il lui avoit promis il y avoit longtempÉ, en considération des dépeUseft qu'il av^t faites pondant ses ambassades en Danemark et en Hollande.
La Chapelle , un des premiets commis de la marine ^ fut subitement chassé^ et ia femme; son emploi donné; lui et sa femme eurent ordre en môme temps de se retirer à Paris; G'étoient deux personnes que leurs qualités et leurs talents avoiènt fort distinguées de leur état) et qui i'ua et l'autre s-éteient acquis beaucoup d'amis eonsidérableé; La GhapellQ et la femme avoient toujours été dans la confiance du chancelier; delà ebancelière, de M. et de Mme de Pdntchartrain. La Chapelle faisoit plusieurs lettres de la main de Pontchartrain qu'il contrefaisait fott bien , et lui avoit donné ainsi la réputation de bien écrire. Pontchartrain ^ délivré de famille , entra en jalousie du mérite et des amis de La Chapelle et de sa femme. Il résolut de s'en défaire; et, pour y parvenir à coup sûr, de s'en. faire encore un mérite. Le jansénisme et le P. Tellier firent son affaire, il eut le dépit que tout ce qu'il y eut de eonsidérable à Yet*
netottHiteiiéi têi imh\ \i mm^nt
mëpMt à l'âtitèiir, qui iniiion puj)liqùe.
L'éiecteur de Bavière alla, de sa petite maison dç SaiQt-Cioiid, voir la reine de Pologne , sa belle-mère , qu'il n'avoit jamais vue. Il ne coucha
bâtards çle Brabap.t ,, sœur du feu prince de Berghes. graîid d'Ëspàgdè, ^t chevalier de la foisqnd'or, cendre dû ducde Bohan-Ciiabdt.iëcomte ^'Albert n*àyoit rien, l'éiecteur le faîsoit subsister. 11 troiivoit de grands biens à^ns ce mariage, doni rinfamiè avbit toujours été rejeteè par lé §uc de Chevreuse çivec toute l'indijçnation qu'elle mèritpil. èa ihon leva le principal obstacle ; il passa siir ious les aiiti'es. duti*è lès sdlideà atànî^ges que lui fit Télecteur , il y ajouta toute Taisànce dé là ^ie , ëti lé faisant son grand ëcuyer, avec la permissioi^ du foi. Là noce s'en fit i Coqipiègne , sans aucun pafeiit du cointe d^Âlbért , d'où , iiicëssammeni fprès, tout ce bafagç , ei la coiir ^ et les équipages dé l'électeur, pHreht i^e chemin de la Bavière, de prince vit lé foi dans son cabinet pat les derrières au Sortir du sermon, raprès-àînéé du Vjsndrediili mars à Vëlrsaiiles. Lé roi l'embràssà à diverseà reprisés ; et l'électeur prit cong^ , et