CHAPITRE X3Ç1II
Cbule de la princesse ^es Urains. r^ Réflexions r ^r- Comtesse douainève 4'Âltamire çamarera-maTor, et le prince de Cellamare grand écuyer de la reine. — Cardinal del Giudice rappelé. — Macafias et Orry chassés d'Espagne. — Pompadour remercié, et le duc de Saint- Aignan ambassadeur en Espagne. — Tolède donné à un simple curé. — Mort de la ducheese d'Aveiro et du marquis de Maneera. — Suoeès de la reine près du roi d'Espagne. -^ g» préférence pour les Italiens, rr- Mort de la oomteMe de Boye à liondres ; s^ fspille. -^ Mariage du comte de Poitiers avec MUe de Ma' lî^^ise, -<-^ lilariage d'Ancezune avec une fille de Torcy. -^ Les Caderousse. — lif triage du fils d'O avec une fille de tassai, et d'Arpajon avec la fille de Monlargia. — Statue avortée du maréchal de Montrevel. — Ambassadeur de Perse, plus que douteux, à Paris. — Son entrée ; sa première audience ; sa conduite. — Magnifleenees étalées devant lui. — Citation à Malte sans efitet comme sans cause effectite. — Le grand prieur y va sans avoir po volc^ le roi. ~r Cent mille Uvree à Bonrepos. ^ La Chapelle, un des premifvs commis de la marine tout à Pontchartrain, et sa femme chassés par la
Jalousie et les artifices de Pontchartrain. — Électeur de Bavière yisite à Blois la reine de Pologne, sa belle-mère ; fait à Compiègne la noce de sa maîtresse avec le comte d'Albert ; prend congé da roi à Versailles en particalier, et s'en ya dans ses États.
On a vu que la princesse des Ursins s*étoit enfin perdue avec le roi et Mme de Maintenon. Le roi ne lui avoit pu pardonner l'audace de sa souveraineté y l'obstacle que son opiniâtreté , voilée de celle qu'elle inspiroit au roi d'Espagne , avoit mis si longtemps à sa paix , malgré tout ce que le roi avoit pu faire, et qui ne vint à bout de faire abandonner cette folie, qu'aucun des alliés n'avoit voulu écouter, qu'en lui déclarant enfin qu'il l'abandonneroit à ses propres forces. Le roi avoit vivement senti la frayeur que le roi d'Espagne ne l'épousât, et ensuite l'autorité sans voile et sans bornes qu'elle avoit prise sur le roi d'Espagne , dans la solitaire captivité où elle le rçtenoit au palais de Medina-Celi. Enfin le roi se sentit piqué jusqu'au fond de l'âme du mariage de Parme , négocié et conclu sans lui en avoir donné la moindre participation. Roi partout, et dans sa famille plus que partout ailleurs, s'il étoit possible , il n'étoit pas accoutumé à voir marier ses enfants eri étranger. Le choix en soi ne lui pouvoit plaire , et la manière y ajouta tout. Mme de Maintenon qui , comme on l'a vu , n'avoit jamais soutenu et porté Mme des Ursins au point d'autorité et de puissance où elle étoit parvenue que pour régner par elle en Espagne , ce qu'elle ne pouvoit espérer par les ministres, sentit vivement l'affranchissement de son joug, par l'indépendance entière dont elle gouverna depuis la mort de la reine , et l'abus qu'elle faisoit avec si peu de ménagement de toute la confiance du roi d'Espagne. Elle fut encore plus sensible que le roi à la frayeur de la voir reine d'Espagne , elle qui avoit jnanqué par deux fois sa déclaration de reine de France, si positivement promise. Enfin la souveraineté, qui la laissoit si loin derrière Mme des Ursins , l'avoit rendue son ennemie ; et le mariage de Parme, fait à l'entier insu du roi et d'elle, ne lui laissoit plus d'espérance d'influer sur l'Espagne par la princesse des Ursins. La perte de celle-ci fut donc conclue entre le roi et Mme de Maintenon , mais d'une manière si secrète , devant et depuis, que je n'ai connu personne qui ait pénétré de qui ils se servirent, ni ce qu'ils. firent pour l'exécuter. U est de la bonne foi d'avouer ses ténèbres , et de ne donner pas des fictions et des inventions à la place de ce qu'on ignore. Il faut raconter l'événement avec exactitude , et ne donner après ses courtes réflexions que pour ce qu'elles peuvent valoir.
La reine d'Espagne s'avançoit vers Madrid avec ce qui avoit été la recevoir aux frontières d'équipage , de maison et de gardes du roi d'Espagne. Albéroni étoit à sa suite depuis Parme, et le duc de Saint- Aignan depuis le lieu où il l'avoit jointe en France. La princesse des Ursins avoit pris auprès d'elle la charge de camarera-mayor , comme elle l'avoit auprès de la feue reine , et avoit nommé toute sa maison , qu'elle avoit remplie de ses créatures , hommes et femmes. Elle n'avoit eu garde de quitter le roi de loin ; ainsi elle le suivit à Guadalaxara , petite ville appartenant au duc de l'Infantado, qui y a fait un panthéon aux corde-
liers beaucoup plus petit que celui de TEscurial , sur le même modèle , et qui, pour la richesse et l'art, ne lui cède guère en beauté. J'aurai lieu d'en parler ailleurs. Guadalaxara est sur le chemin de Madrid à Burgos, par conséquent de France, à peu près de distance de Madrid quelque chose de plus que de Paris à Fontainebleau. Le palais qu'y ont les ducs de l'Infantado est vaste, beau, bien meublé, et en est habité quelquefois. Ce fut jusque-là que le roi d'Espagne voulut s'avancer , et dans la chapelle de ce palais qu'il résolut de célébrer son mariage, quoiqu'il l'eût été , comme on l'a vu , à Parme par procureur. Le voyage fut ajusté des deux côtés de façon que le roi n'arrivât à Guadalaxara que la surveille de la reine.
Il fit ce petit voyage accompagné de ceux que la princesse des Ursins avoit mis auprès de lui, pour lui tenir toujours compagnie et n'en laisser approcher qui que ce soit. Elle suivoit dans son carrosse pour arriver en même temps ; et dés en arrivant , le roi s'enfermoit seul avec elle et ne voyoit plus personne jusqu'à son coucher. Les retardements des chemins et de la saison avoient conduit à Noël. Ce fut le 22 décembre que le roi d'Espagne arriva à Guadalaxara. Le lendemain 23 , surveille de Noël , la princesse des Ursins partit avec une très-légère suite pour aller à sept lieues plus loin à une petite villette nommée Quadraqué, où la reine devoit coucher ce même soir. Mme des Ursins comptoit aller jouir de toute la reconnoissance de la grandeur inespérable qu'elle lui procuroit , passer la soirée avec elle , et l'accompagner le lendemain dans son carrosse à Guadalaxara. Elle trouva à Quadraqué la reine arrivée ; elle mit pied à terre en un logis qu'on lui avoit préparé vis-à-vis et tout près de celui de la reine. Elle étoit venue en grand habit de cour et parée. Elle ne fit que se rajuster un peu , et s'en alla chez la reine. La froideur et la sécheresse de sa réception la surprit d'abord extrêmement ; elle l'attribua d'abord à l'embarras de la reine , et tâcha de réchauffer cette glace. Le monde cependant s'écoula par respect pour les laisser seules.
Alors la conversation commença. La reine ne la laissa pas continuer, se mit incontinent sur les reproches qu'elle lui manquoit de respect par l'habillement avec lequel elle paroissoit devant elle , et par ses manières. Mme des Ursins , dont l'habit étoit régulier , et qui , par ses manières respectueuses et ses discours propres à ramener la reine , se croyoit bien éloignée de mériter cette sortie de sa part , fut étrangement surprise et voulut s'excuser; mais voilà tout aussitôt la reine aux paroles offensantes, à s'écrier, à appeler, à demander des officiers des gardes, et à commander avec injure à Mme des Ursins de sortir de sa présence. Elle voulut parler et se défendre des reproches qu'elle recevoit; la reine rcdoublaht de furie et de menaces se mit à crier qu'on fit sortir cette folle de sa présence et de son logis , et l'en fit mettre dehors par les épaules. A l'instant elle appelle Amenzaga , lieutenant des gardes du corps, qui' comman doit le détachement qui étoit auprès d'elle, et en même temps, l'écuyer qui commandoit ses équipages; ordonne au premier d'arrêter Mme des Ursins et de ne la point quitter qu'il ne l'eût mise dans un carrosse avec deux officiers des gardes sûrs et une quin-
986 CHUTE DE I.A PBINCESSE DES UASINS. [1715]
zam« d« gardes autour du carrosse ; au deuxième , de faire sur-le-champ venir un carrosse à six chevaux et deux ou trois vaieis de pied', de fsiîré partir sur Theure la princesse des Ursins vers Burgos et Bâyoûne , et de ne se point arrêter. Àmenzaga voulut représenter à la reine qlill h^f avoit que le roi d'Espagne qui eût le pouvoir qu'elle voiiloit prendre; elle lui demanda fièrement s'il n*avoit pas un ordre du roi d'Espagne dé lui obéir en tout, sans réserve et sans représentation. Il étoit vrài qii^U l'avoit, et qui que ce fût n'en savoit rien.
Mme des Ursins fut donc arrêtée à l'instant et mise en Carrosêë àVëï une de ses femmes de chambre , sans avoir eu le temps de changer d'habit ni de coiffure , de prendre aucune précaution contre le froid , d' emporter ni argent ni aucune autre chose « ni elle ni sa femme de chambré , et sans aucune sorte de nourriture dans son carrosse . ni chemise , ni quoi que et soit pour changer ou se coucher. Elle fut donc embarquée ainsi avec les deux officiers des gardes , qui se'trouvèrent prêts daiis le moment ainsi que le carrosse , elle en grand habit et parée comme elle étoit sortie de chez la reine. Dans ce très-coUrt tumulte elle voulut envoyer i la reine , qui s'emporta de nouveau de ce qu'elle n^avoît pas encore obéi , et la fit partir à l'instant, il étoit lors près de sept heures du soir , la sûr^ Teille de Noël, la terre toute couverte de glace et de neige « et le froid titréme et fort vif et piquant ^ comme il est toujours en Espagne. pêS. que la reine sut la princesse des Ursins hors de Quadraqué, elle écrivit au roi d'Espagne par un officier des gardes qu'elle dépêcha à (juada-> laxara. Lanuit étoit si obscure qu'on ne voyoit qu'à la faveur de la neige.
Il n'est pas aisé de se représenter l'état de Mme des Ursins dans ce earrosse. L'excès de l'étonnement et de Tétourdissement prévalut d^âbord , et suspendit tout autre sentiment ; mais bientôt la douleur , le dépit s la rage et le désespoir se firent place. Succédèrent à leur tour léa tristes et profondes réflexions sur une démarche aussi violente et aussi inouïe , d'ailleurs si peu fondée en cause , en raisons , en prétextes mêiné les plus légers , enfin en autorité , et sur l'impression qu'elle alloit faire à Guadalaxara ; et de là les espérances en la surprise du roi d'Espagne , •a sa colère ^ en son amitié et sa confiance pour elle « en ce groupe de serviteurs si attachés à elle dont elle l'avoit environné , qui se trouveroient si intéressés à exciter le roi en sa faveur* La longue nuit d^hiver se {>as6a ainsi tout entière , avec un froid terrible , rien pour s*en garantir ^ et tel que le ooeher en perdit une main. La matinée s^avança; nécessité fut de s'arrêter pour faire repaître les chevaux; mais pour les hommes il n'y a quoi que ce soit dans les hôtelleries d'Espagne , où on TOUS indique seulement où se vend chaque chose dont on a oesoin. La viande est ordinairement vivante ; le vin épais ^ plat et violent ; le pain se eolle à la muraille i l'eau souvent ne vaut rien; de lits, il n'y en à que pour les muletiers ^ en sorte qu'il faut tout porter avec soi : ei Mme des Ursins ni ce qui étoit avec ^e n'avoient chose quelconque. Les œufsi où elle en put trouver, fut leur unique ressource, et encore à la coque, frais ou non , pendant toute la route.
Jusqu'à c«tte repue des oh«vaux , le silence avoit été profond et non 1 Qtsrrofflpu. Là il se rompit. Pendant tout* cette longue nuit , la pria-
cesse des Ursins ayoit eu le loisir de penser aux propos qu'elle tiendroit , et à composer son visage. Elle parla de son extrême surprise , et de ee peu qui s*étoit passé eutre la reine et elle. Réciproquement les deux officiers des gardes , accoutumés comme toute l'Espagne à la craindre et à la respecter plus que leur roi , lui répondirent «e qu'ils purent du foUa de cet abîme d'étonnement dont ils n'étoient pas encore revenus. Ëientàt il fallut atteler et partir. Bientôt aussi la princesse des Ursins trouva que le secours qu'elle espéroit du roi d'Espagne lardoit bien à lui arriver. Ni repos, ni vivres , ni de quoi se déshabiller jusqu'à Saint-Jean de Luz. A mesure qu'elle s'éloignoit, que le temps couloitf qu'il ne lui venoit point de nouvelles , elle comprit qu'elle n'avoit plus d'espérances à former* On peut juger quelle rage suceéda dans une femme aussi ambitieuse, aussi accoutumée à régner publiquement, aussi rapidement et indignement précipitée du faite de la toute-puissance par la maid qu'elle avoit elle-même choisie pour être le plus solide appui de la continuation et de la durée de toute sa grandeur. La reine n'avoit point répondu aux deux dernières lettres que Mme des Ursins lui avoit écrites ; cette négligence affectée lui avoit dû être de mauvais augure , mais qui auroit pu imaginer un traitement aussi étrange et aussi inouï ?
Ses neveux , Lanti et Ghalais , qui eurent permission de l'aller joindre , achevèrent de l'accabler. Elle fut fidèle à elle-même. Il ne lui échappa ni larmes, ni regrets, ni reproches, ni la plus légère foiblesse; pas une plainte , même du froid excessif, du dénùment entier de toutes sortes de besoins, des fatigues extrêmes d'un pareil voyage. Les deux officiers qui la gardoient à vue n'en sortoient point d'admiration. Enfin elle trouva la fin de ses maux corporels et de sa garde à vue à Saint-Jean dé Luz , où elle arriva le 14 janvier , et où elle trouva enfin un lit , et d'ern^ prunt de quoi se déshabiller, et se coucher, et manger. Là elle recouvra sa liberté. Les gardes, leurs officiers et le carrosse qui l'avoit amenée s'en retournèrent; elle demeura avec sa femme de onambre et ses neveux. Elle eut loisir de penser à ce qu'elle pouvoit attendre de Versailles. Malgré la folie de sa souveraineté si longuement poussée , et sa hardiesse d'avoir fait le mariage du roi d'Espagne sans la participation du roi , elle se flatta de trouver encore des ressources dans une cour qu'elle avoit si longuement domptée. Ce fut de Saint-Jean de Luz qu'elle dépêcha un courrier chargé de lettres pour le roi , pour Mme de Mainfenon , pour ses amis. Elle y rendit brièvement compte du coup de foudre qu'elle venoit d'essuyer , et demandoit la permission de venir à la cour pour y rendre compte plus en détail. Elle attendit le retour de son courrier en ce premier lieu de liberté et de repos, qui par luimême est fort agréable. Mais ce premier courrier parti , elle le fit suivre par Lanti chargé de lettres écrites moins à la hâte et d'instructions , qui vit le roi dans son cabinet à Versailles le dernier janvier , avee lequel il ne demeura que quelques moments. On sut par lui que , dès que Mme det Ursins eut dépêché son premier courrier, elle avoit envoyé à Rayonne faire des compliments à la reine douairière d'Espagne, qui ne voulut pas les recevoir. Que de cruelles mortifications è la chute du trôael RcTcnons maintenant à GuadalaxAra*
L'officier des gardes que la reine y dépêcha avec une lettre pour le roi d'Espagne ,« dès que la princesse des Ursins fut hors de Quadraqué , trouva le roi qui s'alloit bientôt coucher. Il parut ému, fît une courte réponse à la reine , et ne donna aucun ordre. L'officier repartit sur-lechamp. Le singulier est que le secret fut si bien gardé qu'il ne transpira que le lendemain sur les dix heures du matin. On peut penser quelle émotion saisit toute la cour, et les divers mouvements de tout ce qui se trouva à Guadalaxara. Personne toutefois n'osa parler au roi , et on étoit en grande attente de ce que contenoit sa réponse à la reine. La matinée achevant de s'écouler sans qu'on ouït parler de rien , on commença à se persuader que c'en étoit fait de Mme des Ursins pour l'Espagne. Chalais et Lanti se hasardèrent de demander au roi la permission de l'aller trouver , et de l'accompagner dans l'abandon où elle étoit ; non-seulement il le leur permit , mais il les chargea d'une lettre de simple honnêteté par laquelle il lui manda qu'il étoit bien fâché de ce qui s'étoit passé , qu'il n'avoit pu opposer son autorité à la volonté de la reine , qu'il lui couservoit ses pensions et qu'il auroit soin de les lui faire payer. Il tint parole, et tant qu'elle a vécu depuis elle les a très-exactement touchées.
La reine arriva l'après-midi de la veille de Noël , à l'heure marquée , à Guadalaxara , comme s'il ne se fût rien passé. Le roi de même la reçut à l'escalier, lui donna la main, et tout de suite la mena à la chapelle , où le mariage fut aussitôt célébré de nouveau , car en Espagne la coutume est de marier l'après-dînée ; de là dans sa chambre , où sur-lechamp ils se mirent au lit, avant six heures du soir pour se lever pour la messe de minuit. Ce qui se passa entre eux sur l'événement de la veille fut. entièrement ignoré. Il n'y en eut pas plus d'éclaircissements dans la suite. Le lendemain, jour de Noël, le roi déclara qu'il n'y auroit aucun changement dans la maison de la reine , toute composée par Mme des Ursins , ce qui remit un peu le calme dans les esprits. Le lendemain de Noël, le roi et la reine seuls ensemble dans un carrosse, et suivis de toute la cour , prirent le chemin de Madrid , où il ne fut pas plus question de la princesse des Ursins que si jamais le roi d'Espagne ne l'eût connue. Le roi son grand-père ne marqua pas la plus légère surprise à la nouvelle que lui en apporta un courrier que le duc de Saint- Aignan lui lilépêcha de Quadraqué même , dont toute la cour fut remplie d'émotion et d'effroi , après l'y avoir vue si triomphante.
Rassemblons maintenant quelques traits qui aideront à percer ces ténèbres : ce mot échappé du roi à Torcy , qu'il ne put entendre , qu'il rendit à Castries, son ami, et chevalier d'honneur de Mme la duchesse d'Orléans , par qui nous le sûmes , et que dans son mystère je jugeai qu'il s'agissoit de la princesse des Ursins et d'une disgr&ce; une querelle d'Allemand, sans raison apparente, sans cause, sans prétexte, faite au premier instant du tête-à-tête par la reine à la princesse des Ursins, et subitement poussée au delà des dernières extrémités. Peut-on penser qu'une fille de Parme , élevée dans un grenier par une mère impérieuse, eût osé prendre d'elle-même une hardiesse de cette nature, inouie à l'égard d'une personne de cette considération à tous égards,
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dans la confiance entière du roi d'Espagne et régnant à découvert , à six lieues du roi d'Espagne , qu'elle n'avoit pas encore vu ? La chose s'éeiaircit par Tordre si fort inusité et si secret qu'Amenzaga avoit du roi d'Es* pagne d'obéir en tout à la reine sans réserve et sans réplique , et qu'on ne sut qu'à l'instant de l'ordre qu'elle lui donna de l'arrêter et de la faire partir.
[Remarquons enfin] la tranquillité avec laquelle le roi et le roi d'Espagne , chacun de son côté , reçurent le premier avis de cet événement , et l'inaction du roi d'Espagne , la froideur de sa lettre à Mme des Ursins , et sa parfaite incurie de ce qu'une personne , si chérie encore la veille , pouvoit devenir jour et nuit par des chemins pleins de glace et de neige , dénuée de tout sans exception. Il faut se souvenir que l'autre fois que le roi fit chasser la princesse des Ursins , pour l'ouverture de la lettre de l'àbbé d'Estrées au roi , et [pour] la note qu'elle avoit remise dessus , on n'osa hasarder l'exécution en présence du roi d'Espagne. Le roi voulut exprès qu'il partît pour la frontière du Portugal, et que de là il signât l'ordre qui fut porté à la princesse des Ursins de partir et de se retirer en Italie. Ce second tome ressemble fbrt en cela au premier. Ajoutons , ce que j'ai su du maréchal de Brancas , que , longtemps après cette dernière disgrâce , Atbéroni , alors petit compagnon , et qui suivit la reine de Parme à Madrid, avoit conté qu'étant pendant ce voyage seul un soir avec elle , elle lui parut agitée , se promenant à grands pas dans la chambre, prononçant de fois à autre des mots entrecoupés, puis s^échaufifant , il entendit le nom de Mme des Ursins lui échapper , et tout de suite f « Je la chasserai d'abord. » Il s'écria à la reine et voulut lui représenter le danger, la folie, l'inutilité de l'entreprise, dont il étoit tout hors de lui. « Taisez-vous sur toutes choses, » lui dit la reine, c et que ce que vous avez entendu ne vous échappe jamais. Ne me parlez point , je sais bien ce que je fais. » Tout cela ensemble jette une grande lumière sur une catastrophe également étonnante en la chose et en la manière , et fait bien voir le roi auteur , le roi d'Espagne consentant et contribuant par l'ordre si extraordinaire donné à Amenzaga , et la reine actrice et chargée de l'exécution , en quelque sorte que ce fût , par les^ deux rois. La suite en France confirmera cette opinion.
La chute de la princesse des Ursins fit de grands changements en Espagne. La comtesse d'Altamire fut nommée en sa place camarera-mayor. G'étoit une des plus grandes dames d'Espagne. Elle étoit d'elle duchesse héritière de Gardone. Son mari étoit mort il y avoit quelques années, ayant passé par les plus grands emplois et par l'ambassade de Rome. J'aurai lieu de pa:rler d'elle ailleurs , de ses enfants , de leurs alliances. Cellamare , neveu du cardinal del Giudice , fut nommé son grand écuyer ; et le cardinal del Giudice ne tarda pas à retourner à Madrid , et en considération. Par une suite naturelle , Macanas fut disgracié *, lui et Orry eurent ordre de sortir d'Espagne, ce dernier sans voir le roi, avec la malédiction publique. Il fut très-mal reçu ici ; mais ses provisions étoient bien faites. Macanas emporta les regrets de tout le monde , ceux du roi même , qui lui continua ses pensions et sa confiance , et s'en servit au dehors en plusieurs choses et affaires secrètes. Pompadour, qui Saiht-Simoic Yn 13
|dg CARDINAL nBf. (flUDICB RAPPELÉ. M^k]
a*avoit 4t4 nùvmp ambassadeur on Bspagne que ppttc Wlfsec ICo^e des Ur^ins, fut lemercjé; ^\ le ^up ()e S^iot-Aignau c^yètii de ce cairac^ tèi^ei ponwae il p^Rspi^ ^ ^'eij vef&^v 4prè^ ày^i? Wflîduit la T^^^'k
au delà de sei espérances. Elle aimoit fort les Italiens , et les ayms| to^jeui:! tant qu'elle put, quple qu'ils ft^ent , au pc^4i6e {)9 \m. ^^•' ^res, 4flRt les Eçpagnpl? e( IfîS Çlajnands (urent fort Wou?. Ce çraiei^ légeç suffira popr le préçQ^it. ^^e vq\ d'pspagn^ fit jm ce temps-pi wup, fiçr ^ion qui fut e^ttrém^men^ applaudi^^ lÎP sipiple cqpé s'^toit t^Uemeni açr crédit? par sa m et s§ conduite, qu'il se tfo^y^ pn éia^ ^^ rendre Ae^ e«57ioe9 très-cqnsidérablj^s ^^s }e§ temps les i)lii§ palftffiitewï. Il fi^ fpuroir la upurri^ure ^ la cavalerii^ et an; trpup^§^ par le pay^, pt l)ee^PQUfi de soldats. U propura ^ussj àf^§ dftps en argent, et s§4$ s'ê^çe jaiu^il montré m approché de la ppuc, m [ppir] cbîipg^ riep ^^ }§ siu^piic^J
de sa de. Tolède yaquoit depuis a§çe¥ lpngte|np§; p'étpjt l'plyçt d§8 pl^ •cdepte d4sir» du pardinal dpi Qiudiçe, ej des pia»4«fis du 4uo 4e, Giof^^ xmeOi ^a frère , qui 4toit çoQgeillgr d'gt^t. te pure fpl çl^ftjçi -, et gwapj sa «owinatip fut partie pour llome , |e PtFdipfil ilel ^indice put pewJJfe sioa de revenir à la cour, ta duchesse d'AyeiFo mourut en vç^^a teiqqp^ à Mf.dri4; elle étoit w^rt du duP d'Arcpç e\ du 4uc de p^ps; elle, ayoû figura toute sa yie. Pu eft a §ufp5asimeut parlé pilleurs, ain§i qpç 4h miequis de Mauc^s^, qui, & pei^t sept a^ii, wpurui au?ai en w^i»e temps , et Vuu el l'autr.9 * Ma4ci4. Pn a f^i gouvept p^rlé de pet illustrg FieiilftTd qu-P^ n*y ^JPUtgr* ripi* dayao^^^e. f
la fioïutesse de Boye mourut fort ^m ^n Angletprxe. Elle y ^pjt pecdu SQU npari depuis quelques anuées, et eH^ y ^is§& deux filles ^
l'îunc , yeuîe §ft»5 fiï^f^ts du comte 4e strafford ; l'eutsé , fille , et uu glg non Jii^Rié. Kle. ^toit sç^ur de M¥- içs I»î^réch?lux-d^p9 de pupas pt de torges. Qu a yu ailleurg ppmmept te réypcalio» de l'édil 4e pàntes fit retirée le fiO»te et la comtesse d§ Bpyq ^n p^pppiark, le§ grands éta- Wissem^? qu'il? y purept » l^ ridipul» §y^ture m\ ¥* l^ui: fit gnitteç poui: passer eu 4pgl?tprre, ojj il^ n'gp tr^R^feRt %^(iW'. PU§ piQ\\ très -opiniâtre hugugpote, et aïpit ^fflP^phé ]^ qopyer^^ftp (ip^op mffçi, Mme de Rputcb^ptr^ip, Iç pp^tç 4,^ J^OHfiyrfil^R^P,» le pUe^#r 4e »oye et le m^rquig 49 Çoye éipiept 4u?si §es epf^ptg? ^fiioeur^? gp i^ance*
Vue autre sœur 4e ces jjepx ip^répjiau^ et 4? }ft Ç^]3[^tesse de Roye ^yoit épousé M. iie M«^laû4i|, des bât^Çj^^ 4P. ^S^J^fl^p^ ^ ^^h\^\^W A le peu de 4ot avoient fifit çp ïpaâî^e. l\ ^p avpit eu pn fijs qui iiàîsça plu; eiei^rs enfants, entre autres'unp fi]!^ ^leyép ^ Pari? 4 W. W^'X^i^.^W- Nous ayipns tous grande enyie de \f iparfer; )i. p.t ^fm^ 4è tauzuu ep prirept a^pz de spin. S^ mère étoit morlpi et la yeuj^ de son' père é\ç^^ fert extraprdipeire , et ne sortoit point de ses terres qp Langpeiî^c. ]n|oij| »^Unes que le comte dp Poitjefs éfoit arriy^ à Paris ppur faire ses pxprelceg. Il^toit de la branche dp'$ain|-Valli^f V4^ Oftte graîiile et illuf tj'e t^a^spU) et il étoit le se.ul mÀle 4e çpt àiicipp nqpi. Spp père et s^^^cg ♦t.oient wçts î U avoit ^Jf^M^ ou dijp.n^ùf ags, |t (le crantes t^rrçsgn
Fr^QfâiOrGQiiiU. il ^^iroit une alli^npe , un appui, et l*^ moyeac d^aTofr 4je3 ^mplpis û^ guerrQ et de cheminer; il trouva ce qu'il désicoit dans U pius proche parenté de Mile de Malause; et nous uo grand seigueuc doot U opm flftQJt P0UP aUei: à tout , les biens pour le soutenir grandement , et le personnel à souhait. Il n'y eut donc pas grande difficulté en ce mariage ) qi^i «e fit ^ l^hôtel de Lauzun.
fm^Y mapia une de ses fiUe:^ à d'Anee^une , fils de Gadecousse et de Mlle d'Prftison, et petit-fils du vieux ^aderousse; leur nom est Cadatti leur Men^u çomtat d'Avignon. Le vieux Caderoussq s'étpit ruiné & ne rien Mre , s^on fi|s et sa belle-fiUe avoient achevé 4 jouer. La paresse du ôls Vî^vpvt enterré de bonne heure- Son père avoit fait l'esprit et l'impi^rr Unf , puip le diïPt. il avpit prjwé où il avoit pu , fort ^ l'hOtel de ^Pouil: |on, etayoit ftict été autrefois dan^ les bonnes compagnies, u y avoit e^çppe ^ gl(|nftF en mettant quelque ordre à leure hiens. ils vouioient Pflu^ç d*Anpfi?une, et se trouvoient sans crédit; Tprcy voulpit donner peu à îj* fille, fit 1^ mariage se fit. Bar ^événement , d'Ancezune se trpuv* att«§i phscHr et ^u^i paresseux que çpn père, impuissant de plus, et %^\\\^> i)ient0t le service s^ns avoir presque servi ni paru à h cour, il $e iftta % ^peau^, pii il fut un des inutiles tenants de Mme du M^ine s^m^^ bien ciuç son père. Jls avoiept pourtant tous de l'esprit et fort orné, mais la par^^se l^ éprasfi. Le fils avoit fait une campagne aide de camp du maréchal qe ^ouifiers. Excédé de cette yie, on le ¥int éveiller un ipaMa à clpfl heureç, et lui dke que le maréchal étojt déj4 4 pheval : ? ppmr ment i dilrU , à p|ievai , et je n'y suis pas I tire mon rideau , je ne ^m pa» im^ 4e voir ip jpur ; ? ^t ^ r^ndocmit de plus heUe. Le père étpit dwp à^
pape , ce qui est moins que riepj nul rang pi dlstippttpn 4 "^ovi^^ , PÎ
i^^llf ^i^tre papt ^«'4 Avigpon , oi\ jis pn( quelque^ distinptipn§ phez le yiPfiTlégal, ce 4 <im\ elles §p bornant tquteg. i^me de Tocpy ne, voulut jamai? feire pas^^.r U mariage pqur impuis§anps, par pela liji fut proposé, ifim 4'4npfizune, fort i^ide et 4vec hpaucpup d'écrit, de grâces, dUïitFiçue,de mântee, d'agaceries, ewt m mpm^nt le don de plaide-
^Ue crut apr^^ d^YPir se jetef dans I4 pl^s haptg dévPtipn ; i'çppui l'en
xix^ \^m\ôx, pt I9 gpftt dp Vintrigue 1^ fit frapper à bipn de§ p^rtps. Son père engi) l'arrêt?, p\ §a §^nté après ^^^ d^qpoi l'occuper, ^apgphançei son gflût pi ^^Sl grâces.
^9Sai §yoit upp fille de la b^tardp 4e M- le Kppce qu'il avoit éppusée, ^\ dpnt la tèt8 êjpit ^oçt Ppar^e. |l la m^ria an fil^ 4'p ; c'étpit l^ fojm et la soif. Mme l^ Frincf s^e fit jpur nqpp cbe^ ^11^.
^q>argpis'4'Aî:F^Pp/l»^ïit?pant gépérai e| phevalipr dq 1? TqiWïl 4'9Çi ÉPfiPs^ ep m^^e temps pnp fill§ de MPPtargjç, gfr4^ 4n tçésor toj'^, g^ptrémempnt rjclie, dont I4 mèç? étpjt fille de Afansart.
"Le ipfiré'p|3Jfil ^^ 'Mopifrevei , bis ^t iniséf^bie ÇQUrtisap , ^^oit iwaginft d'iiriiter le feu maréchal-duc de'La Feuillade, et de donner 4 Boi;deaii)| ^ W^ réÇft§^fffi 4? §^ ^Mn Ç* ^^ ^a R^f ?n 4^s Yicf^jr^s: ij y^ypil d'in- «instqe , nmm ^y^ ?? Pf "^- 4>Htrui , cp.mme Jl ^ypit fait m\P §a vie. Il ïpulut donc ppgaggr. la ^ilie ^p Bprdpap^ 4 tp.pte, la 4?PÊn§fi 4g If ^PP^e
4«i ^ê ?W^? ^m m^l^m ^î î*^ ^^ P^^^' q^'il4s§tîpqit pqur gjie. t*
^te ^ PB F«a[s«5 te^t ^ fart, ffigig â'ï RPf^ «§* yplftïititcç- MftRîçfXâl ,
292 ABIBASSADEUR DE PERSE [1715]
qui en aroit déjà fait sa cour au roi , se flatta de Tappui de son autorité , mais il trouva Desmarets en son chemin , à qui les négociants et le commerce de Bordeaux furent plus chers que cette folie violente. Elle avorta ainsi, et Montrevel retourna à Bordeaux plein de dépit et chargé de confusion.
Un ambassadeur de Perse étoit arrivé à Gbarenton, défrayé depuis son débarquement : le roi s'en fit une grande fête, et Pontchartrain lui en fit fort sa cour. Il fut accusé d'avoir créé cette ambassade , en laquelle en effet il ne parut rien de réel , et que toutes les manières de l'ambassadeur démentirent , ainsi que sa misérable suite et la pauvreté des présents qu'il apporta. Nulle instruction ni pouvoir du roi de Perse , ni d'aucun de ses ministres. G'étoit une espèce d'intendant de province, que le gouverneur chargea de quelques affaires particulières de négoce , que Pontchartrain travestit en ambassadeur , et dont le roi presque seul demeura la dupe. Il fit son entrée le jeudi 7 février à Paris, à cheval, entre le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil , introducteur des ambassadeurs , avec lequel il eut souvent des grossièretés de bas marchand ; et tant de folles disputes sur le cérémonial avec le maréchal de Matignon , que, dès qu'il l'eut remis à l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires , il le laissa là sans l'accompagner dans sa chambre , comme c'est la règle , et s'en alla faire ses plaintes au roi , qui l'approuva «n tout, et trouva l'ambassadeur très-mal-appris. Sa suite fut pitoyable. Torcy le fut voir aussitôt. Il s'excusa à lui sur la lune d'alors, qu'il prétendoit lui être contraire , de toutes les impertinences qu'il avoit faites ; et obtint par la même raison de différer sa première audience , contre la règle qui la fixe au surlendemain de l'entrée.
Dans ce même temps , Dippy mourut , qui étoit interprète du roi pour les langues orientales. Il fallut faire venir un curé d'auprès d'Amboise , qui avoit passé plusieurs années en Perse , pour remplacer cet interprète. Il s'en acquitta très-bien , et en fut mal récompensé. Le hasard me le fit fort connoitre et entretenir. G'étoit un homme de bien , sage , sensé , qui connoissoit fort les mœurs et le gouvernement de Perse, ainsi que la langue , et qui , par tout ce qu'il vit et connut de cet ambassadeur , auprès duquel il demeura toujours tant qu'il fut à Paris, jugea toujours que l'ambassade étoit supposée , et l'ambassadeur un marchand de fort peu de chose , fort embarrassé à soutenir son personnage , où tout lui manquoit. Le roi , à qui on la donna toujours pour véritable ,' et qui fut presque le seul de sa cour qui le crut de bonne foi , se trouva extrêmement flatté d'une ambassade de Perse sans se l'être attirée par aucun envoi. Il en parla souvent avec complaisance, et voulut que toute la cour fût de la dernière magnificence le jour de l'audience , qui fut le mardi 19 février ; lui-même en donna l'exemple , qui fut suivi avec la plus grande profusion.
On plaça un magnifique trône , élevé de plusieurs marches , dans le bout de la galerie , adossé au salon qui joint l'appartement de la reine , et des gradins à divers étages de bancs des deux côtés de la galerie , su^ perbement ornée ainsi que tout le grand appartement. Les gradins les plus proches du trône étoient pour les dames de la cour , les autres pour