VOTSIN VA PRENDRE PLACE AU PARLEMENT
gloire, et aller triompher au parlement en qualité de . chancelier de France , où son propre grand-père paternel avoit été longtemps greffier criminel , et sans être monté plus haut crut avoir fait une fortune. Le chancelier de Pontchartrain et bien d'autres chanceliers n*y. avoient jamais été , et il se trouvera peu ou point d'exemple qu'aucun y ait été sans occasion nécessaire , et seulement comme celui-ci pour le plaiâr et la vanité d'y aller. Il s'y fit suivre par plus de cent officiers , et accompagner de tout ce qui lui fut permis de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes. Il n'oublia rien de la pompe de sa marche , de sa réception et de sa reconduite. Son discours montra^ plus de fortune que de talents. Aucun pair ni prince du sang ne s'y trouva; ils ne marchent point pour la robe.
Tallard séchoit sur pied de n'avoir encore rien recueilli d'avoir livré le cardinal de Rohan au P. Tellier jusqu'à en avoir fait son esclave. La jalousie le perçoit de voir que cela même eût fait les princes de Rohan et d'Espinoy ducs et pairs, tandis qu'on le laissoit, et qu'il étoit d'autant plus pressé qu'il voyoit le roi diminuer tous les jours. Il ne voulut pas en être la dupe , et fit tant de bruit aux Rohan et au P. Tellier , qu'ils n*osèrent le pousser à bout. Vouloir et pouvoir étoit même chose auprès du roi et de Mme de Maintenon pour les maîtres de la constitution. Elle leur étoit trop chère et sacrée pour se dispenser d'en payer les dettes , et elle n'en avoit contracté aucune si utile que celle que Tallard s'étoit acquise sur elle en lui livrant le cardinal de Rohan. Tallard fut donc déclaré pair de France; mais quand il fallut en venir à la mécanique des Mpéditions, la chose fut trouvée impossible, parce qu'il n'avoit qu'un duché vérifié qu'il avoit cédé à son fils en le mariant. On tourna , on chercha, mais à la fin il fallut que le père se contentât, en enrageant, que la pairie fût érigée pour son fils , et de demeurer lui connue il étoit.
. Le comte du Luc , ambassadeur en Suisse , fit en ce temps-ci une faute dont la France, et la Suisse se ressentent encore. Les cantons catholiques et protestants étoient depuis longtemps animés les uns contre les autres; la longue affaire de l'abbé de Saint-Gall les avoit mis aux prises , et quelquefois aux armes. L'intérêt de la maison d'Autriche entretint sous main ce feu pour abaisser les cantons les uns par les autres et en profiter. Passionei, jeune, emporté , violent et sans expérience, y étoit nonce du pape , et il aigrit les choses de plus en plus. Du Luc étoit occupé du renouvellement de l'alliance de la France avec tout le corps helvétique , et les ministres de la maison d'Autriche à l'empêcher i quoi rien n'étoit plus propre que d'entretenir la division dans la république. Du Luc espéra forcer les protestants parles catholiques, plus nombreux à la vérité , mais incomparablement plus foibles ; il conclut le renouvellement d'alliance avec ces derniers. Les cantons protestants animés par les émissaires de Vienne, de Londres, de Hollande, imputèrent ce traité à afiront , et n'ont jamais voulu ouïr parler depuis de renouveler leur alliance avec la France , et les armes à la main s'en sont souvent vengés sur les cantons catholiques, et leur ont durement fait sentir leur supériorité.