‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 158 sur 232 · BIARIAGE DU FILS UNIQUE DE MATIGNON · texte numérisé non relu

BIARIAGE DU FILS UNIQUE DE MATIGNON

frère du fameux coadjuteur de Paris , si connu sous le nom de dernier cardinal de Retz, et père de la duchesse de Lesdiguières , dernière Gondi en France , mère du duc de Lesdiguières , gendre du maréchal de Duras. Tout cela fut accordé à M. de Monaco ; mais comme les énormités n'ont plus de bornes quand les justes barrières sont une fois fraachies , en voici d'autres qu'il obtint.

Au cas que M. de Monaco pût avoir un fils , tout lui retournoit , et la dignité môme de duc et pair de l'ancienneté de 1642; le fils de Matignon demeuroit duc sa vie durant comme un duc et pair démis , et son fils ne pouvoir jamais prétendre d'y revenir ni les siens y mais il reprenoît , mais sans aucun rang ni honneurs , son nom , ses armes , ses livrées , ainsi que toute la postérité du fils de Matignon et de la fille de Monaco. Ainsi M. de Monaco vendit sa dignité et sa fille très-chèrement, et se réserva de la retenir s'il avoit un fils. Bien de plus monstrueux ne se pouvoit imaginer après l'habilité à la couronne , et les grandeurs des bâtards du roi et de Mme de Montespan. Ce prodige de concession n'eut pas lieu parce que M. de Monaco n'eut point de fils. Il y eut encore d'autres choses passées entre M. de Monaco et M. de Matignon , touchant la réversion des biens en cas de naissance d'un fils. Comme le mariage ne se pouvoit faire sans aplanir auparavant des difficultés intrinsèques , et qu'il étoit pourtant très-nécessaire d'en bien assurer le fondement, toutes ces monstrueuses concessions furent énoncées par un brevet du 24 juillet 1715. Le 20 octobre suivant, six semaines après la mort du roi , le fils de Matignon épousa à Monaco la fille aînée de M. de Monaco. Au mois de décembre suivant, les lettres d'érection furent expédiées conformément en tout au brevet du 24 juillet précédent ; en quoi M. le duc d'Orléans , régent , ni le conseil de régence , ne trouvèrent point de difficulté, parce que la concession du feu roi avoit été publique, qu'ils en avoient tous connoissance , et que ce brevet , expédié du vivant du roi , en faisoit foi. Par les mÔmes raisons le parlement enregistra sans difficulté les lettres d'érection, le 2 septembre 1716, dès qu'elles y furent présentées , et le nouveau duc de Yalentinois y fut reçu conmie pair de France le 14 décembre suivant. '

Le roi fit présent à Voysin , chancelier et secrétaire d'État ayant le département de la guerre , du revenant-bon du non-complet des troupes, qu'il dit aller à cinq cent mille livres. Cette libéralité étoit bien due aux services de cette âme damnée de la constitution , de Mme de Maintenon et de M. du Maine , et à l'unique dépositaire des manèges et du testament du roi ; mais il fit étrangement crier le pul)lic , dont ce front d'airain eut toute honte bue.

Sa Majesté accorda à Le Camus, encore fort jeune, la place et l'exercice de premier président de la cour des aides qu'avoit son grand-père , et l'agrément de la charge de prévôt et grand maître des cérémonies de Tordre, que lui vendit Pontchartrain en retenant les marques de Tordre.

La comtesse d'Acigné , dernière , par elle et par son défunt mari , de cette bonne et ancienne naaison de Bretagne j mourut fort âgée à Paris. Le duc de Richelieu , son gendre, et qui n'ayoit de fils que de sa fille , SAiMT-SxMoif vu 14

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