wou sur m ^W^mi t-. Cwe^t^re 4* U d««he^se SfQïce
Le règne de I,euis.XIY,aPu4«it ius«u'4 sa deroière extrémité, fi« laisse plus é rapporter A^iateuaut que ce qui s'ectpaasé dawile dernier luoifl de ^ vie, encore au plue, Cea deruiers événeiMat», si ouôeux m si. in^portaute 4 exppaer daAs k plus exacte vérité et nattée* «tdaM l^r ordre le plus exact, apntteUemeftt Uéa avec eaux qui suiTfDt iiar médiaterneni l^ vm\ de ce ipouar^ua» qu'il Q.'eet pa& paasible.de lea séparer. U n'est pae i«Pvu«keuRi«ux et.Qéc^4$aisii.attasi 4'«i3MMr te pi^ jets Jes pensées, les di|&cult4«, las difféonta parUa^ui roûlereiiiilfiua H té^.du pFiuc§..<|»v ^toit u§eMMrme«â élre 4 lu t4t4 du f9ymm
pêadim% la l&itiMftét ifiidlfEiet HMan» qof Um^ àé Hnnteo* et !• due tfu Mftlné •ttBsêat ptt praidit paur ne lui UisMr qtt»it.ti«aé^ régent; et 0» qii'ils a'avoUnt fn }ui ôl^r, tt quelle lorte d'admln^tnw tie& i! tâirîèit 4UiMiiP« C'est 4éikc i6i 1« Uett d*«xplk(uer tootie ohosn^ a;^ri^ ^u6i en ï^reiidfa la aarpalion du dernier mois de la vie du fei^ pé4 ^ et de$ oltoee9\qiii l*en1 euiviie. Maie avant d'eatrep dam qelte é^ liguée 4httièH, il. i»% à propea de felre bien oonneltre, li l'on peiit^ ôelul qui en «et H premier pÂreoaiiage « ee» entPâiref iniérieistes et eaté» :fii^ul^, et tout ee qui liti appartient perManetlemem. i^ die li Vem peol , pkfcB ^tie J« n'ai de ffiaiie tien oonvn de si éminemment eontia^dietoirè et si parfaitemesti en tout qne M. la due d'Orlèane. (ki s'i^iden v¥H âiséMent qu*eneore que je le visse à ou depuiai tant d'annéea^ qu'i^ Be se cèieh&t pae à moi, q4e }'aie été dane «ms demièzes annéa».ei.le etiik homme qui le voulût voir, et Tunique aveo lequti il pût l'oimivet d'ou'^yH «n^ effet 1 cmit ouvept et pap conflanee et par néoeesité , ox^ sentira , die^ji , quo}« ne le oenneieséis pas encore^ et que Ini^mèmeanaii âê se tt^nnoiflsoii pas parfoiteœent* Poar le tableau de la oeur, dep persofinagea, des deeeaâit , dei brigues , des partie, il ee trouve tout fiul par toïit ce qui a été raconté et expliqué Jueqn'iel. Bn se le rappelant on rerm d*un coupd'osil quelle était la oouv da ^uk SV en oee deenlers tëmf)s de «a vio/ot le détail dnia au jour de toutes les différente» partid» êe tout le groupe de ce gpoctaele.
Hv le duc d'Of léans: était de taille B^édideFè au plud , foH plein , santf être gros , llaîr et la port aisé et fort noblo, le visage 'lat!ge $ âgréablo^ ton haut en couleur ^ le poil neiv eVla perruque doméme; Qttoiqa^l èHtt forimal daneéf et médioerestent réussi i Tacadémie, il av«^t dans la ^sage^ dans la geste f dans toutea ses manières une grftoo infinie, et iA mfUFelloquVUoorneit' jusqu'à ses moindres actions, et leâ pins cOttM fiàunes^ Aveo beaiM)oup (i^aisanee quand i4en âe lok}ontrai|fnolt, il étéié doux, aecueilkint, ouVèrtv d'tffi aéoès ftioile et ^eharfluanl, lé son d* la ^i]^agréablo, «tendon de' la parole qui luiétoH toii»-'p«nfculier'«d quelque i^onra que œ^pdt é%m, ^wét^ uno fMf^lta-ot une netteté que rim he surpi«enoit < et qui 8U#pve2iéHti6ttio«Ers/8(Mà'éloquebee était liatlïailk Jd^uo d«iA lé» dfsooufs les jâu» coAnniM et lés {dus jeûmalters , doift lajuëteesé étofi é^aîe à«^ les âiéfieiloes Tes j^lué ab^raite» qà'^^ roÉdedi Maffea^ sûp les affairée dn gouvërnemotit'^ de politique , do iidftnbôvdé judUoa , de'^etW, do fcour-, do èonvërsétlèin -érdinaire, et- dd IdUtéê ^ortea d^rte «et dé'iliddaiiiquo'. It tio ^ «ofvèit pa»iÉblns Htfk^naont' dèi l^o^re» et de^kéAidireé,' ét^^oà^nolssoit foi^l leé maisons: Lee* përsoé^ «agee de touë les- temps et lé^rd Mies lui étaient présent»',^ et tes inti^ guea déaaâéieBî^a éoiH^eèmtnexéResdo son lemps. A' Uënténdrë, od M aûrdit éru une' vaste leètdrè. ntQn moins. H pàrdouren légëremenf ', mdis sia mémoîM étéit afl slnguUk'é qd'i) n'oublioii' ni (âfeiéés, fn^nomsr^ iibbdatés , qu'il rendoit avec^H^cision ;- et 9ùû àpptèhensfôB êtdit si ftJrte qu*en parcourant ainsi, c*étoitenlui comme s'il e*f tout îu ftrtexaotè- «i«»*tteieelk1t'«j^p)ifrei»^le-chafflp,l^oè'MiiiW^ *ft v*ftieHé, eait de bona mots,- m%4é repartie*. U' A'a sWWérrt'^rO^bé, dt 4'auim>itt*qâa:iiti^^ejen«^la.g«teia]^i «aîsie^ltti ar«é\I^At
ZkÙ CAHAfiTàRS US M. LE DUC ViOKUUi^y
«uasi dtftnè une looanga ^Lestioièrtlé» par bieia peu de gens, ^ et otti n'apputenoH à personne si justement qu'à lui : c'est qu'ouice qu'il *Voit infiniment d'esprit et de plusieurs sortes, la peraiHcacité shigulière du sien se trouvoit jointe à une si.grànde justesse, qull ne se serwt jamais irompé en aucune affaire s'il avoit suivi la pre^ mière appréhension de son esprit sur chacune. Il prenoit quelquefois cette louange de moi pour un reproche , et il n'avoit pas toujours tort, mais elle n'en étoit pas moins vraie. Avec cela nulle présomption, nulle tracede supériorité d'esprit ni de connoissance , raisonnant comme d'égal à égal avec tous, et donnant toujours de la surprise aux plus habiles. Kien de contraignant ni d'imposant dans la société ^ et quoiquîil sentit bien ce qu'il étoit, et de façon même de ne le pouvoir ou- Mkr en sa présence, il mettoit tout le monde à l'aise, et Jui-même eomme au niveau des autres.
Il gardoit fort son rang en tout genre arVec les princes du sang , et penennen'avoit l'air» le discours, ni les manières plus respectueuses ^m lui ni plus nobles avec le roi et avec les fils de France. Monsieur avoit hérité en plein de la valeur des rois ses père et graiid*père, et l^Avoit transmise tout entière à son fils. Quoiqu'il n'eût aucun penchant à la médisance, beaucoup moins à ce qu'on appelle être méchant, il éteit dangereux aur la valeur des autres^ U ne cherchoit jamais à en parler, modeste et silencieux même à cet égard sur ce qui lui étoit personnel , et racontoit toujours les choses de cette nature où il avoit eu le plus de part^ donnant avec équité toute louange aux autres et ne parlant jamais de soi, mais il se passoit difficilement de pincer ceux qu'il ne tr^uvoit pas ce qu'il a^peloit francs du collier , et on lui sentoit un mépris et. une répugnance naturelle à l'égard de ceux qu'il avoit Ueu. de croire tels. Aussi avoit-il le foible de croire ressembler en tput i; Henri lY, de X'affeçter dans ses façons, dans, ses reparties, de se le ^rsaader Jusque dan» sa taille et laponne de son visage, et de n'être touché ^*«vies»ae autre. hHiange ni flatterie. comme de. celle-là qui lui alloit au cœur. C'est un» Qomplaisan/(^ à laquelle je n*ai jamais pu me ployer. Je sentois trop qu'il ne recherchoit pas moins cette ressemblance (Uns les vices de ce grand prince que dans ses vertus, et que les uns ne faisoient jpas mpins son admiration que le^ autres» Comme Henri/ IV., U étoit naturellement bon, humain, copupatissaat, et cet homme si cruellement accusé du crime le plus noir et Je plufs inhuniain, J6 n'en ai point connu de. plus naturellement opposé au çnpie de la destruction des autres, ni plus singulièrement éloigné de faire peine même à par* sonne , jusque-là qu'il se peut dire que sa douceur , son humanité , sa Cacilité avoient tourné en défaut, et je ne craindrai pas de dire qu*il teura&ci^ vice la suprême vertu du pardon des ennemis ,, dontia prodigalité sans cause ni choix tenoit trop près de l'insensible, et lui a causé ibien des inconvénients fâcheux et des maux dçut la suite fournira des exemples et des preuves.
Je m^ souviens qu'un an peut-être avant la mort du.roi , étant monté de bonne heure après dîner chez Mme la duchesse d'Orléans à Mayly , is.lA trouvai i^u lit pour quelque migraine , et M. le duc d'Orléans, seul
îatnomfàXMrti et son histoire. 341
dans la chambre, assis dans U fatitetiU du ehevet du lit. A peine ftis^je assis que Mme la duoheise d*Orléans se mit à me faconter un fait du prince et du eantinal de Rohan, arrlTé depuis peu de jours, et prouvé avec la plus claire évidence. Il rouloit sur des mesures contre M. le duc d'Orléans pour le présent et Tavenir, et sur le fondement de ces exé^ crables imputations si à^ la mode par le crédit et le cours que Mme de Maintenon et M. du Maine s'appliqu oient sans cesse à leur donner. Se me récriai d'autant plus que M. le duc d'Orléans aroit toujours distingué et recherché , je ne sais pourquoi , ces deux frères , et qu'il croyoit pou- 'Toir compter sur eux : « Et que dites-vous de M. le duc d'Orléans , ajouta-t-elle ensuite, qui, depuis qu'il le sait, qu'il n'en doute pas, et qu'il n'en peut douter , leur fait tout aussi bien qu'à l'ordinaire ?» A IMnstant je regardai M. le duc d'Orléans qui n'avoit dit que quelques mots pour confirmer le récit de la chose à mesure qu'il se faisoit , et qfui étoit couché négligemment dans sa chaise, et je lui dis avec feu : «c Pour cela, monsieur, il faut dire la vérité, c'est que depuis Louis le X>èbonnaira il n'y en eut jamais un si débonnaire que vous. » A ces xnots, il se releva dans sa chaise, rouge de colère jusqu'au blafic.des yeux , balbutiant de dépit contre moi qui lui disois , prétendoit-il , des choses fâcheuses, et contre Mme la duchesse d'Orléans qui les lui avoît procurées, et qui rioit. « Courage, monsieur , «gou^ -je , traitez bien Tos ennemis, et fâohez^^vous contre vos serviteurs. Je suis ravi de vous voir en colère, c'est signe que j'ai mis le doigt sur rapostume; quand on la presse, le malade crie. Je voudroi&en faire sortir tout le pMS, ^ après cela vous seriez tout un autre homme et tout autrement coBipié« > Il grommela encore un peu et puis s'apaisa. C'est là une d«s deux occa.* eioBS seules où il se soit jamais mis en vraie colère contre moi. Je rapporterai l'autre en son temps.
Deux ou trois ans après la mort du roi , je causois à un coin de la longue et grande pièce de l'appartement des Tuileries , comme le conseil de régence alloit commencer dans cette même pièce où il se tenoit toujours, tandis que M. le duc d'Orléans étoit tout à l'autre bout, parlant à quelqu'un , dans une fenêtre. Je m'entendis appeler comme de main en main; on me dit que M. le duc d'Orléans me vouloit parler^ Gela arrivoit souvent en se mettant au conseil. J'allai donc à cette fenêtre où il étoit demeuré. Je trouvai un maintien sérieux, un airconicentré, nn visage fftché qui me surprit beaucoup. « Monsieur, me dit^il d'abordée , j'ai fort à me plaindre de vous que j'ai toute ma vie compté pour le meilleur de mes amis. — Moi, monsieur I plus étcnné encore « qu'y a-t-il donc, lui dis-je, s'il vous plaît? — Ce qu'il y a, répondit-il avec une mine encore plus colère, chose que vous ne sauriez nier, des vers que vous avez faits contre moi. — Moi*, des vers I répliquai- je; ebl qui diable vous conte de ces sottises-là? et depuis près de quarante ans que vous me connoissez, est-ce que vous ne savez pas que de ma vie je n'ai pu foire, nOn pas deux vers, mais un seul? — Non, par..., r«ptit-il, vous ne pouvez nier ceux-là, et tout de suite me chante un pont-lieu à sa louange dont le refrain étoit : Notre régent est déboH' noire, ia^ ia^U m déb^WMire, avec un grand éclat de rire. — Com-
t4l numiu pabtib pu cAivAcriU
i, lui <iii-j«,:TMi« «ottii en sD^fenei «otore I at «& mn% a^sî, j^our
«■Nflnt. • Il delMlm i tira longtemps « k ii« e'ea i»ett?ok «mpéaliAf «fHiil dft M mettra «H eoQMil. !• n'ai pas çraîAl 4'éoTira wiVê biLg^ttU^»! ]Mrc« qu'il ma lemble qtt'eib peint.
U aimeit fort la libené ^ at au(4nt p(Mit lae i^ulras ifue ppiir l^i^mêma» A ma va&toit «n jour 1- Angleterre eur ee poiat, où il n'y ^ P^^^ d'eadla iû de lettna de cachet ^ et où le rdi ûe peut défendra que rentrée de pidaii ni tenir peraenne en prieon, et sur cela me eonta en ee déleo*»
Lt ) cale tout noi piinces Tivoient lore , qu'outre «la duoheese de Poi!ta«> Inottth, Charles II aToit bien eu de petites maltreBees) que le «rand ^rieUr, jeune et Àimabk en oe temps^là, qui s'étoit fait éhassér pour qvelqiie seit^se , étoit alié passer dbn exil en Angletefre, o^ il aToii été »rt bien raçu du roi. Poui^ le remeircîmeatf il lui ëébatieha uae de eea patitoi mattresees dont le roi étoit si paesiomné alors , qu'il lui fit deifliaiMlet grâce ) lui offirit de Targent, et s'engagea de le raeeommoder «ft France^ lie grand prieur tint bon. Charles lui fit défendra le palaift. fl e*en moqua et alloit tous les jours à la comédie avec sa conquête, el B^y pla<^ viS'^A'-vis du roi. Bnfin le roi d'Angletei^ , ne sachant .plue que faire pour s'en délitrer, pria tellement le roi de le rappeler en franoe^ qu'il le fut. Mais le grand prieur tint bon ^ dit qu'il sa treuvoit bien en Angleterre , et continua son manège. Charles outré en vint juaqu'à faira confidente au rOi de l'état où le mettoit le grand prieur > •t obtint un éommandement si absolu et si prompt qu'il le fit repasser InéontMent en France. M« le due d'Orléans admiroit cela , et je ne aaia ail n'atiroit pas voulu être le grand prieur. Je lui répondis que j'admi* reie Étoi-^méme que le petit«-fil6 d'un roi de Franoe sè put comi^iaire dans un si insolent procédé que moi sujet , et qui ^ comme lui , n'arois ftUcUn trait au trône, je trouVois plus que soandaleux et extrêmement punissable. Il n'en relâcha rien , et faisoit toujours cette histoira a?ec ¥oiuptê. Aussi d'ambition de régner [ni de gouverner n'en aveit'il aucune, ^'il fit une pointe tout à fait insensée pour l'Espagne^ O'est qu'on la lui atok mise dans la tête. Il ne songea même, comme on le refrâ , tout de bon à gouverner que lorsque force fut d'âtra perdu et déshonoré, on d'exéroer les droits de sa naissance; et, quant à régner | je ne ofaiûdrâi pad de fépondre que jamais il ne le désira, et que, le isaà foteé arrité, il s'en seroit tfouvé également importuné et elabaii irasëé. Que toulolt-il dôno? ma demândera^-wm ^ ooinmander les années tant que la gtien^e aiifoit duré, et fte dirertir le reste du tempi saoe Contrainte ni à. lui ni à autrui.
€'étoit en effet à quoi il étoit extrêmement propre. Une yaleur natu^ telle, tranquille, qui lui làissoit tout Toir , tout prévoir, et porter les temèdes, une grande étendue d'esprit pour les échecs d'une campagne ^ ^our les projets -, pour ëe munir de tout ce qui eonvenoit à Texéoutien y pour fi'en aider à point nommé, pour s'établir d'avance des resaoureèt et savoii' eu l^rofiter bout à bout 5 et user aussi avec une sage diligence et Vigueur de tous lès avantages que lui pottvoit présenter le sort ém aftttes. On j^éUt dire qu'il ét^t capitaine ^ ifigéniear , intendant d'amée ,
Dl: M. LE DUC D'OMLdANS. 343
t}Ull eoflii^UMoit la fèrâ« â«i troupM, l« nMi et la earpaeité de» ofA- «l«rft , €fl le« plui ditttittgsèi de làaqué «orpi 5 {safOit} s'tn fài&re adoivr , liMHéAlt liôAnnâbiûfi m ûiSéïtWne^ osèoutr) en iMnquaût d« tout, ki «tieteft lès plus dtffldles. <:!W o« qui ft été admiré en Eipagae, et )^leUré «n miid, quand il f prévtt tout; et que Marsin lui arrêta les htM mt tout. Bes ôombiûftisons étoiént justes et solides ta&t sur les Ittiatièf èB de ^tei^re que euf Celles d'fitat; ti est étetinant jusqu'à quel détail il en embrassoit tontes les parties sans confusion , les avantages et les désavantages des partis qui se prés entoient à prendre , là nettâlé àTeô laquelle il les compreneit et s&voit les exposer, enfin la valriété iâ'flnie et la justesse de toutes ses eonnoissanees sans en montrer ja* iXiAis , ni att>if en effet meilleure opinion de soi.
Ouél fiotAme aussi au-^dessus des autres, et en tout genre connu ( et quel homme plus etp^essément formé pour faire le bonheur de la yntnce , l^riqu'il eut à la gouverner t Ajoutons-y une qualité essM* iiêflië, <fest quil atoit plus de trente-^slx anâ & la mort des BaupMse et 'près de trente-huit à eelle de M. le duc de Berry , qu'û avoil passés particulier , éloi^é entièrement de toute idée de poùif oir arriver au timtfti ] eounlBan battu des orages et des tempêtes , et qui avoit véc« de façon à Connoître tous les personnages , et la plupart de ce qui ne Fétoit pas; en un mot Tavantage d'avoir mené une vie privée aveo lee bommes, et acquis toutes les connoissances ^ qui, sans eela^ ne se suppléent point d'ailleurs. Voilà le beau , le très-beau saûs douté et le très-rare. Malheureusement 11 y a une Contre-partie qu'il faut mainte*^ naflt exposer , et ne craindre pas quelque légère répétition , pour le mieux faire, de ce qu'on a pu voir ailleurs.
ce prince , si heureusement né pour être rhonneur et le oheM'œuvré d'une éducation, n'y fût pas heureux. Saint-Laurent, homme de peu, qui n'étoit même chèfz Monsieur que soui-introdueteur des ambassadeurs , fut le premier à qui il fut confié. C'étoit un homme à cheisir par préférence dans toute l'Europe pour réducatlon des rois. Il mourut avant que son élève fUt hors de sous la férule, et par le plus grand des malheurs , sa mort fut telle et si prompte qu'il n'eut pas le tempe de penser en quelles mains il le laissoit, ni d'imaginer qui s'y ai»rerOit en titre. On a Vu ( 1. 1*% p. 12 ) que ce fut l'abbé Dubois , comment il y parvint , combien il s'introduisit avant dans l'amitié et la conôanoe d'un enfitnt ^i ne connoisBoit personne , et l'énorme usage qu'il en Sut mto pour espérer fortune et acquérir du pain. Le précepteur sentoit qu'il ne tîendrolt pas longtemps par cette place , et tout le poids d'avoir été l'instrument du consentement qu'il Surprit au jeune prinoe pour MUA mariage, lequel ne lui avoit pas tendu ce qu'il en avoit espéré, et qui l'avoit môme perdu auprès du roi par la folle qu'A eut) dans une audience secrète quil en obtint, de lui demander pour prix de son iénîoe la nomlnatiéii au chapeau. Il se vit donc réduit à M. de Gha^* tm, et ne pensa plus qu'à le gouverner. Il a fait un si grand person- Uftgo depuis la mort du roi , quil est nécessaire de le flaire eonnoît». on y Hviendm bientôt, h^lfonsieu» , qui étoit fért glôrléUîr w gftt eneafe par âveir eti u* gc«N
344 MALHEUR DE L'fotrCATION ET .DE LA JEUNESSE
vemevLT derenu duc et pair dans sa mûson, et dont la postérité successÎTe , décorée de la même dignité, étoit demeurée dans la charge de premier gentilhomme de sa chambre, et par celle de. dame d'hcmneur de Madame, remplie par la duchesse de Ventadour j voulut des gens titrés pour gouverneurs de M. son fils. Cela n'étoit pas aisé, mais il en trouva , et ne considéra guère autre chose. M. de Navailles fut le premier qui accepta. Il étoit duc à brevet et maréchal de France , plein de vertu, d'honneur et de valeur, et avoit figuré autrefois, mais ce n'étoit pas un honane à âever un prince. Il y fut peu et mourut en février 1684 , à soixante-cinq ans. Le ma^hal dISstrades lui succéda , qui en auroit été fort capable, mais il étoit fort vieux, et mourut en février 169^} à soixante -dix -neuf ans. M. de La Yieuville, duc à brevet, le fut «près , qui mourut en février 1^9 , un mois après avoir M ftiit chevalier de Tordre, il n'avoit rien de ce qu'il folleit pour cet emploi, mais ce fut une perte pour Monsieur , qui ne trouva plus de gens titrés qui en voulussent. Saint-Laurçnt , qui avoit toute sa confiance , avoit aussi toute l'autorité efiisctAre, et suppléoit à ces messieurs, qui n'étoient que ad honores. Les deux sous-gouverneurs étoient La Bertière , brave et honnête gentilhomme , mais dont le prince ne s'embarrassoit guère , quoiqu'il l'estimât , et Fontenay , qui en étoit extrêmement capable , mais qui avoit au moins quatre-vingts ans. Il avoit élevé le comte de Saint- Paul tué au passage du Rhin , sur le point d'être élu roi de Pologne, dont le fameux Sobieski profita. i«e marquis d'Arcy fut le dernier gouverneur. Il avoit passé par des ambassades avec réputation , et servi de même. C'étolt un homme de qualité, qui le sentoit fort, chevalier de l'ordre de 1688. Son frère aîné l'avoit été en 1661. D'Arcy étoit aussi conseiller d'Etat d'épée. On a vu ailleurs pomment il se conduisit dans cet emploi , surtout à la guerre. Sa mort arrivée A Mau«> beuge,en juin 1694, fut le plus grand malheur qui pût arriver à son élève, sur qui il avoit pris non-seulement 'toute autorité, mais toute eonfiance , et à qui toutes ses manières et sa conduite plaisoient et lui inspiroient une grande estime, qui en ce genre ne va point sans déférence.
Le prince n'ayant plus ce sage mentor, qu'on a vu qu'il a toujours regretté, ainsi que le maréchal .d'Estrades, et qui l'a toute sa vie marqué à tout ce qui est resté d'eux, tomba tout à fait entre les mains de Tabbé Dubois et des jeunes débauchés qui l'obsédèrent. Les exemples domestiques de la cour de Monsieur, et ce que de jeunes gens sans réflexion , las du joug , tout neufs , sans expérience regardent comme le bel air dont ils sont les esclaves, et souvent jusque malgré eux, effacèrent bientôt ce que Saint-Laurent et le marquis d'Arcy lui avoient appris de bon. Il se laissa entraîner à la débauche et à la mauvaise; compagnie , parce que la bon^e , même de ce genre , craignoit le roi , et l'évitoit. Marié par force et avec toute l'inégalité qu'il sentit trop tard, il se laissa aller à écouter des plaisanteries de gens obscurs qui, pour le gouverner, le vouloient à Paris; il en fit à son tour,, et se croyant autorisé par le dépit que Monsieur témoignoit de ne pouvoir obtenir pour lui ni ^ouverjiement qui lui avoit été promis, nicttoaman-
DU DUC D'ORUÊAtYS. 345
dément d'armée , il ne mit plus de bornes à ses discours ni à ses débauches , partie facilité , partie ennui de la cour , vivant comme il faisoit avec Mme sa femme , partie chagrin de voir M. le Duc , et bien plus If. le prince de Gonti en possession de ce qu^l y avoit de plus brillante compagnie , enfin dans le ruineux dessein de se moquer du roi , de lui échapper , de le piquer à son tour , et de se venger ainsi de n'avoir ni gouvernement ni armée à commander. Il vivoit donc avec des comé* diennes et leurs entours , dans une obscurité honteuse , et à la cour tout le moins qu'il pouvoit. L'étrange est que Monsieur le laissoit faire par ce même dépit contre le roi , et que Madame , qui ne pouvoit pardonner au roi ni à Mme sa belle-fille son mariage, désapprouvant la vie que menoit M. son fils, ne lui en parloit presque point, intérieurement ravie des déplaisirs de Mme sa belle- fille, et du chagrin qu'en avoit le roi.
La mort si prompte et si Subite de Monsieur changea les choses. On a vu tout ce qui arriva. M. le duc d'Orléans , content et n'ayant plus Monsieur pour bouclier , vécut quelque temps d'une façon plus convenable , et avec assiduité à la cour , mieux avec Mme sa femme par les mêmes raisons , mais toujours avec un éloignement secret qui njs finit qne quand je les raccommodai , lorsque je le séparai de Mme d'Argenton : l'amour et l'oisiveté l'attachèrent à cette maîtresse qui l'éloigna de la cour. Il voyoit chez elle des compagnies qui le vouloient tenir , de concert avec elle , dont l'abbé Dubois étoit le grand conducteur. En voilà assez pour marquer les tristes routes qui ont gâté un si beau naturel. Venons maintenant aux effets qu'a produits ce long et pernicieux poison , ce qui ne se peut bien entendre qu'après avoir fait connoitre o^ui à qui il le dut presque en entier.
L'abbé Dubois étoit un petit homme maigre , effilé , chafouin , à permque blonde , à mine de fouine , à physionomie d'esprit , qui étoit en plein ce qu'un mauvais françois appelle un sacre , mais qui ne se peut guère exprimer autrement. Tous les vices combattoient en lui à qui en deiheureroit le maître. Us y faisoient un bruit et un combat continuel entre eux. L'avarice, la débauche, l'ambition étoient ses dieux; la perfidie,, la flatterie, les servages, ses moyens; l'impiété parfaite, son repos ; et l'opinion que la probité et l'honnêteté sont des chimères dont on se pare , et qui n'ont de réalité dans personne , son principe , en conséquence duquel tous moyens lui étoient bons. Il excelloit en basses intrigues , il en vivoit , il ne pouvoit s'en passer , mais toujours avec un but où toutes ses démarches tendoient , avec une patience qui n'a voit de terme que le succès ^ ou la démonstration réitérée de n'y pouvoir arriver, à moins que, cheminant ainsi dans la profondeur et les ténèbres, U ne vît jour à mieux en ouvrant un autre boyau. Il passoit ainsi sa vie dans les sapes. Le mensonge le plus hardi lui étoit tourné en nature avec un air simple, droit, sincère, souvent honteux. Il auroit parlé avec gr&ce et facilité , si , dans le dessein de pénétrer les autres en parlant ,. la crainte de s'avancer plus qu'il ne vouloit ne l'avoit accoutumé à un bégayement factice qui le déparoit , et qui , redoublé quand il fut arrivé à se mêler de choses in^)ortantes1 devint insupportable, et que)-
846 CARACtÈBE DE L'ABBÉ
qtitfeii inintelUgiblc. Sans se» contoufs et le peu de âaturel qiii perçral Bialgré tes loiiit ^ m eoaTer8atio& auroit été aimable, il avoit de rea<^ prit, atsèz fie lettres , d'hiatoire et de lecture^ beaucoup de lâonét^ force entie de plaire et de s'insinuer ^ mais tout cela gâté par une fi^âi de fausseté qui sortoit malgré lui de tous ses poree et jusqiie d» 8% gaieté, qui attristoit par là< Mécbant d'ailleurs aveô réfletion et put nature , et, par raisonnement, traître et ingrat ^ maître «ipert auii oompositions des plut grandes noirceurs , effronté à faire peur étaïkl pris sur le fait; désirant tout, enviant tout, èf voulant tbUtes U» ûé^ pouilles. On «onnut après , dès qu'il osa ne se plus contrakidré , à quel point il étoit intéressé, débauché, inoonséqu^t^ ignorant en touto affaire ) passionné toujours, emporté, blasphémateur et fou, ât jtisqu'à quel point il méprisa publiquement son maître et TËtat , le monde sona exception et les affaires , pour les sacrifier à soi tous et toutes , à son crédit , à sa puissance , k son antoriié absolue , à da grandeur ^ à sbn avarice, à ses frayeurs ^ i êes yengéan^es. Tel fut le sage à qui Mon« sléur confia les modufft dé son fils unique à fbrmei^, pair le conseil dg deux htmmeé ^ui ne les avoient pas meilleuris ) et 4^1 en avoient bien foit leurs pt^uveï:
Un si hoti ma!tl*e ne perdit pas son temps auprès d'un disciple tout neuf encote, et en qui les eleellents principes de fiain^Laurent n'a- Voient pas eu le temps dé prendre de fbrtes raéinea ; quelque tetime et quelque affection qu'il ait ôonservéo toute sa Vie pout cet exeellanl homme, le raVouérai ici avec amertume, parce que tout doit être S»» cï4fféàlavérité,M. le duC d'Orléans apporta au monde une facilité » appelons les choses paf léut noib, une foibljess^ qui gâte sans oaaie tous ses talents , et qui fut à son précepteur d'un merveilleux tisaga toute sa Vie. Hot's de toute espérance du côté du roi depuis la folie d'avoir osé lui demander ëa nomination au cardinalat^ il ne songea plus qu'à possédée adn jeune maître par la conformité à soi. Il le flatta du cdté des mœurs pour le jeter dans la débauche , et lui en faire un principe pour se bien mettre dans le monde , jusqu'à mépriser tous de^ voirs et toutes bienséances , ce qui le feroit bien plus ménàl^er par la roi qu'une conduite mesurée; il le flatta du côté de l'esprit, dont il ]• persuada qu'il en avoit ti^op et trop bon pour être la dupe dé la reli«» gion , qui n'étoit ^ à sOn avis , qu'une invention de politique , et de tout lés temps , pour faire peur aux esprits ordinalrea et retenir las pouplea défis la soumission. Il l'infattia encore de son principe fovori que la probité dans les hommes et la vertu dans les ftmmes ne sont que do» chimèi^S sans réalité dans personne , sinon dans quelques sots en plue grand nombre qui se sont laissé imposer ces entrâtes comme celles de là religion , qui en sont des dépendances , et qui pour la politique sont du même usage , et fort peu d'autres qui ayant de l'esprît et de la eapa*> dté se sont laissé raécourcir l'un et l'autre par les préjugés de Tédu* cation. VoUà le fond de la doctrine de ce bon eoeléiiaBtique, d'où sui* toit la liéence de la fausseté , du mendonge, des artifices , de l'infidélité^ de la perfidie, de toute espèce de moyens^ en un tàot, tout arifoe et «Oélératèsse téumés éUlttabileté , en eftpaeité ) en grttideur , liberté
SBPUIS (URDOUL DUBOIS* 347
•t profondeur d'esprit, de lumière et de conduite, pourru qu'on sût se wolier et manklier à couvert des soupçone et des préjugés corn*mime.
MUlbeufettsement tout oonoourut en 11. le duo d'Orléans à kn cwTrir )« «sur «t l'esprit à cet exécrable poison. Une neuve et première jett«nesse, beaucMip de foroe et de santé, les élans de la première sortie du jouç et du dépit de son mariage et de son oisiveté , l'ennui qui suit kl demièfs, œt amour, si fatal en oe premier âge, de ce bel air qu'on admire âreuglémetit dans les autres, et qu'on veut imiter et surpasser ^ Héfiirahiemeflt dee passions , des exemples et des jeuâes gens qui y ty6uVdi«ïit lèUY vanité et leur commodité, quelques-uns leurs vuea à le faire vivre comme eut et avec eux. Ainsi il s'accoutuma à la débauche^ plus encore au bruit de la débaudie jusqu'à n'aVoir pu s'en passer, et qu'il ne s'y dîvertissoit qu'à foroe de bruit, de tumulte et d'excès. C'est oè qui le jeta à en faire souvent de si étranges et de si scandaleuses , et comme il voulôit l'empctier sur tous les débauchés, à mêler dans sea parties les discours les plus impies et à trouver un raffinement précieux à Mté les débattcbes les plus outrées , aux jours les plus saints , cCmma il lui Arriva pendant sa régence plusieurs fois le vmdredi saint de choix et les jours les plus respectables, t^lus on étoit suivie ancien, outré en impiété et en débauché, plus il considéroit cette sorte de déba,ucfaés| et Je rai vu sans cesse dans lladmiration poussée jusqu'à la vénération poiir le grand prieur, parce qu'il y avoit quarante ans qu'il ne s'étmt oottôhé qu^ivre , et qu'il n'avolt cessé d'entretenir publiquement des mattresses et de tenir des propos continuels d'impiété et d'irréligion* Avec de tels principes et la conduite ea conséquence , il n'est pas surprenant qu'il ait été faux Jusqu'à l'indiscrétion de se vanter de l'être^ et de se piquer d'être le plus raffiné trompeur.
Lut et Mme la duchesse de Berry dtsputoient quelquefois qui dea dénx en savoit là-dessus davantage , et quelquefois à sa toilette devant Mme de Saint-^Simon , et ce qui y étoit avant le public , et M. le du6 da BerTy même ^ qui étoit fort vrai et qui en avoit horreur, et sans que Mme de Saint'-Bimon , qui n'en souffroit pas moine et pour la chose et pour l'effet, pût la tourner en plaisanterie, ni leur faire sentir la porté pour sortir d'une telle indisci^tion. M. le duc d'Orléans en avoit nne infinie dans tout oe qui regardoit la vie ordinaire et sur ce quile regav^: doit itti-mdme. Ce ti'étoit pas injustement qu'il étoit accusé de n'avQir> point de secret. La térité est qu'élevé dans les tracasseries du Palais* Royal ^ dans les rapports, dans les redits dont Monsieur vivoit et dont sa cour étoit remplie, M. le duc d'Orléans en avoit pris le détestable g^t et l'habitude, jusqu'à s*en être fsit une sorte de maxime de brouiller tout le mcnde ensemble, et d^en profiter pour n'avoir rien à efalndre des liaisons, soit pour apprendre par les aveux, les délation» et lès piques , et par la facilité encore de faire parler les uns contre les autres, ce (ht une de ses principales occupations pendant tout le temps. (pi'U fut à la tête des affaires, et dont il se sut le plus de gré, maie qtti , tôt découverte , le i^endlt ôdieta et le jeta en mille fâcheux incoa« fénienu. CcttMil n'étoit pas méchant^ qu'il était même fort éloigné
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de rètre , il demeura dans l'impiété et la débauche où Dubois TaToit premièrement jeté , et que tout confirma toujours en lui par Thabitude^ dans la fausseté , dans la tracasserie des uns aux autres , dont qui que ce soit ne fut exempt , et dans la plus singulière défiance qui n'excluoit pas en même temps et pour les mêmes personnes , de la plus grande confiance ; mais il en demeura là sans avoir rien pris du surplus des crimes familiers à son précepteur.
Revenu plus assidûment à la cour , à la mort de Monsieur , Tennui l'y gagna et le jeta dans les curiosités de chimie dont j'ai parlé aiUeurs , et dont on sut faire contre lui un si cruel usage. On a peine à comprendre à quel point ce prince étoit incapable de se rassembler du monde , je dis avant que l'art infernal de Mme de Maintenon et du duc du Maine l'en eût totalement séparé ; combien peu il étoit en lui de tenir une cour ; combien avec un air désinvolte il se trouvoit embarrassé et importuné du grand monde , et combien dans son particulier , et depuis dans sa solitude au milieu de la cour quand tout le monde l'eut déserté , il se trouva destitué de toute espèce de ressource avec tant de talents, qui en dévoient être une inépuisable d'amusementa pour lui. n étoit né ennuyé, et il étoit si accoutumé à vivre hors de lui-même , qu'il lui étoit insupportable d'y rentrer, sans être capable de chercher même à s'occuper. Il ne pouvoit vivre que dans le mouvement et le torrent des affaires , comme à la tête d'une armée , ou dans les soins d'y avoir tout ce dont il auroit besoin pour les exécutions de la campagne , ou dans le bruit et la vivacité de la débauche. Il y languissoit dès qu'elle étoit sans bruit et sans une sorte d'excès et de tu-r multe , tellement que son temps lui étoit pénible à passer. Il se jeta dans la peinture après que le grand goût de la chimie fut passé ou amorti par tout ce qui s'en étoit si cruellement publié. Il peignoit presque toute l'après-dînée à Versailles et à Marly. Il se connoissoit fort en tableaux, il les aimoit, il en ramassoit et il en fit une collection qui en nombre et en perfection ne le cédoit pas aux tableaux de la couronne. Il s'amusa après à faire des compositions de pierres et de cachets à la merci du charbon , qui me chas$oit souvent d'avec lui , et des compositions de parfums les plus forts qu'il aima toute sa vie, et dont je le détournois , parce que le roi les craignoit fort, et qu'il sentoit presque toujours. Enfin jamais homme né avec tant de t^dents de toutes les sortes, tant d'ouverture et de facilité pour s'en servir, et Jamais vie de particulier si désœuvrée ni si livrée au néant et à l'ennui. Aussi Madame ne le peignit-elle pas moins heureusement qu'avoit fait le roi par l'apophthegme qu'il répondit sur lui à Maréchal , et que j'ai rapporté.
Madame étoit pleine de contes et de petits romans.de fées. Elle disoit qu'elles avoiént toutes été conviées à ses couches , que toutes y étoient venues, et que chacune avoit doué son fils d'un talent, de sorte qu'il les avoit tous ; mais que par malheur on avoit oublié une vieille fée disparue depuis si longtemps qu'on ne se souvenoit plus d'elle , qui , piquée de l'oubli , vint appuyée sur son petit bâton et n'arriva i^'après que toutes les fées eurent fait chacune leur don à l'enfant; que, dépitée de pins en plus , elle se vengea en le douant de rendre absolument, inutiles
DE M. LE DUC D*OIlLÉANS. S49
tous les talents qu'il avoit reçus de toutes les autres fées, d-aucun desquels , en les conservant tous , il n'avoit jamais pu se servir. Il faut avouer qu'à prendre la chose en gros le portrait est parlant.
Un des malheurs de ce prince étoit d'être incapable de suite dani rien, jusqu'à né pouvoir comprendre qu'on en pût avoir. Un .autre, dont j'ai déjà parlé , fut une espèce d'insensibilité qui le rendoit sans fiel dans les plus mortelles offenses et les plus dangereuses ; et comme le nerf et le principe de la haine et de l'amitié , de la reconnoissance et de la vengeance est le même , et qu'il manquoit de ce ressort , les suites en étoient infinies et pernicieuses. Il étoit timide à l'excès , il le sentoit et il en avoit tant de honte qu'il affectoit tout le contraire , jusqu'à s'en piquer. Mais la vérité étoit , comme on le sentit enfin dans son autorité par une expérience plus développée , qu'on n'obtenoit rien de lui , ni grâce ni justice , qu'en l'arrachant par crainte , dont il étoit infiniment susceptible , ou par une extrême importunité. Il tâchoit de s'en délivrer par des paroles , puis par des promesses , dont sa facilité le rendoit pro*digue , mais que qui avoit de meilleures- serres lui faisoit tenir. De là' tant de manquements de paroles qu'on ne comptoit plus les plus positives pour rien , et tant de paroles encore données à tant de gens pour la même chose qui ne pouvoit s'accorder qu'à un seul , ce qui étoit une source féconde de discrédit et de mécontents. Rien ne le trompa et ne lui nuisit davantage que cette opinion qu'il s'étoit faite de savoir tromper tout le monde. On ne le oroyoit plus , lors même qu'il parloit de la meilleure foi , et sa facilité diminua fort en lui le prix de toutes choses. Enfin la compagnie obscure , et pour la plupart scélérate , dont il avoit fait sa société ordinaire de débauche , et que lui-même ne feignoit paa de nommer publiquement ses r<mé9, chassa la bonne jusque dans sa puissance et lui fit un tort infini.
Sa défiance sans exception étoit encore une chose infiniment dégoû,-* tante avec lui , surtout lorsqu'il fut à la tête des affaires , et le monstrueux unisson à ceux de sa familiarité hors de débauche. Ce défaut, qui le mena loin . venoit tout à la fois de sa timidité , qui lui faisoit craindre ses ennemis les plus certains, et les traiter avec plus de distinctions que ses amis ; de sa facilité naturelle ; d'une fausse imitation d'fiienri lY , dont cela même n'est ni le plus beau ni lé meilleur endroit ; et de cette opinion malheureuse que la probité étoit une parure fkusse , sans réalité , d'où lui venoit cette défiance universelle. Il . étoit néanmoins trës-persuadé de la mienne , jusque-là qu'il me l'a souvent reprochée comme un défaut et un {Nréjugé d'éducation qui m'avoit resserré l'esprit et accourci les lumières ; et il m'en a dit autant de Mme de Saint-Simon , parce qu'il la croyoit vertueuse. Je lui avois aussi donné des preuves d'attachement trop fortes, XTop fréquentes, trop continuelles dans les temps les plus dangereux, pour qu'il en pût douter; et néanmoins voici ce qui m'arriva dans la seconde ou troisième année de la régence , et je le rapporte comme un des plus forts coups de pinceau , et si ^ dès lors mon désintéressement lui avoit été mis en
4 . Quoiçuétùau Aéetnléressement loi eût été mis en évidence.
S5Q AVENTURS va FAUX HARQUIS DB RUFFEG.
évidenœ par lot plus fortes eoupftllts ' , cjanome on le Yerfa par la f ttite<
On étûit eu Mttoiima< H. le dua d'Orléans «Toit Êcmgédié lés conatâft pottir unft quiïizaiiit4 j'en profitai poiU' aller passer ce temps à la FeTté ; je Tenois de passer Une heure seul area lui^ j'en ayols pris congé él j'étois revenu eh6a moi , où , pwit être en repos , j'avois fermé ma port«* Att bout d'ttfie heure au plus, on ma Tint dire que Birdn ètoit à la porte, qu'il ne se vouloit point laisser renvoyer, et qu'il disoit qu'il avMl ordre de M. le duo d'Orléans , qui Tenvoyoît , de me parler da S4 part. Il fatit ajouter que mes deux fils avi^nt ehaeua un régiment éê oavaletif , et que tous lei colonels étoient lors par ordre à teurs csotps. Je fis entrer Biron atee d'autant plus de surprise, que je ne làisols que de quitter M. le due d'Orléans. Je demandai donc aveo empressement oe qu'il y avoit de si nouveau. Biron fut embarrassé , et à son tour s^informa où étoit le- marquis de Rt^ee* Ma surprise fut enoOre pkw grande ; je lui demandai ce que cela vouknt dire* Biron y de {dus en. plus empêtré, m'avoua que M. le duc d'Orléàna en étoit inquiet /et l'envoyoit à mot pour le savoir. Je lui dis qu'il étoit À son réglmnnt comme tous les autres, et logé dans Besançon chez M. dé Lévi, qui eommandoit en Franohe<-Gomté. « Mais , me dit Biron , je le sais bien | n'auriez^vous point quelque lettre de lui? ««-^ FOurqttoi faire? répondis** je^ •<« Q'cst que franchement, puisqu'il vous faut tout dire, M< le duo d'Orlésos, mO rendit-il) toiulroit voir de h&à éorituïe* » Il m'ajoute que peu après qUe je l'eUs <|[uitté j là étoit desôeudu dans le petit jardin de Mme la duchesse d'Orléans, laquelle étoit A Montmartre ^ que la compagnie ordinaire, o'est^'àrdire les roués et les p.<«... s'y promet noient Avec lui] qu'il ètoit venu un commis de la poste àteo des lettres » à qui il avoit parlé quelque temps en particulier ; qu'aprèi cela il avOtt i^elé lui Biron ) lui avoit montré une lettre datée de Madrid du mar- ' quis de Rulfeo à sa mère , et que lànleasus il M avoit doUHé sa oqbi« mission de me Venir trouver.
A ce récit je sentis un mélange de colère et de compassion , et je nt m'en contraignis pas avec Biron. Je n'avois point de lettres de mon fils» paroe que je les brûlôis à mesure ôomme tous papiers inutiles* Je char«geai Biron de dire à M. le duO d'Orléans une partie de oe qUe je sèntelfi t que je n'avois pas la plus légère coniiois4anee avec qui que ce fût en- Espagne, et le lieu où mon fils étoit; que je le prioUi instamment de? dépêcher sur^le-Champ un courrier À Beéançon , pour le mettre en repOa par ce qu'il lui rapporteroit. Biron, haussant lea épaules, me dit que tout cela étoit bel et bon , mais que , si >e retrouveis quelque lettre du marquis de RuSec , il me prioit de la lui envoyer sur^lchchamp , et qu'il mettroit ordre qu'elle lui parvînt même à table , malgré Texacte clôturt de ieuiï soupers. Je ne voulus pas retourner au Palais*-Heyal pour y faire une ftôène, et je renvoyai Biron. Heureusement Mme d^ Saint** Simon rentra quelque temps après) je lui oontai l'avepture, Slle trouvn
4 . Épreuves. Le mot coupelle désigne, an sens propre, un vase dont on se sert pour purifier» gHr l'action du fea^ les mélitta de tout alitât*.
AVEmtrRs m tAWL itAHOtT» m mnEc. m
«Ae dèmière lettre dtt mafqUis â« Hufrd<^ que noui enyôyâmêB à Bltlon. Bile p9Tf^ Jusqu'à \Më eomme il m« YàniX dit. M. U dtid d^Orlé&na M jeta dessus àteo empfessemetit. L'àdmitable est ^u'il ne eennoissoif pdlnt ien éeritt»^. Non-^seulemeiit il la regardi, mais il la Int^ «I d^ttdae il la trouva plaisante , il en f égala tout haut sa compagnie , dont ^e détint rentretien , et lai téut ft eeup afTranohi de ses soupçons, k mon retour de la Ferté , je le trourf i honteux avec moi , et Je le rendi» encore davantage par oe que je lui dis la-dessus.
Il revint encore d'autres lettres de ce prétendu marquis de Auffee. Il tot arrêté longtemps après k Bayonne^ à table chea Dadonooul't, ^ui fcommandeit, et qui en prît tout à coup la résolution sur ee qu'il lui vit prendre des olives avec une fourchette. Il avoua au oaohot qui il étoit| et ses papiers déoel^rent le libertinage du Jeune homme qui eôurt U pays, et qui, pour être bien reçu et avoir de Targent, prit le nom ée marquis de AulTee, Se disoit brouillé aveo moi^ écHvoil à Mme ûm sainvsimon pour le raoeommoder par elle et la prier de payer ee ((ii'on lui prétoit, le tout pour qu'on vit ses lettres ^ et qu« cela» joint à oe qu^il disoif de la famille^ le m orolre mon fils et lui en proeurfta les avantages^ G'étoit un grand garçon, bien fait^ avec dé Tesprit, de l'adresse et de reffronterie^ qui étoit fils d'un huissier de Madame, qui oonnoissoit toute la cour, et qui, dans le ddssein quHl avoit pris dé passer Ipour mon fils, s'étoii bien Intbmié de ia famillt pour en pe^kr juste et n'être point surpris. On le fit énfcrmer pour quelque temps. Il avdit auparavant èouru le mt>nde sous d'autres noms. 11 erut que eélui 4e mon flis} dé l'ftge au^el il ae troUVoit à peu près, lui i«iidn>ia davantage.
La curiosité d'esprit de M. le duc d'Orléans , jointe à une fausse idév de fermeté et de courage , l'avoit occupé de bonne heure à ehereher à voir le diable ^ et à pouvoir le iaire parler. Il n'dublioit rien , jusqu'au» plus folles lectures, pour se persuader qu'il n'y a point de [Dieu , 4i il eroyoit le diable jusqu'à espérer de le voir et de Tentretenir. Gè eon^ iraste ne Se peut ûoàiprëhdrê , ta cependant il est extrêmement ctfta* mun. Il y travailla aveê toutes sortes de gens obscurs , et beaucoup avec Mirepéin j mort en 1099, sous-lieutenant des mousquetaires noirs ^ frère atné du père de Mirépoit^ aujourd'hui lieutenant général et che^. valier de l'ordre. Ils jpassoient les nuits dans les éarrièrea de- Yttatrea et de Taugirard ft faii'e dés iiiv6eationi< M. le due d'Orléans m'a avoué qu'il n'avoit jamais |m Venh* à bout de rien voir ni entendra, et sedéprit enflii dé cette folia. de ne fut d'abord que par complaisance pour Mme d'ArgentOB , mais après par Un réyèil de curiosité, qu'il s'adonne à foire rsgitfder dans Un verre d'éau le présent et le futur, dont j'ai Ta^p<>rté sur son récit des ehoees singulières-, et il n^étoft pas menteur. Faui et mentenr, quoique^ fort Voisins, ne sont pas même dhoSe) et quand il lui arrivoit de mentir, ee n'étoit jamais que, lorsque pressé suar quelque promesse ou sur quelque t^ij^e^ 11 y avUit reooiurs malgré lui pour seM* d'un mac^aié pas.
Quéique aèM aous soycms souvent paM Éuf la région f va ^ tant qi» j'ai pu me flatter déqàelitue èapèiaaaeda leraaiêaer,. je tialéWMiar