QUEL ÉTOIT H. LE DUC D*ORLÉANS
de tous sens avec lui pour traiter cet important chapitre sans le rebuter , je n'ai jamais pu démêler le système qu'il pouyoit s'être forgé ^ et j'ai fini par demeurer persuadé qu'il flottoit sans cesse sans s'en être jamais 4H1 former. Son désir passionné , comme celui de ses pareils en mœurs y étoit qu'il n'y eût point de Dieu; mais il ayoit trop de lumière pour être athée , qui sont une espèce particulière d'insensés bien plus rares qu'on ne croit. Cette lumière l'importunoit ; il cherchoit à l'éteindre et n'en put venir à bout. Une âme mortelle lui eût été une ressource; il ne réussit pas mieux dans les longs efforts qu'il fit pour se la persuader. Un Dieu existant et une âme immortelle le jetoient en un fâcheux détroit , et il ne se pouvoit aveugler sur la vérité de l'un et de l'autre. Le déisme lui parut un refuge , mais ce déisme trouva en lui tant de combats , que je ne trouvai pas grand'peine à le ramener dans le bon chemin , après que je l'eus fait rompre avec Mme d'Argenton. On a vu avec quelle bonne foi de sa part par ce qui en a été raconté. Elle s'aceordoit avec ses lumières dans cet intervalle de suspension de débauche. Mais le malheur de son retour vers elle le rejeta d'où il étoit parti. U n'entendit plus que le bruit des passions qui s'accompagna pour retour- <yr encore des mêmes propos d'impiété, et de la folle affectation de rimpiété. Je ne puis donc savoir que ce qu'il n'étoit pas , sans pouvoir dire ce qu'il étoit sur la religion. Mais je ne puis ignorer son extrême malaise sur ce grand point , et n'être pas persuadé qu'il ne se fût jeté de lui-même entre les mains de tous les prêtres et de tous les capucins de la ville, qu'il faisoit trophée de tant mépriser, s'il étoit tombé dans une maladie périlleuse qui lui en auroit donné le temps. Son grand foible en ce genre étoit de se piquer d'impiété et d'y vouloir surpassw les plus hardis.
Je me souviens qu'une nuit de Noël à Versailles, où il accompagna le roi à matines et aux trois messes de minuit , il surprit la cour par sa continuelle application à lire dans le livre qu'il avoit apporté , et qui parut un livre de prière. La première femme de chambre de Mme la duchesse d'Orléans, ancienne dans la maison, fort attachée et fort libre, comme .le sont tous les vieux bons domestiques, tran^ortée de joie de cette lecture , lui en fit compliment chez Mme la duchesse d'Orléans le lendemain , où il y avoit du monde. M. le duc d'Orléans se plut quelque temps à la faire danser , puis lui dit : « Vous êtes bien sotte , madame Imbert ; savez-vous donc ce que je lisois ? G'étoit Rabelais que j'avois porté de peur de m'ennuyer. » On peut juger de l'effet de cette réponse. La chose n'étoit que trop vraie , et c'étoit pure fanfaronnade. Sans comparaison des lieux ni des choses , la musique de la chapelle étoit fort au-dessus de celle de l'Opéra et de toutes les musiques de l'Europe ; et comme les matines , laudes et les trois messes basses de la nuit de Noël duroient longtemps , cette musique s'y surpassoit encore. Il n'y avoit rien de si magnifique que l'ornement de la chapelle et que la manière dont elle étoit éclairée. Tout y étoit plein; les travées de la tribune remplies de toutes les dames de la cour en déidiabillé, mais sous les armes. Il n'y avoit donc rien de si surprenant que la beauté du spectacle , et les oreilles y étoient charmées. H. le duc d'Orléans aimoit
SI7R LA RBUaiON. 358
extrêmement U nuAique; il la saTOit jusqu'à composer » et il s'est mdme amusé à faire lui^mâme uœ espèce de petit opéra , dont La Fart fit les Yers, et qui fut chanté devant le roi; cette musique de la cha» p^é étoit donc de quoi l'occuper le plus agréablement du monde , indépendamment de Tacoompagnement du spectacle si éclatant , sans avoir recours k Rabelais ; mais il folloit faire l'impie et le bon compagnon.
Mme la duchesse d'Orléans étoit une autre sorte de personne. Elle étoit grande et de tous points majestueuse ; le teint , la gorge , les bras admirables ; les yeux aussi; la bouche assez bien avec de belles dents, un peu longues ; des joues trop larges et trop pendantes qui la g&toient , mais qui n'empêchoient pas la beauté. Ce qui la déparoit le plus étoient les places de ses sourcils qui étoient comme pelés et rouges , avec fort peu de poils ; de belles paupières et des cheveux chltains bien plantés. Sans être bossue ni contrefaite , elle avoit un côté plus gros que l'autre , une marche de côté y et cette contrainte de taille en annonçoit une autre qui étoit plus incommode dans la société, et qui la génoit elle-même. Elle n'avoit pas ntains d'esprit que M. le duc d'Orléans , et de plus que lui une grande suite duis l'esprit ; avec cela une éloquence naturelle , une justesse d'expression, une singularité dans le choix des termes .qui coulott de source et qui surprenoit toujours , avec ce tour particulier à lime de Montespan et à ses sœurs , et qui n'a passé qu'aux personnes de sa familiarité ou qu'elle avoit élevées. Mme la duchesse d'Orléans disoit tout ce qu'elle vouloit et comme elle le vouloit , avec force délicatesse et agrément; elle disoit même jusqu'à ce qu'elle ne disoit pas, et faisoit tout entendre selon la mesure et la précision qu'elle y vouloit mettre; mais elle avoit un parler gras si lent, si embarrassé, si difficile aux oreilles qui n'y étoient pas fort accoutumées , que ce défaut , qu'elle ne paroissoit pourtant pas trouver tel , déparoit extrêmement ce qu'elle disoit.
La mesure et toute espèce de décence et de bienséance étoient ches elle dans leur centre , et la plus exquise superbe dans son trône. On sera étonné de ce que je vais dire , et toutefois rien n'est plus exactement véritable : c'est qu'au fond de son âme elle croyoit avoir fort honoré M. le duc d'Orléans en l'épousant. Il lui en échappoit des traits fort souvent qui s'énonçoient dans leur imperceptible. Elle avoit trop d'es« prit pour ne pas sentir que cela n'eût pu se supporter , trop d'orgueil aussi pour l'étouffer ; impitoyable avec cela jusqu'avec ses. frères sur le nmg qu'elle avoit épousé , et petite-fille de France jusque sur sa chaise percée, M. le duc d'Orléans, qui en rioit souvent, l'appeloit Mme Lucifer en parlant à elle , et elle convenoit que ce nom ne lui déplaisoit pas. llle ne sentoît pas moins tous les avantages et toutes les distinctions que son mariage avoit valus à M. le duc d'Orléans à la mort de MonaieuT ; et ses déplaisirs de la conduite de M. le duc d'Orléans avec elle , où toutefois l'air extérieur étoit demeuré convenaUe , ne venoient point de jalousie , mais du dépit de n'en être pas adorée et servie comme une divinité , sans que de sa part elle eût voulu faire un seul pas vers lui , ni quoi que ce fût qui pût lui plaire et l'attacher , ni se contraindre en quoi que ce soit qm le pouvoit éloigner , et qu'elle voyoit distinctement qui
8M CARACTÈRE M LA BDOIEflSI D*ORL£aNS.
ramgtaolt. Jaoui» da sa p«rt en luoim temps mu d'aocutillint, é^ pi^ niàànt pou^ lui , de teniili^ , de ettte. Mbtrté d'uike feiÉine ifol fit btefi afM BMi lÉiari , et toujoun r«o«y«lit n» af anocs kroo froid , et uAt «oiti di stipériorité de grandeur. C'eet une des ehoees qui avoient le plut ékiigiké M. le duc d^Ûrléans d'elle, et dont tout ee que M « le due d*Oriéasie y mit de son oôté après leur vrai aooommddem^t put mdins [trlomplnr] que la politique ^ que les besDlns d'Une patt^ lès vues de ^attire omefièrent, laquelle encore ne réussit qu'à dèmii Pour sa cour^ oat t}*eet ainsi qu'il falloit parler de sa maisdn et de tout ee qui alloit elitte «He , e'étoit moins une oour qu'elle vouloit qu'un culte ; et je orei» pou^ei^ dire ayee rérité qu'elle n'a jamais trouté en sa vie que la duchesse da Villeroy et moi qui ne le lui en ayons jamais t^endu , et qui lut ayoïte toujours dit et fait ordinairement faire tout ce qu'il nous paroiisoit à propos. La duobesse de Villwoy étoit haute , franche , libre , et le U«a , ôomme on l'a yu , entre Mme la duchesse de Bourgoj^e et elle , et mol le lien entre elle et M. son mari $ cela pouyoit bien entrer pour beauiooup dani une pareille exception. Mme de Salnt««imon ^ qui ne la gàtoit pas non plus, n'ayoit pas les mêmes occasions ayec elle, jusqu'au mên liage de Mme la duoheise de Ëerry.
La timidité de Mme la duchesse d'Ciléa&s Atoit en même temps extrèflae. Le roi l'ett M% trouyer mal d'un eeul regard un peu sétêre^ et Mm« de Maintenon peut-être aussi ^ du moins trembloit-eUe detant elle^ et sur les ehoses les plus communes , et en public , elle ne leur répondott jamale qu'csi balbutiant et la frayeur sur le visage. Je àiû rêpondoit , car ^ prendre la parole ayee le roi surtout , cela étoh plus fort qu'elle. Ba i4e, au reste, étoit fort languissante dans une trè»4éfme santé» solitude et lecture jusqu'au dîner seule , ouyrage le reste de la journée , et du mond9 depuis cinq heures du soif qui n'y trouyoit ni amutuneni id liberté , parce qu'elle n'a jamais su mettre personne à son aise. Ses dent flores furent tour à tour ses favoris. Jamais de commeree que de tare et sérieuse bienséance avec Mme la duehesse du Maine ; ayec ses sciure , en a yu ailleurs comme elles étoient ensemble, c'est-à-dire point dtt tout. Lorsque je commençai à la yoif , le fayori étoit son petit jMit« C'est ainsi que par amitié et âge elle appeloit le comte de Téuiouss. Û là yoyoit tous les jours ayec la compagnie , asses souyent dans son cabinet Ayec elle. M. du Maine, ce n'étoit alors que par yisltes peu fréquentes, et encore moins ayec la compagnie. Ses yues l'en rapprochèrent aprèt le mariage de M. le duc de Berry $ et depuis la mort de ce prince, il la ménagèoit, mais pour s'en foire ménager, et de M. le duc d'Ûrléans ptr elle un manège mieryeilleux. Pour moi je ne la voyois jamais quand la eompagnie ayoit commencé. G'étoit presque toujours tête à tête, souvent avec M. le duc d'Ûrléans , quelquefois , mais rarement surtout ayant la mort du roi , avec M. le comte de Toulouse , jamais avec M. du Masne» Ni l^un ni l'autre ne metunent jamais le pied chez H. le due dfOrlêaae qu'aux occasions } ni l'un ni l'autre ne l'aimoient. Le duc du Maine ayoit peu de disposition , intérêt à part, à aimer personne. Il épousa ensvM les sentiments de Mme de Maintenon , et on a vu après ee qu'il tôt toi pour éleigMr M* le dtio d^Orlèans des dvoiti de sa niieBiiute, «t m éA^
CARACTÈRE . 2» %k ]$8CH19S« D'oRLÉANS. 666
ftîriiti sovirerain pdvféir. Le oôtntd d« TouloufB froid , fticf&iât ttfie ^ié tovte difiîàrantil , et ti^â|)pn)U'raat ))as «elto d« M. le duo d'ôiftetif , tmohé Ae»dé]^aiBiTs ds s» sœvUr^ «t relmUpftr 1«« n60t»iiteàleiheiits dtt i^» Je li'ai reftiarqué depuis ^ hài dans tcru^ leé Vêtap» qufe YériU , koflâdu)' ^ éonéttiié ts^ge, et devoirs de lut A M. }« du(> d'Orléànê-, ftaâS q^e dm choses se seient polisséds jusqu'à Maison et ftwitié.
Mine la diicheese d'Orléans ayoit une mfttèoil dont 8llé tke falsdt d'ttsagé f«e pout leurs fo&ctiens et gfoàsif sa coût*. Blld n'«fi fàk^it ^s darantage de 4e qui la rem{dtssdit le plus fioute&t. Ainsi je m m'ar^terai qu'à ee trô»-peu dé pereonûes qui avoiéftt pris du erédil sut •611 espf it. Celui de Saiiii«'Piem , sou premier éouyer ^ lui atoit imposé par nu flegme 4e sénateur ^ et un iiâpérieizs slleneë qu'il ne fompoit gtièvB que pour prononcer des seutenoes et des mÀxlfues. G'étôlt Un t&^ iriguit â*uû es^^t fort danf*ef eux -, duquel elle se dévoit d'autant pltfè déâer que, fiour êùn coup d'eséai^ ee éage Tatôit brouillée éVé6 M. lé ûm d'Orléans sur U oompegnie de ses QeM^Buièsftâ qu'eut Kàtidré, et oti^ "voulut emportes^ do hante lutte 5 jusqu'à teârtÈêtt^e mMi'Mihë U duchesse d'Oiiéâlis qui reu dédommagea, fioti de k p]^>omi«sê Ififtis d« lar prétention, psif H, ehargo de son prennef éëuyer q^e la Éiôft dé Fontaine^Martel fit taquér peu Slprés. M. le duo d'Orlétinë tbvolt défendu 4 Saint^Pierre de mettre le pied ehes lui. Saint-Piéfré s'en lâoqudit ^ et partit de lui aVec la dernièire i<)S(^enee, tféltant la chose dé éoufoMé à oouroune. Il ne âaiguia en aucuft temps faire un seul pés vé^s té piiiwe, dont la fbibleese trouva plue eommode dé le mépriser. Ge lut un pemideui ouvrier efttro le fàari et 1» femme, et en tout ée qu'il put àU dehoro contre M. le duo d*0rïéàns. S& fèmtfie , bonne demôièelle de Bretagne , qui avoit été fort jolie et tbH aventurière , raii* et le jeu ibrt étourdis , aiftis aveo de l'esprit et de Tart , àpftisoit M. le due d'Orléètùs A fMroè de bàdiâàges et dé mauéges; G'étoit elle qui avOit introduit ëùû inafl , lequel avoit été Oassé de Oftpitàine de vaisseau , pour avoitf mis H •édition dans la marine , lorsque le roi y voulut établir l'éôolé du ^etit Renault. Gomme eela est ^neien et ohétif, je n'ai jamais m oommeul Mflie de Baint^riorre s'étolt ihtroduite elle^mé&e ^ mais en peu de ietupé ltt»e la duohessé d'Orléâhs ne s'eti put passer ni lui rien refUsé»; eelft A ' duré bien des %unéOS, et l'ftti&itié et Ift familiarité toujoufs. Elle étôft gaie, libre, plaisante^ savoit toutes les galanteries de la éoUr, Ot la BÉfiilleufe eréatuni du monde. Marly le» tetàta^ Mflàe la duchesse d'O!^ léabs y fit rimpossible , et ne Se rebuta peint peûdam pluftietL*s aiinéMi Bile y ééhoua toujours. 8asnt«'Pierre étoit un tria-petil ^eùtilhositu^ do haëse Nanoandio, si tant est qu'il le fftt hien , et le toi ^i s'en Informa A'ail voulut pas ouïr parler pour Marly, pour manger ni pour ont^of dans lés oam-oBses: Ge fut le ver rongeur des âaint-Pievre qui , uoh «oments de s'être ennchis et placés , vonloient faire les saigàeiirs.
l'ai dit aillcuTs Un mot dé Mme de Jussae , qui ét^t ttné fémfflU dii pt^emiet mérite en totit geute et du plus aimable) al&j^ je &'eii i^diral tien ioii
La duohesse Bferee étoit celk q«i posiédoit le plus le oœuf et l'esprit 4e Mme la dfMMSse d^ûrléans. C'étoH sa eousiiiO gema^ne^ Mco&de
356 DUCHESSB SFORCE.
fille de Ifme de Thianges, aœur de Mme de Montespan, qui raydt mariée fort jeune à Rome au duc Sforce en }676 , qui mourut sans enfants en 1685 à soixanté-si^t ans , yeuf en. premières noees d'une Colonne, fille du prince de Garbognano. Il étoit cheyistUer de l'ordre, qull avoit reçu en septembre 1675 par les mains du duc de Nevers à Rome , avec le duc de Bracciano. Sa mère étoit fille du duc de Mayenne , obef de la Ligue , et il étoit le neuvième descendant de père en fils de ce fameux Attendolo, qui de laboureur de Gotignola devint un des plus grands capitaines de l'Europe, seigneur et comte de sa patrie, avec d'autres grands Ëtats, gonfalonier de l'ËgUse et connétable de Naples sous la reine Jeanne , et qui établit une puissante maison. Il prit le nom de Sforza d*un sobriquet sur la force de corps , sur ce que , résistant avec insolence à son général Albedc Balbiano sur le partage dn butin , Balbiano lui demanda s'il vouloit usar meeo forxa , et qu'il feroit bien de prendre le nom de Sforza qu'il prit en effet , et le fit paaser à sa postérité. De Bosio , son puîné , est venu le duc Sforce qui donne lieu à cette remarque, dont le frère aîné fut duc de Milan, par son mariage avec l'héritière fiUe du duc Philippe-Harie Yisconti. Son fila Galeas-Marie successivement gendre du marquis de Mantoue et du duc de Savoie , fut tué jeune et laissa le duché de Milan à son fils Jean* Galeas tout enfant sous la tutelle de son frère Ludovic , si connu par le aumom de More , qui le maria à la fille d'Alphonse , duc de Caùbre , depuis roi de Naples , l'empoisonna après et usurpa le duché de Milan sur son petit-neveu Francis qui ne fut point marié ; et tous deux moururent en France : celui-ci , abbé de Marmoutier ; Louis le More à Loches, dans une cage où il vécut plusieurs années, et où Louis XII l'avoit fait enfermer , après l'avoir fait prisonnier. Son fils aîné rentra ensuite dans le duché de Milan , et en fut encore dépouillé , et vint achever sa vie à Paris sans alliance. Son frère François fut plus heureux. Il fut rétabli à Milan , et mourut sans enfants de la fille de ce Ghristiern , roi de Danemark , fameux par ses insignes cruautés et sa catastrophe . et d'une sœur de Gharles-Quint. Il y a eu d'autres branches tant légitimes que bâtardes de ces Sforce qui ont eu en Italie des établissements et des alliances considérables. Je n'ai pu refuser ce petit écart de curiosité avant d'en venir à la duchesse Sforce,
Bile étoit belle , sage et spirituelle , et plut assez au roi àson retour pour donner lieu à Mme de Maintenon de l'écarter. G'étoit encore assez qu'elle fût nièce de Mme de Montespan , et qu'elle en eût ce langage singulier dont j'ai parlé plus d'une fois. Il se forma dans les suites une liaison de convenance entre elle et Mme la duchesse d'Orléans , qui parvint au dernier point d'intimité et de confiance , jusqu'à ne pouvoir se passer l'une de l'autre , qui a duré tant que la duchesse Sforce a vécu , dont Mme de Gastries , leur cousine germaine , fille de M. de Vivonne et dame d'atours de Mme la duchesse d'Oriéans , qui avoit bien plus d'esprit , et le même tour que Mme Sforce , mouroit de jalousie. Mme Sforce avoit de l'esprit, comme il a été remarqué , mais sage , sensé , avisé , réfléchi ; bonne «t honnête par nature , éloignée de tout mal , et se portant à tout bien, et cette intimité avec Mmo la duchesse d'Orléans fut un bonheur pour cette
CARACTÈRE DE LA DUGQSSSE ^ORCE. $57
pmiûesae, pour K. le duc d'Orléans et pour toute cette hraaclie royale. Elles passoie&t leur yie ensemble , et dinoient presque tous les jours tête à tète. Son ext^ieur droite sec, froid et haut, avoit du r^utantt. EUe, aimoit à gouverner. Tout montroit eu elle une rinçure de la princesse. dés Ursins. Mais perçant cet épidémie, vous ne trouviez que sagesse ^ mesure, bonté, politesse, raison, désir d'obliger, de concilier, surtout vérité , sincérité , droiture , sûreté entière , secret inviolable ; assemblage si précieux et si rare , surtout à là cour , et dans une femme. Elle étoit glorieuse sans orgueil et sans bassesse, c'est-à-dire qu'elle se sentoit fort, et qu'elle se conduisoit avec réserve et dignité loin de toute prostitatibn de cour, où aveo cela elle se faisoit compter, quoique en allant fort peu.
. < Li^ parenté que j'avois avec elle par sa mère , sœur de Mme de Monteëpan , m'en attira des honnêtetés , rares parce que ]m>us ne nous renecmtrions guère , plus ordinaires à Mme de Saint-Simon , qu'elle voyoit souvent chez Mme la duchesse d'Orléans. Aussitôt qu'après le congé donné à Mme d'Argenton, je fus en commerce particulier avec Mme la duchesse d'Orléans, Mme Sforce me fit des avances de liaison auxquelles je répondis à son gré. Je ne la connoissois point assez pour être prévenu de tout son mérite , mais sur ce que j'en avois appris , et sur ce que je savois de son intimité avec Mme la duchesse d'Orléans et sans partage , je crus utile au maintien du raccommodement que je venois de faire avec tant de peine, et à tout ce qui pourroit survenir de vues et d'affaires à M. le duc d'Orléans, de vivre dans l'intelligence qui m'étoit offerte. Bientôt après nous être un peu connus , et Mme de SaintrSimon quelquefois en tiers , ou seule avec elle , quoique rarement depuis cette époque y elle nous plut tant et nous à elle que l'amitié et la confiance suivirent bientôt y que rien depuis n'a pu affoiblir. Je ne parle point de la diiçhesse de Yilleroy, dont j'ai suffisamment fait mention ailleurs, et qui mourut peu de jours avant Monseigneur. Ainsi au temps où nous 9omjnes , il n'étoit plus question que de la regretter il y ayoit longtemps.