‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 174 sur 232 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Vte oîâiûairé' de M. pe doc] et de Mme la ducheasis d^Orféàns. — Caractère de Mme la duchesse de Berry. -» Caractère de la Mouehy et de son mari. -^ Caractère de Madame. ^^ Embarras domestiques de M. le duc d'Orléans. •» SinguUer manège du maréehal de VUlerby avec moi. •» Caractère du maréchal de YiUeroy.

L'abi^iMion total qui faisoit de la cour la [plus parÊûte solitude pour M. le duc d'Orléans, la paresse de Mme la ^uchetsse d'Orléans qui ne croyoit pas devoir faire un pas vers personne, et en qui l'orgueil et la paresse étoient au dernier point, et parfaitement d'accord pour attendre tout SUIT son trône sans se donner la moindre peine, rendoit leur vie languissante , honteuse, indécente et méprisée. Ce fut une des premières jfhoses à quoi il fallut remédier. Tous deux le sentirent , et il faut pourtant dire que Mme la duchesse d'Orléans, une fois con^vaiaoue et ré-

3M mÉ^ ûsmmMBM m ifoc

8éi«<f 9*f pêfU ««M fHuê d» OQumg* «t d» suite que M« H ^v»&?0r* lèSASs H dis de coiifâg*, fM les mortiSoationB oontmucUM que m» evgiieâ eut à t seuyer dans dé long» essais peuv eotftir de oet état. Matly ^ e^ M paeseit preeque la moitié de Tannie, et où les damea ne maa»* geeieftt ploe depuis longHasp^ avee le foi qu'à souper, et où la tiMe éè ■tte la dtieheese de Bôar^^gne , et les fréifuenta rétoiirs de ohass* dp H»Melf|nefir et des deax prlneei^ ses fi}» étoient dieparos avec «m , don» moytn à Mtee la duohesse d^pléans de reoberoher d« motulepowr 9e» dtnefft. G^sft ee qu'elle entreprit dès avant la mort de V * le d«e de. Bevrf aVee peti de siiecèe^ Lei dames qti*e^ invitoH , ou par les sienpaa ou lé plus souvent par^Ue-mtee, étaient fertiles en exottsee* On redoutait la compagnie de M. le duc d'Orléans. Les plus avisées épioient ses to^ire à Pai44 pour «Uher okez Mtnfe sa femme « et s*eB tenir quittes apré^ pctur hm^émpe. On eraig[tidit le roi 5 o^est>à*dii<e Mme de Maintenon, ai ka plus au lait ; M. du Maine; et ees refus se soutiiireiit longtemps ^ oeiMua à la mode , jusque-là qu'ob ehereSioît à se disoulper et d'y être laiasè entrailles, par la préme qvt^oil en av«oit essuyée ^ et qui ue poùvoit ploa deiiner lieu à de plus longs refu^. Lee hcmimes étoient encore plus um» Bai*ras8ants que les fcôàmes, pei^eo que le rang de patite-^fille de 7nime< n'en permettoilà leur taMe que de titrés.

Mme la duehesse d'Oriéaâs, qui sentit enfid» l'importance de tiOÊ/pm UAO si indécente barrière qui là sépai^oit du monde , à oaase de M. ioui mari , et qu'elle iie pouvoit rappï^iser avee elle sans le rapprofèbeip d« lui , no se rebuta poiiïf , et prit les manièfee les pkis oonvenables autuné qit*il fut en elle pour fendre eee glaces et faire fieufir sa table et soâ a|rpartemeni. Le travail fût également dégoûtant et opiniftti^ ) mais eciAu il^ réussit. On s'enhardit enfin les uns à FetefUple deê autres ^ et ï$ Aèmîbre q^i s^atigmenta pcto à peu â'appuya sur lo âombre m^ue po«ËP s'appuyer et S'augmenter de plus en ^us. Lèi table étoit exquise, et ^ eonfra^nte à la fin, tout respect ert décence gardés^ y devint peu'p<^v ee)|rtfl»Ift. Ift. le duc d^O^Iéans y comMi la liberté de ses discours 5 & if y mit peu à peu à coûvetser ijuand il a'y trouvoit point de véritable contrebande, mais de choses publiques, générales, convenables, incapables d'embarrasser personne ûilui-aoéme. Souvent des tables de jeu sui- VPieAtte repa?, ^tr^teiîoiemJaçoiijpguiQaveQ ceUe oui.s^ry.woitiJW^ qu"^^ n^eufe .^i\ &^Ofj^. Ou s^. Jk^u^ «ufîn ]^e^uj^\{p .^ ôç^.^^s; 6n

& ^^o»fta de la ^répugAa^ioe q^'m y «voU fm^ v qh m t»eu,va, i l'aide. ce que la jbûî |et:} Mme deMaifilanon» y paaoiaaoiMit iuidiffiënattlaf on eut honte d'avoir mal à propos appréhendé de leur dêpiairo.Mais 1» sukni, pour tout cela , n'en devint pas plus favorable à M. le duc d'Orléans. A oes dfnérs, c'étoit ches une Mtarde du roi « oÀ n'y étoit aviso M.- le dttodTOrléius que p«»> oeea^u, on étoit invité, rkfu dotout eek darié U salon , où le trôê-çrand nombre en hommes qui n'étoit poltit de eeé dîners éteH demeuré dans la même réserve avec lut, où il étoit némé évité de presque tous oeux qnà sortmént de sa table, sans que cela ait pu éétouguf il son égard , {usqu^ft restrémité de Ù maladie du roi.

Soti eunui > meuoit souvetitt à Paris foire des éoupers et des Mtrtieà de4éba«eh«^ Ofttfte&oit do lee^ éloigner pard^très ptr^ aveo Mmela

dvchMft d'OPliaiiB à SaôiMloud: et à l*Stotk , la pio» gMtlâo petite nuiiou qv» 1« fui avoh donnée il y atoit iQngUmpê à ifme la ^uêfe[4M# d^rJéftnp , dans le para de VerBaiHe», qu'eue aroit uanmiMé^ k liâÊma^ d» mande , en qufâ aUe avoit if gedt fort hùù, SUe siiâaH la tAltla , le» ariaviés Ji^ittoiettttoaa^ et ^ tablé c^étut tout une autre fMtfBOBDii, Ift^e^ gaie, flxttlantey clnzmai&te. M. le due d'OFléans B'aiftioit q^ la iMruH, et MPMBe il M mettait en pleine literté dasis eea sortetf de ]^âiFti#a) c» ôtoH fort çantraûit sur le abois des ooftti^es , dont les oreille et !a |^e«' li^uè atupineiit été égaleiqent embarvassées du peu de mesure de saa proposc) at leurs yeux fort ét<»més de U Toir s'eniTrer tout seul dès les oomaifnoeiBeiits du repaa au MâUeu de toUs gens qui ne soageoient qu'à skmasef et à se réjouir bonaétement , et dont pas un n Y appiKxsba ja^ mais de Fi^rvesse/Parmi cette via qui fut la même jusan'à-U fia du roi, Les attentiema 4t les eiabarKa ne manquaient pas; o^esttca] qu^on tàcbenl dé dé¥flk){qier après que y peur le miepx entendra^ on aura ex|K)sé l'état; intèrieuF de la ûimille de M. le due d'Orléans ,■ qui «lors ne oonslstoil qu'en ICme la duchesse de Berry et lladame*

On a pu sentir qùeUe étoét Mme la duchesse da Bef ry en plusieuril tn^' droits de oea Mémoires^ mais on la verrâ bientôt feire un persofinaga st singMlier en soi, et par rapport à It s^n pér0> deTonu rég«it 4« lostaume^ que je ne^raindrai point quelqua légère répétition po«r la faba coimoUra autant qu^il esi néoessalre^ Qette pnmaesse éteit grande « hafle, bien faite, avea toutefois asseï peu de gréée, et quelque abesë. daiaaleayeux qui l^isdt traip&dre ce qu'elle étoit. Bile n'avolt pa^moiiia qpi«.pèreet nièraladonâe la parole, d^ne facilité qui eouloit de souree, oemme en eux, pour dire tout ce qu'elle ^uloit et «omme eâe le VouleHî dm a:ree une uAX^^ une pf^oieien, une juateesé, un e^oix de termev e« une siiigularité de tour qni surprcsnoit toujours. Timide d'un aôté en bagatelleav hardie dHin autre jusqu'à efl^ayer, haute Jusqu'à la folir^ basse aussi insqa'à la derniève Iftdéoenee, il se pont dira qu^i ravariea pH^, «Ue était un modèle' de tous leaviee8,^qiit éte^ d'autant plnsdsng^reui qi^qn ne pèuvoit pas av<»r pluad'ftrkni plus d'espr^. Je n'ai p«| aoceutuÉBé de charger le» tablesiax^ué jQ suiso»bligd de^présentet pour l^^iâligpenea dea ohàsea/eten à'aperoetrà «Isémeœtt oomien )a suii^ ééseifienMBt réserré sttr les dames, gt sur toufte galanterie quîn'a |Km$^ une nshition indispeBsablia à ce qili doit s'appieler iiiq>09tant. H lé s«n^ iei plus que émr qid que ce soit ^r ismouv^prêpre , quand o» ne 8ef<»it pas^ pnrrcspeat duaeieàt dignité de lia ])^soxmer la part si «eosidérable quis yai euaa» matiaga de Mme 0^ duéhesse de Berry, e« la pldU}eqU« Mme de fiaint^lBBen , qubi^ blenmalgré «^et malgré moi jr si ocouj^ etoonaarvéa anprèa d'éûe jusqu'à lamort de cette princeaseyseroienti pour meidtf trep fortesiralsons de «lenee^ si 4e ^iSkifAce ne|eialt pasdea* téfiàbra^ surtèiirte la suite de ce qui fait FbHtoirede ce tempe, dOBtl^nbsttqarité oewfriroit la T^ité. &aat donc k la réiité que Je sacrifie c^ qu^ en va ooAter à I^mouiwpropre) ei atec la même i»épité au^ ()U« je <^nd que si J^antfia GOniiaau seufement s<»iipeonni dan# oeite |«î^9ttiei une partie douiiB: tout ne tarda guère à se dé>véleppev aprèa son marit:ge , eLtaajflaiirftd«.pUiii.ea9hia depude, fcmaiaeUe4à^tél4duohesi»d#Ili<»y:

SM) CARAGTÈAB DB LA mJCnBSSS Iffi BBRRY.

. U est ici nioessa&re de se sontreoir dé ce souper deSaini-Gloud si mmédiat après ses noces (t. Y, p. 343) et de ce qui est légèrement , mais ifiteUigiblem^U toucké du voyage de Harly qui le suivit detsi près; de cet emportement contre l'huissier qui par i§^0FBnce avoit- chez elte (t. VI, p. 7) ouvert les deux battants de la porte à Mme sa < mère; de son désespoir et de sa cause à la mort de. Monseigneur; des .fols et effrayants aveux qu'elle en fit à Mme de Saint^Sinùm , de sa haine pour Mgr [le duc] et surtout pour Mme la duchesse de Bourgogne ^ et de sa conduite avoc elle , à qui elle devoit tout , et qui ne se lassa jamais d'aller au-devant de tout avec elle ; du désespoir de lui donner la chemise et le service lorsqu'elle fut devenue Dauphine , de tout ce qu'il fallut employer pour Vy résoudre , et de tout ce qu'elle avoit fait pour en empêcher M. le duc de Berry malgré lui , et pour Le hrouiUer contre son coeur et tout devoir avec Mgr pe duc] et Mme la duchesse de Bourgogne (t« VI ^ p. 10); des causes de l'orage qu'elle essuya du roi et de Mme de Maintenon (t. VI, p. 8) , et qui ne fut pas le dernier; de la matière et du succès de l'avis que la persécution de Mme la duchesse d'Orléans et' le cri public , tout indigne qu'il étoit , me força de donner à M. le duc d'Orléans sur elle (t. VI, p. 148), de l'étrange éclat arrivé entre elle et Mme sa mère sur le procédé des perles de la reine mère , et sur une pernicieuse femme de chambre qu'on lui chassa (t. VI, p. 217); de celui qu'elle eut sur les places de premier écuyer de M. le duo de Bërry , et de foture gouvernante de ses enfants (t. VI , p* 226) , et enfin de ce qui a été touché (|. VII , p. 54) , le plus succinctement qu'il a été possible de la Caçoa dont eue étoit avec M. le duc de Berry , et des sentiments de ce prince ' pour elle, lorsqu'il mourut; de toutes lesquelles choses Mme de Saint- Simon a vu se passer d'étrao^es scènes en sa présence , et refu et calmé d'étranges confidences de M. le duc de Berry ^ enfin de- ce qu'on a vu combien elle se piquoit d'une. fausseté parfaite,. et de savoir merveilleusement tromper , en quoi elle exœlloit m^e sans aucune occasion.

£jle fit ce qu'elle i^ub pour dter/Umte religion à M. le duc de Berry, qui en avoit un vérilable fond et .'une grande droiture. Elle le perséeutoit sur le maigre et sur le jeûne, qu'il n'aimoit. point, mais qu'il oJbsecvoit exactement. BÛes'en.moquoit jusqu'à lui.en avoir fait rompre, quoique: rarement, à force d'amour, de complaisance et d'embarras de ses aigres plaisanteries.,, et comme cela n'artivoit point sans combat et sans qu^on ne vît avec quelle peine et quel scrupule û se laissoit aller , c'àtoit encore sur cela même un redoublement de railleries qui le désoloient. Son équité naturelle n'avoit pas moins à souffirir des emportements avec lesquels elle • exigeoitdes ii^ustices criantes dans sa maison à lui, car pour la sieime il n'eût osé rien dire. D'autres sujeits plus intéressants mettoient sans cesse sa patience à bout , et plus d'une fois sur le dernier bord du plus afireux éclat. Elle ne faisoit guère de repas libres , et ils étoient fréquents , qu'elle ne s'enivrât à perdre connoissance y et à rendre partout ce qu'elle avoit pris , et si rarement elle demeuroit en pointe , c'étoit marché donné. La présence de M. le duc de Berry , de M. [le duc] et de Mme la duchesse d'Orléans, ni les dames avec qui elle n'avoit aucune familiarité, ne Is r^enoient pas le moins dujKlOQde. Bile trouvoit même mauvais que M.U

Ci^RACTÈKE DE LA DUCHESSE DE BERRY. 361

duc de Berry n'en fît pas autant. Elle traitoit souvent M. son père avec une hauteur qui effraycit sur toutes sortes de chapitres. La crainte du roi l'empêchoit de s'échapper si directement avec Mme sa mère , mais ses manières avec elle y suppléoient, de manière que pas un des trois n'osoit hasarder la moindre contrariété , beaucoup moins le moindre avis , et si quelquefois quelque raison forte et pressante les y fbrçoit , c'étoit des scènes étranges , et le père et le mari en venoient aux soumissions et au pardon , qu'ils achetoient chèrement.

Les galanteries difficiles dans sa place n'avoient pas laissé d'avoir plusieurs objets , et avec assez peu de contrainte. A la fin elle se rabattit sur La Haye , qui de page du roi étoit devenu écuyer particulier de M. le duc de Berry. C'étoit un grand homme sec , à taille contrainte , à visage écorché , l'air sot et fat , peu d'esprit et bon homme de cheval , à qui elle fit faire pour son état une rapide fortune en charges par son maître. Les lorgneries dans le salon de Marly étoient aperçues de tout ce qui y étoit , et nulle présence ne les contenoit. Enfin il faut le dire , parce que ce trait renferme tout : elle voulut se faire enlever dans Versailles par La Haye , M. le duc de Berry et le roi pleins de vie , et gagner avec lui les Pays-Bas. La Haye pensa mourir d'effroi de la proposition qu'elle lui en fit elle-même , et elle de la fureur où la mirent ses représentations. Des conjurations les plus pressantes elle en vint à toutes les injures que la rage lui put suggérer , et que les torrents de larmes lui purent laisser prononcer. La Haye n'en fut pas quitte pour une attaque , tantôt tendre , tantôt furieuse. 11 étoit dans le plus mortel embarras. Enfin la terreur de ce que pouvoit enfanter une folie si démesurée força sagement sa discrétion pour que rien ne lui fût imputé , si elle se portoit à quelque extravagance. Le secret fut fidèlement gardé, et on prit les mesure» ^nécessaires. La Haye cependant n'avoit osé disparoître , à cause de M. le duc de Berry d'une part et du monde de l'autre , qui , sans être au fait de cette incroyable folie , y étoit de la passion. Quand à la fin Mme la duchesse de Berry , ou rentrée en quelque sens , ou hors de toute espérance de persuader La Haye , vit bien clairement que cette persécution n'alloit qu'à se tourmenter tous deux , elle cessa ses poursuites , mais la passion continua jusqu'à la mort de M. le duc de Berry et quelque temps après. Voilà quelle fut la dépositaire du cœur et de l'âme de M. le duc d'Orléans , qui sut pleinement toute cette histoire , qui en fut dans les transes les plus extrêmes , non d'un enlèvement impossible , et auquel La Haye n'avoit garde de se commettre , mais des éclats et des aventures dont tout étoit à craindre de cet esprit hors de soi , et qui devant et après n'en fut pas moins la dépositaire des secrets de M. son père tant qu'elle vécut , et qui lui en donna d'autres encore qui se trouveront en leur temps.

Jamais elle n'avoit reçu que douceur , amitié , présents de Mme la duchesse d'Orléans. Elle n'avoit d'ailleurs presque jamais été auprès d'elle. Elle n'avoit donc point été à portée de ces petites Choses qui fâchent quelquefois les enfants. Mais son orgueil étoit si extrême qu'elle regardoit en soi , comme une tache qu'elle en avoit reçue , d'être fille d'une bâtarde , et en avoit conçu pour elle une aversion et un mépris qu'elle Sa WT- Simon, Yu 16

Mi CAKACTilUS DB LA Dl/CHKSSE DS BERAt.

ne contriiigtiit pins àpfè» son mariagfe , et que devant et après elle prit ■ans oesse à tâche d'attiser dans le cœur et dans l'esprit de M. le duc d'Orl^ns. L'orgueil de Mjne sa mère n'étoit rien en comparaison du lien. Elle se figura devant et depuis son mariage qu'il n'y avoit qu'elle en Burope que M. le duo de Berry pût épouser , et qu'ils étoient tous deux but à but. On a vu en son temps que M. le duc d'Orléans lui confloit à mesure tout ce qui se passoit sur son mariage , parce qu'il ne pouvoit lui rien cacher , qu'elle m'en raconta mille choses k Saint-Gloud lorsqu'il fut déclaré , pour que je ne puise ignorer cette dangereuse confiance j qu'elle ne put donc douter de tout ce qu'il y avoit eu à surmonter , et tout ce qu'elle me témoigna de sa reoonnoissance. Elle ne fut pas trois mois mariée qu'elle montra sa parfaite ingratitude à tout ce qui y ayoit eu part , et que lors de la scène qu'elle eut avec Mme de Lévi qu'elle avoit si cruellement trompée et jouée , de propos délibéré , sur la Charge de premier écuyer de M. le duc de Berry , elle ne put se tenir de lui dire qu'elle étoit indignée de sentir qu'une personne comme elle pût avoir obligation à quelqu'un, qu'aussi elle haïssoit de tout son cœur tout ce qui avoit eu part à son mariage jusqu'à ne leur pouvoir pardonner ; sur quoi Mme de Lévi , perdant tout respect et toutes mesures , la traita comme elle le mérltoit , et vécut depuis arec elle en conséquence , «t en public , dont Mme la duchesse de Berry , timide en petites choses , «omme on Ta dit , et glorieuse au suprême , étoit dans le dernier embarras , et lui fit faire mille avances inutiles pour se délivrer de ce dont elle n'osoit se plaindre.

Sa conduite rebuta enHn le roi , et Mme de Maintenon , de s'en soucier après tant de réprimandes et de menaces si fortes et si inutiles , surtout depuis la mort de M. le duc de Berry ; et Mme la Dauphine , longtemps avant la sienne , ne s'en mèloit plus. Le roi , à l'extérieur , vivoit honnêtement mais firoidement avec elle ; lui et Mme de Maintenon la méprisoient. Le roi la soufïVoit par nécessité ; pour Mme de Maintenon , elle ne la voyoit plus, et avec toute cette conduite, elle les craignoit tous deux comme le feu , muette et embarrassée au dernier point avec eux , même en public avec le roi. Tous ces mécontentements de l'un et de l'autre retomboient à plomb sur M. le duc d'Orléans , qu'ils comptoient qui les avoit trompés en leur donnant sa fille qu'il devoit connoître , et qu'ils haïssoient et méprisoient de la foiblesse qu'il avoit pour elle , et de ce que cette amitié si suivie n'étoit bonne à rien pour opérer aucun changement en elle.

L'unique personne de son entière confiance étoit Mme de Mouchy dont il a été parlé , et dont les mœurs et le caractère en étoient parfaitement dignes. Outre la galanterie et la licence de la table , elle avoit un talent et des ressources d'inventions tout entières de la plus horrible noirceur , une efi'ronterie sans pareille et une avidité d'intérêt à lui faire tout entreprendre , avec tout Tesprit , l'art et le manège propre à réussir ; toujours un but , et ne disant et ne faisant jamais rien sans un dessein , pour léger et indifférent que parût ce qu'elle disoit ou faisoit. Son mari, qui avoit de la naissance , n'étoit pas moins bassement intéressé , et trouvoit tout bon d'elle , pourvu que cela lui rapportât ; de ces officiers d'ail-

CAHACliRÉ BÉ SIADAMË. 36S

leUrd , qtloiquè mort lieutenant général de la régence , bons au plus à placer quelque part capitaines des portes.

Madame étoft une princesse de Tancien temps , attachée à rhonneur , à la vertu , au rang , à la grandeur , inexorable sur les bienséances. Elle ne manquoît point d'esprit , et ce qu'elle yôyoit elle le voyoit très-bien. Bonne et fidèle amie, sûre , vraie , droite , aisée à prévenir et à choquer, fort difficile à ramener ; grossière , dangereuse à faire des sorties publiques , fort Allemande dans toutes ses mœurs , et franche , ignorant toute commodité et toute délicatesse pour soi et pour les autres, sobre, sauvage et ayant ses fantaisies. Elle aimoit les chiens et les chevaux , passionnément la chasse et les spectacles , n'étoit jamais qu'en grand habit ou en perruque d'homme , et en habit de cheval , et avoit plus de soixante ans que , saine ou malade , et elle ne l'étoit guère . elle n'avoit |)as connu une robe de chambre. Elle aimoit passionnément M., son fils, on peut dire follement le duc de lorraine et ses enfants , parce que cela avôit trait à l'Allemagne , et singulièrement sa nation et tous ses panents , qu'elle n'avoit jamais vus. On a vu , à l'occasion de la mort de Monsieur , qu'elle passoit sa vie à leur écrire et ce qu'il lui en pensa coûter. Elle à'étoit à la fin apprivoisée , non avec la naissance de Mme sa belle-fille , mais avec sa personne, qu'elle traitoit fort bien dès avant le renvoi de Umè d'Argenton.

Elle estlmoit,^eIle plaignoit, elle aimoit presque Mme la duchesse A'Orléans. Elle blâmoit fort la vie désordonnée que M. le duc d'Orléans avoit menée ; elle étoit suprêmement indignée de celle de Mme la duchesse de Berry , et s'en ouvroit quelquefois avec la dernière amertume et toute confiance â Mme de Saint-Simon , qui dès les premiers temps qu'elle fut à la cour avoit trouvé grâce dans son estime et dans son amitié , qui demeurèrent constantes. Elle n'avoit donc de sympathie avec Mme la duchesse de Berry que la haine parfaite de M. du Maine , des bâtards et de leur grandeur , et elle étoit blessée de ce que K. son fils n'avoit point de vivacité là-dessus. Avec ces qualités elle avoit des foiblesses , des petitesses , toujours en garde qu'on ne lui manquât. Je me souviens qUe s'étant mise dans \m petit appartement , au Palais-Boyal , pendant un hiver de la régence , ou elle n'étoit guère , car elle haïssoit Paris et étoit toujours à Sâini-Cloud , M. le duc d'Orléans me dit un jour qu'il avoit un plaisir et une complaisance à me demander, C'étoit d'aller quelquefois chez Madame , qui lui avoit fait ses plaintes qu'elle ne me voyoit jamais et que je la méprisoîs : on peut juger de mes réponses. Le dernier étoit, comme on peut penser, sans aucune apparence, et ce li'étoit pas un sentiment que personne pût avoir pour Madame ; l'autre étoit vrai , je ne lui faisois ma cour â Versailles qu'aux occasions , et J'avois alors , quand il n'y en avoit point d'aller chez elle , tout autre ehûse à Caire. Depuis cela j'âllois â sa toilette une fois en quinze jours ou trois semaines, quand elle étoit à Paris, et j'y étois toujours fort bien reçu.

M. le duc d'Orléans élolt le meilleur père , le meilleur fils et , depuis sa rupture avec Mme d'Argenton , le meilleur mari du monde. Il aimoit fort Madame et lui rendoit de grands et de continuels devoirs. U la

364 EMBARRAS DOMBSTI^UKS

craigaoit aussi , n'avoit pas grande idée de ses ressources^ Ainsi son ouverture pour elle et sa confiance étoient médiocres ; et quoiqu'on fût sûr du secret avec elle , il s'en falloit tout qu'il lui fît part des siens ; il se contentoit de lui rendre compte en gros des choses de famille, comme sur le mariage de ses enfants , et quand il fut le maître de ce qui alloit être public , le moins qu'il pouvoit auparavant. Elle influa donc fort peu dans sa conduite privée et publique , se mêla peu de lui rien demander , quoique point refusée sur les grâces , et ne fut de rien du tout sur aucune affaire. Cela me dispensera de faire mention du peu de personnes qui pouvoient le plus sur elle. J'ajouterai seulement que Madame fut toujours d'avec le roi et d'avec Mme la duchesse d'Orléans contre la conduite de Mme la duchesse de Berry , à qui elle faisoit quelquefois d'étranges sorties , que le roi lui en parloit avec confiance , qu'il la mit un temps sous sa direction , qu'elle s'en lassa bientôt comme le roi avoit fait , et qu'elle ne trouvoit pas meilleur que lui cet attachement et ce particulier continuel de M. le duc d'Orléans avec Mme la duchesse de Berry, si inutile au changement de sa conduite.

Avant d'entrer dans les embarras du dehors , il faut expliquer les domestiques [de M. le duc d'Orléans]. Il n'y avoit sans doute personne dont les intérêts dussent être si fort les mêmes que les siens , personne encore de meilleur conseil, et dont il fût plus à portée à tous les instants , que Mme la duchesse d'Orléans. Il étoit vrai aussi qu'à un article près , leurs intérêts étoient effectivement les mêmes , et qu'elle le pensoit et le sentoit ainsi. Mais cet article étoit tel qu'il influoit trèsnécessairement sur tout autre , et qu'il opéroit la plus embarrassante séparation. On entend bien , sans qu'il soit besoin de l'expliquer , que cet article fatal regardoit M. du Maine ; mais ce qu'on ne peut entendre sans le dernier étonnement , c'est que l'intérêt de M. du Maine elfaçoit tout autre dans son cœur et dans son esprit , et ce qui va jusqu'à l'incroyable en même temps qu'il est dans la plus étroite vérité , c'est que la béatitude anticipée de l'autre monde eût été pour elle en celui-ci , si elle avoit pu voir le duc du Maine établi roi de France au préjudice de son mari et de son fils , beaucoup plus si elle avoit pu y contribuer. Que si on y ajoute qu'elle connoissoit très-bien le duc du Maine , qu'elle en éprouvoit des artifices et des tromperies qu'elle ressentoit beaucoup , qu'elle ne l'aimoit point du tout et l'estimoit beaucoup moins encore ; que ce que j'en avance ici, elle me l'a dit à moi-même sans colère, mais en parlant et en raisonnant avec poids et avec réflexion, on sentira jusqu'à quel point elle étoit possédée du démon de la bâtardise , et que la superbe, poussée jusqu'au fanatisme, étoit devenue sa suprême divinité.

De là suivoit que tout ce qui non-seulement alloit, mais pouvoit tourner aux avantages , à l'élévation , à la puissance du duc du Maine , elle n'y étoit pas moins ardente que lui ; que tous moyens de l'exalter et de l'affermir, je dis seulement ceux qui se peuvent proférer, lui étoient bons , et que cet aveuglement la portoit à être de moitié de tout avec le duc du Maine pour tout ce qu'il pouvoit désirer de M. le duc d'Orléans pour sa solide grandeur contre la sienne , et que les panneaux qu'il lui tendoit sans cesse pour le tromper et l'écraser sous ses pieds,

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