‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 180 sur 232 · ÉTOIENT VILLEROY, TALLARD, ETC · texte numérisé non relu

ÉTOIENT VILLEROY, TALLARD, ETC

bitude , dès la plus tendre jeunesse jamais interrompue , et soutenue par le cheyalier de Lorraine et par Effiat , ses amis intimes , Tavolt mis à portée de tout avec lui. Il étoit l'entremetteur de toutes les petites querelles qui arrivoient entre le roi et Monsieur , dont il m'a conté des aventures étranges sur le vilain goût de Monsieur que le roi ne pouvoit souffrir , dont il lui faisoit porter des romancines par le maréchal , jusqu'à ne vouloir pas que La Carte , devenu capitaine de ses gardes , fût avec lui des voyages de Marly , et à charger le maréchal de dire à Monsieur que , s'il Tamenoit , il le feroit jeter par les fenêtres ; et les peines que le maréchal avoit entre eux deux sur ce fâcheux chapitre qui recdmmençoit souvent, et tantôt à empêcher Monsieur de mener cet homme , tantôt d'obtenir du roi qu'il accompagnât Monsieur à Marly. Je rapporte ces détails pour faire voir que M. le duc d'Orléans étoit accoutumé , depuis qu'il étoit au monde , à considérer et à compter le maréchal de Villeroy , et que le maréchal de Villeroy , en ayant été toujours traité avec toute sorte de distinctions , lui devoit , par rapport à feu Monsieur et à lui-même , beaucoup d'attachement. Ce ne fut pas là sa conduite.

Le bel air et la mode , dont il étoit esclave , ne lui permirent pas d'abord de suivre à cet égard ce que le devoir , l'honneur et la reconnois- Sance demandoient de lui. Bientôt après il n'eut garde de ne s'éloigner pas dé plus en plus d'un prince dont le roi n'étoit pas content , et qui en étoit encore moins content lui-même. Enfin , dès que Mme de Maintenon l'eut pris en aversion , il étoit trop vil courtisan pour ne se pas piquer d'en épouser tous les sentiments. Il étoit de plus lié en dupe avec les Rohan , les Tallard , qui se moquèrent de lui quand ils n'en eurent plus besoin , [avec] M. de Vaudemont et ses nièces , qui tous unis à Mme la Duchesse avoient eu grand soin d'entretenir Monseigneur dans sa haine , et depuis sa mort n'avoit pu pardonner à M. le duc d'Orléans tout ce qu'ils avoient fait contre lui , et trouvoient en même temps à plaire à Mme de Maintenon. Je mets ici Tallard avec les autres , parce que depuis le mariage de son fils il n'étoit qu'un avec les Rohan , et qu'auparavant il suivoit le gros et le torrent. Ils avoient entraîné la duchesse de Ventadour qui , comblée par Monsieur et par Madame de tout ce qui peut témoigner l'amitié et la plus grande considération , et qui ayant toujours été traitée avec les mêmes égards par M. le duc d'Orléans | ne devoit pas devenir son ennemie , et qui toutefois s'y laissa emporter. Il y avoit plus de cinquante ans que le maréchal de Villeroy et elle se faisoient fort publiquement l'amour , sans toutefois s'en contraindre de part et d'autre pour ce qu'ils trouvoient à leur gré , et sans que cette liberté réciproque altérât le moins du monde leur commerce , sur lequel la plus intime amitié et confiance s'étoit entée.

Mme de Ventadour avoit été charmante ; elle conserva toujours un grand air et un air de beauté , et parfaitement bien faite. Nul esprit , de la bonté , mais gouvernée toute sa vie , et faite pour l'être. D'ailleurs esclave de la cour par ses aventures et ses besoins domestiques, et quand elle en fut à l'abri , par habitude et par rage de places et d'être. Il falloit donc suivre les impressions des Rohati qui en faisoient tout

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