‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 181 sur 232 · DUCHESSE PE VENTADOUR, ÇTC · texte numérisé non relu

DUCHESSE PE VENTADOUR, ÇTC

ce qu^Us vouloient, et celles de son ancien galant, surtout se conformer à ce qu'on lui nu)ntroit du roi et de Mme de Idaintenon. Harcourt étoit trop avant ancré avec elle et avec Mme des Ursins , trop fin courtisan d'ailleurs , et trop habile politique pour prendre d'autres brisées que les siennes ; et le duc de Tresmes , trop plat pour ne pas suivre la mode et la grande volée de la cour à l'égard de M. le duQ d'Orléans. Le duc de Villeroy , accoutumé au joug de son père , ne pouvoit penser autrement que lui , lié d'ailleurs de toute sa vie et le plus intimement avec M. de Luxembourg, M. de La Rochefoucauld, et le marquis de Liancourt, son frère , qui avoit de l'esprit et du sens pour eux tous. Ils ne s'étoient pu défaire de cet éloignement de M. le duo d'Orléans , pour en parler modérément , qu'ils avoient puisé dans la société intime de M. le prince de Conti , dont ils avoient À la fin comme hérité. La probité singulière du maréchal de Boufflers l'i^voit soutenu contre ce torrent , mais il ne vivoit plus , et Charost qui avoit eu sa charge étoit tout à moi , mais ce n'étoit pas un homme à exister, par cons^ent à compter. D'Antin, tout à Mme la Duchesse , et qui , étabU dans l'intérieur des cabinets , ne pouvoit ignorer les sentiments du roi et de Mme de Maintenon t M tenoit à l'écart dans la douleur, sur l'avenir, de ne pouvoir se partager. Yillars moins empâtré , plus frivole en apparence , ne prenoit point parti , se tenoit habilement entre>deux, et gardoit toutes sortes de me* sures qu'il prétextoit même de la place de chevalier d'honneur do Mme la duchesse d'Orléans , dans laquelle son père étoit mort.

Berwick rarement fixé en place, habitant Saint-Germain, quoique fort avant dans la cour, imitoit cette conduite, et gardoit tout i fait celle d'un homme qui avoit commandé en Espagne sous M. le duo d'Orléans et qui en avoit été content. Huxelles, vil esclave de la faveur, qu'on a vu se déshonorer publiquement à l'apothéose des bâtards, et valet du premier président , ainsi que son cousin , le premier écuyer , avec qui il n'étoit qu'un , étoit au duc du Maine , et à tous les ennemis de M. le duc d'Orléans , mais en tapinois , et dans le doute de l'avenir le plus sourdement qu'il lui étoi^ possible , sans se rapprocher jaijoais de ce prince , mais se faisant vanter à lui par Maisons* Le duc d'Aumont i beau-frère du premier écuyer , et lié à lui , conduits tous deux par Mme de Beringhen, méchante, intrigante, avec beaucoup d'esprit, fausse ) basse et dangereuse au dernier point. On a vu , à l'occasion du bonnet, quel étoit cet homme qui vouloit être de tous les côtés, et qui devint bientôt le mépris de tous. Le maréchal d'Estrées et l'abbé son frère étoient honnêtes gens, et tout à fait portés à M. le duc d'Orléans, mais si foibles , si courtisans , si timides , qu'il y avoit à rire de leurf frayeurs. Pour le duc de Guiche , c'étoit un homme sans consistance , sans esprit , qui n'avoit que des airs et une charge importante , qui étoit gueux, avare, dépensier, qui seroit à qui lui donneroit davantage, et qui étoit gouverné par Contade , major du régiment des gardes , et par un aide-major appelé Yillars , qui faisoit de l'important , et qui n'étoit qu'un avec Contade. Je différerai peu à parler du duc de Noailles. En atten* dant , voilà le principal des gens qui méritoient d'être comptés» On ne Gai- TQÏX pi^ A traiter de ce qui figuroit moins , et des ^iibdivi^ona des (emnies.

HINISTHES, SECHÉTAIHES D'ÉTAT. 375

Pour les ministres , la discussion en sera bientôt faite , par rapport à M. le duc d'Orléans. On a déjà vu Voysin Âme damnée de Mme de Maintenon et de M. du Maine , et le maréchal de Yilleroy, Desm^rets , gendre de Béchameil mort surintendant de Monsieur , et beau-frère de Nointel que Monsieur , ayant le retour de Desmarets , avoit fait faire conseiller d'£tat , sembloit devoir un attachement marqué pour M. le duc d'Orléans. Son ami intime le maréchal de Yilleroy^étoit son guide sur la politique de la. cour; et Desmarets compta pour tout le roi et Mme de Maintenon^.et qu'ils ne finiroient point, tout le reste pour rien, et se conduisoit en conséquence. Torcy , dont la sœur Bouzols avoit grand crédit sur lui par confiance en son esprit dont elle avoit comme un démon , et de laideur et de méchanceté espèce de démon elle-même , et tout à Mme la Duchesse de tous les temps , Vauroit volontiers tourné de ce côté-là. Il avoit une égale horreur de M. du Maine , et de ce qui se disoit de M. le duc d'Orléans. Il connoissoit bien le roi , et n'aimoit point Mme de Maintenon , qui aussi lui étoit fort contraire , mais il étoit assez ami du maréchal de Villeroy et des Estrées. G'étoit en ce genre les deux contraires. Il l'étoit , mais intimement , de Gastries et de sa femme , tous deux à Mme la duchesse d'Orléans , et il l'étoit aussi de M. de Metz qui , sans savoir pourquoi , étoit fort contraire à M. le duc d'Orléans. De tant de contrastes rien ne résultoit. Torcy ^ enveloppé dans sa sagesse et dans ses fonctions , ne montra rien , et ne fit aucun pas d'un côté ni d'un autre. Voilà tous les ministres. Kestoient deux secrétaires d'Etat qui n9 l'étoient point : Pontchartrain fort contraire & M. le duc d'Orléans , pour se faire de fête auprès de Mme de Maintenon et des impor* tants ; et La Yrillière, dont la charge et l'emploi étoit la cinquième roue d'un chariot. Je remets à faire connoitre plus particulièrement ceux des personnages sur qui je ne me suis pas encore étendu à mesure qu'on les verra arriver aux places , ou qu'il sen^ question d'eux pour cela entre M> le duc d'Orléans et moi.

Le P. Tellier ne doit pas être oublié. On a vu son caractère , et depub , qu'il servit fort utilement M. le duc d'Orléans pour le mariage de M. le duc de Berry. Quoiqu'il ait eu la discrétion de ne jamais rien dire sur rpdieux chapitre du poison , je suis persuadé qu'il n'y servit pas moins bien M« le duc d'Orlàns. U vouloit le repos du roi , il halssoit Mme de Maintenon qui ne le haissoit pas moins ; il vouloit trouver le roi tranquille , et de bonne humeur , pour toutes les choses qu^il vouloit insinuer ou obtenir; et au peu qu'il m'a dit, j'ai soupçonné qu'il connoissoit Mt du Maine. Il ne s'est prouvé de contrebande en rien sur M. le duc d'Orléans » et il n'a paru par rien qu'il ait eu nulle part au testament du roi ni aux dispositions qu'il a faites outre celles de son testament , comme les grandeurs des bâtards, quoique je croie aussi qu'il ne s'y 9st pas opposé si le roi l'a consulté. Il en vouloit et en attendoit trop pour le contredire sur un point si chéri , moins encore à se mettre au hasard d'ôtre congédié. On a vu en plus d'un endroit à quel point lui et moi en étions ensemble ; cela dura jusqu'à la mort du roi.

Pendant la dernière aimée de Isa vie » surtout vers les fins , ce père me prom«uoit «nr tous les personna|es, et me pressoit de lui dire ce que

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