‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 188 sur 232 · RÉFLEXIONS SUR LÉ GOUVERNEMENT PRÉSENT · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LÉ GOUVERNEMENT PRÉSENT

de bonnes et raisonnables maximes , de les lui faire goûter quand Tâge lui permettroit , et de lui oUtrlr les yeux et la volonté à perfectionner en roi , après sa majorité , ce que la régence n'auroit pu achever ni atteindre. Ce fut là mon objet et toute mon application, pour insinuer à M. le duc d'Orléans tout ce que je eruB propre à l'y conduire, dès la vie làème de M. le duc de Berry , dont il devoit te&dre à être le vrai conseil , beaucoup plus eûcoté lorsqu'il n'y eut plus personne ebtre M. le duc d'OMéanâ et la régence. A mesure qUé , pài* Tâge et îâ dij&iinution de la santé du roi, je la voyois s'approcher, j'ebtrôis plus en détail , et c'est ce qu'il faut expliquer.

Ce que j'estimai le plus important à faire , et le plus pressé à exécuter, fut Rentier renversement du système de gouvernement intérieui* dont le cardinal Ma^arin a emprisonné le roi et le royaume. Un étranger ée la lie du peuple , qui ne tient à rien et qui ti'a d'âutire dieu que sa grandeur et sa puissance , ne songe à l'État qu'il gouverne que par rapport à soi. îl en méprise les lois , le génie , les avantages ; il en ignore les règles et les formes ; Il ne pense qu'à tout subjuguer , à tout confondre , à faire que tout soit peuple ; et comme cela ne se peut exécuter que soUs ie nom du roi , il ne craint pas de rendre le prince odieux , ni de faire passer dans son esprit sa pernicieuse politique. On l'a vu insulter atl plus proche sang royal ^ se faire redouter dû roi, maltraiter la reine mère en la dominant toujours', abattre toiis les ordres dU royaume, en hasarder la perte à deux différentes reprises par ses divisions à son sujet , et perpétuer la guerre au dehors pour sa sûteté et ses avantages , plutôt que de céder le timon qu'il avoit usurpé. Enfin on l'a vu régner en plein par lui-même par son extérieur et par son autorité , et ne laisser au roi que la figure du monarque. C'est dans be scandaleux éfclat qu'il est mort avec les établissements , les alliances el l'imlnense succession qu'il a laissée , monstrueuse jusqu'à pouvoii* enrichir seule le plus puissant roi de l'Europe.

Rien n'est bon ni utile qu'il ne soit en sa place. Sans remonter ihutilement plus haut , la Ligue qui n'en voùloit pas moins qu'à la èouronné j et le parti protestant , avoient Interverti tout ordre sous les enfanté d'Henri II. Tout ce que put Henri IV avec le secours de la noblesse fidèle fut , après mille travaux , de se faire recoiinoître pour ce qu'il étoit de plein droit , en achetant , {)oiir ainsi dire , la couronne de ses sujets par les traités et les millions qu'il lui en coûta avec eux , les établissements prodigieux et les places de sûreté aux chefs catholiques et huguenots. Des seigneurs ainsi établis , et qui se croyoient pourtant bien déchus après les chimères que chacun d'eux s'étoit faites , n'étoient pas faciles à mener.L'union subsistoit entré là plupart. La plupâi-t avOit conservé ses intelligences étrangères ; le roi étoit obligé de les ménager $ et même de compter avec eux. Rien de plus destructif du bon ordre , • du droit du souverain , de l'état de sujet , quelque graiid qu'il puisse être, de la sûreté, de la tranquillité du rdyaUme. La régence de Marié de Médicis ne fit qu'augmenter ce ilial , qui s'étoit affolbli depuis iâ

1 • Voy. noies à la fia du irotume.

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mort du maréchal de Biron. Le pouvoir et la grandeUr du maréchal d'Ancf è , de sa femme et de ce tas de misérables employés sous leurs ordres, révoltèrent les grands, les corps, les peuples. La mort de ce maire du palais étranger , l'anéantissement de ses créatures , l'éloignement d'une mère altière qui n'avoit point d'yeux par elle-même , mais une humeur , un caprice , une jalousie de dominatiou , dont des bonôdents infimes proôtoient pour régner sous son nom , rendirent le calme à la France pour quelque temps, mais en ménageant les grands dont la puissance et les dangereux établissements rendoient l'obéissance arbitraire.

Le cardinal de Richelieu sentit également les maux du dedans et du dehors , et avec les années y apporta les remèdes. Il abattit peu à peu cette puissance et cette autorité des grands qui balançoit et qui obscur* cissoit celle du roi , et peu à peu les réduisit à leur juste mesure d'hon* neurs , de distinction , de considération et d'une autorité qui leur étoient dus , mais qui ne pouvoit plus soutenir à remuer , ni parler baut au roi qui n'en avoit plus rien à craindre. Ce fut la suite d'une longue conduite sagement et sans interruption dirigée vers ce but , ,et de rabattement Rentier du parti protestant par la ruine de la Rochelle et de ses autres places , qui faisant auparavant un État dans l'État , étoient d'une sûre et réciproque ressource aux ennemis du dehors et aux séditieux du dedans , même catholiques , si souvent excités par Marie de Médicis et par Gaston son fils bien-aimé , réduit enfin à la soumission comme le« autres. Louis XIIÎ ne vécut pas assez pour le bonheur de la France , pour la félicité des bons , pour l'exemple des meilleurs et des plus grands rois. La soumission et la tranquillité du dedans , la mesure , la règle , le bon ordre , la justice , qu'il avoit singulièrement adoptés , ne durèrent que huit ou neuf ans.

La minorité , qui est Un temps de foibléssé , excita les grands et les' corps à se remettre eh possession des usurpations qui leur avoient été arrachées , et que la vile et l'étrangère extraction du maître que la régente leur avoit donné et à elle-même , et les fourbes , les bassesses , les pointes , ies terreurs et les sproposilo de son gouvernement également avare, craintif et tyrannique , seinbloiônt rendre , sinon nécessaires , au moins supportables. Il n'en fallut pas tant que ce que Mazarin en éprouva pour lui faire jurer la perte de toute grandeur et de toute autorité autre que la sienne. Tous ses soins, toute son application se tourna â l'anéantissement des dignités et de la naissance par toutes sortes de voies, à dépouiller les personnes de qualité de toute sorte d'autorité , et pour cela de les éloigner , par état , des affaires ; d'y faire entrer des gens aussi vils d'extraction que lui ; d'accroître leurs places en pouvoir , en distinctions , en crédit, en richesses; de persuader au roi que tout seigneur étoit naturellement ennemi dé isôti autorité , et de préférer , pour manier ses affaires en tout genre , des gens de rien , qu'au moindre mécontentement on rèduisolt au ilêânt en leur ôtant leur einplôi avec la même facilité qu'on les en avoit lii*és en le leur donnant ; àù lieu que des seigneurs d^ à grahdà |)àr leur naissance , leurs alliances , souvent par leurs établissômentâ, àèquèroièùt une puissance redoutable par le ministère

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