CHAPITRE XXX
Réfleiions sur le gouvernement présent et sur celui à établir. — Je propose i M. le duc d'Orléans les divers conseils et l'ordre à y tenir. — L'établissement des conseils résolu; discussion de leurs chefs. — Marine. — Finances et guerre. — Affaires ecclésiastiques et feuille des bénéfices. ^- Constitution. — Jésuites. — P. Tellier. — Rome et le nonce. — Évoques ; leur assemblée. — Commerce du clergé de France à Rome, et à Paris avec le nonce. — Affaires étrangères. — Affaires du dedans du royaume. — Je m'excuse de me choisir une place, et je refuse obstinément l'administration des finances. — État forcé des finances. — Banqueroute préférable à tout
- autre parti. — Je persiste au refus des finances, malgré le chagrin plus que marqué de M. le duc d'Orléans. -^ Je propose le duc de Noailles. — Résistance et débat là-dessus. — M. le duc d'Orléans y consent i la fin. — Je suis destiné au conseil de régence.
II y avoit longtemps que je pensois àTavenir, et quej^avois fait bien des réflexions sur un temps aussi important et aussi critique. Plus je discutois en moi-même tout ce qu'il y avoit à faire , plus je me trouvois saisi d'amertume de la perte d'un prince qui étoit né pour le bonheur de la France et de toute l'Europe , et avec lequel tout ce qui y pouvoit le plus contribuer étoit projeté , et pour la plupart résolu et arrangé avec un ordre , une justesse , une équité , non-seulement générale et en gros , mais en détail autant qu'il étoit possible , et avec la plus sage prévoyance. C'étoit un bien dont nous n'étions pas dignes , qui ne nous avoit été montré que pour nous faire voir la possibilité d'un gouvernement juste et judicieux, et que le bras de Dieu n'étoit pas raccourci pour rendre ce royaume heureux et florissant , quand nous mériterions de sa bonté un roi véritablement selon son cœur. Il s'en falloit bien que le prince à qui la régence alloit échoir fût dans cet état si heureux pour soi et pour toute la France ; il s'en falloit bien aussi que , quelque parfait que pût être un régent , il pût exécuter comme un roi. Je sentois l'un et l'autre dans toute son étendue , et j'avois bien de la peine à ne me pas abandonner au découragement.
J'avois affaire à \m prince fort éclairé , fort instruit , qui avoit toute l'expérience que peut donner une vie de particulier fort éloigné du trône , et du cas de la régence , fort au fait de tant de grandes fautes qu'il avoit vues , et quelques-unes senties de si près , et des malheurs par lesquels lui-même avoit tant passé , mais prince en qui la paresse , la foiblesse , l'abandon à la plus dangereuse compagnie , mettoient des défauts et des obstacles aussi fâcheux que difficiles , pour ne pas dire impossibles à corriger, même à diminuer. Mille fois nous avions raisonné ensemble des défauts du gouvernement, et des malheurs qui en résultoient. Chaque événement , jusqu'à ceux de la cour , nous en fournissoit sans cesse la matière. Lui et moi n'étions pas d'avis différents sur leurs causes et sur les effets. Il ne s*agissoit donc que d'en faire ime application juste et suivie pour gouverner d'une manière qui fût exempte de ces défauts , et en arranger la manière selon la possibilité qu'en peut avoir un régent , et dans la vue aussi d'élever le roi dans SAiifT'SiMoif vn 17