ET SUR CELUI À ÉTABLIR
struction hors de guerre , par l'incapacité d'état de s'en pouvoir servir à rien. Il étoit impossible de faire le premier pas vers ce but sans ren< verser le monstre qui avoit dévoré la noblesse , c'est-à-dire le contrôleur général et les secrétaires d'État , souvent désunis , mais toujours parfaitement réunis contre elle. C'est dans ce dessein que j'avois imaginé les conseils dont j'ai parlé , et qui longtemps après , au commencement de 1709, surprirent si fort le duc de Chevreuse qui , m'entretenant chez moi pour la première fois de ce même dessein qu'il me confia pour en avoir mon avis, le trouva . sur-le-champ écrit de ma main tel qu'il l'avoit conçu, ainsi que [cela se voit plus au long t. IV, p. 318 et suiv, Mgr le duc de Bourgogne l'avoit adopté dans le même dessein , et ce sont ces conseils que M. le duc d'Orléans en appuya ' , lorsqu'il nous proposa l'établissement au parlement , en déclarant qu'ils avoient été trouvés dans la cassette de Mgr le duc de Bourgogne , sur quoi je remarquerai que ce n'étoit pas celle dont j'ai parlé et qui me donna tant d'inquiétude.
La formation de ces conseils fut donc une des premières choses dont je parlai à M. le duc d'Orléans. Il n'étoit pas moins blessé que moi de la tyrannie que ces cinq rois de France exerçoient à leur gré sous le nom du roi véritable , et presque en tout à son insu , et l'insupportable hauteur où ils étoient montés. Je proposai donc d'éteindre deux charges de secrétaires d'Etat , celui de la guerre et celui des affaires étrangères , qui seroient gérées par les conseils , expédiées par les secrétaires de ces conseils; de diminuer autant qu'il seroit possible la multiplicité des signatures en commandement , poussées à l'infini par l'intérêt des secrétaires d'État de faire passer tout par leurs mains ; et que ce qu'il seroit indispensable de signer en commandement , le seroit par les deux secrétaires d'Etat restants , qui en auroient tout le loisir en toutes matières y parce qu'il ne leur en resteroit aucune à expédier ni^à répondre , sinon les ordres secrets du régent qui n'appartiennent en 'particulier à nulle matière. Ainsi de la marine , ainsi de toutes les provinces du royaume qui font la matière du conseil des dépêches , que j'appelois conseil des affaires du dedans. Ce n'étoit pas que j'eusse dessein de conserver un second secrétaire d'Etat à la longue ; un seul suffisoit à l'expédition des choses les plus secrètes , que je voulois rendre aussi les plus rares , et aux signatures en commandement absolument nécessaires , que j'avois dessein aussi d'éclaircir- beaucoup en substituant celle du chef du conseil , en la joignant pour lors à celle du secrétaire du même conseil. On n'ignore pas que la prétendue signature du roi , mise au bas de chaque expédition qui sort des bureaux par le sous-commis qui écrit l'expédition même , n'a de force et d'autorité que celle qu'elle reçoit de la signature du secrétaire d'Etat. Il n'étoit donc pas difficile de supprimer cette prétendue signature du roi dont personne n'étoit la dupe , et qui n'étoit qu'une prostitution très-indécente , et de transporter aux chefs des conseils , pour les matières de leurs conseils , le poids et l'autorité de celles des secrétaires d'Etat. Ce sont de ces choses que le temps amène comme