JE PROPOSE LES DIVERS CONSEILS
dç soi-Qi^e, en ne perdant pas le^ occasions de les ét^l)lir sans entreprendre tout à la fois , mais se contenter d'fibord du renversement de l'arbre pour en arracher après les racines à propos , çt en empêcher radicalement la funeste reproduction.
Je proposai en même temps que les secrétaires d'Ëtat n'entrassent dans aucun des conseils , où Tombre de ce qu'ils ne feroient que cesser d'être les rendroit dangereux ; mais d'admettre sans voix ni délibérativQ ni consultative même , surtout sans faculté de rapporter quoi qu0 ce fût , un des deux secrétaires d'État au conseil de régence pour en tenir le registre exactement , qui seroit vérifié exactement tous les mois par celui des membres de ce conseil qui , à tour de rôle , se trouveroit en mois pour recevoir les placets que le seul secrétaire d'État de la guerre étoit en usage de recevoir sur toutes matières , lesquels lui seroient rapportés chez lui par deux maîtres des requêtes qui l'auroient accompagné en les recevant derrière la table dressée pour cela dans l'antichambre du roi , comme faisoit seul le secrétaire d'État de la guerre ; et les rapporter ensuite à M. le duc d'Orléans , accompagné des mêmes deux maîtres des requêtes. C'étoit rendre à ces charges leur droit primitif, et se servir de leurs lumières pour mille choses en ce genre qui avoient souvent trait à des choses que des gens d'épée ne pouvoient savoir, surtout en ces commencements. On comprend bien que je proposai en même temps d'éteindre l'emploi de contrôleur général et d'en faire passer l'emploi et l'autorité au conseil des finances , et substituer la signature du chef de ce conseil à celle du contrôleur général.
A ce plan général il en falloit ajouter de particuliers. Je proposai donc celui de ces conseils que j'avois faits autrefois , et qu'on trouvera parmi les Pièces , tels que je les fis pour lors , mais j'en supprimai qui ne convenoient plus ni au moment présent ni au temps d'une régence. Ils furent , pour leur matière et pour leur nom , tels que M. le duc d'Orléans les établit , mais avec une confusion , un nombre de membres , un désordre que je n'y aurois pas mis , et dont la cause se découvrira en son temps. Je ne m'y arrêterai dtenc pas davantage à cette heure. Vint après la discussion des gens à admettre ou à exclure y puis celle de la destination de chacun de ceux qui seroient employés.
Je représentai à M. le duc d'Orléans que cet établissement flatteroit extrêmement les seigneurs et toute la noblesse, éloignée des affaires depuis près d'un siècle , et qui ne voyoit point d'espérance de se relever de l'abattement où elle sç trouvoit plongée ; que ce retour inespéré et subit du néant à l'être toucheroit également ceux qui en profiteroient par leurs nouveaux emplois , et ceux encore à qui il n'en seroit point donné , parce qu'ils en espéreroient dans la suite par l'ouverture de cette porte , et qu'en attendant ils s'applaudiroient d'un bien commun et de la jouissance de Içurs pareils ; en même temps que c'étoit à lui à balau>cer si bien l'inclusion , l'exclusion , la distribution des emplois , que son autorité , bien loin d'en souffrir , n'en fût que plus confirmée , et d'éviter aussi des mécontentements dangereux ; que par cette raison je ne croyois pas qu'il pût sagement exclure certaines gens qui bien ou mal à propos avoient acquis un certain poids dans le monde , dont l'estime et l'opinion
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avantageuse prise d'eux s'étpit tournée en mode, dontlç choix le feroit applaudir et doi^neroit réputation au nouveau genre de gouvernement , dont l'exclusion produiroit un sentiment contraire , et capable d'enhardir ces gens-là , pour la plupart fort établis , à cabaler et à le traverser , au contraire de ilntérêt qu'ils prendroient en lui , et au succès de ce à quoi ils se trouveroient employés ; et qu'il recevroit un double gré du public et d'eux-mêmes d'un choix auquel ils ne dévoient pas s'attendre par le peu , et souvent tout le contraire de ce qu'ils avoient mérité de lui j qu'aussi , tant pour le bon ordre des affaires que pour ne pas tenter par la facilité des gens peu sûrs pour lui qui en pourroient abuser , il étoit très-essentiel d'établir et de maintenir dans chacun des conseils une égalité parfaite d'autorité de fonctions entre tous les membres , et une balance exacte entre eux et le chef, pour que le chef n'y prenne pas une autorité qui non-seulement absorbe celle du conseil , mais même qui l'obscurcisse , et qu'il jouisse aussi 4e sa qualité sans une dépendance qui l'y rende un fantôme.
Pour arriver à ce tepapérament , mon sentiment fut que le chef ne pût parler que le dernier ; qu'il partageât les différentes affaires à chacun , toujours en plein conseil ; qu'il n'y en pût rapporter aucune ; qu'il n'eût que sa voix en quelque cas que ce pût être ; qu'y ayant partage , le içembre de la régence en mois y fût appelé pour départager , sans pouvoir y entendre parler d'aucune autre affaire , et que le chef de chaque conseil venant rapporter à la régence les affaires de son conseil , qui toutes , hors les bagatelles du courant , y dévoient être exactement portées et définitivement réglées , y fût accompagné de l'un des conseillers d'avis contraire au chef dans les choses principales , choisi par la pluralité des conseillers du même avis que lui \ enfin que toutes les délibérations de chaque conseil , surtout de celui de régence , fussent écrites à mesure par le secrétaire séant au bas bout de la table , lues par lui à la fin du conseil , signées de lui et du conseiller de semaine ; [ce] qui seroit son modèle pour son registre plus étendu , qui , à la fin de chaque mois , seroit relu au conseil et y seroit signé du chef et du secrétaire. Avec ces précautions je crus la balanice bien observée , et bien difficile de rien expédier à l'insu ou contre l'avis du conseil , et cela dans celui des affaires étrangères comme les autres , pour les instructions , les lettres , les réponses , les ordres , et toute autre matière , excepté les choses également secrètes , importantes et rares , qui demeureroient entre le régent et le chef de ce conseil , mais qu'il seroit pemiciqu^ et destructif d'étendre au delà d'une invincible nécessité.
Je voulois aussi des jours réglés pour tenir les différents conseils y tous dans la maison du roi , et des jours marqués à la régence pour y entendre les affaires de chaque conseil ; et , s'il s'en trouvoit de nature à ne pouvoir y être vues au jour ordinaire , les y porter seules au commen- Qèment ou à la fin du conseil de régence , sans que le chef d'un autre congeil , étan^ en son jour ordinaire à la régence , pût être de l'affaire extraordini^ire qui y seroit portée , non plus que celui qui l'y porteroit ^n entendre aucune de celles qui y seroient naturellement traitées ce jqur-là. J'insistai ençpre à séparer chaque département de conseil d'un^
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manière si nette y si distincte et si précise , et à décider si promptement et si clairement les questions et les prétentions réciproques qui pourroient naître là-dessus dans les commencements , que chaque conseil ne pût empiéter ni lutter contre un autre , et que dans le public on n^eût aucun embarras pour savoir à qui s'adresser sur toute sorte d'affaire. Il falloit pourvoir avec la même précision à s/sparer bien distinctement les fonctions particulières de chaque membre de chaque conseil , et pourvoir ainsi à l'union des membres , en retranchant toute cause de prétention et de jalousie , ainsi qu'aux conseils ,' même respectivement ; et en même temps au mûr examen et à la prompte expédition des aifaires.
J'en fis sentir l'utilité et la facilité par l'exemple continuel de la cour de Vienne , oîi rien ne s'étrangle ni ne languit parmi tant de différents conseils qui y sont établis , et que si le contraire a paru en Espagne , c'est que sous les derniers rois de la maison d'Autriche on n'y opinoit que par écrit ; et ces votes , qui couroient des uns aux autres , portés au roi , renvoyés par lui à d'autres encore , devenoient des plaidoyers à longue distance sur les moindres affaires , dont grand nombre de pareilles n'auroient tenu qu'une matinée en opinant de vive voix ensemble ; au lieu qu'une seule affaire ne finissant point, il se faisoit un engorgement qui arrêtoit et perdoit toutes les affaires par des lenteurs qui n'avoient point de fin. J'ajoutai qu'à l'égard du règne de Philippe V, M. le duc d'Orléans savoit mieux que personne ce qui y avoit rendu les conseils inutiles et ridicules , qui n'avoient pu se soutenir contre l'adresse et le crédit de Mme des Ursins ayant Mme de Maintenon en croupe , qui vouloit tirer à soi seule toute l'autorité du gouvernement, dont les deux monarchies ne s'étoient pas bien trouvées.
M. le duc d'Orléans goûta extrêmement ce projet , qui fut maintes fois rebattu et discuté entre lui et moi. Il sentit l'importance du secret et le garda, et sur la chose et sur toutes ses dépendances. La résolution prise , il fallut débattre les sujets. Je lui représentai qu'il n'avoit point à choisir pour les chefs des conseils des affaires ecclésiastiques , de la guerre , de la marine et des finances ; qu'il n'y avoit aucune apparence de faire l'affront à M. le comte de Toulouse , amiral , qui avoit commandé des flottes , qui avoit gagné une bataille navale , qui tenoit tous les jours le conseil des prises , qui les alloit juger définitivement au conseil devant le roi , et qui étoit admis à l'examen des promotions qui se faisoient dans la marine , de l'exclure de la place de chef de ce conseil ; que le comte de Toulouse étoit à son égard très-différent du duc du Maine , et d'un caractère sage et modéré , et aussi aimé et estimé en général que celui de son frère étoit méprisé et abhorré parmi la crainte et la servitude qui réduisoient là-dessus au silence. Je conclus donc qu'il étoit juste , sans péril et nécessaire de le faire chef de ce conseil , et très-dommageable et même dangereux de ne le pas faire , mais que je croyois aussi qu'il n'étoit pas moins à propos de ne lui pas tellement abandonner ce conseil qu'il en devînt une chimère , et que le comte se rendît maître de la marine , qu'il n'y avoit pour cela qu'à y faire entrer le maréchal d'Estrées , homme droit , d'honneur , sachant et connaissant bien la marine, qui en étoit estimé et considéré par sa valeur, ses ac-