‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 196 sur 232 · COMMERCE DU CLERGÉ DE FRANCE À ROME · texte numérisé non relu

COMMERCE DU CLERGÉ DE FRANCE À ROME

chçz cm; iQs y Mt^ avertir d'être sagç$, et si quelqu'un de piirt ou d'autre ne l'étoit pas, le pincer touf aussitôt ou sourdement ou avec éclat , suivant sa faute en dessous ou publique , et le châtier aussi dans sa parenté , moyen très-sensible et d'autant plus efficace que des parents d'évêques , et surtout tels qu'ils sont pour la plupart , n'ont pas les ressources des évoques dans le public ni dans le particulier > et qui , vexés par rapport à, eux, les réduisent bientôt à la raison pour leur délivrance.

Ce qui est de très-principal et que j'appuyai bien ^ M. le duc d'Orr léans , c'est la nouvelle licence de leur correspondance à Rome et de leur liaison avec le nonce. Jamais ni l'un ni l'autre ne s'étoit toléré avant l'affaire de la constitution , témoin celle dont j'eus tant de peine à tirer Mailly, archevêque d'Arles, dont j'ai parlé en son temps, où il ne s'agissoit uniquement que d'un présent au pape de quelques reliques de saint Trophime , qui lui en avoit attiré un bref de pur remercîment , sans qu'il y eût pour lors l'ombre de rien autre chose , pas même dans aucun lointain. Il n'étoit permis à aucun évêque ni à aucun ecclésiastique d'écrire à. qui que ce fût de la cour de Rome , ni d'en recevoir d^ lettres , sans la permission expresse du roi sur chaque chose , et sans que le secrétaire d'État des affaires étrangères ne les vît et en pût répondre. Autrement p'étoit un crime , et ces lettres mêmes étoient infiniment rares , parce qu'elles se permettoient fort difficilement , et qu'elles laissoient toujours ombrage et démérite, tellement qu'elles étoient tombées tout à fait hors d'usage , parce que le commerce nécessaire des bulles, des dispenses, etc., se faisoit uniquement par les banquiers ^

A l'égard des nonces , ni commerce ni visites ; un évêque , un ecclésiastique simple , un moine même eût été sévèrement tancé , et après longuement éclairé , qui auroit vu le nonce sans que le ministre des affaires étrangères eût su pourquoi , et en eût parlé au roi , et même avec cela jamais au delà de l'étroit nécessaire. Le P. Tellier avoit le premier osé it>mpre cette barrière, et que n'osa^t-il pas? Aussitôt grand nombre et de prélats et de gens du second ordre s'empressèrent à se faire de fête, et se proposèrent des chimères. Rome et le nonce entretinrent soigneusement leur vanité et leur espérance , et peu à peu s'attachèrent ainsi une grande partie du clergé , pour se faire valoir des deux côtés , ce qui , depuis la vue du cardinalat qui en enivra beaucoup jusqu'aux moindres objets , débaucha un clergé vain , oisif, avare , ambitieux, ignorant, et pour la plupart pris de la lie du peuple ou de la plus abjecte bourgeoisie. On sent aisément ce que deviennent alors ces précieuses libertés de l'Église gallicane , les droits du rpi , le lien 4 la patrie \ et c'est ce qu'il étoit si important de redresser , en privant

^ 4 . On appelait antrePois banquiers en cour de Rome ou banquiers expédia tionnaires ceux qui avaient le privilège de faire obtenir les grâces, bulles, dispentes, etc., de la pour de Rome. Ils étaient deveoua ofiiclers publics par on édit da 4678 et une déolaraUon da mois de janvier 4975. lia étaient au nombre de dou«e pour Pari». Les actes ««pMiés par If^ ehancelleria romain* devaient être revêtus de leur signature pour avoir un caractère avMïeniique devant les tribunaux.

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