‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 201 sur 232 · JE PROPOSE LE DUC DE NOAILLES · texte numérisé non relu

JE PROPOSE LE DUC DE NOAILLES

deux me Tavoient dit, et qu'on m'ayoit assuré que le même ordre avoit été renouvelé lorsque Desmarets fut fait contrôleur général; que de oette sorte ce n'étoit plus avidité ni ténébreux manège à redouter d'elles auprès du duc de Noailles , mais des grâces pécuniaires que le roi voulôit et comptoit leur faire sans bourse délier , et qu'il ne dépendoit plus des contrôleurs généraux de refuser ; qu'au reste , il ne falloit pas croire que la maréchale de Noailles eût grand crédit sur son fils , ni que la duchesse de Guiche fît ce qu'elle vouloit de son frère ; qu'il ne se trouvoit personne sans quelque inconvénient , et que celui-là sembloit trop peu fondé pour l'exclusion d'un homme qui , étant tout ce que celuilà étoit , ne pouvoit avoir d'autre ambition que de se faire une réputation par son administration , bien supérieure à toute foiblesse pour sa famille , à l'égard de laquelle il n'avoit pas témoigné jusqu'ici y avoir de disposition. Cette discussion souffrit bien des répliques en plus d'une conversation de part et d'autre , et finit enfin par laisser M. le duc d'Orléans déterminé à faire le duc de Noailles président du conseil des finances. J'étois en effet persuadé qu'il y feroit fort bien, surtout étudiant comme il faisoit assidûment sous Desmarets , ainsi que je l'ai dit en son lieu , et j'étois bien aise aussi d'appuyer le cardinal de Noailles par cette place de son neveu , et si propre à accroître le crédit réel et la considération extérieure.

Le moment d'après que cela fut résolu entre M. le duc d'Orléans et moi : <K Et vous enfin, me dit-il, que voulez-vous donc être? » et me pressa tant de m'expliquer que je le fis enfin , et , dans l'esprit que j'ai exposé plus haut , je lui dis que s'il vouloit me mettre dans le conseil des affaires du . dedans , qui est celui des dépêches , je croyois y pouvoir faire 'mieux qu'ailleurs. « Chef donc, répondit-il avec vivacité. — • Non pas cela , répliquai-je , mais une des places de ce conseil. » Nous, insistâmes tous deux, lui pour, moi contre. Je lui témoignai que ce travail en soi et celui de rapporter au conseil de régence toutes les affaires de celui du dedans m'effrayoit , et qu'acceptant cette place , je n'en voyois plus pour Harcourt. « Une place dans le conseil du dedans, me dit-il ,. c'est se moquer, et ne se peut entendre. Dès que vous n'en voulez pas absolument être chef, il n'y a plus qu'une place qui vous convienue et qui me convient fort aussi : c'est que vous soyez du conseil où je serai , qui sera le conseil suprême ou de régence. » Je l'acceptai et le remerciai. Depuis ce moment cette destination demeura invariable , et il se détermina tout à- fait à donner la place de chef au maréchal d'Harcourt du conseil du dedans. Il n'y fut point question de président , parce que les affaires n'y étoient pas assez jalouses pour donner ce contre-poids au chef. Il n'en fut point parlé pour celui des affaires étrangères pour n'y pas multiplier le secret , ni dans celui de guerre , qui en temps de paix n' étoit que de simple courant d'administration intérieure , ni dans celui des affaires ecclésiastiques pour y relever davantage le chef, qui étoit le cardinal de Noailles. Cette invention de présidence ne dut alors avoir lieu que pour les conseils de marine et de finances , pour contre-balancer la trop grande autorité des deux chefs , et suppléer à l'ineptie en finance du maréchal de Villeroy.

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