Ô 'PRÉCAUTIONS QUE J£ SUG&ÈRË
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CHAPITRB XXXI.
Précautions q^e Je suggère i M. le due d'Orléans. -^ Résolution qii« Je p^o^ pose à M* le dnc d^Orléans sur réducsUon da roi tatnr. -^ Je lui propose le dao de Gharost pour gonfernenr da roi futur, et Nesmond, archeréiiue d'Atbf, pour précepteur. — Discussion entro M. le duc d'Orléans et moi sur le choix des membres du conseil de régence et Texciusion des gens i écarter. — Vilieroy à conserver, Yoysia i chasser, et donner les sceaux au bonhomme d'Aguesseau. — Torcy. — Desmarels et Pontchartrain à chasser. — Je sauve La VrilUère à grand*peine, et lui procure une place principale et unique. •*« Discussion de la mécanique et de la composition do conseil de régence. •- Je propose & M. le duc d'Oriéans de oonfoqner^ aussitôt après la mort du roi, les états généraux, qui sont sans danger^ utiles sur les finances, avantageux i M. le duo d'Orléans. — Grand parti i tirer délicatement des étals généraux sur les renonciations. — Rien de répréhensible par rapport au roi dans la conduite proposée à M. le duc d'Orléans, par rapport i la tenue des états généraux. ^- Usage possible i faire des étals généraux à l'égard du duc du Maine. -«- Mécanique à observer.
Les conseils, leurs chefs, leurs présidents réglés, Je représentai à M. le duc d^Orléans qu'il detoit profiter du reste de ce règne pour bien examiner les choix qu'il feroit pour les remplir. Je l'exhortai à se tenir au plus petit nombre que la nature de chaque conseil pourroit souffrir , de les remplir tous dès lors comme s'ils existoient par une liste sous sa clef, dont les noms ne seroient connus que de lui. Que de ceux qu'il y auroit écrits , il rayât ceux qui mourroient avant le roi et ceux qu'il reconnoîtroit avoir mal choisis , par l'examen qu'il feroit secrètement de leur conduite, et qu'à mesure qu'il en rayeroit un, il en mît un autre en sa place , comme si la chose existoit et qu'il remplît une vacance ; de régler ainsi tout ce qui pouvoit l'être d'avance , afin de n'avoir que les déclarations à en faire à la mort du roi , parce que , lorsque cela arriveroit , il se trouveroit tout à coup accablé de tant et de diverses sortes de choses, affaires, ordres, cérémonial, disputes, demandes, règlements , décisions , inondation de monde qu'il n'auroit le temps de rien , à peine même de penser , et qu'il pouvoit compter encore qu'il se verroit forcé de donner son temps aux bagatelles prèférablement aux affaires, parce qu'en ces occasions les bagatelles sont les affaires du lendemain , souvent du jour même et de l'instant , qu'il faut régler sur l'heure , et qui se succèdent sans cesse les unes aux autres , tellement qu'il potivoit s'assurer que, s'il n'avoit alors tous ses arrangements d'affaires et ses choix tout prêts sur son papier, sous sa clef, ils demeu« reroîent noyés dans ce chaos , et en arrière A n'avoir plus le temps ni de les faire ni de les différer , tellement que ce seroit le hasard et les instances des demandeurs qui en disposeroient , et qui les lui arrache* roient sans égard au mérite ni à l'utilité , beaucoup moins à lui et à ses intérêts ; qu'alors , outre l'embarras et le rompement de tête , l'affluence de tout ce qui lui tomberoit tout à la fois , il ne pourroit ni peser , ni comparer, ni discuter, ni raisonner sur rien , ni faire un choix par luimême, emporté qu'il seroit par le temps, le torrent, la nécessité; et
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que de bhosed et dd choix réglée dans oe tumulte de ^ens et d'affaires de toutes sortes il éprouveroit un long et cuisant repentir, s'il n'éprouvoit pis encore. C'est ce que Je lui répétai sans cesse tout le reste du temps que le roi vécut ; c'eôt oe ^u*il m'assura toujours qu'il feroit , et quelquefois à demi qu'il faisoit , et qu'il ne fit jamais , par paresse.
Je ne voUlois pas lui demander ni ses choix ni ses règlements , pour ménager sa défiance. Je m'étois contenté de lui indiquer les choses en gros , et les chefs et présidents des conseils comme le plus important. Pour les détails et les places des conseils , je ne crus pas devoir lui faire naître le soupçon que je cherchasse À disposer de tout en lui proposant choses en détail y et gens pour remplir ces places. C'étoit luimême qui m'avoit mis en consultation la forme du futur gouvernement , et à portée de lui parler de tout ce qui vient d'être exposé. J'attendii sagement qu'il me mtt dans la nécessité de lui parler de tout le reste , comme on verra qu'il arriva quelquefois.
Toutes ces choses se passoient entre lui et moi , longtemps avant qu'il tM question du testament du roi. Assez près de ce qui vient d'être rap^ porté , je lui parlai de l'éducation du roi f\itur« Je lui dis qu'il me pa» roissolt difficile que le roi n'y pouvût de quelque façon que ce pût être | que si cela arrivoit, quelque mal qu'il le fît, soit pour l'éducation même , soit par rapport à Son Altesse Royale , ce lui devoit être une chose à jamais sacrée par toutes sortes de considérations , mais surtout par celles des horreurs dont on avolt voulu l'accabler , et dont la noirceur se renouveloit sans cesse ; que , par cette même raison , si le roi venoit à mourir sans y avoir pourvu , il devoit bien fermement exclure , moi tout le premier, et tout homme qui lui étoit particulièrement attaché , éviter aussi d'en choisir de contraires et de dangereux , et que pour peu qu'on diflTêrât h rien déclarer là-dessus , je croyois très-important qu'il en usât là^dessus comme pour les conseils , par une liste à lui seul connue de toute cette éducation , pour avoir le loisir de la bien pourpenser, de rayer et de remplacer, enfin, lorsqu'il en seroit temps ^ de n'avoir qu'à la déclarer. Nous agitâmes le 'gouverneur , sur quoi il me dit force choses sur moi que je ne rapporterai pas. Cette discussion finit par lui conseiller le duo de Chàrost. Ce n'étoit pas que lui ni moi l'en crussions capable. Tel est le malheur des princes et de la nécessité des combinaisons; mais nous n'en trouvâmes guère qui le fussent, et Ce très-peu d'ailleurs dangereux.
Charost avoit la naissance , la dignité , le service militaire , l'habitude de la cour, de la guerre, du grand monde où partout il étoit bienvoulu. Il étoit plein d'honneur, avoit de la valeur, de la vertu, une piété de toute sa vie , à sa mode à la vérité , mais vraie , qui n'avoit rien de ridicule ni d'empesé , qui n'avoit pas empêché la jeune et brillante compagnie de son temps de vivre avec lui , même de le rechercher; nulle relation particulière avec M. le duc d'Orléans , ni avec- rien de ce qui lui étoit contraire, intimement lié, aux affaires prés, avec feti MM. de Chevreuse et de BeauviUiers , mon ami particulier et ancien , enfin , ce qui faisolt beaucoup , capitaine des gardes par le choix et lô désir du lÀuphlû, père du roi futur. Ces raisons déterminèrent M. le