VI. LOUIS »Y AU PARLPMBKT, EN
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Saint-Simon rapporte (page 198 de ce volume) que Louis XlV alla « en habit gris tenir son lit de justice avec une boussine à la main , dont il menaça le parlement , en lui parlant en termes répondant à ce geste. a> Cette scène dramatique s'est gravée profondément dans les esprits et est devenue un des Ueux communs de l'histoire traditionnelle. On y a ajouté un de ces mots à effet qui ne sortent plus 4e la mémoire des peuples. Louis XIV , d'après la tradition « aurait répondu au président qui lui parlait de l'intérêt de l'État : aL'£tat, c'est moi.» On place cette scène le 30 mars 16&â
Quel est sur ce point le récit des historiens contemporains? Les principaux auteurs de Mémoires qui écrivaient à cette époque et s'occupaient de l'intérieur de la France sont Mlle de Montpensier , Mme de Motteville , Montglat et Gourville ; il faut y ajouter Gui Patin , dont les lettres forment une véritable gazette de l'époque. Mlle de Montpensier, qui vivait alors loin de Paris , ne traite que des intrigues de sa petite cour. Mme de Motteville ne parle pas de ces scènes, auxquelles Anne d'Autriche resta étrangère. Quant à Gourville, qui était alors attaché à Nicolas Fouquet , à la fois surintendant et procureur général , il donne de curieux renseignements sur le prix auquel les conseillers du parlement vendaient leurs votes K Gui Patin , dont on connaît l'humeur chagrine, se borne à dire dans une lettre du 26 mars 1665 : «Le lendemain matin le roi a été au palais, où il a fait vérifier quantité d'édits de divers offices et autres. M. Bignon y a harangué devant le roi trèspathétiquement , et y a dit merveilles, et nonobstant tout a passé; interea patitur justus; née est qui recogitet corde, » Dans une lettre du
i. a M. Fouquet me parlant un Jour de la peine qu'il y aroit 4 faire vérifier des édita au parlement, je lui dis que, dans toutes les chambres, il y avoit des conseillers qui enlralnoienl la plupart des autres ; que je croyois qu'on pouvoit leur faire parler par des gens de leur oonnoissance , leur donner à chacun cinq cents écus de gratiflcation et leur en faire espérer autant dans la suite aux étrennes. J'en fis une liste particulière, et je fus chargé d'en voir une partie que je connoissois. On en fit de même pour d'autres.... Quelque temps après il se présenta une occasion au parlement, où M. Fouquet jugea hien que ce qu'il aveit fait avoit utilement réussi. » Mémoiru dt, Gourville, à l'année 46^5.
21 avril , il ajoute : « Le parlement s'étoit assemblé de nouveau poor examiner les édits que le roi fit vérifier en sa présence la dernière fois qu'il fut au palais, qui fut à la fin du carême : cela a irrité le conseil, et défenses là-dessus leur ont été envoyées de ne pas s'assembler davans tage. Et de peur que le roi ne fût pas obéi , il a pris lui-même la peine d'aller au palais bien accompagné , où de sa propre houche , sans autre cérémonie , il leur a défendu de s'assembler davantage contre les édits quHl fit Vautre jour publier. »
Le marquis de Montglat , dont les Mémoires se distinguent par leur exactitude , est celui des auteurs contemporains qui insiste le plus sur le costume insolite du roi. Voici le passage : « Le roi fut tenir son lit de justice au parlement le 20 mars (1655) , pour faire vérifier des édits. Et, parce que l'autorité royale n'étoit pas encore bien rétablie, les chambres s'assemblèrent pour revoir les édits , disant que la présence du roi avoit ôté la liberté des suffrages , et qu'il étoit nécessaire en son absence de les examiner pour voir s'ils étoient justes. La mémoire des choses passées faisoit appréhender ces assemblées , après les événements funestes qu'elles avoient causés. Cette considérati(m obligea le roi de partir du château de Vincennes lé 10 d'avril, et de venir le matin au parlement en justaucorps rouge et chapeau gris , accompagné de toute sa cour en même équipage : ce qui étoit inusité jusqu'à ce jour. Quand il fut dans son lit de justice, il défendit au parlement de s'assembler; et après avoir dit quatre mots , il se leva et sortit , sans ouïr aucune harangue. »
Montglat , qui , en sa qualité de maître de la garde-robe , était par£Edtement instruit du cérémonial , n'est frappé que du costimie insolite du roi et de sa cour. Quant à la houssine , que d'autres ont remplacée par un fouet , il n'en dit pas un mot. Enfia un journal de cette époque dont l'auteur est resté inconnu , complète le récit de Montglat et donne la scène entière avec toute l'étendue nécessaire pour rectifier les assertions erronées^ :
« Le parlement, dit l'auteur anonyme', s'étant assemblé le vendredi 9 avril (1655) pour entendre la lecture des édits plus au long et plus attentivement qu'il n'avoit fait en présence de Sa Majesté , il n'en put apprendre la conséquence et les incommodités que tout le monde en recevroit sans horreur et sans confusion , tant ils étoient à l'oppression de tous les particuliers que d'impossible exécution^. M. le -chancelier (Ség^ier) s'en défendit le mieux qu'il lui étoit possible, a pour n'en avoir eu, disoit-il, aucune communication. » M. le garde des sceaux* assuroit ne l'avoir vu qu'en le scellant le matin du même jour qu'Q avoit été porté au parlement et tout le conseil protestoit ingénument
4. Ce journal, manuscrit, est conservé à la Bibl. Imp. sous le n' 4238 <l(bis);S. F.