‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 220 sur 232 · Mathieu Mole était garde des sceaux depuis · texte numérisé non relu

Mathieu Mole était garde des sceaux depuis

de n'y avoir participé en aucune façon , si bien que , pour assoupir cette grande rumeur qui alloit se répandre par toute la yUle et ensuite dans toutes les provinces , si le parlement eût continué ses assemblées , le roi fut conseillé d'y retourner le mardi suivant, 13 du mois d'avril \ afin de les dissoudre et d'en empêcher le cours une fois pour toutes. Sa Majesté y fut reçue en la manière accoutumée , mais sans que la compagnie sût aucune chose de sa résolution. En entrant , elle ne fit paroître que trop clairement sur son visage l'aigreur qu'elle avoit dans le cœur. « Chacun sait , leur dit-elle d'un ton moins doux et moins gracieux « qu'à l'ordinaire , combien vos assemblées ont excité de trouble dans « mon État^^ et combien de dangereux effets elles y ont produits. J'ai a appris que vous prétendiez encore les continuer sous prétexte de déli- « bérer sur les édits qui naguère ont été lus et publiés en ma présence. « Je suis venu ici tout exprès pour en défendre (en montrant du doigt « MM. des enquêtes) la continuation, ainsi que je fais .absolument; et à « vous, monsieur le premier président ^ (en le montrant aussi du doigt) , « de les souffrir ni de les accorder , quelque instance qu'en puissent « faire les enquêtes. » Après quoi , Sa Majesté s'étant levée promptement , sans qu'aucun de la compagnie eût dit une seule parole , elle s'en retourna au Louvre et de là au bois de Yincennes , dont elle étoit partie le matin , et où M. le cardinal l'attendoit. »

Voilà le récit le plus complet et le plus circonstancié de cette scène qui a été si singulièrement travestie par l'imagination de quelques historiens. Louis XIY, qui avait alors dix-sept ans, était allé s'établir au château de Yincennes pour se livrer plus facilement au plaisir de la chasse ; ce qui explique le costume insolite dont parle Montglat. Malgré la défense formelle du roi , le parlement ne se tint pas pour battu ; le premier président entra en conférence avec le cardinal Mazarin , et les enquêtes demandèrent l'assemblée des chambres ^ Le 29 avril, le premier président, avec les députés du parlement, alla supplier le roi de la leur accorder. «Mais, dit l'auteur du journal, le roi continuant dans la fermeté que son conseil avoit jugée nécessaire à l'entier rétablissement de son autorité, lui dit seulement : qu'il ne lui restait aucune aigrewr contre aucun de Ut compagnie; qu'il ne voulait point toucher à set privilèges; mais que le bien de ses affaires présentes ne pouvant consentir à lefMTs assemblées, Sa Majesté, leur en défendait d'abondant la continuation. »

4 . Il y a une légère différence de date avec Montglat. Le journal anonyme donne. l'indication précise des jours; ce qui ferait pencher J a balance en sa faveur.

2. Serait-ce cette parole qui aurait donné lien i la phrase célèbre : VÉtai i?eit moi? Beaucoup de prétendus mots historiques n'ont pas une origine plus sérieuse.

Page 1