‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 23 sur 232 · COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

COMTE DE TOULOUSE

d« ses enfants. Quoiqu'il n'y eût plus personne du sang légitimé à craindre , ils ne laissèrent pas d*être effarouchés et le roi fut gardé à vue, et persuadé par des récits kpostés de la joie et de l'approbation générale à ce qu'il Tenoit de faire. H. du Maine n'eut garde de se vanter de Tair triste, morne, confondu, qui accompagnoit tous les compliments , dont une cour esclave lui portoit un hommage forcé , et qui n'en cachoit pas la violence. Mme du Maine triompha à Sceaux de la douleur publique. Elle redoubla de fêtes et de plaisirs , prit pour bons les compliments les plus secs et les plus courts , et glissa sur le grand nombre de gens qui ne purent se résoudre d'aller eux-mêmes à son adoration. Les bâtardeaux déifiés ne parurent que quelques moments à Marly. M. du Maine crut nécessaire cet air de modestie et de méuagement pour le public. Il n'eut pas tort.

Le comte de Toulouse profita de ce monstrueux événement sans y avoir eu aucune part. Ce fut Touvrage de son frère , de sa fidèle et toute* puissante protectrice , et de l'art qui fut lors aperçu d'avoir fait conserver à Yoysin , devenu chancelier , sa charge de secrétaire d'État. Comme chancelier il n'auroit rien eu qui l'eût approché du roi , plus de travail réglé avec lui, plus de prétextes de lui aller parler quand il le jugeoit à propos. Il n*auroit eu que les occasions de la fin des conseils , quand les ministres en sortent ; et comme il n'étoit chargé de rien qui eût rapport au roi , il eût fallu l'attaquer sans préface, sans prétexte, sans insinuation , et sans moyen de sonder le terrain ; quoique sur les bâtards il auroit trouvé le roi en garde. L'usurpation de ses audiences l'eût effarouché et rendu Yoysin désagréable , et comme le chancelier n'a point de travail avec le roi que pour des affaires extraordinaires, rares, courtes , qui même pour l'ordinaire ne sont pas secrètes , comme mon affaire avec M. de La Rochefoucauld et autres pareilles quoique de différentes natures, ces audiences, si elles avoient été répétées, auraient fait nouvelle , excité une curiosité dangereuse au secret dont ce mystère d'iniquité avoit tant intérêt de se couvrir, et dont les artisans sentoient si bien l'importance. Ce fut aussi ce qui fit conserver à Yoysin cette place de secrétaire d'Etat , qui lui donnoit une occasion nécessaire de travailler presque tous les jours seul avec le roi ou Mme de Maintenon en tiers unique , et la facilité des prétextes d'y travailler extraordinairement et tous les jours, et plus d'une fois par jour tant que bon lui sembloit , sans que cela parût extraordinaire au roi ni à sa cour. Par là Yoysin se irouvoit à portée d'examiner les moments , les humeurs , de sonder, d'avancer, de s'arrêter; par là nul temps perdu qui ne se pût retrouver le lendemain , et quelquefois le jour même ; par la liberté de discuter et de pousser sa pointe quand il y trouvoit lieu, et de prolonger la conversation tant qu'il étoit nécessaire ; sans quoi ils n'en seroiant Jamais venus à bout.

Le roi , malgré tout ce qu'il sentoit d'affection pour ses bâtards , avoit toujours des restes de ses anciens principes. Il n'avoit pas oublié l'a* dresse de la planche de la légitimation du chevalier de Longueville sans nommer la mère, pour parvenir à donner un état à ses enfants, loraqu'il avoit voulu les tirer de leur néant propre, et de Tobscuritè se.

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