‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 33 sur 232 · DUC BU UAINE PRINCE DU SANG · texte numérisé non relu

DUC BU UAINE PRINCE DU SANG

Il n'en falloit pas davantage pour froncer les courtisans importants, et les autres à leur exemple , à Tégard de If. le duc d'Orléans , ou par soupçons ou par crainte de se perdre, les mieux au fait encore plus timides parce qu'ils apercevoient clairement If. du Maine et Mme de Maintenon dans l'enfoncement de la cour. Le même esprit se répandoit dans Paris , et inondoit les prorinces. Ces ressorts , ils les faisoient jcfuer tout à leur aise. Que pouvoit y opposer un prince isolé, dans la cruelle situation dans laquelle ils Taroient mis? Gomment ]»t>tt« ver une négative , et négative de cette espèce ; et que faire d'ailleurs pour se dénoircir aux yeux du roi paqueté de la sorte, et du monde ou sot, ou méchant ou timide? M. du Maine pouvoit-il avoir plus beau jeu? 11 le sentît si bien , et Mme de Maintenon aussi , que , dès qu'ils se furent assurés d'avoir mis les choses à ce point, ils ne différèrent plus à se mettre en chemin d'en tirer tout ce qu'ils s'en étoient proposé pour 1« présent et pour le futur.

Plus ils connoissoient parfaitement le roi , plus ils en avoient tiré de choses jusque-là inouïes en faveur des bâtards , plus ils connoissoient jusqu'à quelle foiblesse la tendresse et la superbe du roi l'a voient jeté pour eux , mieux aussi ils avoient senti à chaque cran de succès qu'il étoit moins un don qu'une conquête , à laquelle des idées anciennes du roi, comme on l'a dit et on l'a vu, avoient fortement résisté, qu'ils avoient conquis plutôt qu'obtenu, et qu'ils en étoient redevables à l'adresse , à l'artifice , au pied à pied , si on peut hasarder ce terme , à la persévérance , plus qu'à tout au malaise de refuser opiniâtrement les désirs opiniâtres de ce qu'on aime , de qui on veut être aimé , et avec qui on passe uniquement les particuliers les plus libres.

Ces considérations , la dernière surtout , les conduisirent à d'autres. Il ne s'agissoit plus ici de charges, de gouvernements, de survivances, encore moins d'honneurs , de distinction de rangs. L'affection avoit facilité les premiers ; la superbe , aidée de leurs artifices , avoit arraché peu à peu les autres. Ils se souvenoient avec terreur de ce qui s'étoit passé sur le rang donné aux enfants de M. du Maine , et de combien près ils avoient frisé l'affront de se le voir révoquer sitôt après l'avoir emporté. Toutes ces choses étoient épuisées parce qu'elles étoient au comble. Les ducs , les rangs étrangers , les maréchaux de France , les ambassadeurs même et les cardinaux , en avoient été cruellement blessés , mais ce n'avoit pas été de quoi les arrêter, et le roi, malgré ses répugnances tant de fois marquées , s'étoit enfin laissé forcer la main à tous ces égards.

Ce qu'ils vouloient maintenant étoit tout autre chose. Devenir par être ce que par être on ne peut devenir ; d'une créature quoique couronnée en faire un créateur; attaquer les princes du sang dans leur droit le plus sublime et le plus distinctif de toutes les races des hommes*, introduire le plus tyrannique , le plus inouï , le plus pernicieux de tous les droits; anéantir les lois les plus antiques et les plus saintes; se jouer de la couronne ; fouler aux pieds toute la nation ; enfin persuader cet épouvantable ouvrage à faire à un homme qui ne peut commander à la nature, et faire que ce qui n'est pas soit; au chef de cette race unique,

loa DUC DU KABm wfcmeu du sang; [1714]

9% taUinnrt iatérwrt à ra pitotégtr le dmt qu'il n-«st rai qa'à m titre « Ai (Kf enfant! «pMe lui , et à ce roi de U nation la plus attachie et la idtM aeuttiiae ; de la déshenorer et d'en renverser tout ce qu'elle a de plus aaafé, ]^ou( possiblement couronner un double adultère, qu'il a li pnmkiar tiré du âéant depuis qu'il y a des François , et qui y est demeura sans easae jusqu'à cette heure ensoTeli cheE toutes les nations , et jusque chet les saurages; la tentative étoit étrangement forte, et si* Oé n'étoit pfts tout, parce qu'elle ne pouvoit se proposer seule sans s*MeiLbltr soûS im ruines ^ et perdre de plus tout ce qu'on avpit conquis.

lié fia citent doilo qu'un testament du roi « dicté par eux-mêmes , dont ils pussent espérer une stabilité de leur nouvel être par le respect du testateur , et par les nouveaux degrés de puissance dans lesquels ils se f^rdiént établir. Ce n'étoit pas que M. du Maine pût ignorer le sort ordinaire de pareilles précautions; mais il n'étoit pas aussi dans le cas o^dinAirè A eet égard , par tout ce que de longue main il avoit su faire jouer d'artifices et de ressorts , toujours depuis si soigneusement soutetius. Il àtoit su 4 Comme on l'a expliqué , persuader au roi et au gros du inondé toutes les horreurs sur M« le duo d'Orléans qui lui étoient les plus utileè ; il s'agissoit maintenant d'en recueillir le fruit.

Ce fpuil élSit de profiter des dispositions où il avoit mis le roi pour l'engager par conscience ^ pour la conservation de l'unique rejeton qui lui suecédéit ifbmédiatement i pour le salut du royaume , à' énerver le ^VLê t[u*i\ serdit {losaible la puissance d'un prince rendu si suspect, et qui , pat les rénôbciations , n'avoit entre la couronne et soi que ce rejeton dans la première enfance*, revêtir ) à faute de princes du sang d'âge raisonnable, ses b&tards de toute l'autorité soustraite au régent; de rendre M. du Maiîie dépositaire et maître absolu de la personne de ce rejeton si pYéoievLt ; ne l'environner que des personnes livrées au bâtard ; et de lui doiiher sur elles ^ et sur toute la maison civile et militaire , tout pouvoir indépendant du régent»

M. du Maine avoit lieu dé se flatter que l'impression prise par ses soins dans la cour, dans l^aris^ dans les provinces , sur M. le duc d'Orléans, seroit puissamment fortifiée par ces dispositions si déshonorantes, et que tout y applaudiroit bien loin qu'on en fût choqué; qu'il se trouveroit ainsi montré et re$u comme le gardien et le protecteur de la Vie du royàl enfant j à laquelle étoit attaché le salut de la France, dont lUi-tnême par là deviendroit l'idole; que la possession indépendante du jeune roi , et de sa maison militaire et civile , fortifieroit avec l'applaudissenient public la puissuioe dont il se trouveroit revêtu danâ l'Etat , aux dépens de celle du régent, par ce testament; que le régent, honni et dépouillé de la sorte « avec l'horreur qu'on avoit eu l'artifice de répandre sut* sa personne et d'entretenir, non-seulement ne seroit pas en ét&t d'oser rieû disputer, mais même n'auroit pas de quoi se défendre de tout te que le bâtard voudroit entreprendre dans les suites contre lui , établi eotnmé il se le trouveroit dans une posture si favorable et si

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