‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 49 sur 232 · CATALOGNE SOUMISE · texte numérisé non relu

CATALOGNE SOUMISE

Barcelone. Il fut embarqué avec Basset et une Tingtaine d'autres principaux chefs de la rébellion, tous militaires, et conduits au chftteau d'Alicante, pour y demeurer le reste de leurs jours, ou être distribués en d'autres prisons.

Le duc de Berwick demeura, un mois à Barcelone pour régler toutes les affaires militaires et civiles de la ville et de la province , et s'en alla ensuite à Madrid. Cette conquête , qui couvrit de gloire sa valeur, sa capacité , sa prudence , fut le sceau de raffermissement de la couronne d'Espagne sur la tête de Philippe Y et de la tranquillité publique , dont l'empereur ne put cacher son extrême déplaisir malgré la paix.

Broglio, gendre de Voysin, arriva le 23 septembre à Fontainebleau avec tout le détail. On sut par lui qu'il n'y avoit eu ni capitulation ni aucuns articles signés , que le duc de Berwick ne l'avoit pas voulu souffrir , et qu'il avoit mis quatorze bataillons françois dans Barcelone avec quelque cavalerie espagnole. Pour Gardone , Montemar qui a tant fait parler depuis de lui en Italie , en prit possession pour le roi d'Espagne; il permit à la garnison , à toute laquelle il accorda le pardon , de se retirer à leur choix hors de la domination d'Espagne , ou chez eux ceux qui avoient du bien.

Le roi de Pologne, qui s'étoit fait catholique pour obtenir cette couronne si bien séante à la situation de son éiectorat , s'y trouvoit assez affermi depuis le désastre du roi de Suède , pour se flatter d'y pouvoir avoir son fils pour successeur. Mais le premier pas à faire pour y parvenir étoit que le prince électoral embrassât aussi la religion catholique , et il s'y trouvoit de grandes difficultés. Comme électeur de Saxe il étoit chef et protecteur né des luthériens d'Allemagne ; c'étoit à lui que s'adressoient tous leurs griefs sur leur religion , il étoit chargé de les faire redresser par l'empereur et par l'empire , et de l'exécution de tous les traités faits là-dessus. Cette qualité lui donnoitun grand poids dans l'empire , et il en étoit si bien persuadé , que tout catholique qu'il étoit devenu , il avoit trouvé moyen de se conserver cette dictature. Il n'avoit point d'autres enfants que ce fils à qui il vouloit aussi transmettre cette même autorité dans l'empire. Toute la Saxe étoit rigidement luthérienne , ses autres Etats l'étoient en partie , deux électeurs catholiques de suite ne pouvoient que causer une grande alarme aux luthériens et les porter du moins à se choisir un autre protecteur.

Il trouvoit de plus un grand obstacle dans la personne de Christine Ëverardine son épouse et mère du prince électoral , fille de Christian- Ernest , marquis de Brandebourg-Bareith , princesse altière , courageuse , luthérienne zélée , qui avoit publiquement détesté son changement de religion, l'ambition qui l'y avoit porté, qui n'avoit jamais voulu mettre le pied en Pologne, ni prendre le nom, les marques, et le rang de reine. Elle avoit même poussé les choses jusqu'à ne vouloir pas le voir dans les séjours qu'il alloit faire en Saxe, où elle se retiroit dans uir cliâteatt éloigné dès qu'elle apprenoit qu'il partoit de Pologne, et s'y tenoit jusqu'à ce qu'il fût retourné.

Tant d'obstacles ne furent pas capables de le rebuter. Il gagna l'esprit de son fils dans ses séjours en Saxe, il glissa sourdement auprès de lui

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