‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 48 sur 232 · ASSAUT GÉNÉRAL DE BARCELONE · texte numérisé non relu

ASSAUT GÉNÉRAL DE BARCELONE

le pillage de la ville ; Talleyrand et Houdetôt brigadiers y furent tués. Af la fin les assiégés se rendirent à discrétion la vie sauve, mais sans aucune mention de leurs biens; le Mont- Joui se rendit de même en même temps, et Gardone quelques jours après, comme on en étoit convenu.

Cet assaut général , où Dillon commandoit comme lieutenant général de tranchée , et Cilly lieutenant général avec la nouvelle tranchée qui devoit le relever , fut donné par trente et un bataillons et trente-huit compagnies de grenadiers commandés par le marquis de La Vère , frère du prince tle Chimay et par Guerchy lieutenants généraux, et Châteaufort avec six cents dragons attaqua en même temps une redoute vers la mer , soutenu par Armendaris , avec trois cents chevaux , qui a été depuis vice-roi du Pérou. Tout fut attaqué en même temps; il se trouva un grand retranchement derrière tout le front de Tattaque où les assiégés chassés des trois bastiops et des deux courtines firent plus ferme. Les assiégeants s'étendirent et les emportèrent ; ils s'emparèrent aussitôt de beaucoup de maisons et de quelques places , et s*y maintinrent malgré plusieurs recharges des assiégés. Berwick fut toujours au milieu du plus grand feu , y donnant ses ordres avec le même sang-froid que s'il eût été dans sa chambre. II fit faire une coupure au rempart pour faire de nouvelles dispositions, et au moyen des maisons se porter en avant. Le feu fut très-violent de toutes parts et dura jusqu'à quatre heures après midi , que les ennemis firent rappeler. Leurs députés sortirent, il y eut plusieurs allées et venues. Enfin le lendemain 12 , ils se rendirent à discrétion , comme on Ta dit. La cavalerie monta sur la fin de l'action par les brèches dans la ville.

On souffrit assez de plusieurs mines et fougasses qu'ils firent jouer pendant l'attaque , et on compta environ quinze cents hommes tués ou blessés de chaque côté à cette attaque , avec beaucoup d'officiers. La place avoit tenu soixante et un jours de tranchée ouverte, avec une résolution et une opiniâtreté extrêmes des troupes et des habitants , enragés de l'abandon de l'empereur et de la perte pour toujours de leurs privilèges par leur réduction , et de ceux de leur province dont ils ont été de tout temps si jaloux, et dont 'ils avoient si étrangement abusé. Les moines de tous ordres , surtout les capucins , et tous les autres de Saint-François , les jésuites même , signalèrent leur rage par les fatigues et les périls où ils s'exposèrent sans cesse , et par leurs vives exhortations soutenues de leur exemple.

Berwick mit un si grand ordre à tout que , dès le lendemain qu'ils se furent rendus , tout parut si tranquille par toute la ville que les boutiques y furent ouvertes à l'ordinaire. Il fit rendre les armes aux bourgeois, changea toute l'ancienne forme du gouvernement, cassa la députatiôn, fit de nouveaux magistrats, établit une nouvelle forme de gouvernement , sous le nom de junte , en attendant les ordres du roi d'Espagne , auquel il dépêcha le prince de Lanti , neveu de la princesse des Ursins. Les miquelets et les volontaires de la campagne vinrent se rendre en foule. La Catalogne fut soumise. Villaroël , dont on a parlé à l'occasion de l'aflaire d'Espagne de M. le duc d'Orléans, commandoit â

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