‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 61 sur 232 · MORT, EXTRACTION, ETC · texte numérisé non relu

MORT, EXTRACTION, ETC

Le père du cardinal d'Estrées fut un personnage toute sa vie par ses grands emplois, son mérite, sa capacité, et Tautorité qu'il conserva toute sa vie. Il fut maréchal de France en 1626 , et il est unique que lui , son fils et son petit - fils ont été non-seulement maréchaux de France , et le dernier du vivant de son père , mais tous trois doyens des maréchaux de France, et longtemps. Le premier maréchal avoit quatrevingt-douze ans, lorsqu'en 1663 il fut fait duc et pair dans cette cruelle fournée des quatorze ' , et qu'il en prêta le serment. Il en avoit quatrevingt-dix-huit en 1670 lorsqu'il mourut. Il eut trois fils de ce premier mariage : le duc d'Estrées mort en janvier 1687 à Rome , où il étoit ambassadeur depuis quatorze ou quinze ans ; le second maréchal d'Estrées; et le cardinal d'Estrées. Ce second duc d'Estrées fut père du troisième, mort avant cinquante ans, de la pierre, à Paris en 1698, et de l'évèque-duc de Laon, mort en 1694. Le troisième duc d'Estrées fut père du dernier, mort sans postérité en juillet 1723, à quarante ans passés; et le second maréchal d'Estrées fut père du troisième, qu'il vit grand d'Espagne et maréchal de France , et qui recueillit la dignité de duc et pair; et de l'abbé d'Estrées, commandeur de l'ordre, mort nommé archevêque de Cambrai, dont il attendolt les bulles, et qui avoit eu plusieurs ambassades , ainsi que ses deux oncles et son grand* père. On voit par ce court abrégé cinq ducs et pairs laïques, deux ducspairs ecclésiastiques, un cardinal, un grand d'Espagne, trois doyens des maréchaux de France, deux commandeurs et cinq chevaliers du Saint-Esprit, trois ambassadeurs, un ministre d'État et deux viceamiraux , outre les gouverneurs de provinces; et voilà comme les beautés élèvent des familles qui savent en profiter I Mme de Soubise et la belle Gabrielle en sont des exemples pour la postérité. Venons mainte* nant au cardinal d'Estrées.

Né en 1627 , il avoit vécu quarante ans avec son père , et sut profiter de ses leçons et de sa considération. La liaison la plus intime fut toute sa vie constante entre ses neveux , et petits-neveux de Vendôme , et lui dont il fut le conseil toute sa vie, et le cardinal y participa dès sa jeunesse. C'étoit l'homme du monde le mieux et le plus noblement fait de corps et d'âme, d'esprit et de visage, qu'on voyoit avoir été beau en jeunesse , et qui étoit vénérable en vieillesse , l'air prévenant mais majestueux, de grande taille , des cheveux presque blancs, une physionomie qui montroit beaucoup d'esprit, et qui tenoit parole, un esprit supérieur et un bel esprit, une érudition rare, vaste, profonde, exacte, nette, précise, beaucoup de vraie et de sage théologie, attachement constant aux libertés de l'Église gallicane et aux maximes du royaume, une éloquence naturelle , beaucoup de grâce et de facilité à s'énoncer , nulle envie d'en abuser, ni de montrer de l'esprit et du savoir, extrêmement noble , désintéressé , magnifique , libéral , beaucoup d'honneur et de probité, grande sagacité , grande pénétration , bon et juste discernement , souvent trop de feu en traitant les afiaires. Il avoit été galant dans sa jeunesse , et il Tétoit demeuré sans blesser aucunes bienséances.

i. Voy. 1. 1", p. 488.

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