BON MOT DE L'ABBÉ DE LA VICTOIRE
tard pour souper dan» une maison où il étoit attendu arec bonne com» pagnie^ on lui demahda avec impatience d'où il venoit, et qui pouvoit ravoir tant retardé : « Hélas I répondit Tabbé d*un ton pitoyable , d'où je viens? j'ai tout aujourd'hui accompagné le corps du pauvre M. de Laon^ — Gomment M. de Laonl s'écria tout le monde, M. de Laon est mort 1 il se portoit bien hier, cela est pitoyable; dites-nous donc : qu'est-il arrivé? — Il est arrivé, reprit l'abbé toujours sur le même ton, qu'il m'est Venu prendre pour faire des visites , que son corps a toujours été avec moi , et son esprit à Rome , que je ne fais que le quitter et fbrt ennuyé. » A ce récit la douleur se changea en risée.
On a vu en son lieu ce grand dîner pour le prince de Toscane à Fontainebleau , qui fut le seul qu'il oublia de prier , pour qui seul la fête étoit faite. Il avoit de ces distractions dans le commerce , qui n'étoieut que plaisantes parce qu'elles ne portoient jamais sur les affaires , ni sur rien de sérieux.
Il fut cardinal de Clément X en 1671 mais in petto , déclaré enfin l'année suivante; protecteur des affaires de Portugal, et se trouva en 1676 au conclave où Innocent XI fat élu ; six mois après il fut à Munich pour le mariage de Monseigneur. Il se démit en 1681 en faveur de son neveu ^ fils du duc d'Estrées, de son évêché; et tout cardinal qu'il étoit depuis dix ans , il demanda et obtint un brevet de conservation du rang et honfieurs de duc et pair. C'en est le premier exemple , et si je l'ai fixé à la même gr&ce accordée à d'Aubigny transféré de Noyon à Rouen , c'est que je n'ai pas compté celle-ci faite à un cardinal , et qui n'a jamais eu d'autre évêché qu'un des six attachés aux six premiers cardinaux , qu'il opta pour son titre quand il en eut l'ancienneté.
Ce fut au festin qu'il donna le jour de la réception de son neveu au parlement, où étoient M. le Prince, M. le Duc, depuis connu le dernier sous le nom de M. le Prince , et M. le prince de Gonti l'aîné , avec beaucoup de pairs , que lorsqu'on vint se mettre à table, M. de Noyon avisa la sottise des valets de la maison , dont le cardinal fut après bien en colère contre eux , qui avoient mis trois cadenas pour les trois princes du sang. Il alla les ôter tous trois l'un après l'autre , puis les regardant tous trois et se mettant à rire : « Messieurs , leur dit-il , c'est qu'il est plus court d'en ôter trois que d'en faire apporter une vingtaine. » Ils en rirent aussi comme ils purent parce que le droit très-reconnu y est , et qu'il n'y avoit pas moyen de s'en fâcher. J'en ai ouï faire le conte à plusieurs des convives , et à M. de Noyon même , qui ne le faisoit jamais sans un nouveau plaisir.
Le cardinal d'Estrées retourna à Rome pour l'affaire de la régale et pour divers points des libertés de l'Ëglise gallicane qu'il sut très-bien soutenir. On disoit pourtant qu'on les entendoit crier et se quereller des pièces voisines, lui et don Livio Odescalchi, et qu'ils traitoient les affaires à coups de poing. Il fut à Rome plusieurs années chargé des affaires de France , conjointement avec le duc son frère , qui y demeura quatorze ans ambassadeur, logeant et mangeant ensemble dans la plus grande union* Le duo y mourut en 1687 , et le cardinal demeura seul avec tout le poids à porter. Il eut après à soutenir tout celui de l'étrange