‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 69 sur 232 · Terres sans importance données à bail · texte numérisé non relu

Terres sans importance données à bail

6. Le mot roturier vient du latin barbare rupiarius (qui rompit terram) ; il s'appliquait primitivement aux paysans qui étaient condamnés aux travaux corporels ou corvées.

SAOfT-SiMoir vu 8

170 GBAMt>S J)Z MARS, PUIS DB MAI.

de four sacerdoce ayec fours grands fiefs , en sorte que la noblesse , qui étoit fo corps unique de l'État, en laissa former un second qui devint le premier; et tous deux en formèrent un autre par leurs baillettes, qui rendirent force serfs propriétaires , lesquels , avec les autres ser& qui ne l'étoient pas , et qui tous étoient le peuple conquis , devinrent par la suite le troisième corps de TÉtat sous le nom déjà dit de tiers état.

Cet empire tout militaire se gouverna tout militairement aussi par ee qu'on appela les champs de mars puis de mai. Tous les ans en mars , et ensuite non plus en mars mais en mai , le roi convoquoit une assemblée. Il en marquoit le jour et le lieu. Chaque prélat et chaque grand seigneur s'y rendoit avec ses vassaux et ses troupes. Là , deux espèces de chambres' en plein champ étoient disposées, l'une pour les prélats « l'autre pour les grands seigneurs , c'est-à-dire les comtes , dès lors connus sous ce nom; tout proche, dans Tespace découvert, étoit fo foule militaire , c'est-à-dire les troupes et les vassaux qui les commandoient. Le roi , assis sur un tribunal élevé , attendoit la réponse des deux chambres à ce qu'il avoit envoyé leur proposer. Lorsque tout étoit d'accord , le roi déclaroit tout haut les résolutions qui étoient prises , soit civiles « soit militaires ; et la foule militaire éclatoit aussitôt en cris redoublés de vivat ^ pour marquer son obéissance. Dans cette foule, nul ecclésiastique, nul roturier, nul peuple; tout étoit gens de guerre ou noblesse, ce qui étoit synonyme , comme on l'a remarqué. Cette foule ne délibé* roit rien , n'étoit pas même consultée ; elle se tenoit représentée par leurs seigneurs , et applaudissoit pour tout partage à leurs résolutions unies à ceUes du roi qui les déclaroit. C'étoit de là qu'on partoit pour la guerre 4 quand on avoit à la faire. 11 y auroit bien de quoi s'étendre sur ce court ^régé ; mais c'est un récit le plus succinct pour la nécessité , et non UB traité, qu'il s'agit ici de faire.

Cette forme de gouvernement dura constamment sous la première race de nos rois , et cette assemblée se nommoit placita , de placet , c'est-à* dire de ce qu'il lui avoit plu de résoudre et de décider.

Pépin , chef de la seconde race , porté sur le trône par les grands vas* saux, à force de crédit, de puissance , d'autorité qu'U avoit su s'acquérir , continua la môme forme de gouvernement , mais en mai au lieu de mars , qui fut trouvé trop peu avancé dans le printemps pour tenir les placita. Gharlemagne son fils les continua de même autant que ses voyages le lui permirent , mais jamais sans ses grands vassaux il n'entreprit aucune chose considérable de guerre, de paix, de partage de ses enfants , d'administration publique , tandis qu'en Espagne et en Italie il agissoit seul. L'usage ancien fut suivi par sa postérité. Sous elle les grands vassaux s'accrurent de puissance et d'autorité, tellement qu'ils ne le furent guère que de nom sous les derniers rois de cette race , dont la mollesse , la foiblesse et l'incapacité y donnèrent lieu.

Peu à peu les différends de fiefs n'allèrent plus jusqu'aux rois. Les feudataires jugeoient les contestations que leurs vassaux n'avoient pu terminer entre eux par le jugement de leurs pareils; et pour les causes

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