‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 68 sur 232 · ORIGINE D£ LA MONARCHIE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

ORIGINE D£ LA MONARCHIE FRANÇOISE

obligé envers lé roi à la même fidélité et au même service de guerre, toutes les fois que le roi le mandoit. C'est ce qui forma la seigneurie et le vcugelage. Ceux qui avoient leurs portions des rois s'appelèrent bientôt feudi ' , et fidèles, de la fidélité dont ils avoient contracté et voué l'obligation en recevant ces portions qui furent appelées fiefs ^\ et Tac* tion de les recevoir en promettant fidélité et service militaire au roi , hommctge ^. Ces premiers seigneurs furent donc les grands feudaiaires qui eurent d'autres feudataires sous eux, comme il vient d'être dit, qui tenoient des fiefs d'eux sous la même obligation à leur égard de fidélité et de service militaire. C'est d'où est venue la noblesse connue longtemps avant ce nom sous le générique de miles, bomme de guerre, ou nobùy synonymes , lorsque le nom de noble commença à être en usage , à la différence des peuples conquis qui de leur entière servitude furent appelés serfs.

Cette noblesse , pour parler un langage entendu , ne put suffire à la culture de ses terres. Elle en donna des portions aux serfs, cbacun dans sa dépendance, non à condition de service militaire, comme les fiefs, mais à cens et à rente , et à diverses conditions , d'où sont venus les divers droits des terres. Ainsi ce peuple serf, qui n'avoit rien, commença à devenir propriétaire en partie , tandis qu'en partie, il continua à ne posséder quoi que ce soit, et de ces deux sortes de serfs dont les uns devinrent propriétaires et les autres ne le furent pas , est composé le peuple ou ce qui a été appelé depuis le tiers état, et comme aujourd'hui se pouvoit distinguer dès lors en bourgeoisie et en simple peuple. Ces baillettes^ qui furent données d'abord aux meilleurs habitants des villes , s'étenditenX aux meilleurs de la campagne. Elles furent bientôt connues sous le nom de roture , à la différence des fiefs ; et leurs possesseurs sous le nom de roturiers^, à la différence des seigneurs de fief, terme qui n'avoit et n'eut très-longtemps que sa signification naturelle , et que l'orgueil a fait depuis prendre en mauvaise part.

L'Eglise fit aussi ses conquêtes pacifiques ; par la libéralité des rois et des grands seigneurs les évêques et les abbés les devinrent euxmêmes, lis eurent des portions de terre fort étendues , ils en donnèrent en fief comme avoient fait les grands seigneurs, et de là sont venus les grands bénéfices que nous voyons encore aujourd'hui , et alors la fidélité et le service militaire qu'ils dévoient aux rois et qui leur étoit aussi dû à eux-mêmes par leurs vassaux , leur grand état temporel les fit considérer comme les autres grands seigneurs. Parvenus à ce point , l'ignorance de ceux-ci se fit une religion de leur laisser la primauté par l'union

4 . Saint-Simon a écrit ainsi ce mot au lieu de leudi qui se trouve plus bas. Le mot leudes vient de l'allemand leuten (accompagner) et désignait les compagnons ou fidèles des rois barbares.

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