‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 71 sur 232 · PAIRS DE FRANCE LES MEMES EN TOUT · texte numérisé non relu

PAIRS DE FRANCE LES MEMES EN TOUT

tenoient leurs grands fiefs du roi ; et qui avec lui jugeoient les causes majeures de tous les grands fiefs, directement ou par appel, et lui aidoient dans l'administration de l'État, militaire ou intérieure , et pour faire les lois, les changer et régler, et faire les grandes sanctions de TÊtat dans ces placita conventa ou assemblées de tous les ans. Bientôt toutes les mouvances majeures des seigneurs ressortirent au roi ou à ces pairs , dont l'étendue de domaine avoit envahi les autres principaux vassaux.

Nos rois , outre ceux de leur couronne qui n'étoient presque plus que ces premiers grands pairs de France , en avoient aussi de particuliers comme duc de France et comte de Paris, que Hugues Capet étoit avant de parvenir à la couronne , et qu'il leur avoit transmis. Ils voyoient les anciens grands seigneurs s'éteindre , et les pairs de France s'accroître de leurs grands fiefs. Ils pensèrent à leur donner des adjoints aux placita dont ils ne pussent se plaindre, et ils y admirent de ces grands vassaux du duché de France qui relevoient aussi immédiatement d'eux , non comme rois , mais comme ducs de France , afin que les pairs n'y fassent pas seuls , faute de grands vassaux immédiats'. Ceux-ci furent appelés d'abord hauts barons du duché de France , puis hauts barons de France. Ils y appelèrent aussi quelques évèques, dont la diminution des grands fiefs avoit diminué ces assemblées ; et par l'usage que prirent nos rois d'y appeler de ces hauts barons , ils y balancèrent la trop grande autorité du petit nombre de ces trop puissants pairs de France. La différence fut , et qui a subsisté jusqu'à nous dans toutes les différentes sortes d'assemblées qui ont succédé aux placita conventa , fut que tous les pairs y assistoient de droit , en faisoient l'essence , qu'il ne s'y faisoit rien sans leur intervention à tous ou en partie , et qu'il leur falloit une exoine , c'est-à-dire une légitime excuse et grave , pour se dispenser de t'y trouver, au lieu que la présence des hauts barons n'y étoit pas nécessaire, qu'ils n'y pouvoient assister que lorsque nonunément ils y étoient mandés par le roi , que jamais ni tous ni la plus grande partie n'y étoient mandés , ni presque jamais les mêmes plusieurs fois de suite ; ainsi ces hauts barons appelés à ces assemblées , au choix et à la volonté des rois , n'y étoient que des adjoints admis personnellement à chaque fois , et non nécessaires ; tandis que les pairs l'étoient tellement que tout se faisoit avec eux , rien sans eux.

On voit par cette chaîne non interrompue depuis la naissance de la monarchie, cette même puissance législative et constitutive pour les grandes sanctions de l'État , concourir nécessairement , et par une nécessité résidante dans le même genre de personne , sous quelque nom que c'ait été, de grands vassaux, grands feudataires, leudi, fidèles, mais toujours relevant immédiatement de la couronne , enfin de pairs , Uquelle étoit en eux seuls privativement à tous autres seigneurs , quelque grands qu'ils fussent , sous les trois races de nos rois.

Les querelles , les contestations de fief pour successions , pour dettes , pour partages , pour saisie iaute d'hommage , de servica , ou pour crimes ,

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