‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 86 sur 232 · Yoy. notes à la fin du volume · texte numérisé non relu

Yoy. notes à la fin du volume

TERME DE CONSEILLER DE COUR SOinTERAINE. 199

magnanime dnc et pair de France doit faire. » Ce sont les termes consacrés mot pour mot qui ont été en usage depuis Tintroduction de la prestation de serment par les pairs , la première fois que chacun d*euz vient prendre séance au parlement. Il est le même pour les pairs ecclésiastiques ; on n'y change que le nom de comte au lieu de celui de duc pour les laïques et les ecclésiastiques qui sont comtes-pairs. Dès lors la parlement en regardoit la dignité avec jalousie , et dans l'impossibilité de se défaire d'eux comme des autres prélats et des autres nobles , il cherchoit à les dégoûter et à les écorner , sans toutefois avoir osé le tenter.

L'occasion de la réception de M. de Guise se présenta , qui la saisit pour laisser ajouter à ces mots du serment : « comme un bon , yertueuz et magnanime duc et pair, » ceux-ci : « et comme un bon conseiller de cour souveraine doit faire. » Quelque monstrueux que fût Vaccolement de la dignité de pair de France avec la qualité de conseiller de cour souveraine , et qu'il parût à tout le monde , l'indignation publique f^t ètoufTée sous le poids du duc de Guise , et son exemple passa longtemps en loi.

Longtemps après il se trouva des pairs plus difficiles , qui ref^jsèrent cette étrange innovation , et les années coulèrent ainsi parmi plus de soumis que de rénitents ' ; à la fin les pairs n'en voulurent plus entendre parler. Le parlement sentit que la chose étoit insoutenable , de quelque côté qu'on la prit ; les mots ajoutés furent peu à peu supprimés ; mais ce ne fut qu'au commencement que le dernier Harlay fut premier président qu'il fut décidé , sans que le roi y intervint autrement que de le trouver juste , que jamais plus il n'en seroit parlé.

Cette tentative , qui a duré si longtemps , met en évidence l'esprit des magistrats de réduire peu à peu les pairs au parlement au niveau des conseillers , et on va voir jusqu'où l'audace en a été depuis poussée et la ténébreuse industrie dont ils ne se sont jamais lassés, ainsi que la négligence et l'incurie incroyable des pairs.

Les princes du sang , si justement pairs nés depuis Henri III et pré* cédant tous autres , ne s'en étoient pas encore distingués comme ils n'ont cessé de faire depuis par tout ce qu'il leur a plu d'entreprendre. Il étoit donc difficile au parlement d'essayer de ternir les pairs dans les séances , sans que cela portât aussi sur les princes du sang. Ils l'avoient pu en ajoutant au serment des pairs la qualité de conseillers de cour souveraine, parce que les princes du sang n'y en prêtent point; mais 11 n*en étoit pas ainsi des a\itres entreprises qui se convoient.

Ce détail pourra être ennuyeux , mais il est indispensable pour ce qui doit suivre du complot de M. du Maine , qu'on n'entendroit pas sans cela, et il servira par un simple exposé de faits à découvrir l'esprit du tiers état , je n'ose dire la sottise de la noblesse , ni la foiblesse du sang royal , et la conduite des magistrats toujours tendante au même but dans une si longue suite d'années. On donnera à la suite de ce récit un plan de la grand'chambre avec des chiffres qui renverront aux explications , les-

ff i. Eipression laline \renitentes) qiii signifie luttant contre; les précédents éditeurs Tont remplacée par le mol résistants.

200 ORDRE ET FORMES D'eNTRER AUX BAS SDÉGES.

quelles , avec Tinspection du plan , rendront clair ce gui le seroit difficilement par le simple discours.

Il y a deux manières différentes en général d'entrer et de sortir de séance, l'une pour les bas sièges, Tautre pour les hauts. En bas, les magistrats entrent par l'ouverture que laisse le barreau entre le siège de l'interprète et le bureau du greffier. Cette ouverture est vis-à-vis du coin du roi , en biais. En débouchant cette ouverture , les présidents traversent le parquet pour gagner leurs bancs; les conseillers, au contraire , longent le long des bancs de chaque côté , passent entre les bancs et les petits bureaux répandus au-devant des bancs , et chacun va ainsi gagner ^a place.

Les princes du sang et les pairs n'entrent point que les magistrats ne soient en place. Ils entrent et gagnent leurs places , les princes du sang en traversant le parquet comme les présidents. On a vu ailleurs que cela n'étoit pas , et l'époque de ce changement. Les pairs font le même chemin que les conseillers.

Celte distinction des présidents dont ils veulent tirer une préférence est en effet nulle, mais en est une. pour les princes du sang par la position des bancs. Les présidents seoient seuls sur celui qui est en face de l'entrée , inutile par conséquent de décrire , pour y aller , les deux côtés d'un carré , puisqu'ils remplissent celui auquel ils vont tout droit chacun vis-à-vis de sa place. Les princes du sang , qui , comme les pairs et les conseillers , ne remplissent qu'un banc de côté , trouvent leurs places en le longeant , et traverseroient vainement le parquet , excepté pour les premières places du banc des pairs qui joint en équerre la place du premier président , tellement que c'étoit une affectation contre eux que de leur faire faire l'équerre le long des bancs pour aller en leurs places , dont M. le Prince le héros les a affranchis', et à l'égard de passer entre les bancs et les petits bureaux , qui , en petit nombre , sont devant les bancs pour 'la commodité des rapporteurs et de leurs papiers , c'est peut-être une affectation nouvelle pour mieux distinguer le traversement du parquet des présidents , mais je ne l'assurerai pas , parce que j'en ignore l'origine.

Pour sortir de séance, la chose a beaucoup varié. Anciennement, les pairs sortoient les premiers à la tète de la magistrature. Depuis, les présidents firent si bien qu'ils marchèrent de front avec les pairs , qui de la sorte avoient la droite sur eux. Depuis que le serment fut changé à la réception du duc de Guise , il parut aux présidents que leur dignité étoit blessée de marcher de front avec des gens qui souffroient la qualité de conseillers de cour souveraine. Us ne laissèrent pas d'être embarrassés des princes du sang qu'ils ne pouvoient séparer des pairs.

A la fin, ils prirent courage : ils osèrent proposer aux princes du sang de marcher à la sortie après le dernier des présidents , et ces princes y consentirent, par quoi les pairs ne purent s'en dispenser. On s'en tiendra au siniple récit, et on laissera les réflexions aux lecteurs. On verra dans la suite que ce joug à la fin a été secoué , et les deux diverses façons de sortir qui ont été depuis en usage pour les pairs, et une autre à part pour les princes du sang.

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