‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 85 sur 232 · RÉGENCE D*ANNE D* AUTRICHE · texte numérisé non relu

RÉGENCE D*ANNE D* AUTRICHE

voix de gens qui espéreroient plus de grâces d^elIe que du concours du conseil , et dont aucun n'étoit en posture de les arracher comme les grands du royaume par leur réputation , leurs alliances et leurs emplois. Ce fut ce qui la détermina d'aller faire déclarer sa régence au parlement , où en effet jelle fut revêtue seule de toute Tautorité royale par la pusillanimité dès deux princes , à l'exemple desquels ceux du conseil de régence n'osèrent se refuser.

Le parlement , dans la suite et dans les troubles de cette régence , sut bien profiter de son avantage aux dépens de l'État et de l'autorité royale, que Louis XIV eut grand'peine à reprendre ^ et à remettre le parlement dans ses bornes , qu'il y a bien su contenir après tant qu'il a vécu , jusqu'à être allé une fois en habit gris tenir son lit de justice avec une boussine à la main, dont il menaça le parlement , en lui parlant en termes Tépondant à ce geste •.

La régence de M. le duc d'Orléilins est un troisième exemple consécutif en faveur du parlement pour les régences , dont je me réserve à parler en son temps.

Les temps fâcheux sont toujours ceux des innovations et des entreprises. Les commencements de la Ligue , qui en produisirent quantité «n tout genre, ne furent pas moins avantageux à celles du parlement. Le duc de Guise , qui n'aspiroit à rien moins qu'à mettre la couronne sur SA tête , et de là dans sa maison , s'étoit proposé de gagner tous les coeurs. Il étoit^ comme par droit successif de ses pères, l'idole des troupes et du parti catholique , de la cour de Rome , qui ne songeoit ^aèL profiter du temps pour étendre son autorité en France et anéantir les libertés de l'Eglise gallicane , monument de toute antiquité qui la blesse si douloureusement* Il étoit plus que sûr de «la maison d'Autriche , qui , jusqu'à sa fin , n'a jamais manqué à la sienne , jusqu'à se la substituer en tout ce qu'elle put ; mais qui ne vouloit que la subversion de la France pour profiter de ses débris. Il avoit séduit les ministres par les charges de l'ordre , et le cabinet par les bienfaits et par la crainte ; il disposoit des écoles de théologie et des prédicateurs , presque de tous leî prélats ; il étoit adoré des peuples , et pour les gagner davantage et se dévouer de plus en plus les curés , il est le premier homme , je ne dis pas de son état , mais je dis de la noblesse la moins distinguée , qui ait été marguillier de sa paroisse et qui en ait fait la planche , qui à la françoise a été suivie depuis par les seigneurs les plus distingués. Il n'oublia pas à chercher à gagner le parlement. Ses pères et lui-même s'étoient élevés par la pairie , ils en avoient accumulé dans leur maison. Leur puissance leur fit après franchir .toutes les bornes, et cette dignité dont lui-même dans ses premiers commencements s'étoit si fort prévalu , à l'exemple de ses pères et de ses oncles , il ne se soucia pas de la prostituer pour cheminer vers son grand dessein.

Le serment des pairs à leur réception au parlement est « d'assister le roi en ses hautes et importantes afi'aires , de tenir les délibérations de U eour secrètes, et de se comporter en tout* comme un bon, vertueux ,

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