‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 88 sur 232 · Î02 SÉANCE AU LIT DE JUSTICE · texte numérisé non relu

Î02 SÉANCE AU LIT DE JUSTICE

pas de pouvoir monter ea haut, et ils s*en consoloient en voyant le chancelier leur chef en bas comme eux. Mais d^opiner découverts et à genoux leur étoit un grand crève-cœur , tandis qu'ils voyoient les pairs et même les offîciers de la couronne opiner assis et couverts. Ils trouvoient bien en cela quelque similitude avec le chancelier , qui prend Tavis du roi découvert, et à genoux à ses pieds, et ne lui parle point dans une autre posture de toute la séance ,' tout second officier de la couronne qu'il est, parce qu'il est légiste par état et magistrat, mais quoique assis au même niveau des autres magistrats dans la place que le greffier occupe aux grandes audiences , il y parle et opine assis et couvert , et y prononce de même. I^es présidents négocièrent et obtinrent que, dès qu'ils seroient à genoux en commençant de parler, le chancelier leur commanderoit de la part du roi de se lever , mais qu'en se levant ils mettroient un genou sur leur banc , qu'ils opineroient ou parleroient toujours découverts en cette posture , et qu'ils se mettroient à genou à terre en finissant de parler. C'est ce qui s'observe encore aujourd'hui.

Je remarque exprès cette humiliante façon du tiers état de parler devant le roi , et de sa séance en bas , à la difiërence du baronnage , par le contrasté inimaginable que les présidents osèrent entreprendre. Ils prétendirent opiner devant les pairs et devant les princes du sang , ils l'emportèrent. Encouragés par cet inespérable succès, ils voulurent opiner avant les fils de France, et ils y réussirent. Enfin ils se prévalurent si bien de la cassation du testament de Louis XIII que la reine souhaitoit si passionnément^ et qui se laissa persuader de s'adresser au parlement, qu'elle consentit, toute reine et régente qu'elle étoit, que les présidents opinassent devant elle , et immédiatement tous après le roi.

Cette énormité dura jusqu'en 1664; les pairs demandèrent enfin justice , ce qui forma un procès où le parlentènt en corps se rendit partie , ' avec toute la robe en croupe. Les pièces en sont entre les mains de tout le monde , ainsi que l'arrêt contradictoire et très-solennel par lequel le roi les réduisit au rang d'opiner où ils dévoient être , après le dernier de tout ce qui est aux hauts sièges , ce qui s'est toujours exécuté depuis jusqu'à aujourd'hui ; ainsi je ne m'y étendrai pas , et laisserai encore une fois le lecteur à ses réfiexions.

L'ordre des temps étant préférable dans un récit historique à la suite naturelle du discours, j'interromprai ici celle de l'arrêt de 1664, à laquelle je reviendrai après pour parler du changement entier arrivé aux réceptions des pairs au parlement.

Les pairs ont toujours été reçus au parlement jusqu'à la mort de touis XIII , à la grande audience à huis ouvert , la séance par conséquent aux hauts sièges ; un avocat présentant les lettres par un discours un avocat général parlant après et concluant. Le pair , après le serment fait comme il se fait aujourd'hui, montoit à sa place. On plaidoit une cause de nature à être jugée en ceUe audience n^éme pour que le nouveau pair opinât, et l'audience finie on se çetisoit. H. de Monaco , lassé de la domination des Espagnols , fit tin traité

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