‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 9 sur 232 · Î43 * MARÉCHAL D'ALBRET, SA FORTUNE · texte numérisé non relu

Î43 * MARÉCHAL D'ALBRET, SA FORTUNE

confia leinr conduite dti Palais-Royal à VinoeniMs à Ifiossena , et à a« détachement qu'il choisit des gens d'armes de k garde. Le cairosse oà étoient les illustres prisonniers rompit hors de Paris. Il fallut le rac<> oommoder, et ce fut là où M. le Prince s'écria : « Ah 1 Miossene , si t« ▼oulois ! V en offrant monts et merveilles. Mais Miossens en saYoit trop pour prendre le change. Il atoit fait son marché , et à force d'exagérer la délicatesse et le danger de cette conduite, il avott tiré parole d'utt bâton de maréchal de France. Moins d'une année après , il succéda à Coligny. Le cardinal crut Tamuser en lui donnant la. compagnie dea gens d'armes, et se délivrer de la sommation fréquente qu'il lui Caiaoit de sa parole. Miossens prit toujours la charge , mais, au hout de fort peu de temps, il se remit aux trousses du cardinal, et. avec la force qu'il tiroit de plus de cette compagnie dont il étoit alors capitaine , il lui fit si grande peur qu'il en arracha le bâton , à la promotion qu'on fit le 1& février 16&3. Ainsi il ne l'attendit pas longtemps. Il avoit k>rs trente-neuf ans, et avoit très^peu servi, jamais nulle part en chef, et depuis ne vit plus de guerre ; mais il sut se donner et se continuer toute sa vie une grande considération , et obtenir legoovernement de Guyenne.

II avoit épousé en 1646 la fille cadette de Guénégaud , trésorier de l'épargne , sœur du secrétaire d'Etat , dont il fut veuf d'assez bonne heure , et n'en eut qu'une fille dont on vient d'expliquer la vie. L'hâta d'Albret fut toujours à Paris le rendez- vous de la meilleure et de la plus illustre compagnie, et devint le berceau de la fortune de Mme de Maintenon, et par elle des amis qu'elle y avoit faits. Mme d'Heudicourt s'en sentit des premières. Sa sœur aînée, Mme de Mios)stens, n'en ramassa que peu de miettes. Son mari fut le troisième frère et le dernier , dont on a déjà vu la fin. Le maréchal d'Albret alla mourir à Bordeaux le S septembre 1670 à soixante-huit ans et fut fort regretté. Mme de Miossens et Mme d'Heudicourt étoient Pons , ainsi que la grand 'mère du maréchal d'Albret, qui avec raison se faisoit grand bonneur.de cette illiance. Mlles de Pons, par là ses parentes , ne bougeoient de chez lui. Elles n'avoient pas de chausses , il les aidoit , et trouvoit la cadette fort i son gré par sa beauté et par son esprit, et la maria pour rien à Heudieourt qu'il en embâta pour l'honneur de l'alliance, et il décrassa ce Sublet par la charge .de grand louvetier, que Saint-Herem lui vendit lorsqu'il eut le gouvernement et la capitainerie, de Fontainebleau. L'agrément que le maréchal d'Albret en obtint à Heudicourt fut . en laveur de ce mariage.

Montpéroux, lieutenant général et mestre de camp général de la cavalerie, mourut assez jeune. Il dorrooit partout depuis longtemps, et debout et en mangeante C'étoit un brave homme , assez officier , sans ancun esprit. II .ne laissa point d'enfants. La Yallière , commissaire général, monta à sa charge , et vendit la sienne au comte de Châtillon> gendre de Voysin. :

On a vu en. son temps l'exil du Gharmel.et ses causes, dont son opi-, niâtreté à se vouloir point voir le joi, et le dépit du roi contre les gens retirés qui na. le voyaient point, fut,, commo je. l'ai raconté alors » la cause foncière de sa disgrâce. Cette pique du roi à son égard ne se pi^sa

34 MORT DU CHARMBL. DTlfc]

l^iatf et dàséoér» en une dureté étrange, pour en purlar sobremont he €hannel, attaqué de la pierre, fit demander la penolasioa de venir ^e faire tailler à Paria. La permiasion fut impitoyablement refusée. JUe mal pressoit; il fallut foire Topération au GharmeL Elle fut si rude et peutêtre si mai faite , qu'il en mourut troia jours après i dans les plus grands tentiments de piété et de pénitence. Il est bien rare de la pousser ausai loin et de la soutenir aussi longtemps avec la même ferveur et la même exactitude qu'il fit la sienne, parmi une infinité de bonnes oauvrea et tdUtea celles qu'il put pratiquer. Il n'&voit presque point d'étude^ et iZ h'atdit d'esprit que ce que lui en avoit donné l'usage du grand monde, La piété avoit suppléé à tout. Je n'en dirai pas davantage « en ayant asse; parlé ailleurs. Il avoit soixante-buit ans, et il avoit passé autant d'auttéeâ dans la retraite qu'il en avoit vécu dans le grand nombre. Ù avoit toujettrs été persuadé que cela lui arriverait) et il me l'avoit dit plu^ Hieurs foiSi M. de Beauvau-^raon , mari de là dieune d'bonneur de Mme la ducbesse de Lormine, à qui M. de Lorraine a fait et procuré une H intreyable fortune , est fils de la s(»i«r du Gbarmel.

La maréebale de La Ferté mourut à Paris en ce même temps, 4 pluf 4e quatre-vingts ans. Bile étoit mère du feu duc de La Ferté et du P. de Ul Férté jésuite^ et sœuv de la comtesse d'Olonne qui étoit son aînée et fbrt riche sans enfants, et elle fort pauvreé Mme d'Olonne étQit vettv# d'un cadet de la maison de La Trémoille qui tint toute sa yï$ pbez lui tripot de jeu et de débauche. Les deux soeurs étoient d'Angennes , d'uoe branche càdettd éteinte en elles. Leur beauté et le débordement de leur fie fit grand bruit. Aucune femme, môme des plus décriées pour la ^lànterie , n'osoit les voir ni pareître nulle part avec elles. On en étoit à alors. LA mode a bien changé depuis. Quand elles furent vieilles et que personne n'en voulut plus^ elles tâchèrent de devenir dévotes. Biles logeoient ensemUte , et un mercredi des Cendres elles s'en allèrent au sermon. Ce sermon , qui fut sur le jeûne et sur la néceasitd d# faire péni? tence, les efilraya. « Ma seeur, se dirent^lles a\i retour, mail c'est tout de bon^ il n'y a point de raillerie, il faut faire pénitenoâ^ ou nnui somihes perdues. Mais, ma sœur, que ferons<-nous?9i^rès y avoir bien pensé : « Ma soâur, dit Mme d'Olonne, voici ce qu'il faut faire, faisons jeûner nos gens. )» Elle étoit fort avare; et avec tout son esprit, car elle en avoit beaucoup, elle crut avoir très-bien rencontré. A la fin pourtant elle ^ mît tout de bon -dans la piété et hi pénitence, et. mourut trois mois après sa sœur la maréchale de La Ferté. Quelque impétueux que fût le maréchal son mari , il fut sa dupe toute sa vie ou le voulut bien paroUre. On ij^otibliera jamais que ce fut d'elle que se fit la planche de légitimer un bfttard sans nommer la mère » oomme ie l'ai raconté ailleurs, pour, sur eet exemple, légitimer ceux du roi sans nommer Mme de Montespan; -

Le roi donna douze mille livres de rente en fonds d'un droit de péage enKonnandie au prince Charles, fils et survivaneier de M. le Grand; et il vit une demi-^heure seul dans son cabinet l'électeur de Bavière, qui y étoit monté par les derrières. Il demeuroit en une maison de SaintrCkmd , où il étoit vefnn de CoxApiègne.

[17143 AMBASSADEURS PtixflPOTSinlIAmfiSI À I^ABE. 35

Le maréchal de Villars arrivant de Bastadt le salua le 15 mars dans son cabinet à Versailles, au. retour ; de courre le cerf à Marly. Le roi Ten^ra^sa^ la loua fort, lui donna pour soaÛIs la surylvance desoa gouTi^rpêÎQQQt ^ ï^rovence^ et ^ lui les entrées des premiers gentilshommes de la ehaiiy)re,t dont il i^rit possession le. soir même au coucher. CM> grâces si singaHèrement grandes surprirent fort la oour, et^ tlvrie à

parts ne rédigèrent pas*

• B« même temps 1^ roî le floniffia son ppemier ambassadeur plénipotêhtiâii'ë pour aller â Bade , le comte du Luc pour le second , qui se tî'ouYoit tout porté, étàbt ambassadeur en Suisse; et pour troisième La Boussaye » conseiller d'£tat et iptendant d^Alsace , qui se trouvoit aussi tout porté à Strasboueg» La surprise fut extrême du refus de La Houssay^j (fui ne pouToit, diseit»-il, céder an comte du Luc, qui n'étoitpas eonseillei' d'État, et le scandale plus grand encore de ce que le roi ne fit ^u*en rire et s'en moquer tout haut , et nomma Saint^ontest , maître des requêtes ^ intendant. à Wet!È, (Jui en eut sii îfiille livres de pension. Outre que lé comte du Luc é^oit par sa naissance tin seigneur , et qu'il étoii aotuellement ambassadeur , on n'fvpit jamais oui parler encore qu'un magistrat eût osé prétendre aucune compétence avee un homme de qualité) -ou passant pour tel. C'est donc ici l'époque où cela fut imaginé pour la première foie,' et passé tout do suitOoCa cria; Us gens de robe eux-mêmes en furent honteux , mais il n'en fut autre chose. Ainsi là robe dse tout, usurf^e tout et domine tout. Les premiers magisti^ts Jiréteïidént ne pins ééder qu*au* ducs et aux officiers de la couronae; C'est encore une grande modestie dont il letir faut être très-obligé.

Feu de Jou^â après , le maréchal de YiQa^s qui rouloit tout atteindre j et qui, sans îâtnàis avpir servi l'Espagne, en avoit obtenu la toiëofl'î reçut le collier de èet nrdre à Versailles , dans l'appartement de M. !e duc de Berry , des mains dé ce prince, en préseilée de tous ceux qut ^voîèàt ôet ordre eïi France, et qui s'y trouvèrent en collieh Le maré*^ ihal fit t^reSqti'é en lùème temps donner mille écus de pension au comte de Choiséul son beau-frère.

, L'abbé de Gâmaches fut nodnhè àùditéuf de rote * en la place du cèp* îinâl de Polignâc. C^étoît un garçon d'esprit, dé savoir-, encore plu!l d*ambîtidt(, et qui bômpU bien se faire cardinal. Mais pour le devenir ^hand On est François, il faut d'antrei! degrés qiie celni de la rote, et force ressorts dont cet abbé^ se flattoit bien aussi de ne pas s^anquer. Il y fit bien tont ôe quMl put , mais il mourut en la peine, après avoir frisé là bordé pins d'une fois d'être rappelé et disgracié. ' Le maréchal dé Charaîlïy qm , à soixante-dix-htiit ans , étoît san» enfanta , et à qui le commandement de la Rochelle et des pays voisins he i^ouvdit pins ètte bon S rien , obtint du M de le faire passer ati éomfe de Chamilly , ancien lieutenant général et fils de son frère , qui avoit été ambassadeur en lianelnart:

Page 1