‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 90 sur 232 · CONTRASTE DE L'ÉTAT ORIGINEL DES LÉGISTES · texte numérisé non relu

CONTRASTE DE L'ÉTAT ORIGINEL DES LÉGISTES

et le voisinage, lui en auroit pu donner davantage, [mais il] n'étoit point pair et n'en savoit pas plus que lui sur les séances du parlement. Cette compagnie n*en fit donc pas à deux fois ; elle le reçut aux sièges bas avant la petite audience du matin , avec un rapporteur qui rapporta ses lettres , ce qui est la forme de recevoir les conseillers. C'étoit une innovation bien hardie et bien étrange, et toutefois l'inapplication , rignorance, l'incurie étoit déjà telle que je ne sais si on s'en aperçut. Du moins M. de Monaco n'étoitpas pour s'en douter, et si d'autres jxurent le remarquer , la foiblesse et l'abandon fut tel aussi qu'on ne le releva pas.

TelLe est la moderne époque de ce changement total de la réception des pairs au parlement. Les troubles et l'autorité de cette compagnie qui s'accrott toujours parmi les désordres, et la même foiblesse des pairs, continuèrent sans bruit cette façon nouvelle des réceptions, qui finalement s'est depuis soutenue jusqu'à aujourd'hui.

Les conquêtes que les parlements avoient faites dévoient leur sembler assez belles pour s'en contenter. Ils avoient fait l'étrange innovation au serment des pairs qui a été expliquée , par laquelle ceux-ci s'avouoient conseillers de cour souveraine ; ils les avoient réduits pour leur réception à la parité avec les conseillers ; ils précédoient les princes du sang , par conséquent les pairs à la sortie de la séance des bas sièges , et l'occasion rare, jusqu'alors, en devenoit plus fréquente et plus solennelle depuis que les réceptions des pairs s'y faisoient. Enfin ils opinoient entre le roi et la reine régente , par conséquent avant elle , avant les fils de France , les princes du sang et les pairs. C'étoit avoir fait un beau chemin pour des légistes souffleurs du baronnage et assis sur son marchepied pour en être à portée quand il plaisoit à quelqu'un de ces seigneurs de les con« sulter à l'oreille , sans toutefois y être astreints , ni de suivre l'avis qu'ils leur disoient aussi à l'oreille.

On a vu que, quant à la dignité et aux fonctions de la pairie, ceux d'aujourd'hui sont en tout les mêmes que dans tous les temps , et les légistes eux-mêmes devenus tels qu'on les voit aujourd'hui ne se peuvent dissimuler ni à personne leur état de légiste , et jusque dans leur triomphe , leur séance aux pieds des pairs , et à ceux des officiers de la couronne , nonobstant tout l'art et le temps qui a fait un banc de ce marchepied et que comme tels ils n'opinent et ne parlent que découverts et à genoux , ainsi que le tiers état dont ils sont membres parleurs offices , quelque nobles que quelques-uns d'eux se voulussent prétendre , et en quelque monstrueux rang qu'ils fussent parvenus à opiner , jusqu'à y précéder la reine , mère de leur roi et régente du royaume. Quel prodige pour des sujets d'entre le peuple, qui n'auroitpu entrer dans l'esprit des premiers du royaume d'oser le prétendre , et quel monstre de grandeur sur piédestal d'argile !

Les troubles domestiques et les embarras de la guerre au dehors en maintinrent i'énormité. Mais après la paix des Pyrénées , les idées revinrent, et la possibilité de remédier aux principaux désordres. Celui-ci qui parut le plus suprême de tous, comme on l'a vu, fut abrogé en 1664, et le premier président avec tous les autres, remis en son

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