‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 99 sur 232 · DISTINCTION DU BARBEAU DE LA GHEBIINÉE · texte numérisé non relu

DISTINCTION DU BARBEAU DE LA GHEBIINÉE

la cheminée, la cheminée qui est hors le barreau et dans la grand'chambre près de cette lanterne qui en a pris son nom , sont à la droite du coin du roi; et le banc des présidents, tant en haut qu'en bas, esta sa gauche , ainsi que la lanterne de la buvette.

Outre que par le fait et la simple inspection cela est ainsi , il y en a deux autres preuves : Tune que le roi séant , la reine régente , s'il y en a une , les fils de France , les princes du sang et les autres pairs sont de suite , et sans distinction que la préséance , assis sur ce banc à droite , et les pairs ecclésiastiques de l'autre qui est à gauche ; or les pairs ecclésiastiques ni les cardinaux , lorsqu'ils y venoient , ne l'auroient pas emporté sur la reine régente et sur les fils de France , ni même en cette séance en haut les pairs ecclésiastiques sur les séculiers , parce que ces deux bancs sont affectés et demeurés suivant l'ancienneté de la séance , et alors les six anciens pairs laïques précédoient comme plus anciens les six ecclésiastiques. Il n'y a donc nulle difficulté pour reconnoître ce banc de« pairs pour être à la droite du roi , et le plus honorable.

Alors , comme on l'a dit , toute la magistrature est aux bas sièges , et les présidents ont mieux aimé en ces occasions demeurer sur leur banc ordinaire , qui est aussi à gauche quand la séance est à l'ordinaire en bas , parce que le banc à droite y est aussi pour les pairs , que de changer de place pour se mettre sur ce banc en bas à droite, que nul magistrat ne pourroit leur disputer , et où les pairs , le roi présent , ne peuvent venir parce qu'ils ne peuvent être alors qu'aux hauts sièges ; les présidents , dis-je , aiment mieux demeurer en leur place accoutumée en bas que de montrer qu'ils ne se peuvent mettre sur celui de droite que lorsque les pairs ne seoient point en bas , mais ce choix des présidents ne change pas la droite et la gauche.

Une autre preuve encore , c'est qu'entre les avocats contraires de parties inégales , celui de la première en dignité , demandeur ou défendeur, prend de droit le barreau de la cheminée. Gela est sans difficulté pour les princes du sang , les pairs , les ducs vérifiés , les officiers de la couronne. C'est ce qui s'appelle le choix du barreau. Et quand il y a dispute de rang reconnu au parlement , car celui de prince étranger y est constamment ignoré , par exemple entre deux pairs en contestation pour leur ancienneté , c'est un préalable nécessaire de juger cette préférence , et c'est un préjugé favorable à la prétention d'ancienneté de l'un sur l'autre que cette préférence de barreau adjugée à l'un des deux. C'est à ce même barreau encore que les avocats généraux plaident, et que le procureur général parle, et jamais à celui de la buvette qui est de même joignant la lanterne de la buvette. Or il n'y a que ces deux barreaux. Par toutes ces choses il est donc clair qu'en haut et en bas les pairs seoient à droite et les présidents à' gauche. Cette gauche déplaît infiniment aux présidents , et voici ce qu'ils ont imaginé pour la masquer tant en haut qu'en bas.

1^ En haut le banc des pairs à droite et celui des présidents à gauche joignent l'un et l'autre le coin du roi tout contre également. Ce coin est juste dans l'angle de la muraille , et y est adossé tout contre , comme y sont aussi adossés les deux bancs à droite et à gauche* Quand le roi n'y

%lk USURPATION INDÉCENTS DU DÉBOURRAGË

ost poiiU , et c'est le temps dont on parle , ce coin est nu , tapissé comme les bancs , sans autre marchepied que celui des deux bancs , qui est de même hauteur et largeur le long des deux et devant le coin où ils se joignent. Le coin est élevé de deux pieds plus que le siège des bancs ; il est plus profond, d'un peu de saillie devant et derrière à cause de l'encoignure , mais sans déborder la largeur du siège des bancs , et à s'y asseoir sur sa nudité il n'est guère plus large qu'il ne faut ; rien derrière que la tapisserie qui suit les deux pans de muraille , et quoi que ce soit au-dessus. Ainsi le premier des princes du sang ou des pairs du côte droit et le premier président du côté gauche touchent également du coude ce coin du roi.

Cette égalité déplut au premier président de Novion. Il fît débourrer le banc des pairs à huit pieds de long près le coin du roi , de manière que qui s'y assoiroit seroit si bas que , outre l'incommodité de la simple planche sous le mince tapis fleurdelisé comme le reste du banc , le haut de sa tête n'atteindroit pus l'épaule , à tai!ie égale , de celui qui seroit sur le bout du même banc qui n'a pas été débourré ; d'où il arrive que , tandis que le premier président touche du coude le coin du roi , le premier d^ princes du sang en est à huit ou dix pieds. M. le duc de Berrv et M. le duc d'Orléans l'éprouvèrent eux-mêmes avec grand scandale a la séance des renonciations , mais ils se contentèrent d'en parler sans ménagement , et eurent la mollesse d'en demeurer là. Cette même distance, les princes du sang, qui viennent toujours aux réceptions des pairs et qui toujours demeurent après à la grande audience , l'éprouvent toutes les fois qu'ils s'y trouvent.

On croiroit peut-être que le premier président de Novion s'en tint là*, mais le moyen d'avoir la grand'chambre et des tapisseries à sa disposition , et de n'en pas profiter de toutes les façons l Le banc des pairs et celui des présidents tout semblables, et de même hauteur à s'asseoir, et de même largeur déplut à Novion. Il voulut un petit trône , et pour cela fit rembourrer d'un pied et demi par-dessus le rembourrage ordinaire des bancs les six premières places les plus proches du coin du roi. Avec cette inTention , les présidents à mortier se trouvent avoir un pied^ et demi d'élévation de séance au-dessus des princes du sang et des pairs. Ce tut encore une autre indignation de M. le duc de Berry et de M. le duc d'Orléans qui essuyèrent cette élévation au-dessus d'eux , élévation que les princes du sang essuient avec l'intervalle toutes les fois qu'ils se trouvent en séance aux grandes audiences. Il faut ajouter que les conseillers qui sont tout de suite sur le banc des présidents ne se mettent point sur l'élévation présidentale. C'est un trône nouvellement imaginé qui ne convient qu'aux inventeurs, tellement que, s'il n'y a qu'un président ou deux à la grande audience , le premier des conseillers qui est sur le banc est à six ou sept places de distance de lui , qui demeurent vides , et si ce conseiller n'est pas bien grand , il a la commodité de s'appuyer ^ur cette élévation, comme on fait sur le bras d'un haut fauteuil. Telle est la nouvelle industrie pour, relever la majesté de la présidence, patsiblemeni^ufferte de grandis et de petits, de princes du sang et de conseillers. Il est vrai qu'il est besoin que la stature des présidents ré-

£T SURBOUKBAGE DES PLACES. g 15

ponde un j^u à rexhaussement de leur siège, et que j'en ai vu quelquefois gunbiller de petits qui «voient peine à se tenir, et qui donnoient un peu à rire à la compagnie. .

Sn bas e'est autre cbose ; les inventions veulent de la variéié. Il y a un peu d'air de campement dans celle-ci , qui se donne sous prétexte du vent, mais qui ne laisse pas d'être dans toutes les saisons. Elle Cait souvenir de ces anciens tribunaux militaires qu'on tendoit en pleine campagne , où les empereurs recevoient les tributs des nations vaincues , et d'où les chefe des armées baranguoient leurs troupes ou leur partageoient les dépouilles. Il y a des tringles et des machines , qui se tendent si subtilement sur le banc des présidents qu'en un clin d'oeil il se trouve sous un dais fleudeiisé, qui a un dossier et deux pentes pour les côtés, qvi le déborde un peu par devant, et qui est un peu sur eux en berceau. Le banc n'a point été. rehaussé de rembourrage comme celui d'en haut. Cela viendra peut^tre avec le temps , et alors ce banc deviendra un véritable trône un peu allongé, comme lorsqu'ils étoient plu^urs associés à l'empire.

Quoique ce dais ne disparoisse pas devant les princes du sang, à plus forte raison devant les pairs, ils n'osèrent pourtant le produire devant H. le duc de Berl*y et M. le due d'Orléans à la séance en bas des renonciations; mais j'ai vu une fois, toutes les chambres assemblées, je ne me souviens plus pourquoi (et alors , comme la place manque en bas où est la séance , les chambres se placent aux hauts sièges) , ilioi étant en place avec les princes du sang et les autres pairs, que ce dais étoit tendu , un murmure aux hauts sièges derrière à qui ce dais ôtoit la vue de la séance , un message ou deux venir à l'oreille du premier président Harlay , et aussitôt le dais se détendre et disparoître en un instant.

Ce seroit abuser que d'en dire davantage. Il faut laisser ces choses aux réflexions des lecteurs , qui seront sans doute plus fortes et plus justes que ce qui s'en pourroit faire ici avec décence, liais il ^ut eneori dire un mot de l'indécence des'saluts.

Il est réciproque entre les fils de France , les princes du sang et les pairs. Les fils de France et les princes du sang se découvrent et se lèvent en pied aussitôt qu'un pair parolt à l'angle d'entrée de la séanoe en bas, où débouchant en haut la lanterne de la cheminée, oomme il en arriva toujours quelqu'un depuis qu'on est en séance. Les fils de France et les prince» du sang leur rendent la révérence qu'ils en reçoivent en allant à leur place , attendant qu'il y soit arrivé , et ne se rasscxient et couvrent qu'en même temps que lui. Il seroit superflu d'ajouter que les pairs en usent de même pour les fils de France et pour les princes du sang. Les fils de France demeurent assis , se découvrent et s'inclinent un peu sans se soulever , pour un président qui arrive en séance ; les princes du sang en usent pour eux comme pour les pairs ; et les présidents réciproquement. Ils se découvrent et se lèvent pour un fils de France, et na sa rassoient et ne se couvrent iiu'«n même temps que lui. M. le duo d'Orléans en usa comme les fils deFmneo toutes les fois qu'il a été au parlement , et les présidents de même pour lui , quant au salut , que pour les fils de France.

Page 1