‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 98 sur 232 · NOUVELLE USURPATION MANQUÉE · texte numérisé non relu

NOUVELLE USURPATION MANQUÉE

suivre les présidents. En cela les princes du sang sont enveloppés dans la même privation , et par même cause , de laquelle il résulte que les princes du sang ni les pairs ne vont j)lus à la tournelle, par la même cessation d'usage qui les a privés du conseil des parties , où ils avoient droit de séance et d'opinion.

Le premier président de Novion , non content du bonnet , voulut pousser plus loin ses entreprises et y donner aux conseillers une part plus particulière , et ameuter mieux par là le parlement sur le bonnet. Il imagina de faire demeurer un conseiller sur le banc des pairs , en sorte que , lorsque leur nombre en occupe plus d'un, la dernière place de chaque banc qu'ils remplissent, soit aux bas sièges, soi^aux hauts, est remplie par un conseiller , qui se trouve ainsi coupant la séance des pairs et placé au milieu d'eux. Cette entreprise eut le même succès de tant d'autres, et dure jusqu'à aujourd'hui. Il est vrai que le premier président, jusqu'à cette heure aussi, a eu la modestie de ne pas demander l'avis à ces conseillers qui coupent les pairs dans le rang de la séance parmi eux. Il le passe et revient à lui en son rang , comme s'il y étoit en séance parmi les conseillers. Ils appellent cela garder le banc. Contre qui et pour qui , c'est ce qu'ils ne sauroient expliquer ; mais aux usurpations de fait on voit qu'ils y sont maîtres.

Je leur en vis tenter une autre en 1700, où il y eut plusieurs réceptions de pairs au parlement coup sur coup. Je vis un conseiller demeurer à la tête du troisième banc aux bas sièges , les princes du sang et autres pairs en remplissant plus de deux. Je le fis remarquer à mes voisins, qui le trouvèrent aussi mauvais que nouveau , mais qui se contentèrent d'en gronder tout bas. Cette mollesse , qui a tourné toutes ces usurpations en prétentions soutenues, me détermina sur-le-champ à en faire un signe très-marqué au premier président Harlay (quoique , depuis l'affaire de M. de Luxembourg, je fusse demeuré hors de toute jnesure avec lui), résolu de faire un éclat sur-le-champ, et de sortir de séance avec les pairs , s'il eût soutenu la gageure ; mais il n'osa , et dans l'instant fit signe des yeux et de la main à ce conseiller de s'ôter de là, et à moi un d'excuse. Le conseiller obéit aussitôt; mais si on l'y avoit laissé cette première fois , comme on le laissa à la dernière place lorsqu'il l'usurpa la première fois , la chose en seroit demeurée comme l'autre. Ils n'ont pas hasardé celle-ci depuis.

Venons maintenant à deux entreprises qui en tout genre se peuvent

dire n'avoir point de nom , et qu'il est aussi nécessaire que honteux de

décrire, pour voir jusqu'à quel excès d'orgueil et de vétilles les choses

.sont poussées par les présidents. Le récit en est aussi curieux qu'il est

en soi dégoûtant.

La grand'chambre est vaste et fait un carré plus long que large , et la séance qui la coupe par le dossier des bancs de séance en équerre, comme on le verra mieux sur le plan, fait un autre carré. De ce carré particulier, et conséquemment de la totalité de la grand'chambre, la droite et la gauche se règlent et se prennent de celles de la place que le roi prend quand il y vient , qui est dans l'angle du fond , ce qui s'appelle le coin du roi, Le banc des pairs , tant en haut qu'en bas y la lanterne de

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