‹ Mémoirs de Ninon de LenclosChapitre 26 sur 28 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Saint-Évremond eut. égard aux scrupules do mademoiselle de Lenclos. Il garda pour lui ces précieuses révélations écrites, que le hasard, après deux siècles, a jetées entre nos mains, t La l'amille anglaise chez laquelle le célèbre auteur termina sa longue carrière fit mettre sous enveloppe et sceller les manuscrits trouvés dans sa chambie, après son décès, pensant que les héritiers viendraient les réclamer un jour. .

Mais toute la famille de Saint-Évremond était éteinte.

Dans un voyage que je fis à Londies, il y a deux ans, sir William Melburn, dernier descendant deshôles qui avaient recueilli l'exilé français, me confia toute une énorme liasse de papiers, disant que je trouverais là quelques hislorieltrs de Fnincc. Ce sont les expres«^ions dont il se servit.

«0 AMOURS uisroiuouEs

Le brave Anglais ne se dontait gncre du tivsor dont iî .•tail possesseur.

Ai-je commis un abus de confiance en transci'ivant les Mcnioires authentiques de inademohelle de LokIos/ je ne le crois l»as. Toutes ces pages appartenaient à mon pays, c'rlait un devoir pour moi de les lui rendre.

Et maintenant que j'ai fait part au pujjlic de ma découvcrl-', il suffira de (juelques mots pour compléter l'histoire de la femme célèbre (jui s'est peinte elle-même avec tant de franchise.

Pendant les dernières années de sa vie, c'est-à-dire jusqu"en 17(M>, mademoiselle de Lenclos cultiva précieusement la société du petit nombre d'amis qui lus restaient encore, s'appîiquantà se rendre chère à tous, et se privant quelquefois du nécessaire pour donner des aumônes plus abondantes ou pour laisser des legs plus riches à ceux qui devaient rester après elle. Voyant approcher la mort, elle ne perdit rien de la si^rrnité de son âme. Elle conserva jusqu'à la dernière minute sa liberté d'esprit et les grâces aimables de son entretien.

« Il est presque doux de mourir, disait-elle, puisipie. !àhaul, nous retrouverons ceux que nous avons aimés. »

In instant avant de rendre le dernier souffle, entendant Kontenolle lui affirmer qu'elle en reviendrait, elle lui répondit i)ar co (juatrain, resté comme un monument de sa fùrce (l'âme au milieu de j'agonie :

Qu'un \ain espoir ne vieillie pas s'offrir

Oui puisse ébranler mon courage ;

Je suis en âge de mourir, ' ■. : ' ^i ' ■■ .

(,|uo forais-je ici davantage? ,, ,,.. s , ., vi

M NO A ItK Ll-.XCI.OS i7,\

In vicaire de Saiul-Sulpice entra poui' lui administrer les derniers sacrements de l'K.ulisc. Ninon les reçut avec imr grande dévotion ; puis elle s'éciia loul à coup :

«Adieu, mes amis, adieu I >>

On s'approcha de son lil, elle élail niorle.

Mademoiselle de Lenclos a été bien certainement une de> femmes les pl'jsdigiu's et les |dus estimables du dix-septiémr siècle. Si son goût jtoni' le plaisir a i|uel(|ue peu dépassé les bornes, elle a racheté ses erreurs par les qualités les plus précieuses et les plus rares. Il n'y eut pas d'esprit i>lus lin. [Aws délicat, de cœui' plus noble et plus généreux. Ninon vit toute son époque à ses genoux, et le jour où elle cessa d'être belle, elle ne perdit ni un ami ni un admirateur. C'est le plus magnifique éloge qu'on puisse l'aire d'une leinnie.

Saint-Évremond l'a peinte admiiablement dans ces quatre vers :

L'indulgentr et sage iiakii'C A formr lïmie de Ninon De la Vdluph' d'Kpicuie Et de la V( itu de (iatuii.

Il est certain que la postérité, toujours juste dans ses apiuvciations sur les personnes, n'aurait pas élevé mademoiselle de Lenclos sur un piédestal, si, à cùté de sa vie d'amour, on n'eût pas trouvé l'énergie de caractère, un mérite supérieur, l'honnêteté, le jugement, re>pril et tout ce qui distingue le> grandes âmes.

MFJIOIRES

CLASSEmiUI^T DES GRAVURES

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