‹ Mémoirs et correspondance de Mallet du PanChapitre 12 sur 42 · LETTRE DE MALLET DU PAN AU GÉNÉRAL HEYMAN · texte numérisé non relu

LETTRE DE MALLET DU PAN AU GÉNÉRAL HEYMAN

«... Je ne vous cacherai pas mon étonnement de cette consultation inopinée : moins que personne je devais m'y attendre , et je vois avec plus de chagrin que de surprise que ce nouveau travail sera aussi parfaitement inutile que les précédents. Je m'y suis dévoué par égard pour vous et par déférence pour un ministre respectable, sans espoir de produire aucun effet. L'expérience que nous avons acquise depuis trois ans m'a guéri de la manie de m'ériger en donneur d'avis. Il faut laisser périr ceux qui veulent s'empoisonner eux-mêmes. L'Europe s'en va. Elle tombera en révolution au moment où nous en verrons sortir la France. Voilà à quoi aura abouti cette guerre que le feu roi Louis XVI avait tant de raison de craindre , et dont il m'avait pronostiqué le résultat. Elle aura servi à prouver une chose : c'est qu'il n'y a rien au monde de si nul, de si désorganisé , de si impuissant qu'une coalition.

« Une correspondance telle que celle qui nous a oc-

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cupés Q^est que du papier barbouillé. . . . J'en étais à mon cinquième numéro y qui part aujourd'bui , lorsque j'ai appris, par .des lettres de Francfort, que vous corn* menciez de plus belle vos négociations avec les bandits des Tuileries, et que M. le baron de Hardenberg allait se rendre à Bâle à cet effet. Voilà un commentaire bien clair de mon travail.. Si je Teusse prévu, je ne l'aurais pas commencé. Je regrette vivement d'avoir entrepcU une tâche pour la quitter au bout d'un mois par un motif aussi désolant. Il me semble que, puisqu'on était aussi déterminé à négocier en dépit des circonstances et des intérêts les plus sacrés , il était bien superflu de recourir à mes informations. L'expérience jugera et les motifs de votre cabinet, et les suites de sa démarche, et la conduite extraordinaire qu'on fait tenir à Sa Majesté prussienne.

« M. le baron de Hardenberg n'aura , j'imagine, plus besoin de mes services , étant sur les mêmes lieux que moi et à portée de se procurer les renseignements dont il peut avoir besoini Sa mission même exclut ma correspondance, qui est un plaidoyer perpétuel contre ces négociations anticipées et funestes.

« Il est très-possible que la Convention n'existe plus au moment où votre cour voudra signer la paix avec elle. Depuis l'origine de la guerre , les alliés ont toujours eu l'art de se mettre en opposition avec les conjonctures et de laisser évanouir ou d'annuler eux-mêmes celles qui leur étaient favorables. Quel monde que celui-ci , mon cher général ! Je vous renouvelle , etc.

« Mallet du Paw. »

La réponse fut telle que Mallet commença sérieu-

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sèment à se rassurer. Le général leva ses objections en peignant avec chaleur lés principes et le caractère du ministre, la loyauté de ses sentiments ^ la rectitude de ses vues personnelles, et surtout son désir exprès que Mallet n'épargnât pas même les vérités . désagréables, en 'donnant encore plus de vigueur à ses arguments. Force était bien à notre publiciste de chercher d'autre but qu'une paix partielle à ces conférences de Baie ; il crut un instant que c'était une comédie arrangée pour rogner quelques palatinats à la cour de Vienne. Il écrivait alors à M. de Castries :

LETTRE DE MALLET DU PAN AU MARÉCHAL DE CASTRIES

4 avrQ 1795.

(c J'ai des raisons personnelles de croire M. le baron de Hardenberg aussi éloigné , par ses opinions que par la sagesse de son esprit et l'clévation de son caractère, d'une transaction aussi honteuse et aussi dérisoire. Ce ministre me fit prier, il y a trois mois , de lui développer mon opinion sur les questions courantes. Ma réponse fut étayée de preuves , de faits , d'inductions si convaincantes, que j'appris sans étonnement que M. de Hardenberg partageait absolument mou sentiment. Il partit pour Berlin , en me faisant savoir qu'il l'appuierait de toutes ses forces; mais, pour tout résultat, on a recommencé à négocier. Le ministre est venu luimême à Baie : peu après son arrivée , j'ai reçu de lui la demande d'une entrevue et la suite de ma correspondance , et j'ai refusé l'une et l'autre , en déclarant que , dévoué à la cause de la monarchie française et de l'Europe , je ne voulais intervenir pour rien dans

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les intérêts privés de la Prusse avec la Convention. « Vous induirez de ces dernières demandes qu'on n'çst rien moins qu'affermi dans ses desseins , ni près de conclure; mais vous approuverez, je pense, la réserve que je me suis imposée. »

Il venait de fermer cette lettre , lorsqu41 apprit le traité de paix et d amitié signé le 5 avril, à Baie, entre le roi de Prusse et la république française. M. de Hardenberg était arrivé de Berlin pour reprendre les négociations un moment interrompues par la mort du baron de Goltz. Les conséquences prévues par Mallet ne tardèrent pas à se dérouler; seulement TAutriche, qui venait de perdre ses Pays- Bas et les contingents de la Hollande conquise par Pichegru, l'Autriche exaltée par ses malheurs mêmes, par l'isolement dont elle était menacée et par son indignation , au lieu de se laisser abattre soutint hardiment la campagne, avec la seule alliance plutôt qu'avec le concours heureux et effectif de TAngleterre.

Une lettre confidentielle où Mallet donnait carrière à sa première impression , vint à la connaissance du baron de Hardenberg, qui s'en plaignit à son tour dans les termes d'un vif mécontentement. Mallet, tout en protestant contre l'indiscrétion qui lui avait donné des torts apparents, se défendit avec franchise :

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