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PREFACE XXI

et quel alibi sa mélancolie a demandé à son imagination. De là dérive, entre autres conséquences, cette force de dédain de l'opinion qui lui a permis de ne jamais abdiquer devant le goût du public. Il admire beaucoup ce titre d'un poème de Lamartine : le Génie dans V obscurité. Cette admiration est de bonne foi, et je ne serais pas étonné qu'aimant les lettres de l'amour que j'ai dit, non seulement les insouciances de la renommée à son endroit l'aient trouvé indifférent, mais encore qu'il s'en soit presque réjoui aux heures d'entière sincérité.

Donc sa littérature a été pour M. d'Aurevilly un songe réparateur. Mais, en dépit d'un proverbe fameux, tous les songes ne sont pas des mensonges, et quand le songeur est un moraliste et un psychologue, il n'est pas bien malaisé de déterminer, dans l'arrière-fond de sa rêverie, les éléments

XXII ]• REFACE

d'expérience qu'il a combinés, exagérés parfois, parfois déformés, et qui demeurent pourtant invinciblement solides et réels, — comme la matière brute sur laquelle travaille un sculpteur. Il y a dans une lettre de Stendhal à Balzac une phrase significative et qui marque bien quel procédé de métamorphose emploient à l'égard de leurs observations ces alchimistes de l'âme humaine qui sont les grands romanciers : « Je prends , dit l'auteur de Rouge et Noir, un personnage de moi bien connu, je lui laisse les habitudes qu'il a contractées dans l'art d'aller tous les matins à la chasse du bonheur, ensuite je lui donne plus d'esprit. » Le plus d'esprit devient pour un d'Aurevilly un plus de passion, mais le procédé reste sensiblement analogue. Il est d'ailleurs aisé, pour qui connaît un peu les circonstances de la jeunesse de M. d'Aurevilly, de faire un départ des sources diverses qui ont nourri de

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