PRÉFACE XXV
Ce qui fait l'intérêt psychologique de ces Memoranda, c'est précisément qu'on assiste à ce travail de métamorphose. On y peut saisir à plein comment chez M. d'Aurevilly les impressions s'écrivent. Ce livre, qui n'est pas un livre, me séduit par ce charme d'une nuance si fine. Il laisse voir la minute où l'homme va devenir l'auteur, où la réalité se change en poésie, où l'observation se double de rêve. Et le rêve est si naturel à M. d'Aurevilly que le moindre événement l'y conduit par une invincible pente. Une enfant s'endort à son côté dans une diligence, et la Léila de Byron lui apparaît (p. 6). Il regarde le vent frapper des arbres : « Il sabrait les ormes comme avec un bancal et leur hachait leur beau visage de verdure nuancée », dit-il (p. 41). Et ailleurs sur la pluie : « Ne sommes-nous pas en Normandie, la belle Pluvieuse, qui a de belles larmes froides sur de belles joues