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VI PREFACE

gnes à jour fixe qui fait regretter même le talent qui vous en rend capable, et, — pour combler la mesure, — ce métier, ces concurrences et ces besognes, en pleine société démocratique. Mais cet amour de la haute vie et des élégances ambiantes n'est-il pas commun à tous les poètes ? Est-ce autre chose que le désir d'imprégner d'âme les vulgarités nécessaires, et ne s'en guérit-on pas, comme de toutes les nostalgies de l'ordre physique, par le sentiment que la matière n'est pas capable de suffire aux exigences de l'esprit, si bien que réaliser certains de ses rêves serait les diminuer? Un trait plus particulier de M. d'Aurevilly et qui lui assigne une place spéciale parmi les hommes de lettres de ce temps, c'est qu'il était né et qu'il est resté fanatique de l'action. Le caractère de ses personnages préférés dans l'histoire, comme le caractère de ses héros inventés dans le roman, attes-

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tent ce fanatisme que son aspect volontiers martial ne dément point. Il a vécu cependant sédentaire, assez analogue par l'antagonisme de ses désirs et de ses habitudes à ces héritiers de familles ruinées que Walter Scott évoque au coin du foyer désert, sous le portrait d'un roi chassé et qui ne régnera plus, à l'ombre d'un blason qui va s'effaçant, et que nulle piété ne réparera. Était-ce par l'intuition d'une analogie pareille que Théophile Silvestre appelait M. d'Aurevilly de ce nom de laird si étroitement uni pour l'imagination au souvenir de Théritier des Ravenswood? « Allons chez le laird », disait-il à leur ami commun Léon Gambetta, tout jeune alors et qui aimait à disputer avec l'extraordinaire causeur. Pourtant ils n'avaient guère d'idées du même ordre, lui, l'orateur méridional, lancé si hardiment en plein courant du monde moderne, et l'autre, l'écrivain solitaire, d'une

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si invincible énergie de protestation contre ce monde ! C'est que M. d'Aurevilly a encore exagéré par ses convictions acquises, — cette seconde nature qui parfois contredit la première, parfois en redouble l'originalité native en la doublant de réflexion, — le divorce qui le séparait de son époque. Il est devenu catholique, et du catholicisme le plus hautement proclamé, jusqu'à écrire l'apologie des procédés inquisitoriaux, à l'heure précise où la science contemporaine paraît se résoudre dans le positivisme le plus hostile à la tradition catholique. Absolutiste et nourri de la moelle de la doctrine de Joseph de Maistre, il a vu les monarchies s'écrouler, les théories issues de la Révolution foisonner et grandir, la France multiplier les essais de gouvernement parlementaire. Idéaliste dans son art comme il l'a été dans sa vie, admirateur de Byron et de Lamartine, il assiste aujourd'hui à l'avè-

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