LES ÉDUCATEURS CANADIENS
La seule mention de l'œuvre de nos fondateurs de collèges et de nombre d'autres maisons d'éducation supérieure dans le Bas-Canada, est un tribut d'éloges plus éloquent que tout ce que je pourrais dire de plus, pour établir leur mérite et le faire apprécier. C'est pourquoi, je ne reviendrai j as, par rapport à eux, sur ce sujet intéressant qui, d'ailleurs, a été traité assez longuement dans les chapitres précédents, pour satisfaire au devoir et à toute juste réclamation.
Mais, comme il est un grand nombre d'autres amis de l'éducation qui, par leurs efforts et leurs sacrifices, ont contribué à la répandre utilement dans le pays, il serait injuste de ne pas en signaler au moins quelques-uns à la reconnaissance publique.
Cependant, comme il serait trop long et peut-être impossible de mentionner ici tous nos éducateurs vivants, je bornerai ma liste aux défunts qui me sont le plus connus.soit parmi les laïques, soit dans le clergé.
Or, outre les fondateurs de collèges classiques, dans le Bas-Canada, les éducateurs pris parmi les laïques dans la liste des défunts qui méritent,à plus d'un titre, une mention honorable dans l'histoire, sont: Jos. Frs. Perrault, le Dr. Frs. Blanchet, Araable Berthelot, le Dr. Jacques Labrie,
Jean Joseph Girouard, Michel Bibaud, l'Hon. B. Joliette. A l'exception de M. Bibaud, tous ces hommes distingués ont été membres du parlement pour le Bas-Canada. Parmi les membres du clergé défunts qui sont des éducateurs sans être fondateurs de collèges, on compte, entre beaucoup d'autres, Messire J. Pâquin, M. l'abbé Duchaîne, M. l'abbé Chartier, M. l'abbé John Holmes, Messire F. X. Mercier, Messire J. Duquet, Messire Jérôme Demers, Messire Paul Loup Archambault, et Messire Xicolas Dufresne.
Du nombre total de ces zélateurs de l'éducation, quatre ont été instituteurs, savoir : le Dr. J. Labrie et M. Michel Bibaud,parmi les laïques,et MM. l'abbé Duchaîue et l'abbé Chartier, décédé, ce dernier, curé de St. Gilles, diocèse de Québec.
Le vénérable Jos. F. Perrault, protonotaire à Québec, véritable philanthrope, est auteur de nombreux ouvrages élémentaires sur l'histoire du Canada, sur l'agriculture et sur l'éducation primaire dont un, en manuscrit, se trouve dans la bibliothèque du bureau de l'instruction publique à laquelle je l'ai envoyé comme étant la place où on pourra mieux le conserver et le consulter au besoin. L'auteur me l'avait donné quelques années avant son décès, arrivé à un âge très avancé.
M. Perrault fonda des écoles et des fermes-modèles qu'il faisait fonctionner d'une manière exemplaire. Il savait faire partager à ses amis son goût pour l'éducation et pour l'agriculture, et nous voyons aujourd'hui son petit fils, Joseph Perrault, occuper avec distinction la place de secrétaire du bureau d'agriculture de la province, après avoir été élève de l'école d'agriculture de Grignon, à Paiis.
Le Dr. Frs. Blanchet, auteur d'une savante dissertation sur la chimie animale appliquée à la médecine, est ostensiblement l'auteur de l'acte des écoles de fabrique, passé en 1824, pour suppléer au défaut de l'acte d'institution des écoles royales, passe en 1801, qui ne convenait pas aux catholiques, les officiers et les instituteurs de cette institution, nommés par le gouvernement, étant très généralement protestants.
A niable Berthelot, bibliophile, avocat distingué de Quebec, était un de nos littérateurs les plus appréciés, et un ami zélé de l'éducation. Outre sa savante dissertation sur Un canon de bronze trouvé en 1827, à Champlain, dans ie fleuve 8t. Laurent, et une autre sur les restes du vaisseau français de mer appelé la Petite Hermine, il est auteur de nombre d'écrits ayant trait à l'histoire et à l'éducation, et notamment d'essais d'analyses grammaticales, suivant les principes de l'abbé Gauthier. Ces essais sont très recommaadables,surtout aux instituteurs qui ne bornent pas leur enseignement de la grammaire à la partie purement mécanique.
Le Dr. Jacques Labrie, de St. Eustache, district de Montréal, auteur d'une Histoire du Canada, restée à l'état de manuscrit, et d'uu essai sur la constitution britannique et sur celle du Bas-Canada, avait établi deux écoles supérieures en cette paroisse, dont l'une pour les garçons, tenue par M. Paul Pwochon, et l'autre pour les filles, tenue par plusieurs personnes du sexe. Il les dirigeait toutes deux, et prenait part à l'enseignement avec autant de zèle et de talent que de succès.
Son école de filles était une véritable école normale, et les examens publics de ces deux écoles étaient regardé»
comme autant de fêtes littéraires et scientifiques auxquelles les amis de l'éducation de l'endroit, de tout le voisinage, et surtout de la ville de Montréal se rendaient en foule.
J'ai rencontré, dans le cours de mes visites, en qualité de Surintendant de l'Education, quelques institutrices qui avaient été formées à l'école du Dr. Labrie, et je puis dire qu'elles faisaient preuve de connaissances exactes et approfondies dan^ les branches d'instruction qui étaient do leur ressort, et d'un grand talent dans l'enseignement et dans la tenue de leurs écoles respectives.
Le Dr. Labrie est mort victime de son zèle pour l'éducation populaire, ayant contracté une maladie mortelle causée par des misères et la fatigue extrême qu'il avrit eues, en visitant, en l'automne de 1831, 1p& écoles du comté qu'il représentait dans le parlement du Bas-Canada.
Son Histoire du Canada, dont M. J. J. Girouard était le dépositaire, a été malheureusement brûlée dans le sac de St. Benoit, en 1838.
Le Dr. Labrie était, pendant la guerre de 1812 avecie* Etats-Unis, le médecin du second bataillon de milice incorporé, et il remplissait les devoirs de sa charge toujours avec empressement, habileté et charité.
Jean Joseph Girouard, de St. Benoit, était notaire public et un homme très distingué dans sa profession. Il était un ami zélé de l'éducation, et l'on peut dire qu'il était aussi un homme de génie. Sans avoir jamais étudié l'art de peindre, il tirait très facilement, au crayon, des portraits d'une ressemblance frappante. Il a laissé, après lui, une preuve très-honorable de *a charité pour les pauvres et de son zèle pour l'éducation, en fondant, à ses propres frais, le Couvent des Sœurs de Charité (Sœurs=
Grises) de l'ordre de l'Hôpital-Genéral, que l'on voit florissant à St. Benoit. Ces dames y recueillent les pauvres et les infirmes de leur sexe, et font encore l'école aux enfants des deux sexes.
M. Girouard a été membre du dernier parlement pour le Bas-Canada, et, comme tel, membre du comité d'éducation ou nous avons travaillé ensemble, avec- feu Hector Simon Huot, avocat de Québec, à un projet de loi d'éducation qui, après avoir été agréé par l'assemblée législative avec peu de changements, fut rejeté par le conseil législatif (1). La partie seule qui pourvoyait à rétablissement d'écoles norti aies en ayant été détachée, devint loi en 1835.
Michel Bibaud, né en la paroisse de Montréal, s'était livré à l'enseignement dès sa jeunesse. Il était un des élèves les plus remarquables du Collège St. Raphaël, à Montréal, D'un caractère positif, réfléchi ef studieux, Ses connaissances étaient exactes, étendues et profondes, et il prenait grand plaisir à les communiquer, suivant les circonstances, à ses nombreux élèves. Plusieurs ont ligure honorablement dans les professions savantes.
M. Bibaud est auteur d'une Histoire du Canada, fort exacte et fort appréciée par ceux qui en ont fait l'étude. Il est aussi auteur d'une arithmétique marchande très estimée et très répandue dans les écoles et dans nos collèges. Mais Michel Bibaud a surtout contribué a répandre l'instruction par la part acti\e qu'il a prise et les succès qu'il a obtenus dans ia presse, pendant la plus grande partie de sa vie.
(1) Les membres composant ce comité étaient : T. Bcratillier, Jos.
N. Cardinal Child, André Fraser. V. Guillet, Giroujird. Huot,
Meilleur et W. Power, Cardinal. Chfld, Girouard et Hnor gnnt défunts
L'honorable Barthélémi Joliette, originaire d'une famille historique, en Canada, ( 1 ) est le seul défunt, parmi les laïques, qui a fondé un collège à lui seul ; c'est le Collège Joliette sis à St. Charles de l'Industrie, district de Montréal. On peut dire aussi qu'il a le plus contribué à fonder ce beau et florissant village, commencé par lui au milieu de la forêt, en 1825. La belle église qu'on y voit doit aussi son existence à sa générosité.
L'hon. Joliette a été, successivement, membre de l'Assemblée Législative et du Conseil Législatif pour le Bas-Canada, et, partout, il s'est montré aussi généreux que zélé pour la cause de l'éducation, — (Voir l'article XXXII.)
Messire J. Pâquin, curé de St. Eustache, était un ami constant et zélé de l'éducation. On lui doit principalement l'existence du couvent des Dames religieuses de la Congrégation établi en cette paroisse.
La pierre nécessaire, pour la bâtisse de cette maison d'éducation, fut amenée par corvée sur les lieux, en Décembre de l'année 1823, et j'ai eu le plaisir d'y prendre part, pendant toute une semaine en conduisant ma propre voiture. Les principaux habitants du village de St. Eustache en tirent autant, ayant à leur tête leur digne curé.
Cette pierre fut tirée des carrières de la côte St. Joseph, formant maintenant partie d'une nouvelle paroisse,
(1) L'illustre Joliet, qui a découvert le Mississipi, en compagnie du R. P. Marquet, qui lui avait été donné pour adjoint par le comte de Frontenac, est né à Québec, y fut baptisé le 21 Septembre 1645, par le R. P. Barthélémi Vimont, et fit ses études dans leur collège, à Québec. Les RR. PP. Jésuites peuvent donc, à bon droit, réclamer ce digne Bnjet,
ayant, pour premier curé, Messire F. Bourgeault, élève distingué du Collège de l'Assomption. (1)
Messire Pâquin aurait sans doute fait bien davantage
(1) Une suite de faits dont le souvenir m'est cher, et dont la simple mention peut intéresser le lecteur, se présente ici, et semble réclamer une petite place dans l'intérêt de l'histoire.
C'est à St. Eustache que j'ai commencé, par des écrits anonymes, tour-à-tour attaqués et appuyés, à donner publiquement l'idée de la fondation du florissant Collège de l'Assomption, à l'existence, à l'embellissement et a la prospérité duquel tant de mains généreuse? et habiles ont courageusement contribué.
Le premier de mes écrits, sur ce sujet, mais dont le but apparent était de signaler la corvée faite en faveur du couvent de St. Eustache, était daté du 25 Décembre 1823, et signé — m
Un autre écrit daté de St. Hyacinthe, afin de détourner l'opinion à l'égard de l'auteur, était signé — optimiste, et, pendant une discussion qui a duré plus de six mois, j'envoyai nombre d'autres écrits à la presse en faveur de la proposition d'augmenter, dans nos campagnes, no3 établissements d'éducation supérieure qui étaient alors en petit nombre. L'extension et le développement qu'ils y ont pris par tout '. depuis cette époque, prouvent le triomphe que cette proposition a obtenu sur ses adversaires.
Les ami3 du Collège de Ste. Thérèse, surtout, prirent une part trèsactive dans cette discussion, parce qu'ils craignaient que l'établissement d'un collège à l'Assomption ne fût nuisible à celui de Ste. Thérèse dont le succès était encore douteux.
Enfin, l'opposition comptait les amis trop exclusifs des collèges de Québec et de ilontréal. Ils prétendaient que ces institutions seules suffisaient pour répondre au besoin, et que les autres collèges classiques, établis dans nos campagnes, étaient moins qu'utiles, "quand bien même on y singerait le grec et le latin." Je cite de mémoire, mais je garaatis le sens de l'expression qui est plus que triviale.
A ma connaissance, trois des champions sont décédés .; mais je ne sais combien il en est resté, de part et d'autre, vivant, pour contempler le progrès que nos institutions ont fait, depuis cette époque, non seulement en nombre, mais encore en améliorations de toutes espèces, qu'elles ont faites, à l'envi les unes des autres, dans leurs cours d'études respectifs, pour mieux les adapter aux besoins nouveaux et variés de la société, aujourd'hui plus progressive que jamais.
Le nombre de nos institutions classiques a bien augmenté depuis, comme on peut s'en convaincre, en lisant les chapitres pré: Chacune de nos anciennes a vu le nombre de ses élèves se doubler presque, tandis que les nouvelles contiennent chacune un nombre d'élèves au moins égal à celui que leurs devancières avaient auparavant.
pour l'éducation, n'eût-ce été la nécessité de rebâtir son église et son presbytère, à la suite de l'incendie et du sac de St. Eustache et de St. Benoit, par les volontaires et par les troupes anglaises en 1838. Ces trois bâtisses font honneur à Messire Faquin, ainsi qu'aux habitants de la paroisse. Erigées, les deux dernières, à la suite de ce grand désastre, on a lieu de s'étonner à la vue de leur dimension et de leur élégance.
Cependant, Messire Faquin ne bornait pas ses soins et ses veilles à l'érection de ces monuments de son zèle, de sa générosité et de son bon goût. Il se livrait simultanément à des travaux littéraires considérables dans l'intérêt de l'instruction, mais qui, malheureusement, n'ont pas été imprimés. Il est l'auteur d'une Histoire ecclésiastique du Canada, restée à l'état de manuscrit, qui est malheureusement devenue la proie des fiammes, lors de l'incendie de l'Evêché de Montréal en 1852, où ce travail avait été déposé, après la mort de l'auteur, arrivée prématurément peu de temps avant cet autre désastre qui, bien qu'accidentel, n'a pas été moins grand que celui de St. Eustache. En effet, outre l'Evêché et la Cathédrale de Montréal, l'incendie de 1852 a réduit en cendres presque tout un faubourg de cette ville.
L'abbé Duchaîne, une des lumières du Canada, était une de ces capacités rares que l'on ne rencontre qu'à longues distances dans la carrière littéraire. Il était originaire de Yamachiche, district de Trois-Rivières. L'abbé Duchaîne, pendant une grande partie de sa vie, a enseigné, avec un succès incontestable, toutes les sciences usuelles et classiques, ainsi que les mathématiques dans toutes leurs branches, et a beaucoup écrit sur les sujets
s'y rattachant. Nous avons de lui la prescription d'un paratonnerre qui est d'une exécution facile (l),etun plan d'éducation général qui a été plus apprécié qu'utilisé. Il n'a rien publié de ses autres ouvrages, mais j'ai une copie manuscrite de son cours de logique.
L'idée que j'ai des travaux littéraires de l'abbé Duchaîne, c'est qu'ils sont nombreux et diffus.
Il est sans doute à regretter qu'une main habile et patiente n'entreprenne pas de les examiner, et de les classer pour les utiliser.
Les élèves de l'abbé Duchaîne était très généralement des jeunes canadiens de tout âge et de toute condition, dont il savait développer l'intelligence et cultiver l'aptitude d'une manière rapide et sûre. Il en est plusieurs qui figurent avec avantage dans les professions savantes en ce pays et à l'étranger.
Pendant un grand nombre d'années, l'abbé Duchaîne a rédigé l'almanach canadien, en remplacement de feu Messire Bédard, canadien aussi, et membre du séminaire de St. Sulpice de Montréal.
M. l'abbé Chartier, qui a été un des directeurs du Collège de Ste. Anne, est auteur d'une grammaire raisonnée à l'usage des élevés de cet établissement. Au préalable, il avait étudié le droit, été admis au barreau de -Montréal, puis instituteur à l'Assomption avec un succès qui lui avait mérité la confiance universelle. Mgr. R. Gauiin, alors curé de cette paroisse, avait une haute estime pour l'abbé Chartier. Mais, doué d'un caractère vil' et très ardent, ses belles qualités intellectuelles et ses grands talents n'ont pas servi autant les sciences qu'ils auraient pu le faire sans cela.
(1) Voiries Mélanges RzUa&ux du isiuillet 1841.
M. l'abbé John Holmes, élève et condisciple du collège de Montréal, qui a été un des professeurs du collège de Nicolet, puis professeur de philosophie au collège de Québec, est auteur d'une géographie historique et universelle très savante et très appréciée. Cette géographie, qui a été traduite en anglais aux Etats-Unis, est à sa quatrième édition en Canada, et est adoptée dans presque toutes les maisons d'éducation supérieure.
Agrégé au Séminaire de Québec peu de temps après avoir été ordonné prêtre, il en fut un des membres les plus utiles et les plus propres à soutenir la haute réputation qu'a acquise cette maison dans l'enseignement.
L'abbé Holmes était naturaliste, et il donna beaucoup de soins à l'enseignement de l'histoire naturelle, et y obtint sans contredit de grands succès au collège de Québec. Il a su mettre ce département de l'instruction sur un pied qui ne laisse rien à envier, sous ce rapport, aux institutions littéraires et scientifiques de la vieille Europe.
L'abbé John Holmes est celui que le comité de -régie d'écoles normales envoya en Europe en 1836, pour se procurer des instituteurs et un appareil de physique et de chimie pour l'usage des écoles normales. Voir l'article XXIII.
Messire F. X. Mercier, curé de St. Vincent de Paul, a doté cette paroisse de propriétés considérables pour y établir les Dames religieuses du Sacré-Cœur, dont la maison-mère, en ce pays, était alors en la paroisse de St. Jacques de PAchigan qu'elles ont laissée depuis pour venir s'établir à St. Vincent de Paul. Mais se trouvant là encore trop éloignées de la ville de Montréal, elles
viennent de laisser cette dernière paroisse, pour s'établir définitivement au Sault-au-Ttécollet, afin de se rapprocher davantage de cette ville.
M. Mercier était une de ces âmes libérales et généreuses qui ne voient partout que du bien à faire. Sa mémoire sera toujours vénérée en la paroisse de St. Vincent de Paul où son bel établissement est maintenant utilisé pour l'éducation et pour d'autres œuvres de bienfaisance, par les Sœurs de la Providence.
Messire J. Duquet, en dernier lieu curé de Ste. Thérèse, sa paroisse natale, a été, à la cure et au collège, le successeur de feu Messire Charles Ducharme, fondateur de cet établissement classique, remarquable parmi lô autres de même espèce que nous avens pour l'éducation de la population catholique dans le Bas-Canada.
M. Duquet était surtout amateur de l'éducation agricole qu'il s'efforçait de répandre d'une manière pratique et profitable, autant que possible, dans sa paroisse. L'intelligence et le succès avec lesquels il a su cultiver les belles terres que Messire Ducharme a laissées attachées au collège de Ste. Thérèse, sont à la fois une preuve de son zèle et de son goût pour l'agriculture qui a perdu en lui un ami dévoué, un agronome éclairé et un collaborateur exemplaire.
Messire Jérôme Demers, V. G . qui fut supérieur du Séminaire de Québec et au collège professeur de philosophie, a contribué à élever la dignité et l'utilité de cette chaire, par un ouvrage écrit en latin sur la logique et sur la morale, très estimé par les connaisseurs.
Messire Demers prit part, en 1S42, à une intéressante discussion qui eut lieu entre lui et le savant Messire
zoo.
McGuire, V. G., ancien directeur du collège de St. Hyacinthe et chapelain des Dames Ursulines de Québec, au sujet d'un ouvrage publié par celui-ci, en français, touchant les locutions vicieuses introduites dans la langue française en Canada.
M. Deniers prétendit, avec raison, que M. McGuire avait exagéré, et avait donné comme vicieuses, dans son livre, des locutions qui ne l'étaient p-s, et qu'ainsi il en avait augmenté le nombre pour servir un purisme outré.
Cette intéressante discussion se trouve toute au long dans la Gazette française de Québec du mois de Juin 1842. M. Derners me dit alors qu'il avait consulté avec avantage mon petit traité sur les règles de prononciation de la langue française écrit en anglais, à l'usage de ceux dont la langue maternelle est la langue anglaise dans laquelle j'ai donné l'explication de ces règles.
La néologie est utile et souvent nécessaire, pour être mieux compris, à mesure que nous faisons de nouvelles découvertes et de nouveaux progrès dans les arts et les sciences, et dans tous les genres d'industrie, et j'ai lieu de croire que le vénérable M. Demers était de cette opinion, reçue de nos jours. C'est ainsi que le vocabulaire des langues modernes parlées par les peuples civilisés et progressifs, se grossit tous les jours. Or, M. Demers était un homme de progrès autant que de lumières. Les améliorations qu'il a faites au cabinet de physique du collège de Québec en sont une preuve.
Messire Archambault. V. G., et curé de Vaudreuil, est un des membres du cierge qui a combattu le plus courageusement contre l'opposition offerte à la loi d'éducation actuellement en force, et l'on peut dire aussi qu'il
l'a fait avec le plus de succès dans sa paroisse où, malheureusement, il a eu quelques déboires à ce sujet, mais dont il a su triompher honorablement.
Deux autres prêtres, également vénérables, Messire Laçasse, curé de St. Henri de Lauzon. et Messire J. Harper, curé de St. Grégoire le Grand, ont éprouvé, pour la même cause, quelques mauvais traitements dans leurs paroisses respectives. Ils en ont également triomphé.
Les autres membres du clergé qui ont combattu les préjugés du peuple et les charlatans politiques, pour faire fonctionner la loi d'éducation, n'ont éprouvé que leur résistance et leurs menées en opposition, et rien de plus.
Mais, si ces mauvais traitements, ainsi que cette résistance, prouvent que de nos habitants ont pu se laisser égarer, par des hommes pervers et pefides, au point d'en agir ainsi à l'égard de leurs ci'rés respectifs, ils prouvent aussi que le clergé catholique n'était, pas moins actif et zélé à faire fonctionner la loi d'éducation.
Messire Archarrfbault est fondateur d'une communauté de Dames religieuses dites %* filles de Ste. Anne," instituée pour l'enseignement, mais surtout pour former des institutrices pour l'enseignement des filles. La maisonmère, qui a pris naissance à Vaudreuil, a été transférée à St. Jacques de l'Achigan, à la place des Dames du Sacré-Cœur.
Messire Michel Dufresne, élève du collège de Montréal et frère du vénérable M. N. Dufresne, membre du Séminaire de St. Snlpicede cette ville, était curé de St. Gervais, lors de son décès arrivé prématurément. Il était un amateur enthousiaste de l'éducation populaire, mais surtout de l'éducation agricole qu'il s'efforçait de répan-
dre d'une manière pratique et raisonnée. Il donnait luimême des instructions populaires à ses paroissiens assemblés spécialement pour cette fin.
Les habitants de St. Nicolas et de St. Gervais, les deux dernières cures de ce digne prêtre, se rappellent encore sans doute, et avec reconnaissance, le zèle et le dévouement avec lesquels il se consacrait à leur instruction. Il leur enseignait comment ils pouvaient tirer de leurs terres les produits nécessaires à leur subsistance quotidienne, et comment et pour quelle raison ils devaient se faire un devoir de s'en contenter, et, ajoutant l'exemple au précepte, il s'abstenait lui-même de l'usage des choses importées. Il s'astreignait à cette abstention jusqu'au point de porter une soutanne d'étoffe du pays, et tissée dans sa propre paroisse.
Messire Dufresne aurait voulu établir la pratique de la chimie appliquée à l'agriculture en Canada, et il est un de ceux qui se sont donné le plus de trouble pour répandre et faire utiliser mon traité sur cette science d'une application universelle. C'était pour répondre à ce désir, je devrais dire à une demande souvent réitérée à cet effet, ntrepris, en 1835, de rédiger un autre petit traité de chimie, par demandes et par réponses pour les écoles et pour le peuple. J'envoyais mon travail, à mesure que je le faisais pour la publication, au journal intitulé u Le Glaneur" imprimé en forme de pamphlet à St. Charles de la rivière Chambly. Mais les troubles de 1S37, commencés, là au moius, dès 1836, ayant mis fin à la publication de ce journal, la mit aussi à mon travail que les circonstances ne m'ont pas permis de reprendre depuis.
Un autre prêtre, du nom de Dufresne, est fontateur d'une maison d'éducation supérieure sise en la ville de Sherbrooke, diocèse de St. -Hyacinthe. Mgr. Prince, premier évêque de ce diocèse, a donné tout l'encouragement possible à cette nouvelle fondation déjà florissante.
Il est parmi les défunts un autre ami de l'éducation qui mérite, à juste titre, une mention spéciale et l'hommage de ma reconnaissance particulière ; c'est Ludger Duvernay, écr., propriétaire du journal la Minerve dont les colonnes, sous ses auspices, ont rendu de grands services, lors de la fondation du département de l'instruction publique, et contribué beaucoup à en faire triompher les mesures pour la permanence et pour le bon fonctionnement de la loi des écoles primaires. M. Duvernay et son journal étaient en faveur des principes de cette loi ; et notamment de la contribution coercitn'e, sans laquelle on ne pouvait compter sur le succès.
M. Duvernay, lors des troubles de 37-38, représentait le comté de St.-Roch dans le dernier parlement du Bas-Canada, et, principal fondateur de la société nationale canadienne dite de la St.-Jean-Baptiste, il en était le président, lors de son c.écès, arrivé le 28 Novembre 1852, (1). Les membres do cette société, toute de bien-
Ci) La Société de St.-Jean-Baptiste a pri3 origine à Montréal, dan« une réunion patriotique qui eut lieu le 24 juin 18 jardin
de John McDonnell, écr., avocat, qui demeurait alors en cette ville. Depuis cette époque, les ami3 de cette belle association ont fait beaucoup d'efforts pour la faire agréer par tout le pays, et l'on peut dire qu'ils ont obtenu un grand succès. Elle est établie et chômée avec grande colennité dans toutes nos villes, et dans la plupart des paroisses de campagne, et il y a lieu de croire qu'elle le sera bientôt dans toutes et chacune sans exception. Elle devrait l'être, au moins, car elie sera toujours un moyen facile de ralliement et d'union fraternelle entre les Canadiens dont la prospérité et le bonheur en dépendent en grande partie. " C'est l'union qui fait la force.'-
faisance, fondée en 1834, et organisée régulièrement en 184-3, lui ont fait ériger un monument qui est un des plus beaux ornements du cimetière catholique de Montréal.
Voici les noms de ceux qui, depuis 1843, ont été régulièrement présidents de la société St-Jean-Baptiste : Les honorables D. B. Viger, (t " Joseph Masson,
" « A. N. Morin,
" " Joseph Bourret,
G. E. Cartier, MM. E. R.Fabre,Ecr.,
Ludger Duvernay, Ecr., C. S. Cherrier, Ecr., Jacques Viger, Ecr., Damase Masson, Ecr.
Dr. Pierre Beaubien, Dr. J.-B. Meiileur. ^J'ouvre ici une petite parenthèse pour y inclure le signalement d'un homme aussi modeste qu'érudit, qui, pour n'être au nombre ni des fondateurs défunts, ni des fondateurs vivants de nos établissements d'éducation, n'a pas moins contribue à l'avancement de l'instruction dans le Bas-Canada, par ia part active qu'il a prise dans l'enseignement, et par ses nombreux écrits sur ce sujet et sur d'autres encore qui se rattachent à la religion, quelquefois même au droit public et à la politique. Je fais allusion à Messire Thomas Benj. Pelletier, ancien directeur du collège Masson, et maintenant à la Pointe-Lévi. Il a été pendant pVus de 10 ans préfet des études au'coïlége Ste.-Anne,
C'est bien de lui que l'on peut dire : u le mérite se cache." Qui ne sera pas heureux de connaitre l'humble retraite de ce digne compatriote et son mérite comme éducateur, comme littérateur et comme publiciste ?
M. T. B. Pelletier était notaire public, mais il a laissé la pratique du droit pour se livrer au service des autel? et à l'enseignement de la jeunesse.)
Combien d'autres encore ont contribue à répandre l'instruction dans le Bas-Canada, soit comme fondateurs d'écoles primaires, soit comme donateurs, soit comme contribuables sous d'autres formes. De ce nombre, pris parmi les prêtres défunts seulement, nous voyons MM. Jean, curé de la paroisse de Lotbinièie (1), Bertrand de la Rivière-du-Loup, Fournier de la Baie-du-Fèbvre, Orfroy de St.-Valier, Verreau et Brodeur de St.-Roch-des- Aulnets, Deschenaux, V. G., de Lorette, Dumoulin de Vamachiche, Mgr. Plessis à St.-Roch de Québec, MM. Parent, curé de Pvepentigny, Brault et Paré de St. -Jacques de l'Achigan, Pétrimoulx de l'Assomption, Kimber de Verchères, Kelley de Sorel, Pigeon de St. -Philippe. Déguise de Varennes, Bélair de Ste. Rose, Raisenne de St.-Roch de l'Achigan, Bégin, archiprêtre de St. -Vincent de Paul, Cherrier, V. G, de .St. Denis de la rivière Chambly, etc., etc.
(i; M. le turc Jean avait légué £1,000 pour établir, après sa mort, un couvent de religieuses de Notre Dame de la Congrégation dans sa paroisse ; mais, malheureusement, cette somme ayant été enveloppée dans le3 affaires de sa succession, n'a jamais été employée à sa destination. En 184Ô et !846, i'Hon. July et moi avons fa'it des effort-» pour recouvjer cette somme pour l'objet de l'éducation, mais en vain
Un autre leg3 fait pour le même objet a eu le même sort. — M. Simon Sanguinette, membre distingué du barreau de Montréal, avait légué £8U0 pour aider à l'établissement d'une université en Canada, mai» cette sonine ayant été enveloppée <!ans une «uccesak.ri, n a pn être ■tilisie pour cette fin.
L'école de St. Roch des Aulnets, fondée en 1813 par M. Verru, fut dotée par M. Brodeur, élève du collège de Montréal, puis missionnaire pendant nombre d'années dans les missions du Golfe-St.-Laurent, avant d'être curé de St.-Koch, où il est décédé.
Mgr. Plessis, fondateur de la paroisse de St.-Roch de Québec, avait attaché à l'église même de cette nouvelle paroisse une espèce de collège où M«rIEx3Bï* Deniers, •¥. O^ a commencé ses humanités, et cù M. Angus Mc- Donald, V. G., et Mgr. Baillargeon ont présidé.
Puis, outre d'autres contributions faites pour l'éducation sous formes de bourses et de pensions payées en faveur de jeunes gens pauvres, combien d'autres curés ont instruit, chez eux, des enfants recueillis, et en ont hébergé pour cette fin, 2, 3, 4-, et même jusqu'à 5 à la fois. Voilà encore des éducateurs qui à force d'épargnes et de privations, ont doté nos collèges, non seulement de sommes considérables, mais encore de bons sujets déjà en grande partie formés à l'étude des sciences et à la pratique des vertus chrétiennes.
Je termine ici la liste des éducateurs canadiens défunts qui ne sont pas fondateurs de collèges classiques, non pour m'occuper de nouveau de ceux qui ont le mérite et la gloire de les avoir établis, car ce serait empiéter trop sur les droits de l'histoire proprement dite, et risquer de ne pas leur rendre plus de justice, mais seulement pour référer le lecteur aux chapitres précédents et à la partie de mon rapport d'éducation du £8 Avril 1855 qui traite de ces établissements et de leurs fondateurs respectifs.
L? tout n'est qu'un abrégé de ce qui devrait constituer un ouvrage plus détaillé ; mais tel qu'il est, il don-
ner£ au moins une idée de nos institutions d'éducation et d? nos éducateurs.
D'ailleurs, qu'on se donne la peine de visiter nos établissements d'éducation, et surtout nos collèges classiques et industriels, et l'on pourra aisément se convaincre que, s'il y a eu, en quelque partie du Bas-Canada, apathie ou indifférence pour l'éducation, il y a eu ailleurs, à cet égard, un esprit de sacrifice et un dévouement dignes de tous éloges. Tous les habitants, dociles à la voix {persuasive des fondateurs de ces établissements, ont contribué volontiers et généreusement à les faire si nombreux, si beaux, si florissants et si recommandables. Aussi voyons-nous qu'ils ont fait l'admiration des étrangers, et que lord Durhara, dans son rapport, tout en signalant le défaut d'écoles primaires, dans un temps où elles étaient généralement impossibles, n'a pu s'empêcher d'accorder à nos institutions classiques, pourtant moins nombreuses, et bien moins fréquentées alors qu'elles ne le sont aujourd'hui, un juste tribut d'éloges.
Comment se fait-il donc que, lors de la convention des savants membres de l'association américaine pour l'avancement des arts et des sciences qui a eu lieu à Montréal le 19 Août 18ô7, nos institutions littéraires et scientifiques n'y pient été ni représentées ni mentionnées, si ce n'est le collège McGill, qui l'a été, lui, largement, comme on le sait.
Sans doute, le collège McGill pouvait bien être représenté à cette savante convention, comme en effet il l'a été avantageusement par son habile principal, qui a contribué honorablement à la rendre instructive et intéressante. Mais le collège McGill devait-il y être représenté exclusivement, uniquement, et comme étant le
seul collège établi et prospère dans le Bas-Canada1? Certainement non. A qui donc devons-nous attribuer la cause de cette exclusion de nos institutions littéraires des assemblées de ces savants étrangers î
Dans cette section française de la province, dans une ville comme Montréal où l'on voit deux collèges français pour le moins aussi florissants, et dont l'un est de beaucoup plus ancien que le collège McGill, il semble que celui-ci ne devait pas figurer là sans ses devanciers, sans ses coopérateurs dans la carrière des arts et des sciences. Puis la littérature française ne devait-elle pas avoir là ses représentants et ses interprêtes, comme elle a, dans nos institutions et dans le pays, ses émules et ses échos ?
Cependant, le collège McGill est le seul de tous les collèges du Bas-Canada qui ait été représenté dans les assemblées tenues par les savants de la convention du mois d'Août 1857. On n'y a vu aucun des directeurs ni des professeurs des autres collèges, pas même de l'Université Laval, établie à Québec sous le nom glorieux du premier évêque du Canada. La chose paraît incroyable, et c'est pourtant là un fait, aussi notoire qu'humiliant pour nous, Canadiens.
Un seul membre du clergé catholique du B. Canada s'v trouvait, homme distingué, sans doute, et qui jouit ajuste titre d'une haute estime parmi nous ; mais il n'était là, apparemment, que comme c .rieux et comme amateur, et c'est en cette dernière qualité surtout, qu'en payant, il est devenu membre de la société de ces hommes éminents qui se reunissent généralement une fois par an sur quelque point de l'Amérique du Nord, pour travailler ensemble à l'avancement des arts et des sciences.
Il n'a paa même été une seule fois question, au moin* publiquement, dans cette convention, de l'existence de nos institutions littéraires dans le Bas-Canada. Pas une seule voix parmi les éloquentes qui se sont fait entendre, pas une seule parole parmi les belles qui ont été adressées à la foule présente n'a été entendue en leur faveur, iors des assemblées des membres de cette savante convention ; pas un seul mot n'a été prononce pour proclamer l'existence et l'efficace de nos 20 collèges catholiques, ni pour dire le nombre des élèves qui les fréquentaient en 1855, porté à plus de 3,000, ni pour désigner, parmi les nombreux sujets distingués quecea institutions ont formés, au moins quelques-uns des plus remarquables pris entre les défunts qui nous ont fait tant d'honneur dans le clergé, dans les professions savantes, sur le banc de la justice, dans la législature, dans la politique et dans les arts et les sciences ; pas une seule syilabe n'a été articulée, pour signaler, d'une manière quelconque, nos compatriotes, dont les talents, les efforts et les sacrifices réunis, pour faire le bien de notre pays, nous ont procuré au-dedans tant d'avantages réels et précieux, et au-dehors tant d'honneur et de gloire. Rien n'a été dit, rien n'a été fait alors, pour prouver que sous ces divers rapports, nous avons pu non-seulement nous suffire à nous-mêmes, mais encore contribuer, dans le besoin, au service et au bien des autres pays. En effet, le Canada n'a-t-il pas donné à la France des ingénieurs, à l'Italie des artistes, à l'Angleterre des militaires distingués, et à la Nouveile-Bretagne, aux Etats-Unis d'Amérique et à l'Ecosse des évêques aussi éminents par leur savoir que par leurs vertus ?
En nous bornant toujours à la liste des défunts, mais en en excluant ceux qui ont déjà été signalés, nous pouvions citer avec bonheur les noms honorables des de Léry, Cngnet, de Salaberry, Duberger, de Bonne, fîédard, Birthelot, Bourdages, Borgia, Moquin, Héney, Papineau père, Plamondon, Pauet, Pelletier, Valière, Hudon, Lartigue, Plessis, Signay, etc., etc.
11 est clair qu'une invitation spéciale aurait dû avoir été envoyée au moins au directeur et au professeur de philosophie de chacune de nos institutions classiques, les priant d'assister aux assemblées de cette convention et de les y représenter, et que si nos institutions n'y étaient pas ainsi représentées, on aurait dû au moins en signaler l'existence, le nombre et l'utilité, dans un court exposé dans lequel on aurait dû mettre en évidence les hommes et les choses, de manière à impressionner favorablement ces érudits étrangers. Ils auraient alors laissé Montréal plus satisfaits de nous et de leur voyage ; car, comme on dit vulgairement : " c'aurait payé davantage," et de cette manière, notre réputation et notre honneur auraient été mieux servis et mieux établis auprès d'eux.
Nous aurions dû d'autant plus mettre de nos premiers hommes en évidence, que nous en avons un plus grand nombre distingués sous bien des rapports, et que nous avons plus de choix au point de vue scientifique parmi les défunts, et même parmi les vivants dont deux frères, membres du clergé, les deux Messieurs Desaulniers, qui ont reçu des degrés académiques honoraires des universités des Etats-Unis d'Amérique (1).
(1) L'un est le professeur de philosophie du collège de Nicolet, et l'autre de St.-Hyacinthe, ou l'a été avec distinction.
En présentant ces deux hommes distingués, accompagnés de plusieurs autres, pris parmi nos compatriotes gradués des universités des Etats-Unis ou du vieux continent, nous aurions en même temps établi une liaison plus générale et plus étroite, une espèce de fraternité scientifique, entre eux et les membres de cette illustre convention, qui aurait été très agréable pour le personnel et très honorable pour notre pays, quelque soit leur alma-maler respective.
Nous aurions pu, en effectuant cette heureuse fraternité, montrer que le Canada français est supérieur, sous le rapport des institutions littéraires et des connaissances classiques, au Canada breton ; et, sous d'autres rapports encore, nous aurions pu montrer en même temps, à ces fiers Américains, qu'il est des faits et des événements, et même des hommes qui nous sont également chers ; que nous pouvons réclamer en commun la renommée et la gloire d'hommes identifiés aux deux pays ; que de nos compatriotes distingués sont devenus leurs propres hommes, puisque les Etats-Unis ont été le théâtre de leur énergie, de leur courage et de leur héroïsme.
Nous aurions pu montrer à nos amis voisins l'illustre Joliet découvrant le Mississipi, le vaillant Iberville fondant la Louisiane, le preux Antoine Lemoine se signalant glorieusement dans cette florissante contrée, le marquis de Vaudreuil gouverneur d'icelle, l'entreprenant Gauthier de Lavérendrye découvrant le Missouri, le baron de Longueuil et Celeron de Blainviile, gouverneurs du Détroit, Picoté de Belestre y commandant, Pierre Chouteau et Pierre Laclède fondant la ville de St. Louis de Missouri, Buisson de Vincennes dont la capitale de
PEtat de Plndiana porte le nom, Solomon Juneau dit Latulipe, fondant ]a ville de Milwakee,le sieur Dubuque fondant celle de Dubuque, le courageux Gabriel Franchère fondant la société de St. Jean-Baptiste à New- York, l'intrépide F. X. Aubry combattant victorieusement, de féroces sauvages dans l'ouest, et Boudrias de Morat qui, de nos jours, étonne le continent par la dextérité, la hardiesse et le succès avec lesquels il sait manœuvrer les ballons à la vue de Cuba et de la Nouvelle-Orléans.
Or, tous ces hommes, de réputation historique, sont canadiens, et mêmes trois d'entre eux sont nés en la paroisse de Montréal, savoir : Iberville, le marquis de Vaudreuil et Boudrias de Morat, celui-ci, jeune contemporain qui rendrait jaloux les Montgolfiers et les autres aéronautes défunts, s'il leur était donné de voir les merveilles de nos jours. ( 1)
(1) Morat, (J -B. A. Boudrias de) frère d'un habile professeur de l'école normale Jacques-Cartier à Montréal, est né sur la partie ouest du versant delà montagne de Montréal. Joliet, élève du collège des Jésuites, à Québec, est né en cette viiie, Solomon Juneau dit Latulipe est né en la paroisse de Repentigny, à cinq lieues de Montréal, F. X. Aubry est né en celle de Maskinoni<é sise à mi-distance entre Trois- Rivières et Montréal; et le sieur Dubuque en celle de St. Pierre-les Becquets, dans le district de Troîs-Rivières.
MÉMORIAL DEL'ÈDUCATION.