‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada, étant un exposé des principaux faits qui ont ue lieu relativement à l'éducation, depuis 1615 jusqu'à 1855, inclusivementChapitre 58 sur 74 · JUSQU'A · texte numérisé non relu

JUSQU'A

Depuis que jrai laissé le département de l'Instruction Publique, nombre de personnes, et des plus respectables, m'ont demandé de publier une série de mes rapports et de mes circulaires sur l'éducation primaire du Bas-Canada, accompagnés de telles remarques que je jugerais à propos de faire pour la meilleure intelligence de la chose. Mais ce travail me paraissant considérable et presque au-dessus de mes forces, vu surtout mes occupations journalières, j'ai hésité jusqu'à ce jour de l'entreprendre, sans pourtant avoir jamais décidé de ne pas le faire. J'ai même souvent pensé que je devais me rendre à cette demande réitérée, quand ce ne serait que pour remplir un dernier devoir envers les amis de l'éducation et envers mon pays.

C'est le moyen de rendre justice à toutes les parties qui ont pris part à cette belle cause et se sont intéressées a la faire triompher de tous les obstacles qui s'oppcsaient à son succès, et il me sera bien permis sans doute, comme étant la personne qui a eu le plu3 à faire pour les combattre et pour les vaincre, de me rendre, aussi, un peu justice à moi-même. Au reste, j'ai raison de croire

qu'on s'attend à cet acte de juste appréciation de ma part qui devra être ni partial ni trop restreint.

Je sens bien que la tâche est ardue, et, en tant que son exécution me concerne personnellement, extrêmement délicate. Je vais néanmoins l'entreprendre, sans toutefois dissimuler que le principal motif qui me fait agir, est l'espoir, non de pouvoir répondre convenablement à l'attente, mais d'atteindre, bien que faiblement, ce double but, tout en satisfaisant un peu à la curiosité et au droit de l'histoire.

En effet, l'instruction d'un peuple, et la législation dont son pays est doté pour la répandre, constituent une partie importante de son histoire, qui ne doit pas être entièrement laissée dans l'oubli, ni être abandonnée à une appréciation tardive et hasardée. Toutes les lois, toutes les mesures réunies, tous les moyens et sacrifices mis en pratique pour répandre l'instruction, doivent être notés et étudiés soigneusement dans tous leurs degrés d'opération, dans toutes leurs phases et tendances, dans tous leurs résultats appréciables, depuis l'initiative jusqu'à l'actualité, car c'est justice due aux parties initiées et au peuple que de le faire. Cette étude empêche de revenir sans cesse aux moyens impraticables qui auraient été rejetés, et cette justice, ainsi rendue à qui de droit, a l'effet d'établir le mérite réel et d'arrêter les cabales, en flétrissant ceux qui se sont coalisés pour ralentir le succès de la loi et le progrès de l'éducation.

Or, les rapports et circulaires que j'ai écrits sur ce sujet, pendant ma longue administration, feront voir toutes ces choses, et jusqu'à quel degré elles ont eu lieu pendant sa durée. On verra, par ces documents, que je n'ai rien

négligé pour remplir scrupuleusement mon devoir ; que j'ai signalé, avec indépendance et impartialité, tout ce qui se passait sous les auspices de la loi d'éducation, et sous l'influence de l'opposition qu'à son début surtout cette loi a rencontrée dans plusieurs parties du pays ; et l'on verra que si, dès lors, la loi n'a pas bien fonctionné partout, la chose n'a dépendu ni de moi ni des nombreux amis de l'éducation dont les efforts et les sacrifices, pour en faire atteindre le but, sont au-dessus de tout éloge.

Malheureusement, l'opposition ne se composait pas seulement de ceux qui agissaient ouvertement ; elle comptait encore des hommes qui, par la position qu'ils occupaient, et par la nature des devoirs qui leur étaient dévolus, auraient dû nous soutenir et nous encourager, mais qui, pour des raisons à eux connues, nous faisaient des embarras, et ne m'offraient, à moi personnellement, que le découragement et l'abattement, au milieu du combat que j'avais à soutenir. Plus d'un personnage important peut se reconnaître à cette seule observation que j- ne fais ici- que pour donner une idée de la position difficile que de part et d'autre on m'a faite pendant mon administration.

L'opposition formelle et l'opposition indirecte étaient également offertes par des hommes égoïstes et des ambitieux, intéressés au même degré à gêner, et môme à empêcher le fonctionnement de la loi d'éducation, et, pour combattre les uns et déjouer les autres, il m'a fallu faire, surtout pendant quatre à cinq ans, de fréquentes courses par tout le pays. Je rencontrais dans ces tournées, les habitants assemblés, leur expliquais les principes de la loi, les exhortais à les mettre fidèlement en

pratique, et leur faisais voir les grands avantages qui devaient nécessairement en résulter pour leurs enfants, pour la patrie et pour la religion. D'nn autre côté, mes rapports et circulaires se succédaient rapidement ; les premiers auprès du gouvernement et les autres auprès des officiers de la loi.

J'ai écrit dix-huit rapports pour l'information et l'usage du gouvernement, et près de trente circulaires pour la gouverne des personnes qui étaient appelées à prendre part au fonctionnement local de la loi d'éducation primaire. Mes rapports ont généralement été publiés par ordre de la législature, et mes circulaires, imprimées et mises en circulation par mes propres ordres, ont été adressées spécialement aux commissaires d'école, et aux inspecteurs d'école qui m'ont été donnés comme auxiliaires pendant les trois dernières années de mon administration. Douze circulaires ont été adressées à ces derniers officier*, outre les instructions générales que je leur ai données lors de leur initiation à la charge qu'ils remplissent. Il sera donc toujours intéressant et souvent même utile de consulter ces divers documents, et, réunis en un seul et même volume, il sera facile aussi de le faire. Peu de personnes les possèdent au complet aujourd'hui, et beaucoup les demandent, mais depuis longtemps déjà, on ne peut plus s'en procurer.

D'ailleurs, mes rapports ont été imprimés sous des formats si différents, qu'il est impossible de les relier ensemble ; puis, ils contiennent généralement beaucoup de fautes typographiques. Mes premiers et derniers rapports surtout, moins le dernier de tous, paraissent avoir été les plus sujets à cette espèce de calamité, comme aussi à un

délai apporté à leur publicité qui en a beaucoup diminué l'intérêt et l'utilité. Ce délai a été quelquefois inexplicable, et dans tons les cas, a toujours retardé considérablement la connaissance des informations dont on sentait le besoin, et qu'on demandait en conséquence, surtout en 1854-, pour pouvoir se prononcer avec connaissance de cause sur les mesures que je proposais. Les amis de l'éducation concouraient par avance dans ces mesures, et comptaient avec confiance sur leur adoption. Les deux principales sont encore à venir, savoir : la qualification littéraire des commissaires d'école, et une augmentation dans l'allocation faite pour aider à rémunérer plus convenablement les instituteurs de leurs services.

Mon habile successeur me pardonnera bien, j'esprre, de m'avancer ainsi jusqu'à lui, pour rendre compte de faits qu'il n'a pas été en mon pouvoir de contrôler. Au reste, le département auquel il préside a été le mien, et l'instruction publique étant une cause commune au succès de laquelle tous les amis du pays s'intéressent vivement, je ne puis que partager avec eux le sentiment qui les anime envers cette belle cause. C'est pourquoi, j'y suis toujours demeuré sincèrement attaché, et, aujourd'hui encore, je n'écris que pour la servir. Que mon successeur en fasse autant que moi, lorsqu'il laissera le département de l'éducation, et nos institutions littéraires et leurs amis pourront, dans la suite, se procurer et utiliser les véritables annales de l'Instruction Publique du Bas-Canada.

Cependant, je ne puis réunir toutes mes circulaires, ni même tous mes rapports. Mais je suis en possession de mes principales circulaires et de presque tous mes rap-

ports, même d'un rapport assez important, qui n'a jamais été publié. C'est celui du 25 mar* 1851, dont les conclusions avaient déjà été comprises dans les rapports précédents, et ont été en partie répétées dans plusieurs rapports subséquents.

J'ai suivi pas à pas, sinon dirigé la marche de l'instruction primaire dans le Bas-Canada, et en ai indiqué graduellement le progrès ou l'insuccès, selon qu'ils étaient plus ou moins saisissables et appréciables, et les amis de l'éducation ont pu tôt ou tard en "prendre connaissance, lorsqu'ils l'ont voulu.

Les principaux documents à consulter, pour comprendre la marche qu'a suivie l'instruction publique pendant mon administration, et les moyens dont j'ai recommandé la pratique pour le plus grand succès de cette cause, sont mon rapport du 31 Décembre 1842, celui du 15 Avril 1846, celui du 11 Mars 1848, celui du 25 Mars 1851, celui du 20 Avril 1853, celui du 31 Mai 1854 et celui du 28 Avril 1855 ; et mes circulaires No. 1er, 5, 6, 9 et 12 adressées aux commissaires d'école, et mes 12 circulaires aux inspecteurs d'école, outre les instructions générales qui leur ont été données au préalable pour leur gouverne.

Néanmoins, il n'est pas à dire que mes autres rapports et mes autres circulaires sont absolument sans intérêt pour les amis de l'éducation, même pour l'histoire qui a besoin, pour être complète, de réunir tous les faits qui sont de quelque importance. Comme les autres, ces documents prouvent au moins l'empressement et la sollicitude avec lesquels je recueillais les faits, en faisais l'étude et l'appréciation, et les mettais à profit, avec l'expérience acquise, à mesure que les circonstances me le per-

mettaient. Ces documents de toutes espèces prouvent mon attachement aux principes constitutionnels et populaires dont je n'ai recommandé la déviation qu'à regret, et suivant le besoin.

J'aurais voulu voir les parents et les intéressés prendre volontiers, par tout le pays, le fonctionnement local de la loi en leurs propres mains et s'exécuter eux-mêmes, comme ils l'ont fait d'abord en bien' des places, et si généralement et si généreusement ensuite. Mais les préjugés si naturels à la vue d'une loi co#&re#tive qui exige des contributions, et les perfides menées des hommes turbulents qui les ont avivés et exploités dans leur intérêt personnel, ne m'ont pas permis cette douce consolation.

Ces documents prouvent encore, et surtout mon rapport du 11 Mars 1848, que non seulement je voulais que les parents et les intéressés prissent en leurs propres mains le fonctionnement local de la loi, et l'effectuassent par le concours de leur influence et de leurs moyens, mais encore qu'ils le fissent avec économie, et des épargnes qui auraient rendu la loi plus populaire, tout en s'assurant également de l'efficace de son fonctionnement, sans nécessiter ni loi additionnelle ni allocation spéciale à cet effet ; en un mot, sans se faire donner des maîtres dans la personne des inspecteurs.

C'est ainsi que j'aurais voulu voir messieurs les visiteurs remplir volontairement, dans leurs localités respectives, le rôle d'inspecteurs d'ccole, et épargner au budjet la somme de plus de j£6,0G0, appropriée aujourd'hui pour solder annuellement messieurs les inspecteurs d'école, somme qu'on nuraitpu employer à rémunérer plus con-

venablement les bons instituteurs de leurs importants services, disons au moins les instituteurs des écoles modèles. L'intérêt bien entendu de l'éducation demandait que quelques hommes capables et dévoués se chargeassent de remplir le rôle devenu indispensable de surintendants locaux, et, à défaut des visiteurs pourvus de pouvoirs suffisants en vertu de la loi de 1846, messieurs les inspecteurs d'école, nommés à cette charge en vertu de la loi spéciale de 185 i, étaient ceux qu'il nous fallait pour cette fin.

J'ai donc dû^ieniander plus tard ces auxiliaires, parce que les visiteurs, faisant généralement défaut, et l'agitation continuant sur les lieux sans frein ni vergogne, le ministère des inspecteurs me parut nécessaire. L'expérience a prouvé depuis que les «dépenses encourues pour les maintenir ne sont pas sans résultat généralement bon et très-satisfaisant.

Quelques inspecteurs ont fait un bien signalé, entre autres M. F. X. Valade, auteur du livre d'école intitulé : "Guide de l'Instituteur," dont j'ai recommandé l'usage, et qui est très-répandu dans les écoles. Une 5me édition est maintenant sous presse et sur le point d'être offerte en vente à un prix modéré.

Ce livre, qui comprend toutes les branches d'instruction prescrites par la loi des écoles primaires, en traite d'une manière très-méthodique et claire. Ptédigées par demandes et par réponses, ces branches d'instruction forment chacune un traité élémentaire complet, dont l'adoption, dans les écoles, y a initié l'uniformité des livres et l'enseignement analytique des connaissances usuelles d'une manière pratique et utilitaire, à un degré très-satisfaisant pour les intéressés.

Avec quelques améliorations, que la 5e édition va subir en partie, et la recommandation des autorités constituées, le Guide de l'Instituteur, qui est une espèce d'encyclopédie, est destiné à faciliter beaucoup l'acquisition des connaissances usuelles et l'avancement de l'éducation populaire. Or, l'intelligence pratique de ces connaissances est la seule dont a besoin la grande majorité des enfants du peuple, pour se livrer avec avantage à l'agriculture, au commerce, aux arts mécaniques et métiers et à toutes les branches d'industrie honnête et profitable, et le plus tôt nous pourrons les y initier, avec ce degré d'instruction préliminaire, le mieux ce sera pour eux et pour le bieu moral et matériel de la société dont ils sont destinés à constituer la partie fond amentale.

La masse de nos enfants doit être une phalange de sujets industriels, laborieux, religieux et pacifiques, et ambitieux de se former et de se perfectionner de plus en plus dans ces divers genres d'occupation, et non une classe de philosophes oisifs, besogneux et impies, à charge à la société et à eux-mêmes, comme il en est souvent des enfants que nous tenons trop longtemps aux écoles contre leur goût, contre leur gré et contre leur destinée. J'espère qu'on me pardonnera cette petite digression en considération d'un sujet qui se rattache tant à notre avenir comme peuple et qu'un ne saurait trop étudier. (1)

Tendant ma longue administration, je n'ai pas eu moins <le sept lois d'éducation à faire fonctionner, les unes successivement et les autres simultanément, savoir : l'Acte 4 et 5. Vict. ch. 18, passé le 18 Septembre 1841, l'Acte 8 Vict, ch. 41, passé le 29 Mars 1845, l'Acte 9 Yict. ch. 27, passé le 9 Juin 1846, l'Acte 12 Vict. ch. 50, passé le 3Q

(l)Voir à ce sujet ma recommandation du guide de l'instituteur.

Mai 1849, l'Acte 14- et 15 Vict. ch. 97, passé le 30 Août

Les deux premières lois ont fonctionné successivement, mais d'une manière très irrégulière et très peu satisfaisante, et les trois dernières ont fonctionné et fonctionnent encore simultanément avec de bons résultats.

Les autres actes sont de petites lois dont l'une, passée le 9 Décembre 1843, pour légaliser l'octroi qui avait été fait préalablement d'une manière irrégulière pour écoles, et autoriser l'emploi de la balance de la part d'allocation afférente au Bas-Canada pour l'année 1842 et 1843 à aider à la construction de maisons d'école, et l'autre passée en 1847, pour diviser la paroisse de Montréal en plusieurs municipalités scolaires séparées, et en autoriser les commissaires d'école à prélever sur leurs habitants une somme se montant à trois fois autant que leur part respective de l'allocation afférente annuellement pour écoles. Cette dernière loi existe encore, et, outre les deux lois amendant l'acte passé le 9 Juin 1846, elle est accompagnée de deux autres lois d'amendements passées en

Il est facile de voir qu'une législation successive aussi fréquente et aussi variable était propre à diminuer la confiance des habitants, à encourager le parti de l'opposition, et partant, à embarrasser mon administration, surtout au début ou le besoin d'une loi unique, fixe et permanente se faisait le plus impérieusement sentir.

L'acte de 1841, dont la loi des municipalités rurales faisait partie, réunissait presque tous les pouvoirs administratifs entre les mains du gouvernement,et ce fait-là seul la rendait odieuse et très impopulaire. Cette législation

comprenait deux lois qui avaient chacune un butdiftérent à atteindre, bien qu'elles ne formaient qu'une seule et même loi dans son fonctionnement local pour l'objet de l'éducation. Cette complication fortifia les préjugés des habitants qui, au lieu d'accepter la loi et d'essayer à la faire fonctionner, la rejettèrent comme arbitraire, inintelligible et impraticable.

Le conseil municipal était de fait le bureau d'éducation pour son district, et son pouvoir ne se bornait pas à la direction des écoles y établies. Ce corps coatif était chargé de prélever toutes les taxes nécessaires, soit pour les fins municipales soit pour la subvention des écoles. Le conseil municipal était encore chargé de faire rapport de ces écoles, et de réclamer, pour les soutenir, la part de l'allocation afférente à son district pour l'objet de l'éducation.

Tous les officiers du conseil municipal étaient nommés par le gouvernement, et étant tout en même temps les officiers de la loi d'éducation sur les lieux, il s'ensuivait que ces mêmes hommes, comprenant ces deux classes d'officiers publics, étaient également nommés par le gouvernement et lui étaient également responsables d'une manière directe et indépendante de la coopération des habitants. Leur nomination relevant immédiatement du patronage du gouvernement, ils étaient sujets à la même responsabilité, et à être les instruments obligés de la même volonté suprême et absolue. Or, cette sujétion, comparée à l'objet de l'éducation de notre jeunesse, paraissait incompatible et d'une tendance dangereuse, même attentatoire dans la pratique, à nos droits et privilèges, comme peuple, à la liberté d'enseignement

réclamé par les pères de famille et le clergé de toute origine et de toute croyance r ligieuse.

C'est là la principale cause de l'opposition inopinée qui a été offerte à la loi de 1841, opposition à laquelle beaucoup de gens de bien ont applaudi, et qu'ils n'ont cessé d'approuver, et même d'offrir eux-n êmes, jusqu'à ce que j'aie pu les persuader que ces dispositions de la loi seraient abrogées pour faire place à celles qu'ils reclamaient avec tant de raisons légitimes et justes.

La crainte de la taxe imposée généralement, et à un degré exorbitant pour toutes espèces de choses, n'était a'ors que la cause secondaire de l'opposition faite à la loi d'éducation de 1841, mais elle devint la principale et la plus excitante à l'égard de la loi de 1846, bien que, en vertu de cette dernière loi, les contribuables aient le droit de nommer eux-mêmes, par voie d'élection, tous les officiers locaux pour les fins municipales et pour l'obje* de l'éducation, et que ceux-ci soient responsables de leur administration directement aux contribuables, surtout sous le rapport moral et monétaire.

L'opposition a nonobstant continué sous la loi d'éducation de 1846, loi libérale et bienfaisante si jamais il en fut une, tant il est vrai que lorsque les masses ont été mises en mouvement, il est bien difficile de les arrêter.

La loi de 181-6 met la nomination de tous les officiers locaux à la disposition des contribuables, et pourvoit aux moyens d'instruction primaire d'une manière aussi certaine et libérale pour les enfants de parents pauvres que pour les enfants de par. nts fortunés ; aussi, les gens de bien et ceux qui n'avaient pas d'intérêt personnel àser-

vir, en prenant part à cette dernière opposition, ayant compris ces belles dispositions de la loi dj 1S4-6, nonseulement ne comptaient pas parmi les agitateurs mais s'opposaient bien généralement à leurs menées contre cette loi.

Au reste, on avait déjà vu tant d'abus se pratiquer sous la loi municipale de 184-1, dont les officiers, comme on vient de le voir, étaient en même temps ceux de la loi d'éducation, qu'i»n craignait toujours de voir ces abus se perpétuer à l'infini. Les officiers locaux de ces deux lo s étaient payés, et l'étaient au moyen d'une taxe directe prélevée spécialement sur les habitans. Des préfets de district (ivarden) s'étaient fait allouer de cette manière, chacun une somme con-id« rable et dont l'une avait été portée à £300, comme salaire annuel. Cette conduite abusive fut hab.lement représentée par les agitateurs, comme étant une preuve évidente de la vérité de leur assertion. Les agitateurs représentaient par out avec assurance que les officiers de la loi d'éducation de 1846 seraient payés de la même manière, et p ndant longtemps les habitants ont été tenus sous l'influence de cette fausse assertion.

Les agitateurs représentaient encore aux habitans qu'il n'y avait que-le commencemnnt qui coût; it, et que s'ils souffraient l'introduction delà taxe pour une chose, on ne manquerait pas d'en étendre l'imposition et le prélèvement pour toute autre chose, et ce, à un montant indéfini, soit d'une manière directe ou indirecte; que déjà ils étaient mis à contribution pour payer le Surintendant et tous ses frais de visite et de bureau, en retranchant poux cette fin, le montant nécessaire de la part de l'ailo-

cation afférente au Bas-Canada pour écoles, et que les habitans se trouvaient ainsi taxés proportionnellement plus, pour les subventionner convenablement.

Pendant longtemps les habitans ne furent que trop généralement sous cette fausse impression, malgré tout ce que purent dire les amis de l'éducation à ce contraire, et si, pour les dissuader de cette erreur, je mêlais ma voix à celles des amis de la bonne cause, les agitateurs étaient là pour répondre que c'était la crainte de perdre ma place qui me faisait les visiter et leur parler ainsi, et souvent mes visites et mes exhortations n'avaient aucun résultat favorable à la loi, même à celle de 1846.

Les dispositions spéculatives et alarmantes communes aux deux lois de 1841, savoir : la loi des municipalités et la loi des écoles, qui étaient d'ailleurs toutes deux coërcitives et arbitraires, les rendaient si odieuses et impopulaires, qu'il fut impossible de les faire fonctionner soit ensemble, soit séparément. Force fut donc à la législature de les abroger toutes deux, après bien des efforts et des sacrifices pour les faire agréer.

Cependant, si la loi d'éducation de 1841, bien que coërcitive et obligatoire, avait été offerte indépendante des municipalités rurales, et de manière à donner aux contribuables le pouvoir de nommer leurs propres officiers, elle aurait été agréée de suite et aurait fonctionné de même, sans difficulté sérieuse, sans obstacle insurmontable, et ce, quellesque pussent être les efforts des charlatans politiques pour empêcher ce bon résultat. Ou bien, si l'on m'avait accordé une loi d'éducation telle que je demandais dans mon rapport du 31 Décembre 1842, bien qu'également coërcitive et obligatoire,

les difficultés auraient été en petit nombre, n'auraient probablement pas été sérieuses, et n'auraient eu lieu tout au plus que pendant le temps nécessaire pour faire connaître et apprécier cette loi. Jamais l'opposition, qui avait commencé ses menées sous la loi de 1S1<1, n'aurait pu prendre, plus tard, le funeste ascendant qu'elle a exercé si impunément sur le peuple ; jamais elle n'aurait pu l'égarer autant qu'elle a fait, au point de le jeter presque dans la révolte, en vue de la loi des municipalités rurales dont il ne connaissait véritablement ni les dispositions ni la portée.

L'opposition représentait l'institution des municipalités comme une machine à taxer dont on ne pouvait prévoir ni la nature de l'opération, ni l'étendue, ni l'énormité de l'impôt que le pouvoir fixerait par ce moyen sur les propriétés imposables, et qu'à l'exemple de l'Irlande, le Canada pourrait être bientôt taxé pour toutes espèces de choses, même pour celles qui répugneraient à notre conscience comme catholiques. Ce raisonnement acquerrait une grande force et avait un effet que rien ne pouvait détruire, lorsque les agitateurs parlaient aux Irlandais, et lorsqu'ils représentaient aux Canadiens les efforts qu'on avait déjà faits, surtout pendant les premières années qui suivirent la cession du Canada, pour nous anglifier et nous protestantiser.

Si, dès 1843, on m'avait accordé une loi d'éducation comme j'en demandais une, entièrement indépendante de la loi des municipalités, et si on l'avait maintenue avec énergie et constance, sauf à l'amender plus tard, suivant que l'expérience et l'observation en auraient indiqué le besoin, comme on a fait de la loi de 1846, qui est

encore la loi actuelle, l'éducation primaire aurait été plus populaire, et aurait fait, pendant les trois ou quatre premières années, des progrès universels qui n'ont eu lieu que généralement pendant les huit ou dix premières années de mon administration. L'on peut dire que, à l'aide des inspecteurs, les dernières années ont été couronnées d'un plein succès. Je n'en cherche pas d'autre preuve ailleurs que dans l'aveu impartial qu'en fait mon successeur dans son intéressant rapport du 25 Février 1856, page 1ère et 2nde.

J'ai eu à combattre cette agitation, et à en subir, personnellement et relativement, les conséquences pénibles qu'on aurait pu prévenir, qu'on n'a pu empêcher entièrement, et qui ont été cause d'un grand retardement dans le progrès de l'éducation dont la souffrance a eu des suites encore plus fâcheuses et plus regrettables que la mienne, parce qu'elles se rapportaient aux enfants de tout un peuple, et que les suites de ma souffrance, trèssensibles, sans doute, je pourrais dire cruelles, n'ont atteint que mes enfants. Ils n'en souffrent pas moins, cependant, puisque, m'étant livré entièrement à la pratique des moyens propres à opérer l'avancement de l'éducation dans le pays, je n'ai pu m'occuper de ceux qui pouvaient faire l'avancement de ma famille dans le monde.

Cependant, je connaissais mon sujet, et je connaissais les dispositions et les besoins du pays à l'égard de la loi d'éducation, et je parlais des unes et des autres et aurais pu agir avec cette connaissance de cause que personne ne pouvait, même alors, se natter d'avoir au même degré que moi.

Sous une loi temporaire et d'essai, passée en 1829,

plusieurs fois amendée, et e^Piree au premier ae mai

îo^C, j'oTrais trmjrmrs via*** les écoles du COmté de l'As-

somption, soit en qualité de visiteur ou de membre du parlement, et j'avais toujours été un des syndics de celles qui avaient été établies en la paroisse de l'Assomption.

Il n'y avait sous cette loi ni surintendant, ni direction générale de l'instruction publique. Le fonctionnement de la loi était confié partiellement aux mains des parents qui élisaient, pour le diriger, des syndics d'école qui n'avaient guère autre pouvoir que celui d'engager des instituteurs, de visiter et de pourvoir les écoles tenues sous les auspices de la loi, et d'en signer les rapports semi-annuels, afin de permettre aux instituteurs de retirer directement eux-mêmes, sur le trésor public, leurs parts respectives de l'allocation législative. Or, cette part était déterminée par la loi, et se montait, dans tous les cas, à la somme de £20 par an pour chaque instituteur dont l'école avait été tenue pendant 90 jours, et fréquentée, chaque jour, par au moins 20 enfants. Le rapport, signé par le représentant du comté, faisait foi de l'accomplissement de ces conditions, certifié au préalable par les syndics de chaque arrondissement d'école, Sans cette double approbation, l'octroi de cette somme ne pouvait avoir lieu, mais muni de cette approbation, l'instituteur pouvait, soit par lui-même ou par son agent, retirer directement du receveur-général, sa part de l'allocation législative pour écoles.

D'un autre côté, le représentant avait en sus le pouvoir de donner aux instituteurs des certificats d'aptitude, de déterminer le nombre d'arrondissements d'école dans cha-

que paroisse ou townsinp, ^e fixer le site pour ia mai son d'école, et de réclamer la, ^mi-n^ Ao -p^o r~«- *i"tque arrondissement pour aider les habitants à y construire une maison d'école dont la valeur devait être au moins le double de cette somme, à dire d'arbitres.

Il est évident que, d'après ces dispositions de la loi, le représentant du comté avait un grand patronage ; qu'il pouvait l'exploiter à loisir ; et l'on sait que, dans tous les cas, les syndics d'école avaient généralement bien soin de n'engager comme instituteurs, ou comme entrepreneurs de la bâtisse de maisons d'école, que des personnes contre lesquelles le représentant ne pût faire valoir aucune raison ni prétexte pour se refuser d'apposer sa signature au bas des rapports d'écoles ou au bas de demandes d'aides pour bâtisse de maisons d'école, et empêcher ainsi les instituteurs ou les entrepreneurs de bâtisses d'obtenir leur part respective de l'allocation législative appropriée pour l'objet de l'éducation élémentaire, car le représentant exerçait, de cette manière, un contrôle absolu sur les écoles et sur l'octroi de cette allocation.

Il résultait encore de ces dispositions de la loi que les pères de famille, les syndics d'école et les visiteurs d'école étaient généralement disposés, intéressés qu'ils étaient, à être partisans politiques dans l'occasion, à faire servir la loi et leur ministère à maintenir le représentant du comté dans sa position, celle d'être virtuellement le surintendant d'éducation pour le comté qu'il représentait en parlement.

L'on sait, d'ailleurs, que certains représentants étaient bien disposés à tirer parti de cette position et du patro-

nage qu'elle leur donnait. Ils avaient ainsi, non-seulement le patronage, mais encore le contrôle de l'instruction publique, et la preuve s'en déduit du fait qu'ils étaient responsables à la législature des octrois qui étaient faits pour l'objet de l'éducation dans leurs comtés respectifs.

L'on sait aussi que, de tout temps, un certain nombre de membres du parlement ont été fort désireux de faire rétablir ce patronage et de s'en saisir, à l'exclusion du gouvernement dont ils ont souvent contrarié les vues, entravé les plans, et gêné, même empêché de passer des mesures relatives à l'éducation, lorsqu'elles étaient contraires à celles qu'ils proposaient eux-mêmes, afin d'atteindre leur but et servir mieux leurs intérêts personnels.

Or, ce patronage si envié, et dont on s'est montré de part et d'autre si jaloux, était l'objet de la convoitise qui a été la pierre d'achoppement contre laquelle toutes les mesures que j'ai proposées sont venues se heurter ensemble ou tour-à-tour, contre laquelle la plupart se sont brisées, et dont seulement quelques fragments réunis ont pu être mis à contribution pour faire le projet qui est devenu loi d'éducation en 1846. Encore, a-t-il été mutilé et dénaturé en plusieurs endroits, soit par la double traduction qu'on lui a fait subir dans les bureaux de l'assemblée législative, soit par des erreurs de bureau arrivées autrement, soit enfin par les amendements qu'on a faits à plusieurs de ses clauses, car ce projet a souffert considérablement de toutes ces causes.

Cependant, la 50e clause de ce projet, relativement aux bureaux d'examinateurs et à la qualification des instituteurs, a fait exception et traversé tous les pro-

cédés parlementaires sans subir aucune altération. Quelques autres clauses en ont subi peu, mais toujours assez pour en affecter le sens primitif et le rendre souvent obscure.

Il n'y a pas à se dissimuler que nombre des changements qu'on a fait subir au projet de loi d'éducation de 1846, et bien d'autres encore qu'on a voulu lui faire subir, ont eu lieu en vue du patronage dont de part et d'autre on voulait s'assurer, afin de pouvoir l'exploiter au besoin.

En 1789, sous l'administration de lord Dorchester, gouverneur-général du Canada, le gouvernement fit un effort pour s'emparer du patronage de l'instruction primaire et universitaire; mais Mgr. Hubert, Evêque de Québec, rît échouer ce plan qui avait pour but évident l'anglification des Canadiens-Français.

En 1801, la législature du Bas-Canada, plus libérale que clairvoyante, passa la loi des écoles royales en vertu de laquelle le gouvernement avait à sa disposition tout le patronage de la loi et des écoles établies sous ses auspices ; mais l'exercice de ce patronage eut pour principal effet de susciter la crainte et la défiance des habitants, surtout des catholiques, et de les porter à tenir leurs enfants éloignés de ces écoles qui, d'ailleurs, étaient généralement protestantes et régies par l'Eglise Anglicane. On essayait d'effectuer ce qu'on avait eu en vue par le plan de 1789.

En 1829, les membres du parlement, voyant que l'exercice de ce patronage, par le gouvernement, portait ombrage au gros de la population, passèrent la loi d'éducation de 1829, amendée en 1832, en vertu de laquelle ils s'étaient donné ce patronage ; mais le ministère res-

ponsable le reprit en 1841, en vertu de la loi des municipalités passée après l'union des provinces du Canada.

Les membres du parlement avaient obtenu du ministère, en 1850, la promesse du rétablissement de la loi de 1829-1832 ; mais le ministère, ayant pris en considération l'opinion exprimée généralement en opposition à ce rétablissement, retira sa promesse.

En cette même année, et pendant la même session de 1850, le ministère, croyant qu'il fallait, bon gré mal gré, une nouvelle loi d'éducation, proposa, pour obtempérer à la demande pressante qu'un certain parti des membres lui en faisait, un projet de loi d'éducation en vertu duquel, à l'instar de la loi des écoles royales, tout le patronage était réservé au gouvernement, ce que voyant, les représentants, qui avaient voulu se le faire donner, signifièrent leur intention de s'opposer à ce projet, et le ministère crut devoir le retirer de la discussion. En effet, l'opinion publique s'était encore plus fortement opposée à ce projet qu'à celui de rétablir la loi de 1832. Celle de 1846 resta donc en force.

C'est encore pour satisfaire aux exigences de partisans politiques que, pour comble d'embarras, on détourna, en 1854-, une partie considérable du fonds des écoles primaires, pour l'employer à une autre fin, et ce, sans m'en prévenir ni même amender la loi d'éducation à cet effet.

Le détournement de cette partie du fonds des écoles, et que j'avais réclamée en vertu de la loi, en faveur de ceux qui en avaient rempli de bonne foi les conditions pour l'obtenir, me mit dans un embarras aussi grand qu'inouï, car les instituteurs, dans un extrême besoin de

leur part respective de l'allocation, pressaient les commissaires d'école de la leur payer, et ceux-ci me pressaient à leur tour afin de l'obtenir, pendant que, de mon côté, j'avais à lutter contre un fait accompli qui ne pouvait entièrement disparaître qu'au moyen d'une législation nouvelle à PeiFet de remplacer le fonds des écoles primaires. Je proposai, en attendant, que le gouvernement empruntât sur l'allocation qui deviendrait due l'année suivante.

C'est ainsi que l'on démolissait le système actuel des écoles primaires, en l'attaquant par sa base, pour faire place à un nouveau système et à un autre Surintendant, car l'embarras qu'on faisait par le fait à mon administration occasionnait, dans la distribution de l'allocation, un délai dont la cause inconnue ou incomprise et mal interprétée, pouvait devenir un sujet de plainte générale. Voir, à ce sujet, le budjet de 1854- et 1855. On y parle de la balance inappropriée du fonds des écoles pour le Bas-Canada. Or, il n'y avait pas de telle balance, puisque les conditions voulues par la loi d'éducation pour obtenir l'allocation pour écoles ayant été remplies, la partie de ce fonds qui demeurait au crédit du bureau de l'instruction publique était due, et par moi réclamée, suivant la loi. Preuve, c'est qu'elle m'a été payée dans la suite et qu'elle a été par moi distribuée aux parties y ayant droit.

Suivant les dispositions de la 27e clause de la loi d'éducation, l'acte 9 Vict. ch. 27, les commissaires d'école de chaque municipalité scolaire, pour avoir droit à leur part respective de l'allocation des écoles, doivent remplir, au préalable, toutes les conditions statuées dans

cette clause, et le Surintendant s'étant assuré de l'accomplissement de ces conditions, en fait rapport au gouverneur en conseil. En ce faisant, je transmettais en même temps une liste des municipalités scolaires dont les commissaires "d'école avaient rempli les conditions de !a loi, et je demandais le montant de l'allocation auquel je déclarais les commissaires d'école avoir droit pour le semestre écoulé, suivant la 47e clause de la même loi.

Or, d'après cette dernière clause, le Surintendant ne pouvait demander l'allocation pour écoles qu'au fur et à mesure qu'il recevait des commissaires d'école des rapports satisfaisants. De même, il n'obtenait pour eux l'allocation qu'au fur et à mesure qu'il pouvait en faire légalement la demande, et il la leur distribuait de la même manière, au moyen de traites tirables sur l'une des banques où le gouvernement l'autorisait à tirer le montant par lui demandé pour écoles tenues suivant la loi. De sorte que, contraire à ce qui se pratiquait dans le Haut-Canada pour le dernier semestre de l'année scolaire, le Surintendant déducation pour le Bas-Canada ne réclamait et ne recevait jamais un denier pour écoles avant que la période d'instruction pendant laquelle les conditions de la loi devaient être accomplies ne fût entièrement écoulée.

D'un autre côté, la 47e clause de la loi d'éducation limitant le droit de réclamer l'allocation pour écoles à une seule fois par six mois, et les commissaires étant rarement prêts à transmettre leurs rapports d'écoles bientôt après la fin du semestre, il s'en suivait que, généralement, je ne pouvais faire la demande de l'allocation que

tard après Pexpiration du semestre, afin de donner aux commissair. s d'école le temps de transmettre leurs rapports et de pouvoir inclure dans ma demande de l'allocation, sinon toutes les municipalités scolaires y ayant droit, au moins le plus grand nombre possible.

Les commissaires d'école ayant généralement beaucoup île difficultés à compléter la somme de contribution voulue par la loi, laquelle doit au moins égaler leur part respective de l'allocation pour éco'es, il en résultait qu'ils étaient très souvent retardataires dans la transmission de leurs rapports. Le délai d'un seul contribuable apporté au paiement de sa part de cette somme exigible retardait sa comp'étion, et suffisait pour empêcher les commissaires d'école de transmettre leurs rapports au buiean de l'instruction publique, et pourtant, sans leurs rapports satisfaisants à tous égards, le Surintendant n'a pas le droit de demander pour eux leur part de l'allocation pour écoles. La difficulté de former sur les lieux et de compléter la somme voulue par la loi, était grande pendant les premières années, et pendant les mauvaises années, mais surtout et en tout ten.ps dans les municipalités où la loi rencontrait quelqu'opposition.

En 1855, on a prétendu que cette condition sin° quâ non de l'octroi, et p'u^ieurs autres encore n'avaient pas été généralement remplies ; mais le pays ayant été mis à même de répoidre à cette accusation gratuite, s'en est amplement et honorablement justifié. Tout ceci explique clairement ce pourquoi l'obtention et la distribution de l'allocation pour écoles ont souvent eu lieu avec un certain délai.

Cependant, en vue de diminuer, autant que possible,

ce délai regrettable, mes traites, dont chacune pour la part de l'allocation afférente à chaque municipalité scolaire, étaient généralement toutes faites d'avance au bureau de l'éducation. On n'y laissait en blanc que la date, mais qu'on y écrivait le jour même où j'étais informé qu'il avait plu à Son Excellence, le gouverneur général en conseil, de m'accorder l'autorisation d'en tirer le montant sur l'une de nos banques. Ce montant était tiré et distribué au moyen de truites particulières transmises immédiatement au secrétaire-trésorier de chaque municipalité scolaire, et, faites d une manière négociable. Elles étaient souvent négociées, sitôt après leur réception, avec les capitaliste de l'endroit pour de l'argent courant. Ainsi, après avoir reçu cette autorisation, il n'y avait aucun délai dans la distribution de l'allocation législative pour écoles.

De son cô'é, le gouvernement, toujours bien disposé à l'égard de l'éducation, n'offrit jamais aucune difficulté à ma demande de l'allocation pour écoles, et ne contribua jamais au délai éprouvé, quelquefois dans ses bureaux, autiement que par défaut de quorum dans le conseil ou par défaut de fonds disponibles pour cet objet, comme Ja chose est arrivée en 1849 et en 1855.

Eu 1849, les troubles qui eurent malheureusement lieu à Montréal, ayant mis le gouvernement en désarroi, ma demande de l'allocation pour les écoles qui avaient été tenuis pendant le dernier semestre de 1848, éprouva plusieu:s mois de délai, ce qui occasionna au-dehors des plaintes que les intéressés ne se gênaient pas de proférer touthkUit. Le gouvernement en étant par moi informé, et se voulant pas laisser peser le blâme sur moi, mais

montrer de la bonne volonté à rendre justice à toutes les parties initiées, je reçus, le 14 Avril, une lettre de M. le secrétaire provincial, m 'informant que le 5 Juin alors suivant, je recevrais le montant de l'allocation que j'avais demandé pour les écoles tenues en 1848. Le même jour, ayant exhibé cette lettre à MM. les caissiers de deux des banques de notre ville ; savoir : celle dite de Montréal, et celle dite de la Cité, ils m'avancèrent, sans délai ni condition onéreuse aucune, tout ce montant, près de £15,000. Le même jour encore, des traites particulières furent expédiées aux secrétaires-trésoriers des municipalités scolaires au montant de cette somme devenue, par la libéralité de ces banques, tirable sans délai sur leur propre fonds dans l'intérêt de l'instruction publique. J'aime à raconter ce beau trait de libéralité, de la part de deux de nos florissantes banques, parce qu'il est honorable sous tous les rapports. Il va sans dire que je fis en sorte qu'elles n'eurent pas à regretter de m'avoir mis en état de venir ainsi au secours des pauvres instituteurs un mois et demi plus tôt que je n'aurais pu le faire sans cet acte louable de générosité et de bienfaisance.

En 1855, je demandai une somme à peu de chose près, semblable, en faveur des écoles qui avaient été tenues pendant le dernier semestre de 1854, mais après plusieurs semaines d'attente, ayant écrit au gouvernement afin d'en hâter l'octroi, le député de M. l'inspecteur des finances m'informa tout simplement que le fonds des écoles étant épuisé, on ne pouvait m'acccorder la somme que je demandais.

Contrairement à ce qui s'était constamment pratiqué

depuis plus de douze ans, on avait considéré comme balance inappropriée la partie du fonds des écoles qui restait au crédit du bureau de l'instruction publique, ordinairement pendant au moins un semestre après le dernier écoulé, et on l'avait employé à solder les inspecteurs d'école et à faire des allocations spéciales aux divers collèges, académies, etc., institutions d'éducation qui, n'étant pas soumises au contrôle de la loi des écoles primaires, n'avaient aucun droit à des allocations faites à même ce fonds, spécialement consacré pour aider à subventionner les instituteurs des écoles primaires.

Cependant, après quelques mois d'attente et bien des difficultés, suscitées par celui qui avait été en partie la cause ou l'instrument intéressé de ce détournement de deniers, consacrés par une loi permanente comme la fin qu'elle se propose, (l'éducation primaire), on m'en paya en deux fois le montant que je réclamais en faveur des instituteurs de 1854. La plupart d'entr'eux ayant déjà traversé le premier semestre de 18.55, avaient gagné deux fois la chétive pitance qu'ils attendaient avec une impatience qu'une extrême souffrance rendait tous les jours plus grande et plus menaçante.

C'est à la suite de ces faits et de ce dernier et pénible embarras que j'offris au gouvernement ma résignation, toutefois en demandant d'être pourvu ailleurs. Son Excellence, le gouverneur général, en acceptant ma résignation, eut la complaisance de me témoigner, par l'entremise de M. le secrétaire provincial, sa reconnaissance pour les services que j'avais rendus à l'éducation.

Je puis donc dire, en toute vérité, que le retard mis quelquefois à la distribution de l'allocation législative

pour écoles, n'a jamais dépendu de moi, et que, a l'exception de ce dernier semestre, il n'a jamais dépendu non plus, du gouvernement qui, jusqu'à cette époque, regardait toujours ce qu'il y avait à faire, à l'égard de mes demandes de l'allocation pour écoles, comme une affaire de forme dont on me laissait volontiers la responsabilité.

Jusqu'à cette époque, le gouvernement me laissait choisir le temps où l'on pouvait considérer comme inappropriée la somme non reclamée qui restait au crédit du Bureau de l'Instruction Publique pour la subvention des instituteurs, et ce n'était que sur ma recommandation spéciale que le gouvernement se décidait à faire passer une loi autorisant l'emploi de cette balance à la construction de maisons d'école. C'est ainsi que, en vertu de la 49me clause.de l'acte 9 V., ch. 27, la somme de £ 17,000 a été employée pour cet objet de première importance. Cette somme, provenant de la balance des années 18 12, 184-3, lfe44 et 184-5, a servi surtout à ériger les belles maisons d éducation supérieure que nous voyons si marquantes et si florissantes dans les principales parties rurales du pays.

La balance subséquente a été employée à aider à établir des bibliothèques publiques dans les municipalités scolaires.

En septembre de 1851, je proposai au gouvernement une liste d'hommes recomn^ndables pour être nommés inspecteurs d'école ; mais les exigences politiques l'ayant circonvenu, il ne put fa re cette nomination que près de trois mois après ma recommandation. Le ministère des inspecteurs était regardé comme nécessaire au succès de la loi d'éducation ; mais les exigences politi-

ques étant pressantes, un certain délai fut inévitablement apporte à leur nomination.

Un jour, lorsque le gouvernement s'occupait définitivement de la nomination des inspecteurs d'école, on ne voyait pas moins de trois représentants dans le bureau du secrétaire-provincial se contestant le privilège d'imposer chacun son protégé au gouvernement, à l'exclusion de tout atitre. Chaque représentant avait son protégé à placer à la tête du district d'inspection dont il s'agissait, lequel comprend plusieurs comtés. Je ne sais lequel de ces trois représentants eut la victoire, mais je puis dre qu'elle fut la conséquence de la plus grande somme d influence exercée par lui en faveur de son protégé. Toutefois, Thomme qui fut nommé inspecteur eut, par le fait, part aux avantages de cette victoire remportée sur ses concurrents.

Il est facile de concevoir que, par suite de l'embarras dans lequel les prétentions de certains hommes politiques plaçaient le gouvernement à l'égard de la nomination des inspecteurs d'école, ceux-ci ne furent pas tous pris dans ma liste qui avait été faite uniquement dans l'intérêt de la chose sans égard aux parents, aux amis ou aux protégés des hommes politiques. Bien que, afin de laisser du choix au gouvernement, j'eusse fait et transmis une liste de noms presque double, en contenant généralement deux peur chaque district d'inspection, environ un tiers des inspecteurs fut pris en dehors de cette liste.

C'est encore pour satisfaire à des exigences politiques ou à des ambitions d'agrandissement personnel, qu'en 1854-, des partisans du gouvernement et des opposants

proposaient de part et d'autre un nouveau plan d'éducation primaire, différent et opposé, que personne n'eut cependant le courage de confectionner systématiquement et de soumettre régulièrement à la considération de la législature.

Des hommes intéressés aux changements proposés par leur parti respectif, faisaient chacun tout en son pouvoir pour s'emparer de la surintendance et s'en faire, à l'exclusion l'un de l'autre, une place de £1,000 d'appointement par an.

Mais, comme en 1850, je m'opposai à l'un et à l'autre plans d'éducation ainsi proposés en 1854, que je ne connaissais, d'ailleurs, que d'une manière vague et incertaine quant aux véritables principes. Les motifs de l'innovation me paraissait seuls évidents, mais ne voyant aucun système bien arrêté, écrit au moins, je me hâtai de soumettre ma proposition, déjà connue alors très-généralement, et consignée dans mon Rapport du 25 mars 1851.

Or, la proposition que j'avais faite, dans ce Rapport, était de fondre les lois d'éducation pour n'en former qu'une seule et même loi, comprenant tous leurs principes fondamentaux avec les ajoutés dont l'observation et l'expérience avaient indiqué le besoin. On comprend facilement que, toutes autres choses étant égales, une loi unique devait être plus commode et plus facile à consulter et à comprendre qu'une loi amendée par plusieurs autres, dont l'ensemble est compliqué et souvent peu saisissable.

Mais, de part et d'autre, on criait qu'il fallait un nouveau système, chaque parti politique voulant imposer le

sien suivant ses prédilections ou son intérêt particulier, sans toutefois rien exhiber de tangible. De mon côté, je transmettais en opposition, mes derniers rapports et un projet de loi qui résumait la loi de 1846 avec les amendements qu'elle avait déjà subis, et les ajoutés que je me proposais d'y faire, afin de pourvoir à toutes choses nécessaires au succès, en vertu d'une seule et unique loi d'éducation, rédigée de manière à être à la portée de tous.

Les partis contendants étant presque d'égale force, mes rapports et mon projet, non plus que leurs plans, ne furent utilisés, au moins ostensiblement à cette époque. Eien ne fut fait à cet égard pendant la session du parlement.

Cependant, ma proposition de conserver la loi de 1846, telle qu'amendée, et d'y faire certains ajoutés, a triomphé, puisque cette loi est encore aujourd'hui en force, et que, à très peu d'exceptions près, les ajoutés qui y ont été faits, sont ceux-là mêmes que j'avais recommandés. Il en est, pourtant que je répudie consciencieusement.

La loi de 1846, telle qu'amendée alors, est restée à peu de choses près la même, et si les écoles ne sont pas subventionnées au degré que je proposais, elles sont au moins tenues et dirigées d'après les mêmes principes. Le clergé, le peuple et le gouvernement continuent d'avoir chacun sa part légitime dans le fonctionnement de la loi qui est toujours censée n'être ni à la disposition exclusive de l'un ni à celle de l'autre, et la liberté d'enseignement est laissée pleine et entière aux contribuables et à leur clergé. Toutefois, cette loi contient bien des

imperfections qu'il eût été désirable de faire disparaître ; aussi, je n'avais pas manqué de les élaguer dans mon projet.

Le projet de la loi de 184-6 avait été fait en français ; mais, comme en cette année la constitution politique qui unit les deux anciennes provinces du Canada en une seule, ne permettait pas l'iniative d'une mesure législative dans la langue française, il fallut le traduire en anglais avant de le soumettre à la considération de la législature. De sorte que l'anglais dans lequel on a traduit ce projet à la hâte, en est devenu la langue du texte qu'on a traduit ensuite en français, non d'après l'original, mais d'après ce texte souvent incorrect et défectueux. De sorte que le français de la loi de 1816 est la traduction de la traduction avec tous ses défauts.

C'est ainsi que, dans la clause 39e, l'anglais dit: " The municipal authority," et que le français dit tout simplement : " La municipalité." Or, quelle est la municipalité dont on veut parler ici? Est-ce la municipalité rurale ou la municipalité scolaire ? Car, en quelque part dans cette loi, il s'agit de l'une et de l'autre.

Puis, qu'est-ce qu'on entend ici par municipalité? Estce la circonscription prescrite à l'autorité, ou est-ce l'autorité elle-même ? Et encore, si c'est l'autorité dont il s'agit, quelle autorité est-ce? Est-ce l'autorité municipale ou l'autorité scolaire ?

Dans l'original du projet, il y avait: Le conseil municipal, et quelle que fût l'interprétation de ces mots, elle ne pouvait conduire à aucune erreur, pas même à un doute. Mais la substitution des expressions précédentes (dont l'une ne pouvait guère s'expliquer par l'autre) à

ces trois mots : Le conseil municipal % a été la cause féconde d'un grand nombre de procès et d'un grand embarras dans le fonctionnement de la loi, surtout dans les paroisses et townships où la mauvaise disposition et le parti de l'opposition portaient les habitants à spéculer sur l'obscurité et la subtilité de la loi.

Dans la loi d'amendements passée le 30 Mai 1S4-9, il y a une contradiction littérale causée par le retranchement de deux clauses subséquentes qui avaient trait à la même chose, et par l'introduction, en leur lieu et place, d'une clause nouvelle, la 6me qui a été la cause d'une discordance entre cette clause et la 28me, et que des gens plus critiques que perspicaces n'ont pas découverte, lorsque je l'ai signalée dans un rapport annuel, pour faire voir l'embarras que me causaient les défauts de la loi d'éducation. Elle est là, pourtant, cette discordance, cette contradiction évidente, établie, non par interprétation, non par induction, mais par le seul rapprochement des clauses, par la simple comparaison des mots du texte.

Les deux clauses qui ont été retranchées sont citées dans mon rapport du 11 Mars 1848. Elles avaient déjà été proposées, et, dans le projet de la loi de 1849, elles étaient accompagnées d'une autre disposition, déclarant que toutes qualifications requises, à l'avenir, pour être commissaires d'école, étaient de résider dans la municipalité scolaire, et de savoir lire et écrire.

C'est ainsi que je voulais, comme de tout temps auparavant, n'exiger que les qualifications nécessaires pour être commissaire d'école, et que je voulais faire disparaître cello qui consiste en la possession de propriétés fon-

cières de la valeur de J8250, exigible eu vertu de la 51e clause de la loi de 1846, qualification toute matérielle qui est souvent un empêchement absolu à l'élection d'hommes instruits et bien disposés qui ne possèdent pas cette valeur.

Au contraire, la loi d'éducation passée en 1843 pour le Haut-Canada, étant exempte au moins des défauts provenant d'une double et imparfaite traduction, fournissait bien moins de prise à la malveillance. Ce fait dorme en partie la raison du peu d'effet qu'a eu l'opposition faite à la loi d'éducation dans le Haut-Canada, combattue, d'ailleurs, par l'action des conseils municipaux ; tandis que, dans le Bas-Canada, les défauts seuls provenant de cette malencontreuse traduction, ont été l'occasion de contestations et de litispendances continuelles qui donnaient de l'importance et de l'éclat à l'opposition dont l'impunité et la continuation semblaient se targuer du consentement tacite des autres autorités constituées.

Pendant les premières années, on ne fit absolument rien, et pendant les années subséquentes, très peu de chose pour réprimer l'opposition qui, perdant toutefois peu à peu de ses moyens et de son influence, laissa enfin la victoire aux amis de la bonne cause.

En 1850, la loi d'éducation, telle qu'amendée déjà par la loi de 1849, était agréée, appréciée et maintenue très généralement, et, lorsqu'en 1855 je laissai le département de l'instruction publique, on pouvait dire, en toute vérité, que cette loi était la loi du pays, non-seulement parce que ses députés au parlement l'en avait doté, mais encore parce que ses habitants l'avaient agréée et la mettaient volontiers en pratique.

Mais l^o k»is primitives d'éducation ne sont pas les seules, dont les défectuosités aient donné lieu à des procédés litigieux qui en ont entravé et retardé le bon fonctionnement. Les lois d'amendements nécessitées, en grande partie, par les imperfections des lois primitives, ont aussi leurs défauts, Mais en moindre nombre.

L'acte 9 George IV, chapitre 46, est la loi d'éducation temporaire passée en 1829, qu'on appelle ordinairement Ja loi de 1832, parce que cet acte a été amendé en cette dernière année pour la dernière fois avant son expiration au premier mai 1836.

Cependant, deux projets de loi d'éducation furent soumis à la Législature du Bas-Canada, eu 1834. L'un était un projet d'amendements comprenant cinq clauses qui devaient être ajoutées à la loi de 1832, et l'autre un projet de loi nouvelle qui, comprenant en 19 clauses tout un système, était destiné à remplacer la loi de 1832, depuis le 15 Mai 1834 jusqu'au lô Mai 1838.

Ce dernier projet comprenait toutes les dispositions fondamentales de la loi de 1832, avec quelques additions importantes qui, devenues loi, auraient contribuer plus facilement à répandre l'instruction dans le pays. Mais les dépêches reçues de lord Stanley, ministres des colonies britanniques, et les difficultés qui existaient entre le gouvernement impérial et le parlement provincial, auxquelles elles avaient trait, ayant absorbé toute l'attention de l'Assemblée Législative où ces projeXs avaient pris leur origine, la Législature ne put s'en occuper assez pour les faire adopter. La loi de 1829, telle qu'amendée en 1832, demeura donc en force. Les mêmes difficultés s'étant compliquées davantage, au lieu de s'ap-

planir, les mesures relatives à l'éducation n'eurent guère plus de succès pendant la session alors suivante du Parlement Provincial, et force nous fut de continuer d'utiliser la loi de 1829-32 jusqu'au premier de Mai 1836.

Par opposition à la loi des écoles royales, la loi de 1829 s'appelait, dans le temps, la loi des écoles élémentaires, ou de syndics, bien qu'elles fussent toutes tenues, à peu d'exceptions près, sur le même pied. •

La loi de 1829-32, toute défectueuse et insuffisante qu'elle était, avait néanmoins fait prendre l'initiative et donné une heureuse impulsion à l'éducation populaire dans le Bas-Canada, et si elle eût continué de fonctionner jusqu'à l'époque où elle a été remplacée, en 1842, par la loi de 1841, elle aurait fait faire à l'éducation un progrès dont nous aurions eu grandement à nous louer plus tard.

Des 1,530 écoles qui avaient été établies et fréquentées par 36,000 enfants, sous les auspices de la loi de 1829-32, guère plus de 50 étaient en opération en dehors des villes, lors de ma visite en 1842. Encore y avait-il de ces écoles qui n'en méritaient pas le nom, tant elles étaient inférieures et peu surveillées. Les meilleures écoles alors en opération, étaient, pour les catholiques, celles tenues B<uisle contrôle des fabriques, et pour les protestants, celles tenues sous le contrôle de la société d'éducation nommée N'.w-Foundland, établies et soutenues t>ar les membres de l'église anglicane.

Il faut ajouter à ces dernières écoles, dont une à Sherbrooke et une à Bury,les académies établies principalement dans les townships de l'Est, et aux écoles catholiques les couvents enseignants et les écoles qui étaient

tenues dans nos villes, et dont je fais abstraction en ce moment.

En 1831, les écoles tenues sous les auspices de IVIgr. Lartigue, dans la belle maison par lui bâtie pour cette fin en ligne parallèle au palais épiscopal, comptaient 250 enfants.

Les maisons d'éducation dites académies étaient en petit nombre, et il n'y en avait qu'une dans les seigneuries, c'est celle qui est sise au beau village de Berthier, dans le comté de ce nom. Elle était dirigée par feu le Dr. Barbier, et subventionnée comme les autres au moyen d'une somme de £100 par an, accordée comme encouragement. Le Dr. Barbier remit aux commissaires d'école de Berthier cet établissement en 1S47, et ce, d'autant plus volontiers que, outre l'allocation annuelle de JE 100 reçue pendant treize ans, il avait obtenu, pour aider à la construction de la bâtisse, la somme de £343, ou environ.

Cependant, les écoles tenues sous les auspices de la loi de 1832 n'auraient pas été aussi généralement abandonnées qu'elles l'ont été en 1836, si le clergé et le peuple n'avaient été tout préoccwpés, comme ils l'étaient alors, des causes qui amenèrent les troubles de 1837 et 1838. Ces causes, qui étaient nombreuses et diverses, concoururent toutes, plus ou moins, à nous amener les déplorables événements de ces années de néfaste mémoire, comme ces tristes événements concoururent aussi tous à nous priver de la constitution politique de 1791, et à nous imposer celle de 1840 qui nous assujetit à l'union des deux provinces.

Lord Durham, dans l'examen qu'il fait des causes et

des effets de ces événements, admet la justice des sujets de plainte des Canadiens, et les justifie jusqu'à un certain point des effets que ces causes ont dû produire, mais il finit, nonobstant, par recommander, comme remède curatif et préventif, la pratique d'un remède propre à nous effacer, à nous annihiler comme peuple, en nous unissant au Haut-Canada.

Il n'entre pas dans mes vues de m'occuper en ce moment de ce pénible sujet qui a trait plutôt à la politique qu'à l'éducation, mais il doit paraître clair et évident à tout esprit juste et impartial, connaissant ce trait de notre histoire, qu'à cette époque, étant sous le poids de semblables événements, et sous l'influence, je devrais dire sous le contrôle des administrations qui les ont vu naître, et qui ont causé tant de mal et de douleurs aux Canadiens, le clergé et le peuple ne pouvaient guère concentrer assez leur attention et leurs moyens pour maintenir en opération les 1530 écoles que, depuis huit ans, la législature du Bas-Canada avait subventionnées en vertu de la loi de 1829 et 1832 expirée au premier de Mai 1836.

Il doit paraître également clair et évident que le clergé et le peuple, tout bien disposés qu'ils fussent dès lors à l'égard de l'éducation, ne pouvaient pas, au moyen de la loi des écoles de fabrique qui restait seule en force, réunir assez de ressources pour maintenir sur un bon pied ce nombre d'écoles sans une aide de la législature.

Or, on peut dire que tous les pouvoirs de notre législature en ces années d'agitation et de troubles se réduisaient à l'exercice du droit de pétition, de protestation et de réclamation contre tout ce qu'elle voyait d'abusif et

d'inconstitutionnel se pratiquer à notre égard de la part de nombre des envoyés du bureau colonial pour nous gouverner.

Le peuple, partout dans la consternation et dans la crainte, dérouté et détourne des affaires ordinaires, et, en grande partie ruiné et découragé ; et le clergé, tout occupé des moyens de ramener le peuple à l'ordre, à la paix, au foyer domestique et à ses occupations ordinaires, tout occupé à réparer autant que possible le mal fait par tant de causes réunies, et à consoler et à encourager les affligés, ne pouvaient guère trouver le temps d'utiliser la loi des écoles de fabrique. D'ailleurs, si le clergé eût pu trouver le temps nécessaire pour s'occuper de ce sujet important, cette loi ne lui donnait pas les moyens suffisants de le faire avec avantage, dans un temps où le peuple ne pouvait être mis à contribution, ni pour les écoles, ni pour aucune autre œuvre publique. D'un autre côté, si dans ces occurences si extraordinaires et affligeantes, des écoles avaient été établies généralement, il est plus que probable qu'elles n'auraient pas été, pour la plupart, fréquentées pour la peine.

L'acte des écoles de fabrique autorise les fabriques à employer annuellement un quart de leurs revenus respectifs et à posséder un arpent de terre pour le soutien d'une ou plusieurs écoles, mais il est notoire que les revenus des fabriques sont pour la plupart très limités, et que, très généralement, le quart n'aurait pas suffi pour encourager une seule bonne école. Or, il valait autant ne pas avoir d'école que de ne pas en avoir une seule bonne par paroisse, et c'est la conclusion à laquelle tout naturellement on en vint de part et d'autre. De sorte que

les paroisses pauvres furent privées d'école jusqu'au temps où il eu fut établi en 1842, en vertu de la loi de 184-1 ; mais, avilit cette époque, il y avait une bonne école en opération dans chaque paroisse qui était en moyen de la souteuir sur un bou pied, et ce, outre l'école et le pensionnat des Dames religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. St. Martin, Varennes, St. Augustin et Longueuil étaient du nombre de ces paroisses.

Une loi d'éducation, l'acte 6 Guill. IV, en. 12, fut passée en 1835, pour l'établissement d'écoles normales dont l'une pour les garçons à Québec, et l'autre à Montréal, mais ces écoles, bien qu'établies aux frais du gouvernement d'alors, pour le Bas-Canada, n'eurent aucun succès. Le principal instituteur de celle qui était établie à Montréal, disait publiquement, en 1857, à l'assemblée qui assistait à l'inauguration des écoles normales actuelles, que l'insuccès de son école était dû aux troubles de 1837-38.

Dans plusieurs comtés, et notamment dans celui de Champlain, de Nicolet, de Berthier et de Terrebonne, des chefs agitateurs essayèrent, à la veille, ou pendant les élections générales, de se faire élire sur un principe de restauration de la loi de 1832, ou au moins, d'opposition à la loi de 1846 ; mais, ou ils ne furent pas élus, ou ils furent obligés, afin de pouvoir l'être, d'abandonner ces principes.

Au. comté de Terrebonne, l'honorable L. H. Lafontaine oit emphatiquement aux électeurs assemblés le jour de la nominatiou, que s'ils l'élisaient, il se ferait un devoir de les taxer pour l'éducation de leurs enfants, et il fut élu à une très grande majorité, pour ne pas dire à l'unanimité.

Dans le comté de Berthier, le candidat qui était opposé à la loi d'éducation, bien qu'ancien, et d'ailleurs populaire, fut obligé de renoncer bien formellement à cette opposition, et de promettre, au contraire, d'eu soutenir les principes en parlement, afin de pouvoir être élu, et, cependant, il ne put l'être qu'à une très faible majorité sir son concurrent, jeune homme, et à peine connu dans les rangs politiques, mais qui était ouvertement en faveur de cette loi.

Ces faits, incontestables et de notoriété publique, prouvent évidemment à la fois que l'opposition faite à la loi d'éducation de 1846 venait bien moins du peuple proprement dit que de certains hommes politiques, et que le peuple canadien, aimant l'éducation, voulait bien se soumettre, malgré l'agitation faite par ces hommes, à la contribution exigible par cette loi pour en procurer le bienfait à ses enfants.

A dire vrai, ce n'est pas en dehors du parlement seulement que la loi d'éducation de 1846 a rencontré de l'opposition, afin de pouvoir la remplacer par la loi de 1832, ou par quelqu'autre loi à peu de choses prés semblable qui aurait rétabli le sysième de contribution volontaire, et. en quelque part, le patronage, sinon le contrôle exclusif de l'éducation. Des membres de l'assemblée législative, même de ceux qui avaient été ilus sur la promesse tacite ou formelle d'y soutenir la loi de 1S4 sont opposés, et c'est en 1850 surtout que nombre de membres de l'assemblée législative se coalisèrent à cet effet, mais sans succès. Le miuistère, comme nous 1" déjà vu plus haut, ayant entendu les raisons contraires, résolut de laisser substfrfer la loi de 1846, telle qu'a-

mandée par la loi de 1849, alors et encore actuellement en force, après avoir reçu certains ajoutés.

Ce sont ces deux lois que désormais j'appellerai tout simplement la loi d'éducation pour le Bas-Canada. Or, cette loi qui comprend, en grande partie, les principes fondamentaux de la loi de 1841, est calquée sur la loi d'éducation de l'Etat de New- York qui nous avoisine ; sur les principes émis par l'hon. Juge Mondelet dans ses lettres sur l'éducation, comme aussi sur les principes émis dans celles que j'avais écrites sur le même sujet deux ans avant lui.

Le fait est que la Ire, 2e et 3e sections et partie de 21e de l'acte 4 et 5 Vict., cli. 18, passé en 1841, sont encore en force, en vertu de la 57e section de l'acte 9 Vict., ch. 27, passé en 1846, qui est la loi actuelle, et qu'à l'exception du patronage qui était accordé au gouvernement en vertu de la loi de 1841, et du concours du conseil municipal qui en était la créature et l'instrument, la loi de 1846 est à peu de choses près semblable à celle de 1841.

Eu vertu des dispositions contenues dans ces clauses, la somme de £ 50,000 par an est appropriée, d'une manière permanente, pour l'éducation primaire dans la Province-Unie, et est divisible entre les deux sections de laprovince en proportion de leur population respective, d'après le dernier recensement général. Jusqu'en 1848, le Bas-Canada a eu £30,000 par an pour sa part de cette somme ; mais la population du Haut-Canada, ayant augmenté plus rapidement, (en conséquence de l'émigration des Irlandais, des Ecossais et des Allemands qui s'y est portée davantage,) que celle du Bas-Canada, la part de cette dernière section de la Province a subi plusieurs

diminutions depuis cette date ; de sorte que, maintenant, elle e3t réduite à moins de £25,000 par an.

Par extension, le même principe s'applique au partage de la part afférente de l'allocation au Bas-Canada, entre les divisions territoriales appelées municipalités, puis arrondissements d'école.

Mes lettres sur l'éducation furent écrites en 1838, à la demande spontanée de Lord Durham, par l'entremise de l'Hon. Arthur Buller qui était attaché à l'administration de sa Seigneurie, et celles de l'Hon. Juge Mondelet en 1840, à la suggestion de Poulet Thompson, successeur de Lord Durham, en qualité de Gouverneur général du Canada.

Plongé dans une profonde tristesse, et en proie à un grand découragement à la vue des désastres qui affligeaient encore le pays en 1838, je n'étais guère en état de me livrer à un travail suivi, lorsque je fus ainsi prié de faire part au gouvernement de mes observations et de mes vues sur le sujet important de l'éducation primaire,, Dans tous les cas, je puis dire que mes lettres ont été écrites avec le plus grand désintéressement personnel possible. Il n'était pas alors question de la place de surintendant ni d'aucune autre place lucrative devant être donnée par le gouvernement en vertu d'une loi d'éducation quelconque, et je n'ai jamais vu ni Lord Durham ni l'Hon. Buller.

Nous nous sommes échangé, l'Hon. Arthur Buller et moi, sept lettres sur le sujet de l'éducation, les miennes proposant les principes que je désirais faire passer en loi, et les siennes quelques petits commentaires, sans pourtant faire aucune proposition contraire aux miennes. Je

MO

faisais en même temps publier mes lettres sous le pseudonyme C JD., dans nn journal périodique de Québec, afin de permettre à l'rpinion publique de se prononcer sur le sujet sans | réjugé ni prévention, sans autre intérêt que celui de la chose, et je priais l'Hon. Buller de recueillir l'expression de cette opinion, et d'en faire le profit de la cause. J'étais d'autant plus porté à en agir ainsi, que des propositions contraires aux miennes se publiaient simultanément sur le même sujet dans les journaux de Montréal.

Il s'agissait surtout dans mes lettres et dans les écrits qui leur étaient opposés, du système de contribution local, dont tout le monde c< nvenait de la nécessité, de la base, de ^on principe et de s«>n modus operandi. Or, en faisant la part des circonstances difficiles et alarmantes où se trouvait alors le pays, on concevra facilement que, comme canadien, comme catholique, et j'ose dire comme patriote, je devais redouter l'intervention et l'arbitraire du gouvernement dans une afT.ire uussi délicate et aussi importante que lest l'éducation de nos enfants. Notre or gine, notre foi, notre langue et notre nationalité sont trop intéressées à cet égard, pour nous permettre d'être un insUnt indifférents a ce qui peut y avoir trait.

Des correspondants, dont un datait ses écrits de la Rivière Chambly, et qui écrivait sur ce s j t avec talent et vigueur, proposaient, entre autres choses également inadmissibles, la concentration du pouvoir, c'est-à-d.re le patronage de la loi entre les mains du gouvernement et le système de contribution coërcitif et obligatoire, basé sur la superficie des propriétés immobilières, et insistaient sur l'adoption de leurs propositions avec une

persistance et une opiniâtreté telles qu'on les prenait pour des raisons convaincantes et irrésistibles.

On a depuis fait et réitéré c*tte propos tion de concentrer ainsi le jouvoir et le patronage de la loi d'éducation entre les mains du gouvernement, surtout entre les années 184-8, 18 f>0 et 18">+. Mais cetie proposition qui ne pourrait convenir tout au plus qu'à un pays dont les habitants, le clergé, la lég sture et le gouvernement seraient homogènes, n'a rencontré l'appui que des gens aveugles ou personnellement intéresses.

En effet, si le peuple, le clergé et les autres institutions du Canada éiaient de même origine, de mên e fui religieuse, parlaient la même langue ; si leurs sentiments étaient uniques et leurs besoins identiques; si l'intéiêt des individus était toujours bien compris dans l'intérêt collectif, et constituait un intérêt commun assuré et indivisible, oà chaque corps et chaque membre de la société trouverait une garantie du libre exercice de ses droits et privilèges au point te vue moral et religieux, politique et matériel, à la bonne heure ; mais, comme nous ne sommes pas dans ces conditions, q\ e la législature et le gouvernement représentant nécessairement des intérêts divers et répulsifs, des intérêts d'Eglise 8 opposées, et des intérêts de partis politiques mobi es.qni se combattent et se déplacent mutuellement, et que, partant, nous n'avons pas cette garantie d'inviolabilité et d • permanence nécessaire à la sécurité et à la tranquillité de conscience, la concentration du patronage et du j ouvoir exclusivement entre les mains du gouvernement, pour le fonctionnement d un système général d'instruction publique, ne serait rien moins que dangereuse et alarmante.

Cependant, les propositions de mes adversaires gagnaient du terrain, et l'on peut voir par les dispositions de la loi 1841, en vertu desquelles tous les officiers du conseil municipal étaient nommés par le gouvernement, que ces propositions avaient en partie été admises par la législature, puisque ce conseil qui était, par la même autorité, constitué le bureau d'éducation pour le district qu'il était censé représenter, était virtuellement l'agent obligé du gouvernement sur les lieux ; mais le peuple comprenant bien la chose, a répudié cette partie de la loi qui a été abrogée depuis. Il aurait pu le faire sans ma demande, mais il a pu le faire appuyé sur ma demande, puisque je l'ai faite même avant d'avoir été nommé surintendant, puis dans mon premier rapport sur l'éducation.

D'un autre côté, le système de contribution que je proposais, basé sur la valeur, et non sur la superficie des propriétés imposables, bien qu'également coërcitif et obligatoire, a triomphé de toute opposition. Je pourrais en dire autant de ma proposition de confier le fonctionnement local de la loi autant que possible aux mains du clergé, des parents et des contribuables.

Ce n'est pas moi qui ai jamais demandé ou suggéré de créer la place de surintendant de l'éducation, et si, sans la moindre participation de ma part à la création de cette place, j'ai été le premier à l'occuper, je puis dire que, en en remplissant les devoirs, une de mes plus grandes occupations a été de ne pas abuser des pouvoirs qu'elle me donnait, et de ne pas les faire augmenter, à moins que l'intérêt de l'éducation ne parût le demander impérieusement.

Ennemi de l'arbitraire et des procédés violents, je n'ai demandé du pouvoir que lorsque, de la part des parents, la résistance à la loi d'éducation, l'indifférence ou l'incapacité à prendre utilement part à son fonctionnement local indiquait le besoin de la contrainte, parce qu'en aucun cas, les enfants ne doivent être sacrifiés au caprice, à l'apathie, à l'avarice ou à l'inhabilité des parents. Ainsi, à mon sens, les parents doivent être appelés, comme étant les plus intéressés, à prendre leur part légitime dans le fonctionnement de la loi d'éducation pour l'instruction et pour le bien de leurs enfants ; mais s'ils sont indifférents ou incapables de le faire utilement, et surtout, s'ils sont opposés à la loi qui leur offre l'exercice bien réglé de ce privilège et sont récalcitrants, il doit y avoir, dans cette même loi, un pouvoir suffisant et péremptoire, pour les forcer de concourir, suivant leur capacité et moyens, à la faire fonctionner utilement. C'est ainsi que, la loi d'éducation étant libérale et sage dans ses principes, j'ai toujours envisagé le droit et les obligations des parents à l'égard de l'instruction de leurs enfants, et le pouvoir et le devoir de la législature à ce même égard.

Ce n'est pas moi, non plus, qui ai pu tirer de la place de surintendant de l'éducation aucun avantage réel pendant que je l'occupais, soit pour moi-même soit pour ma famille, puisque j'ai eu à soutenir un combat continuel contre l'opposition qu'on a faite à cette loi, que je n'ai pu jouir d'un moment de repos, et que j'en suis sorti plus pauvre que je n'étais avant de l'avoir occupée. Le seul avantage que j'ai obtenu par suite de ces combats, c'est le succès qui l'a heureusement couronné.

Au préalable, gavais eu l'avantage d'une mention honorable que Lord Durham fait de mes lettres sur l'éducation dans le rapport qu'il fit à la hâte avant son départ pour l'Angleterre, et je puis dire que mes propositions générales ont obtenu un triomphe signalé sur mes adversaires. Ce triple avantage est sans doute une bien grande compensation, et que je sais apprécier à un haut degré ; mais comme cette compensation n'a rien de personnel, rien de substantiel pour moi, je sens le besoin de faire observer qu'elle est plus du genre de la victoire que de la récompense.

La loi de 1841 était une loi générale pour la province unie, et ne proposait qu'un seul surintendant pour le Bas et le Haut-Canada, conjointement, avec un salaire annuel fixé à £150. Mais Sir Charles Bagot, d'heureuse mémoire, qui avait succédé à Lord Sydenham en qualité de gouverneur générai de la province, ayant vu qu'un seul homme ne pouvait remplir convenablement, comme surintendant, les devoirs qui lui étaient dévolus, en se chargeant d'une semblable administration, résolut de nommer un surintendant en trois personnes, à l'instar des greniers, des protonotaires et des shérifs de Montréal, et dont un serait, dans la commission, pour la lettre de la loi, et les deux autres pour la besogne ou le service actif.

L'hon. Robert Jamieson, président du conseil législatif sous l'acte d'union, et vice-chancelier du Haut-Canada, fut nommé surintendant pour la province avec parfaite entente qu'il ne toucherait, ès-qualité, aucun salaire et n'aurait aucun devoir à remplir, excepté celui de lépondre, en parlement, aux questions qui auraient pu y

èttc faites au gouvernement au sujet de l'éducation, et le Révd. Robert Murray (1) et moi fûmes nommés surintendants du Haut et du Bas-Canada, respectivement, avec entente que nous nous partagerions également la somme de £150, en attendant des actes d'éducation séparés et indépendants l'un de l'autre. Les projets devaient être faits dans l'intérim, et soumis au parlement en sa session alors prochaine, car la loi de 184-1 n'était guère plus populaire dans le Haut que dans le Bas-Canada (2).

C'est en vertu de cette commission d'un surintendant en trois personnes, en date du 11 Mai 1842, que nous fûmes autorisés à prendre le nom de commission d'éducation " Board of éducation." Or, cette commission ne fut convoquée qu'une seule fois, pour convenir de quelques règles générales pour sa gouverne. Il y en avait peu qui étaient convenables aux deux sections de la province.

L'Hon. Jamiesun n'a jamais agi ultérieurement ni pris la moindre part dans le fonctionnement de la loi de 1841 pour le Bas-Canada, et je ne lui ai jamais écrit une seule lettre au sujet de l'éducation.

L'Hon. F. Hincks, inspecteur-général, se chargea de

(1) Ces personnages sont tous troi3 défunts. Sir Charles Bagot, né le 23 Septembre 1781, mourut à Kingston (Canada) le 18 Mai 1843 j Thon. Robert Jamipson mourut en 1855 : et le Rév. Robert Murray, qui avait été nommé professeur de philosophie à l'Université de Toronto en Octobre 1844, mourut en 1853.

(2) Le ministère d'alor? était celui qui avait été nommé par Lord Sydenham, mais, n'ayant pas obtenu l'appui du parlement, il résigna lor3 de la convocation des chambres en l'automne de 1842, et le ministère Lafontaine-Baldwiu, ayant été formé, le parlement fut prorogé et ne s'assembla qu'une année après, en 1843.

faire le projet de la nouvelle loi deducation pour le Haut- Canada, et le fit passer en la session du parlement de 1843, environ un an et demi après notre nomination à la charge de Surintendant.

L'Hon. A. N. Morin, commissaire du bureau de terres, se chargea de faire le projet de la nouvelle loi d'éducation pour le Bas-Canada, et ce projet, comme tout ce qui sort de la plume de M. Morin', était méthodique et clair, et présentait un ensemble extrêmement élaboré, mais très complique, et peut-être beaucoup trop pour le temps d'alors. Ce travail comprenait, à peu d'exceptions près, mes vues et recommandations que je donnais de temps en temps à M. Morin verbalement, suivant sa demande. Mais, malheureusement, ce projet ne devint pas loi. Il était arrivé à sa troisième lecture dans l'Assemblée Législative, lorsque le ministère Lafontaine-Baldwin ayant résigné, le parlement fut prorogé sans avoir terminé toutes les affaires qui lui avaient été soumises.

Cependant, M. Hincks ayant pressé la passation de son projet après la résignation du ministère, dont il faisait partie, ce travail devint loi avant la prorogation du parlement, et le Haut-Canada se trouva ainsi pourvu de suite d'une loi d éducation convenable qui fut, néanmoins, abrogée plus tard, pour faire place à la loi actuelle pour cette partie de la province, tandis que le Bas-Canada resta avec la loi imparfaite de 1841 que je fis fonctionner d'une manière irrégulière et exceptionnelle jusqu'au 29 Mai 1845.

Or, cette loi de 184ô était plus défectueuse encore que la loi de 1841 ;de sorte que nous n'avons eu une loi généralement convenable pour le Bas-Canada, que le 9 Juin

1846, encore a-t-il fallu l'amender plusieurs fois depuis, pour les raisons déjà données plus haut.

La différence de l'époque à laquelle la loi de 184-1 fut abrogée quant au Haut-Canada, donne la différence du résultat de l'opposition qu'elle a rencontrée dans les deux sections de la province simultanément. Mais le résultat du fonctionnement de la loi d'éducation dans le Haut- Canada provient aussi de la coopération simultanée des conseils municipaux et des surintendants locaux.

La loi de 1841 dépendant, en grande partie, pour son fonctionnement local, de la coopération du conseil municipal, et ce conseil ne pouvant, à cause de son impopularité, agir ni pour l'objet de l'éducation ni pour des fins municipales, je conseillai aux commissaires d'école, les seuls auxiliaires qui me restaient aux termes de cette loi, d'assumer tous les pouvoirs et de remplir tous les devoirs dévolus au conseil municipal pour l'objet de l'éducation, de bien remplir, surtout, leurs propres devoirs, et de me faire rapport des écoles tenues sous leur contrôle. Je leur promis, en même temps, de faire mes efforts pour obtenir leurs parts respectives de l'allocation pour les aider à subventionner les maîtres de ces écoles. Les commissaires firent, dans nombre de paroisses, ce que je leur avais conseillé ; je fis de mon côté ce que je leur avais promis, et j'obtins la somme de £20 pour chaque école mentionnée dans les rapports que j'avais reçus, quelquefois même dans de simples lettres de la part d'hommes instruits et amis de l'éducation. La première somme totale que je demandai ainsi et que j'obtins était du £L)290 7s. 6d., et le gouvernement, très satisfait de mon rapport à cet effet, m'accorda en sus et en même temps la somme de

£500 pour me mettre en état d'encourager les gens dont je recevrais des rapports dans la suite pour l'année scolaire 1842-4.3. Total £9790 7s. 6d.

Ce procédé, de la part du gouvernement, était très louable et très encourageant. Aussi, je ne manquai pas de le faire connaitre et de le faire apprécier dans l'occa sion, pour porter les amis de l'éducation à faire de nouveaux efforts pour établir autant de bonnes écoles que possible, et la libéralité du gouvernement et mes exhortations n'eurent pas lieu sans effet. L'année suivante, le nombre d'écoles augmenta beaucoup et la qualité en était généralement bien améliorée.

Tout se faisait ainsi, non suivant les formalités prescrites par la loi d'éducation, mais suivant l'esprit de cette loi dont je faisais ainsi atteindre le but aussi bien et aussi généralement que possible.

Il y avait des gens qui étaient fort scandalisés de ces procédés, et m'accusaient de prêcher et d'encourager l'infraction de la loi, au lieu de la faire exécuter, tandis qu'il y en avait d'autres, et dont le nombre se grossissait tous les jours, moins scrupuleux et plus amis de l'éducation, qui admiraient mon courage et la libéralité du gouvernement, et nous louaient et nous soutenaient simultanément dans l'occasion. C'est ainsi que je pus obtenir du parlement trois fois de suite une loi qui légalise toutes ces irrégularités et déviations des formalités qui étaient prescrites par la loi de 1841 et 1S45, ainsi que les octrois d'argent faits sur mes demandes et la manière dont cet argent a été employé pour l'objet de l'éducation primaire dans le Bas-Canada, pendant moitié de 1842, pendant les années de 1843, 1844, 1845 et moitié de 1846. Voir

à ce sujet la 48e clause de lacté 9 Vict. ch. 27, passé le 9 Juin 1846, actuellement eu force.

Un des défauts de la loi de 1841 était de n'avoir pourvu, ni d'une manière ni d'une autre, aux frais d'établissement et d'entretien d'un bureau d'éducation, ni à ceux d'aides de bureau nécessaires pour le succès de l'œuvre. Je fus, en conséquence, pendant près de deux ans, sans bureau fixe, et pendant plus d'un an et demi, c'est-àdire, depuis le 11 Mai 1842, jusqu'au mois de Février 1844, sans commis ni copiste permanent. Ma fille aînée a souvent rempli, pendant ce temps, le devoir de copiste.

Depuis Février 1844 jusqu'en Juillet 1846, je n'eus qu'un commis régulièrement attaché à mon bureau. Ce ne fut qu'à cette dernière époque qu'il me fut permis d'adjoindre un second commis au premier, en vertu de la 34e clause de la loi du 9 Juin 1846, le premier, à raison de £175, et le second de £60 — seulement de salaire par an. Le premier, ainsi que son successeur, avait le titre de secrétaire, et bien qu'ils eussent fun et l'autre toutes les qualités requises pour en remplir convenablement les devoirs, les circonstances voulurent que leur principale occupation fut de tenir les comptes et les livres, d'analyser les divers documents, de les coter et de les porter à l'index, pour pouvoir y recourir facilement au besoin.

L'autre commis, dont le salaire lut augmente à £175, lorsque celui du secrétaire le fut à .£225, en vertu de la 30e clause de l'acte d'amendement passé le 30 Mai 1849, était littéralement le copiste du bureau de l'éducation. Je n'ai jamais eu plus que ces deux employés

comme auxiliaires permanents au bureau de l'éducation, et, en 1849, un messager que le gouvernement y laissa attaché, lors de son départ de Montréal pour Toronto, par suite des troubles qui eurent lieu à Montréal en cette année-là.

Je fus pareillement près de deux ans sans être pourvu d'une place de bureau fixe et d'un accès facile. Ce ne fut que le premier Mai 1844 que je fus pourvu, pour cette fin, de deux petites pièces au second étage d'une maison sise près de celle du gouvernement, à Montréal, auxquelles on parvenait par un escalier détourné qui donnait sur la petite rue St. Claude. Je changeai par la suite plusieurs fois de place et d'appartement, sans avoir jamais été pourvu à l'instar des autres départements du service public.

Cependant, mon collègue du Haut-Canada fut pourvu immédiatement après l'émanation de la commission d'éducation en Mai 1842, d'un commis avec un salaire de JG 175 par an, et d'un bureau consistant en trois belles pièces au premier étage, et garni de tapis et de meubles convenables. Je ne sais si cette différence marquée était calcul, ou tout simplement un des fruits naturels de l'union des deux Canada ; mais l'effet m'était également incommode, et était encore plus injurieux à la partie de la province unie que je représentais dans le département de l'instruction publique. Je me permis de réclamer plusieurs fois contre cette injustice ; mais en vain. La réponse était que la loi n'ayant pas pourvu à cette dépense, le gouvernement ne pouvait s'en charger pour deux bureaux. Il me fallut attendre la loi de 1845 pour être pourvu régulièrement de ces cho-

sea nécessaires pour la facilité et la dignité du service.

En vertu de la loi de 1846, le gardien des bâtisses me procura, en 1849, un bureau compose de trois pièces, et garni d'un ameublement dont le prix montait à soixante et quelques louis, et, lorsque cette somme parut dans les comptes, des membres du comité des comptes publics la trouvèrent très élevée ! Les choses ont bien changé depuis cette époque d'économie extrême.

Cepeudaut, une commission spéciale qui avait été nommée, pour examiner le bureau d'enregistrement du comté de Montréal, ayant eu besoin d'un de mes appartements, je fus obligé de le lui céder. De sorte qu'après tout, cet ameublement n'eut pas lieu pour le bureau d'éducation seul.

Ces explications m'ont paru utiles, non pour accuser qui que ce soit, non pour servir aucun ressentiment, mais seulement pour donner une idée des difficultés que j'ai eu à surmonter, et des misères que j'ai eu à souffrir, vu surtout que, à parties secrétaires-trésoriers, les commissaires d'école, pendant les dix premières années de mon administration, étaient les seuls sur l'aide desquels j'avais droit de compter au-dehors, pour faire fonctionner la loi, et qu'ils étaient généralement très peu capables d'être utiles pour cette fin, faute d'instruction et d'expérience.

Ces faits seuls étaient cause d'un grand accroissement de travail au bureau, et d'entrevues continuelles avec les intéressés qui y venaient en grand nombre de toutes les parties du pays, surtout en été, pour m'exposer les difficultés et les embarras qu'ils éprouvaient eux-mêmes, pour avoir les explications, les instructions, et j'ose dire les consolations dont ils avaient besoin, pour diriger et

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