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utiliser leurs efforts et relever un peu leur courage, souvent très abattu.
La loi de 1341 fut remplacée par la loi passée le 29 Mars 1845, laquelle comprenait le système de contribution volontaire associé aux principes généraux qui caractérisaient la lui de 1841 ; seulement, ils étaient libérés de la coopération absolue du conseil municipal, et confiés, pour leur opération, aux commissaires d'école et au surintendant de l'éducation.
Le système volontaire fut introduit contre mon gré, dans la loi de 184f), et, cependant, avec beaucoup de déférence pour mon opinion, au point qu'on me promit de le faire disparaître, l'année suivante, si l'essai qu'on voulait en fuire et le résultat que j'anticipais de son opération justifiaient mon opinion.
Malheureusement pour l'éducation, je devrais dire pour les enfants du pays, le résultat du système volontaire fut en efiet tel que je l'avais prédit, et les écoles, au lieu d'augmenter en nombre et en qualité, tombèrent en partie, faute de subvention certaine et convenable. Le système volontaire étant toujours très incertain quant au montant requis et à la date de son entrée en caisse, la conséquence fut désastreuse pour les écoles, et plusieurs, après bien des souffrar.ces, furent suspendues faute de moyen. Des instituteurs en besoin extrême poursuivirent, en plusieurs endroits, les commissaires d'école pour le montant de leur salaire dû, ou pour la balance, et les commissaires d'école, n'ayant pas, par la loi de 1845, ie pouvoir de poursuivre les contribuables, se virent contraints ou de payer ce salaire ou cette balance avec leur propre argent, ou de laisser saisir et vendre, pour ne pas y être obligés,
les maisons d'école qui étaient sons leur contrôle. Ce fait déplorable sVst renouvelé, même sous la loi subséquente, passée le 9 Juin 1846, dans certaines municipalités scolaires où on avait continué le système volontaire, bien qu'il ne fût plus autorisé par cette dern.ère loi.
Ces faits ayant été connus et pris en considération, le parlement se hâta d'abroger la loi de I84f> pour la remplacer par la loi passée le 9 Juin 1S46, qui rétablit le système de contribution coërcitifet obligatoire. C'est la loi actuelle, amendée de manière à rétablir le système volontaire, pour être mis en pratique par voie d'exception, là où les préjugés des habitants contre la taxe étaient invincibles; mais cette fois, avec des restrictions et des conditions qui en empêchent l'abus et rendent la contribution nonobstant obligatoire, en vertu de la 4e clause de l'acte d'amendement passé le 30 Mai 1849. C'est-à-dire, que cette dernière loi n'accorde aux contribuables qu'un certain temps pour former, par contribution voloutaire, la somme voulue par la loi, après quoi, si la somme n'est pas formée de cette muuière, la coercition est exercée contre les contribuables.
Toutes ces dispositions, dans nos lois d'éducation, montrent combien le parlement et le gouvernement étaient désireux de mettre en pratique des moyens propres à répandre l'instruction, sans heurter les préjugés du peuple dont la contribution a toujours été regardée comme nécessaire pour cet objet, et je puis dire que c'était bien là ma propre opinion et recommandation ; p >urvu toujours qu'on prît le moyen de s'a3surer de cette contribution à un degré et en un temps convenables.
Cependant, il est peu de municipalités scolaires, au
jourd'hui, où îe système volontaire soit en pratique. L'expérience a appris aux contribuables que le système coërcitif et régulier, exigeant péremptoirement des contributions déterminées par la loi, suivant leurs moyens respectifs, est à la fois le plus juste, le plus facile, leplus économique et le plus certain dans son opération et dans ses effets que le système volontaire. Sous son contrôle bien réglé, tout se passe d'une manière plus paisible, plus uniforme et plus satisfaisante. Mais il était bien difficile de faire comprendre cela aux hommes préjugés, et encore plus aux hommes intéressés à tout opposer. Cependant, il fallait les réunir, sinon les convaincre, et les obliger tous à contribuer au bon fonctionnement de la loi, chacun suivant ses moyens.
C'était en partie pour obtempérer un peu à la demande d'un parti, et en même temps pour s'assurer toujours du bon fonctionnement du système le plus convenable que des amendements à la loi étaient sans cesse proposés, et étaient souvent trop tôt adoptés. C'est ainsi que des systèmes d'éducation se succédaient et étaient tour à tour amendés et modifiés de manière à en faire des lois temporaires et contradictoires.
En Juillet 1847, M. le Procureur-Général pour le Bas- Canada soumit à la considération de la législature un projet dé loi pour amender l'acte d'éducation passé en 1846. A bien peu de choses près, ce projet consacrait, dans 19 clauses, tous les principes fondamentaux de cette loi, et proposait d'y ajouter quelques dispositions importantes qu'on y avait déîibéremment omises en 1^46, fplle entre autres, la qualification littéraire des Çommis^oiies d'école, pourtant si utile, si nécessaire au
bon fonctionnement d'une loi d'éducation. Cette qualification eût été exigible à l'avenir, mais ce projet n'étant pas devenu loi, l'acte d'éducation ne fut amendé qu'en 1849, toutefois sans contenir cette qualification dont l'exemption, qui est un contre-bon-sens, a permis à des gens illettrés de faire choix d'hommes comme eux pour diriger, sur les lieux, l'instruction primaire et les écoles tenues sous le contrôle de la loi.
Plusieurs des dispositions contenues dans le projet de 184/7, sont comprises dans la loi d'amendements passée le 30 Mai 1849, moins la qualification littéraire exigible des commissaires d'école.
Quoiqu'il en soit, la loi de 1846, surtout avant d'avoir été amendée par la loi de 1849, est celle qui a le plus excité le parti de l'opposition, qui en a le plus animé l'esprit, et a porté plus les gens qui la composaient à se mettre à l'œuvre pour en empêcher le fonctionnement et le bon effet.
A la vue de la libéralité des dispositions de cette loi et du succès que son fonctionnement devait tôt ou tard obtenir, lorsqu'elle serait comprise et appréciée, le parti de l'opposition, agissant de désespoir, a renouvelé ses efforts et multiplié ses menées qui n'ont eu, malheureusement que trop de conséquences pénibles et humiliantes. En effet, le mal que ce parti a fait est incalculable et irréparable ; car il n'y a pas que peine et temps perdus pour une grande partie de la jeunesse qui, par le fait, a été privée du degré d'instruction dont elle avait besoin ; il n'y a pas que peine et temps perdus pour l'avancement moral et matériel du peuple ; il y a encore tout ce qu'a souffert la morale publique et la réputation
du pays. L'opposition qu'où a faîte à la loi d'éducation a été non-seulement cause de désordres, de difficultés, de scandales bien regrettables, mais encore elle adonné occasion à des assertions aussi injustes qu'injurieuses à la réputation du pays.
Des gens mal informés ou mal disposés ont dit et publié, nombre de fois, que le clergé catholique et le peuple canadien-français sont également opposés à l'éducation. Ce sont là des assertions qui ont été souvent faites et réitérées, toutes fausses et calomnieuses qu'elles soient ! Et qui en est la cause, si ce n'est le parti qui, pour des raisons à lui seules connues, a tant opposé la loi d'éducation, en a tant entravé le fonctionnement.
Cependant, le clergé et le peuple veulent également et sincèrement de l'éducation. Preuve, tous les ordres religieux enseignants qui ont été établis dans le pays pour aider à la répandre ; preuve, tous les établissements d'éducation qui ont été faits, et toutes les maisons d'école qui ont été érigées pour cette fin par tout le pays, depuis 1843 jusqu'à ce jour ; preuve, le nombie d'écoles primaires eu opération qui couvrent toute la surface du pays, et le nombre d'enfants qui les fréquentent annuellement ; preuve encore, le nombre de nos collèges classiques et industriels qui, pour la plupart, doivent leur existence et leur opération à l'initiative du clergé et leur alimentation aux nfantsdu peuple ; preuve encore, "les pensions fondées ou payées annuellement par le clergé, dans nos collèges et aux universités, pour aider à donner la haute éducation à ceux de nos jeunes gens dont les talents, l'application et les bonnes dispositions connues font naître l'espoir de leur utilité et de leur cjb-
cour» à promouvoir, daus la suite, le bien de la religion et de la patrie ; preuve encore, le montant des contributions locales qui s'est toujours élevé à une somme bien plus considérable que celle qui a été faite chaque année par la législature pour l'objet de l'éducation, comme on peut s'en convaincre par les rapports qui ont été faits sur l'éducation depuis 1642 jusqu'à ce jour.
Il est de plus à remarquer que tous nos collèges industriels et deux autres encore, ont pris naissance sous les auspices de la loi d'éducation actuelle ; qu'ils sont fréquentés chacun par un grand nombre d'élèves, et que nos anciens collèges ont vu leur nombre d'élèves se doubler ou à peu près, depuis le fonctionnement de la loi d'éducation, et depuis l'établissement de nos collèges industriels. Or, tous ces faits, si honorables et si satisfaisants, prouvent que, non-seulement le clergé et le peuple désirent l'éducation, mais que, malgré l'opposition offerte à la loi et toutes les difficultés qu'elle a suscitées à son fonctionnement, l'éducation a pris sous les auspices delà loi, un essor qui met le pays en état de se comparer avantageusement sous ce rapport avec aucun autre pays du monde civilibé.
D'ailleurs, il doit paraître clair et évident que si le clergé et le peuple étaient opposés à l'éducation, réunis, leurs moyens et leur influence auraient été une barrière infranchissable, un obstacle invincible à tous les efforts, à tous les sacrifices qu'on aurait pu faire pour la répandre.
Le clergé et le peuple canadien aiment donc l'éducation ; mais le clergé ne veut pas d'une éducation toute profane, vulgaire et impie ; le peuple ne veut pas d'une
éducation trop dispendieuse ni trop superflue, ni d'une éducation trop superficielle et insuffisante ; il ne veut pas être forcé de payer pour cet objet plus que ses moyens ne lui permettent, et il veut recevoir, sous forme d'instruction donnée à ses enfants, une valeur équivalente au montant de l'argent par lui payé pour cette fin ; il veut que cette instruction soit solide et utile, et, à un degré suffisant pour pouvoir répondre aux besoins variés, mais légitimes de son état ; et moi, connaissant les dispositions et les intentions favorables du clergé, connaissant les besoins réels et évidents du peuple, et son désir à cet égard, je ne voulais pas, pour la masse des enfants du peuple, d'une éducation savante et classique, d'une haute éducation enfin, parce que cette espèce d'éducation serait superflue et inutile pour elle, et que la société pourrait plutôt en souffrir qu'en profiter sous le rapport moral et matériel. Cette espèce d'éducation étant de luxe, et généralement du ressort des parents aisés, ne doit être donnée qu'à leurs enfants, à ceux de l'élite de la société, et autant que possible, à tous autres ayant une aptitude spéciale, afin de former les uns et les autres pour les professions libérales et savantes, pour les charges publiques et pour les hautes positions de la société.
Tout ce que le clergé veut donc, c'est cette espèce d'éducation qu'il considère comme étant la seule convenable à nos véritables besoins, à notre intérêt bien entendu sous le rapport moral, religieux et matériel 5 c'est cette éducation chrétienne et solide qui n'a •aucune tendance dangereuse soit pour la foi, soit pour les mœurs ; tout ce que veut le peuple, c'est une éducation de facile acqui-
sition et d'utilité pratique, qui soit pour ses enfants un moyen sûr de succès et de prospérité dans la vie active ; tout ce que le clergé et le peuple réunis veulent donc, c'est cette éducation chrétienne et éminemment sociale qui forme les enfants de manière à les rendre capables de remplir utilement les devoirs qui leur seront dévolus dans les différentes conditions de la société, propres à en faire des sujets industrieux et prospères dans les affaires, et à en faire surtout de bons chrétiens et de bons citoyens, consciencieux, honnêtes et pacifiques ; tout ce que le clergé et le peuple réunis veulent donc, ce sont les moyens surs, économiques et prompts de répandre cette espèce d'éducation généralement dans le pays, et c'est celle aussi que je me suis efforcé de répandre, suivant les moyens disponibles mis à ma disposition par le gouvernement pour cette fin, et suivant les besoins connus.
Je me suis consciencieusement acquitté de ce devoir en vue des besoins connus et sentis par toutes les classes de la société. Je n'ai pas hésité à dire, comme mon opinion fondée sur l'histoire et l'observation des faits, que, pour la généralité des enfants du peuple, toute autre espèce d'éducation tendant à déplacer les sujets, à dérouter les agents de la société et à tout confondre, en les changeant trop facilement de sphères, serait plus à craindre dans la pratique et dans ses effets, si elle devenait générale, que désirable.
Cependant, des enfants de Baptiste et de Joseph te, ceux de la dernière classe, bien entendu, comme il y en a dans tous les pays, ne voulant déjà plus servir, et la société souffrant d'être privée de leur bon service, l'on a dit : u C'est la faute du Dr. Meilleur, avec sa loi d'éducation " et l'éducation généralement répandue !''
En effet, 1-iustruction, et les sentiments quelquefois désordonnés quelle fait naître, ajoutés à l'esprit d'indépendance qui caractérise les Canadiens, les portent à se refuser au service pénible et servile. Que serait-ce donc s'ils avaient tous ou généralement reçu une haute éducation ?
Le goût de l'indépendance est sans doute naturel à l'homme, parce qu'elle est la plénitude de l'être, et l'indépendance relative, en accord avec la dignité de l'homme vivant en société et les devoirs de son état, est bien permise, parce qu'elle tend à balancer, dans un juste équilibre, les pouvoirs et les privilèges, à mettre un frein à l'abus, et à faire consister l'usage de la liberté individuelle dans l'accomplissement fidèle des devoirs et des obligations réciproques ; mais l'indépendance absolue, à laquelle un peuple de philosophes besogneux aspirerait, ne pouvant mener ni à la vertu ni au bien, ne serait ni utile ni tolérable.
En poussant trop loin l'éducation, toutefois à un degré indéfini, on détruirait donc infailliblement un élément de cette dépendance réciproque et de cette prévenance mutuelle dont le concours est nécessaire au bonheur domestique et au bien-être général. Les rangs et les conditions coordonnées de la société sont aussi divers et multipliés que ses besoins, et si une classe considérable de personnes refusait d'occuper sa place naturelle et d'en remplir les devoirs, il s'en suivrait qu'il n'y aurait plus d'harmonie ni d'état distinct possible dans la société : le vide qui, en ce cas, aurait lieu quelque part, se ferait sentir plus ou moins au sein du foyer domestique, et contribuerait à donner un malaise qui. se répandant de fa-
mille en famille, causerait infailliblement une souffrance générale très préjudiciable à la prospérité et au bonheur de la société toute entière. L'éducation doit donc être graduée suivant les besoins particuliers et relatifs, et proportionnée à la nature des circonstances, et aux exigences de la positiun.
J'ai déterminé, par les dispositions contenues dans la 50e clause de l'acte 0 Vie, cb. 27, les moindres branches d'instruction qui doivent constituer notre svstèine général d'instruction publique, et je suis convaincu que, bien dirigée, l'intelligence pratique de ces branches d'instruction sera très généralement suffisante pour répondre convenablement à tous les besoins delà vie laborieuse. C'est cette espèce d'éducation qui convient et qui est la seule nécessaire à la masse des enfants du peuple, et que nout devons nous efforcer de répandre, complète et solide aussitôt que possible ; après quoi nous devons nous hâter de les renvoyer à leur parents, afin qu'ils prenuent, sans délai ni hésitation, la part qu'ils sont appelés à prendre, respectivement, dans les différents genres d'occupation* de la vie laborieuse ( 1 ) .
A cet effet, j'ai non-seulement mis en pratique tous les moyens mis à ma disposition par la loi, mais encore j'ai sigualé, au fur et à mesure, tous ceux dontl'obssrvation et l'expérience semblaient iudiquer l'emploi, afin de mieux atteindre le but de la loi. C'est ainsi que, lors de mon entrée en charge, et lors de la promulgation de chacune des lois principales, telles que celles de 1S41, de 1845 et de 1846, et encore des lois d'amendements,
(1) Voir à ce sujet ma recommandation du livre d'école intitulé • Guide de VInttituUur.
telles que celles de 1849 et 1851, j'ai adressé une circulaire aux commissaires d'école touchant chacune d'elles, leur expliquant le but qu'elle avait en vue, les moyens qu'elle donnait et la coopération qu'elle exigeait pour l'atteindre.
Je n'ai pas manqué d'attirer toujours l'attention particulière des parents et des commissaires d'école sur l'importance de se procurer les services d'instituteurs qualifiés sous tout les rapports, et sur celle de les rémunérer convenablement, parGe que, sans une rémunération convenable, point d'instituteurs capables et dévoués, comme ils doivent l'être ; et sans les services et le dévouement de semblables instituteurs, point ou peu de succès dans l'enseignement primaire.
Dès mon rapport du mois de Décembre 1842, j'ai signalé assez au long tous les défauts de la loi de 1841 ; j'ai indiqué ceux de ses principes que nous devions conserver, et les dispositions nouvelles et différentes que nous devions y ajouter, pour en rendre l'opération facile et utile, et, dans mon rapport du 15 Avril 1846, page 17 et 18, j'ai spécialement proposé de publier un journal d'éducation, et demandé les moyens d'établir, dans chaque comté, une maison d'éducation supérieure dite académie, et une école normale divisée en deux branches distinctes et séparées, dont l'une pour les protestants et l'autre pour les catholiques, et placées chacune centralement. Dans ce rapport, on voit aussi combien j'insiste sur l'importance de mettre de la méthode et de l'uniformité dans l'enseignement, et partant dans l'nsage des livres d'école.
Dans ces rapports et dans mes rapporta précédents, et
dans plusieurs do mes rapports suivants, j'ai renouvelé ces demandes, et la demande que les instituteurs des écoles-modèles fussent autorisés et encouragés à former de leurs élèves des maîtres pour l'enseignement, de manière à pouvoir subir un examen satisfaisant devant l'un des bureaux d'examinateurs. Voir à ces sujets, et spécialement, mon rapport du 11 Mars 184-8, depuis page 89 à page 96.
C'est surtout dans ce même rapport et dans les précédents que j'ai recommandé de fixer le taux mensuel pour les enfants de 7 à 14 ans, au lieu de 6 à 16 ans, comme il était dans la loi, ce qui, ajouté à la contribution suivant la valeur des propriétés imposables, rendait le montant total des deux contributions locales trop onéreux pour la plupart des contribuables, et les portait à se plaindre de la loi.
J'ai donné, dans ce même rapport du 11 Mars 1848, une ample explication des principes de la loi de 1846 en opposition aux attaques incessantes que, de tout cote, les malveillants, les opposants, et surtout les charlatans politiques dirigeaient contre elle, à l'envie les uns des au très. On voit aussi, dans ce rapport, une réfutation de plusieurs systèmes d'éducation proposés par les spéculateurs en ce genre, et un appel fait aux visiteurs pour les porter àm'aider à soutenir la lutte engagée, dans laquelle je ne me sentais pas assez soutenu, et ce, d'autant moins que les chefs agitateurs semblaient circonvenir à la fois le peuple et le gouvernement. Je m'abstiens de les désigner plus spécialement ici, par considération pour les hommes respectables et bien intentionnés dont ils avaient abusé de la bonne foi et presque fait des complices, dans
une agitation aussi déloyale et préjudiciable à ^éducation que coupable et scandaleuse
Mes rapports du 11 Mars 1848 et ceux du 25 Mars 1851 sont ceux auxquels on peut référer spécialement comme preuve de l'attention constante et de l'empressement avec lesquels j'ai recommandé les amendements et ajoutés qu'on devait faire à la loi de 1846, et l'on peut voir par les lois de 1849 et 1851, que ces rapports ont été suivis chacun d'une loi d'amendements, comme aussi que les choses que, dans l'intérêt de l'éducation, j'ai demandées avec tant de sollicitude et d'instance, ne m'ont été accordées que petit à petit, pièce à pièce, et comme pour se débarrasser de mes importunités, et apparemment pour ne pas trop déplaire au parti de l'opposition qui avait dans le parlement des hommes intéressés à l'y représenter à cet égard, et l'on sait que quelques-uns l'ont fait assez ostensiblement, surtout en 1848, 1850 et 1854.
Désespérant, souvent, d'obtenir tout ce que je demandais, j'insistais davantage sur l'octroi des parties principales, et,craignant que le phiîosophisme qu'on voulait introduire dans les écoles n'y fit un jour son entrée et ses ravages, je recommandais instamment aussi la pratique de l'enseignement moral et religieux dans nos écoles primaires, et je voulais pourvoir à ce que nos instituteurs fussent formés pour cette tâche, à des institutions convenable», suivant les besoins connus et sentis et les exigences relatives, en leur donnant des bureaux d'examinateurs, et des écoles-normales séparées. Car, ce n'est pas assez d'avoir la liberté d'enseignement, et le droit d'en faire usage suivant les préceptes de l'Eglise et la dictée de la
conscience ; il faut encore que les instituteurs qui sont destinés à remplacer, dans les écoles, les parents et l'Eglise, soient formés de manière à ne rien laisser à désirer, encore moins à craindre à l'égard de la foi, autrement les enfants ne devraient pas leur être confiés.
Or, dans un pays comme le nôtre, où les habitants sont hétérogènes, où il existe plusieurs croyances religieuses distinctes et séparées, craque Eglise peut tenir le même langage relativement à l'éducation de ses enfants ; et dans ce cas, l'Etat doit respecter sa réclamation, — c'est-à-dire, qu'il doit lui laisser la liberté d'enseignement et les moyens d'en faire usage sans distraction ni restriction aucune.
C'est ainsi que j'ai fait la ôÔe clause de la loi de 1846, et qu'au 10e défaut de cette loi, signalé dans mon rapport de 184-6, j'ai demandé qu'une école normale fût établie en deux branches séparées, dont l'une pour les protestants et l'autre pour les catholiques. La chose fut accordée d'une manière tacite, au moins, par la loi de 1851, dites des inspecteurs, parce qu'ils ont été nommés , en vertu de cette loi ; mais on s'opposa, nonobstant, à l'établissement d'écoles-normales séparées, au moins établies suivant les principes que je proposais pour leur gouverne.
Il est cependant à remarquer que, malgré l'opposition que l'on fit alors à l'établissement d'écoles-normales séparées, elles existent aujourd'hui et opèrent séparément. Ce fait est un triomphe obtenu sur l'objection faite à cette pratique ; c'est le triomphe éclatant d'un principe sur la théorie, d'un droit sur l'empiétement.
En effet, la liberté de, conscience comprend néoemi-
rement la liberté de l'enseignement moral et religieux sans gêne ni entrave aucune, et, à moins d'avoir des écoles-normales séparées pour y former les instituteurs, les parents de croyances religieuses différentes et opposées ne pourraient exercer ce droit indéniable, sans être généralement exposés à des inconvénients bien graves et bien préjudiciables à la morale individuelle et publique. En effet, comment peut-on, sans morale ni religion, faire le bien et éviter le mal, et comment peut-on espérer de pouvoir pratiquer l'un et éviter l'autre, sans avoir eu les principes salutaires de l'Evangile inculqués avec soin dans l'esprit, dès le bas âge ?
Mais ce n'est pas avec le peuple que j'ai eu à combattre à ce sujet, et il va sans dire que ce n'est pas non plus avec le clergé, puisque son devoir, qu'il n'a jamais méconnu ni négligé de remplir, est d'invoquer la liberté d'enseignement et d'en exercer le droit, dans toute sa plénitude, en faveur de ses ouailles.
C'est ainsi que, dans le Haut-Canada, le clergé ayant reclamé l'exercice de ce droit, et le surintendant de l'éducation s'y étant opposé, il en est résulté des difficultés qui vont toujours en croissant, et qui menacent de troubler davantage l'ordre et la paix publique. Notre loi d'éducation autorisant l'établissement et le maintien d'écoles dissidentes ou séparées, est infiniment préférable, sous ce rapport, à la loi d'éducation du Haut-Canada qui n'a reconnu que tard, et d'une manière imparfaite, ce droit juste, et dont la jouissance est nécessaire pour le maintien de l'ordre public et de la tranquillité de conscience.
L'opposition que la loi d'éducation a rencontrée
n'est pas venue du clergé ni du peuple proprement dit, puisque l'un et l'autre veulent l'éducation de la jeunesse, et que l'un et l'autre ont, par la loi, le droit de lui en procurer le bienfait, en toute liberté de conscience, sous le rapport moral et religieux, suivant le besoin spécial qu'elle en a, en accord avec sa foi, son âge, son aptitude et son degré d'avancement. Cette opposition est venue d'autre part, et la partie du peuple qui y a contribué n'a généralement été que l'instrument aveugle d'hommes ambitieux et intéressés à empêcher le fonctionnement de la loi.
Mais la plus grande preuve du bon vouloir et de la coopération active et zélée du clergé et du peuple pour répandre l'éducation, sont les sommes énormes qu'en nombre de paroisses les curés et les habitants ont formées simultanément pour l'établissement, au milieu d'eux, d'écoles modèles, de couvents enseignants, de maisons d'éducation dites académies, et de collèges industriels, ainsi que de bibliothèques publiques. Tout cela est fait sous les auspices de la loi des écoles primaires qui, par l'influence et les sacrifices des amis de l'éducation sur les lieux, a donné par tout le pays le goût de l'éducation et l'impulsion pour faire ces établissements auxquels, sur ma demande et par mon entremise, le gouvernement a contribué libéralement. Je me suis toujours fait un devoir d'encourager les amis de l'éducation à faire ces grands établissements, parce que je les considère comme étant les plus propres à donner à la jeunesse le complément de l'espèce d'éducation dont elle a le plus de besoin.
D'après le plan que j'avais proposé à cet effet, on ré-
unissait l'influence et les moyens du clergé, des f ibriques, du gouvernement et des autres amis de l'éducation, et des maisous d'éducation supérieure s'élevaient comme par enchantement, surtout dans ies campagnes. Elles étaient ainsi prornptement érigées et offertes à la jeunesse, avide de les utiliser pour s'instruire.
Ce plan que, d'un côté, on n'a pas compris d'abord, mais qu'on a honorablement exécuté plus tard, et dont, d'un autre côté, on a blâmé et voulu empêeher l'exécuticn, consistait en un octroi fait invariablement aux commissaires d'école de paroisse, pour aider à la construction ou réparation de maisons d'éducation supérieure sur des terrains appartenant généralement aux fabriques, mais dans tous les cas, transportés par elles ou par tout autre propriétaire, aux commissaires d"école par un acte notarié, pour l'objet de l'éducation sous leur contrôle et sous celui de leurs légitimes successeurs en office à perpétuité, conformément à la 25e clause de l'acte 9 Vie, en. 27, ou de toute autre loi le remplaçant pour en atteindre le même but, avec le droit réservé à la fabrique d'user du réméré, lorsqu'elle le jugera à propos, aux tins de reprendre le terrain ainsi transporté, avec les maisons et autres bâtisses dessus construites, à la condition de remettre aux dits commissaires d"école tout le montant de l'octroi fait pour construction ou réparation d'icelles, et aussi tout le montant des contributions faites en vertu du dit acte pour le même objet. Voir mon rapport du 16 Juin 1*51, sur ce sujet.
D'après ce plan, parfaitement légal et d'une exécution facile, la possession de tout ce qui provient des ressources de la toi d'éducation est assurée aux commis-
saires d'école, les organes de la loi d'éducation sur les lieux, et tout ce qui provient des fabriques et des autres amis de l'éducation qui leur font des dons pour la répandre, comme Pont fait si généreusement les curés, reste acquis aux fabriques, qui peuvent le réclamer, si elles le jugent à propos, pour en faire usage séparément pour le même objet. En vertu de ce plan, que de savants jurisconsultes ont dit être ingénieux et heureusement conçu, les parties contractantes ont chacune ses droits réservés et garantis, et leur part de contribution utilisée dans ces établissements éminemment avantageux à la jeunesse.
Or, il est noto're que les fabriques qui sont composées chacune de l'évoque diocésain, du cure et des contribuables représentés par les marguilliers, élus par eux pour cette fin, et qui constituent ainsi un corps civil et politique pour la régie des biens ten.porels de l'église, ne peuvent transport- r sous forme de prêt ou d'aliénation absolue les propriétés dunt elles sont dépositaires, sans la coopération et l'autorisation formelle de lévêque diocésain et du curé de la paroisse. Donc, dans les établ ssements faits en vertu de ce plan, le clprgé et le peuple ont bien montré qu'ils sont amis de l'éducation, et disposés à utiliser to:is les moyens légitimes mis à leur disposition pour la répandre. Donc, ils ont bien mérité à cet égard.
D'ailleurs, dans l'exécution de ce plan, tout porte à l'accord et à l'harmonie entre les parties intéressées dans la pratique des moyens propres à répandre l'instruction dans le }>ays, et, quels quaient été les efforts qu'on a faits pour empêcher la réalisation de l'objet que j'avais
en vue en le proposant, il n'y a eu, de mon temps, qu'une seule paroisse dont la fabrique a fait usage du réméré, et encore ne l'a-t-elle fait qu'à regret, et à l'égard d'un seul des deux établissements d'éducation supérieure qui y ont été faits, pendant les deux dernières années de mon administration.
D'après ce plan, j'ai eu le plaisir de contribuer, des fonds du gouvernement, à plus de 130 maisons d'éducation supérieure, en y comprenant les écoles-modèles, la plus grande partie dans les paroisses catholiques, et dont plusieurs font honneur à leurs habitants et au pays.
Dans nombre de paroisses, ces établissements sont doubles, c'est-à-dire, qu'il en est un pour les garçons et l'autre pour les filles, tels qu'à St. Thomas, à St. Louis de Kamouraska, à Yamachiche, à St. Grégoire, à Sorel, à S(. Jean Dorchester, à Beauharnais, à Longueuil, à St. Laurent, etc., etc.
Messire St. Germain, le vénérable curé de cette dernière paroisse, voisine de Montréal, donna le premier l'exemple de l'exécution de ce plan, après, toutefois, avoir pris un avis légal et avoir obtenu l'approbation de son évêqueàcet effet. Il consacra, pour l'exécution de ce plan, une somme considérable à lui appartenant, et l'on voit aujourd'hui, chaque côté de son antique presbytère, une maison d'éducation qui a coûté plusieurs mille louis. Celle destinée à l'usage des garçons a coûté plus de £5,000, en y comprenant le beau lopin de terre sur lequel elle est sise.
J'ai porté les commissaires d'école et la corporation de l'institution royale à se prévaloir aussi des dispositions de la 21e clause de la loi du 9 Juin 1846, pour utiliser les
maisons d'école appartenant à cette institution, dont quelques-unes n'étaient pas occupées pour l'objet de l'éducation, et dont quelques autres étaient même entièrement abandonnées et tombées en ruine. J'avais eu le soin d'obtenir l'autorisation de l'institution royale avant la passation en loi de cette clause pour cette fin. De cette manière, toutes ces maisons d'école sont devenues la propriété des commissaires d'école dans les municipalités scolaires ou il y en avait, et de plus, en vertu d'un acte notarié à cet effet, et on a fait ainsi des établissements très utiles et prospères.
Il est juste d'observer ici que, outre les maisons d'éducation sises dans les villes, il existe encore dans plusieurs paroisses, des établissements d'éducation doubles de cette espèce qui ont été faits pendant mou administration, mais qui ne Tout pas été en vertu de mon plan, tels que ceux de la Pointe-Lévi, de Ste. Marie de Monnoir, de St. Vincent de Paul, de St. Pau! de Lavaltrie, de l'Industrie, de St. Timothé et de Berthier. Celui-ci fait avant le fonctionnement de la loi d'éducation, à ma demande, a été mis sous le contrôle des commissaires d'école, en vertu d'un acte notarié consenti à cet effet par le Dr. Barbier qui en était en possession.
Il est d'autres paroisses où de semblables établissements sont doubles, mais dont un seul a été fait pendant mon administration, tels que Terrebonne, Ste. Thérèse, l'Assomption, Ste. Marie de la Eeauce, La Pointe aux Trembles, La Pointe Claire, St. Hyacinthe, Chambly, Sherbrooke, St. Eustache, St. Martin,vSt. Henry de Mascouche, etc., etc., etc.
Il est encore d'autres paroiss es où de semblables éta-
blissements, faits pendant mon odministration, ne sont pas doubles, tels que le Coteau St. Louis près de Montréal, la Baie St. Paul, Ste. Croix, Ste. Anne de la Pérade, St. Lin, St. Michel, St. Jacques de l'Achigan, St, Benoit, St. André, Ste. Scholastique, Ste. Elizabeth, St. Grégoire, St. Aimé, St. Hugues, Vaudreuil, Rigaud, Châteauguay, Huntingdon, Lennoxville, Richemond.
Ces maisons d'éducation supérieure ont été toutes plus ou moins dotées autrement par le gouvernement, et plusieurs d'entr'elles Pont été d'une manière très libérale.
Il est d'autres maisons d'éducation supérieure qui n'ont été dotées ni d'une manière ni d'une autre, telles que l'académie de St. André, Je couvent de St. Hugues fondé par Messire L. M. Archambault, curé de la paroisse, les deux établissements de St. Timothé, fondé par Messire J. Archambault, curé de la paroisse, celui des Dames du Sacré-Cœur au Sault-au-Récollet, celui des Sœurs de Providence à St. Vincent de Paul, etc., qui sont dûs aux contributions réunies du clergé et du peuple qui contribuent, l'un et l'autre, à les entretenir dans un état d'activité et de prospérité qui fait l'admiration des étrangers.
Cependant, le peuple n'a pas contribué à la bâtisse de tous ces établissements. Celui de St. André a été érigé entièrement aux frais de Messire F. Bonin, (1) celui de St. Vincent aux frais de Messire Mercier et par les dons généreux de Demoiselle Marie Quevillon, et celui du Sault principalement aux frais des Dames du Sacré-Cœur et de Messire J. J. Vinet, curé de la paroisse.
(1) Ancien curé de Ste. Scholastique où il tient une e3pèce de coL lége dont 11 enseigne lui-même tous les élèves.
Le nombre des paroisses de campagne où les établissements d'éducation supérieure sont doubles, sont au nombre de 28, et celles dont les fabriques ont cédé des terrains, soit d'une manière absolue ou à titre de réméré, sont au nombre de 32.
Le montant que j'ai payé des fonds du gouvernement pour aider à la construction de maisons d'éducation élé= mentaire et supérieure est de £52921, et ces établissements sont estimés à £13194-9. D'où il suit que les contribuables ont fourni pour leur part, la somme de £79028 de plus que le gouvernement pour l'érection de ces bâtisses, et ce, indépendamment de l'ameublement de ces établissements d'éducation qui est souvent d'une valeur considérable dans ceux destinés à l'éducation supérieure.
Je n'ai pas fait allusion, dans l'énumération ci-haut, aux établissements qui existaient avant 184-1, pour les garçons, telles que les maisons d'éducation dites académies, ni à nos neuf collèges classiques, tels que celui de Québec, de Ste. Anne, de Nicolet, de St. Hyacinthe, de Chambly, de Ste. Thérèse, de l'Assomption, de Montréal et le Collège McGill à Montréal, qui étaient en pleine opération avant la loi d'éducation primaire.
Je n'ai pas fait, non plus, allusion aux couvents de filles enseignants qui existaient déjà dans les villes de Québec, de Trois-Eivières et de Montréal ; ni aMX établissements importants dans ces trois villes, des frères des écoles chrétiennes.
Je n'ai pas fait allusion, non plus, aux autres maisons d'éducation qui étaient établies dan3 ces villes et celle
de Sherbrooke avant 1841, et depuis, dans ces mêmes villes, telles que, entre plusieurs autres moins importantes, l'université Laval à Québec, le collège Ste. Marie et le High-School à Montréal, et l'établissement d'éducation catholique à Sherbrooke.
Je n'ai pas fait allusion, non plus, aux couvents de filles enseignants qui étaient en opération dans les campagnes avant 18*1, tels que celui de St. François, de Ste. Famille, de la Eivière-Ouelle, de Ste. Marie de Beauce, de St. François Civière du Sud, de la Pointeaux-Trembles de Québec, de la Pointe-aux-Trembles de Montréal, de St. Denis, de Laprairie, de Boucher ville, de St. Hyacinthe, de la Pointe-Claire et de Soulange, vulgo les Cèdres, où le bien se faisait suivant les ressources de l'époque, et suivant le degré d'encouragement assez limité que recevaient alors ces établissements d'éducation.
Le nombre des académies, collèges et couvents enseignants est donné distinctement dans le tableau général annexé à mon rapport du 28 Avril 1855, avec le nombre d'élèves qui les fréquentaient respectivement en 1854 j mais il est à remarquer que, depuis la date de ce rapport, des académies ont pris le nom de collèges, et des couvents celui d'académies.
A l'exception des collèges classiques auxquels je n'ai jamais fait d'octroi, presque toutes ces maisons d'éducation ont été mises sous le contrôle des commissaires d'école pendant mon administration, au moins d'une manière temporaire, tels que le collège de Bigaud, de St. Michel, de Terrebonne et les établissements d'éducation
de St. Thomas, de Sorel, de Beauharnais, de St. Laurent, de St. Jean Dorchester.
Dans tous les cas, tous les établissements auxquels j'ai fait un octroi, soit pour aider à l'érection des bâtisses, soit pour aider à l'établissement de bibliothèques publiques, ou pour la tenue des classes ou des écoles, ont été mis régulièrement sous le contrôle des commissaires d'école, par un acte notarié et fait en bonne et due forme à cet effet, et aucun octroi n'a été fait pour aucun de ces objets, sans une contribution locale, faite au préalable, qui fût au moins égale à la somme octroyée, et cette contribution a été généralement beaucoup plus élevée que la somme octroyée, surtout celle faite pour aider à l'érection de maisons d'éducation supérieure.
Tous ces faits, sur lesquels il serait inutile d'appuyer davantage, sont incontestables, et prouvent à l'évidence que le clergé et le peuple du Bas-Canada aiment l'éducation, et veulent sincèrement et sérieusement en procurer le bienfait à notre jeunesse, à un degré convenable, et suivant ses besoins et nos ressources disponibles pour cette fin.
Ces faits prouvent encore que la loi d'éducation, au lieu d'avoir été repoussée, répudiée par tout le pays, comme on l'a prétendu, a été, au contraire, acceptée et utilisée très généralement par le clergé et le peuple. Mais, en ce faisant, ils voulaient agir avec connaissance de cause quant aux moyens, et avoir une garantie quant à l'espèce d'éducation que l'Etat voulait donner à notre jeunesse.
Toute la différence d'opinion, donc, était dans l'espèce et dans le degré d'instruction que l'on jugeait être con-
venable suivant les circonstances, et dans le choix des moyens, et dans la manière de les mettre en pratique, pour atteindre le but que de part et d'autre on se proposait, d'ailleurs avec tant de bon vouloir et d'unanimité.
L'initiative et la part effective que le clergé a prise, avec tant d'empressement, de courage et d'activité dans tous les établissements d'éducation qui ont été faits dans le pays, surtout depuis 1842, pour l'objet de l'éducation, soit comme contribuable, soit comme instituteur, et les sacrifices et les efforts qu'il a faits pour faire agréer et fonctionner utilement la loi d'éducation primaire, sont des faits qui, pour n'être pas assez connus et assez appréciés, n'en sont pas moins notoires et louables. Ces établissements nombreux, si commodes et si agréables, si économiques pour les parents, et si accessibles à leurs enfants, sont là, prominents et remarquables, et proclament haut le dévouement et le zèle du clergé pour procurer à notre jeunesse le bienfait de l'éducation.
Mais, de la part des chefs de l'Eglise catholique en Canada, voici d'autres faits qui feraient anticiper tous les autres qui ont eu lieu à l'appui de la loi d'éducation, si on les connaissait aussi généralement daus le pays.
L'Archevêque de Québec, .Mgr. Signay, a recommandé lui-même publiquement en chaire, dans une de ses visites pastorales, en 1842,1a soumission à la loi des écoles primaires, a indiqué les moyens propres à en tirer bon parti, et a exhorté le peuple à les mettre fidèlement en pratique, pour le bien de la patrie et celui de la religion.
Lorsqu'en 1850, on apprit que le gouvernement, se rendant à la demande pressante et menaçante de quelques membres du parlement, était disposé à abroger la loi
d'éducation passée en 1846, pour y substituer celle de 1832, Mgr. Bourget, Evêque de Montréal, et les membres de son clergé assemblés en grand nombre à l'évêché, adoptèrent à l'unanimité une résolution par laquelle ils déclarèrent solennement leur adhésion à la loi d'éducation qui était alors en force, la même qui l'est encore aujourd'hui, et leur opposition formelle à toute autre espèce de système d'éducation primaire, et cette résolution fut de suite publiée dans les journaux périodiques de l'époque.
Mgr. l'Evêque de Montréal a interdit une paroisse, celle de St. Raphaël de l'île Bizare, et en a retiré le digne curé, parce que les habitants, malgré les remontrances de celui-ci, s'étaient mis en opposition ouverte à la loi d'éducation. Cette paroisse ne fut relevée de son interdiction, et leur curé n'y fut rétabli qu'après leur soumission entière et parfaite à la loi d'éducation et aux instructions et recommandations du surintendant de l'instruction publique.
Le même Evèque de Montréal ayant su qu'une série de questions, d'une tendance douteuse, avait été adressée aux membres du Clergé de la part d'un comité de l'Assemblée Législative, relativement à la loi d'éducation, leur conseilla, par une lettre circulaire, de ne pas répondre à ces questions insidieuses, et, bien que plusieurs curés avaient déjà répondu, lors de la réception de cette lettre, et que les autres Evoques n'eussent pas donné aussi formellement le même conseil aux curés de leurs diocèses respectifs, cependant, chose remarquable et honorable, pas une seule réponse ne pouvait être, avec raison, considérée comme opposée à la loi, encore moins au surintendant de l'instruction publique.
MM. les cures des divers diocèses, ou ne répondirent pas à cette série de questions, ou répondirent tout simplement en proposant quelques moyens d'amélioration dans la loi d'éducation et dans son fonctionnement, ou seulement en louant l'administration du surintendant et le bon résultat qu'on en avait obtenu généralement.
Malheureusement, cette correspondance et copie de celle que j'avais eue avec les inspecteurs d'école, ont été brûlées, lors de l'incendie du parlement en 1854, avec bien d'autres documents encore que j'avais envoyés à ce comité relativement à l'éducation et à mon administration. L'histoire dira peut-être le reste.
Ces faits également notoires et satisfaisants, de la part du clergé, qui ont eu lieu sous mon administration, prouvent d'une manière péremptoire, la coopération active, éclairée et prudente des évêques catholiques, et partant celle qu'ont dû donner les membres de leurs clergés respectifs an fonctionnement de la loi d'éducation dans le Bas-Canada,, et ils réfutent d'une manière irréfragable tout allégué à ce contraire.
En effet, partout les cures se sont montrés empressés, généreux et zélés pour le succès de la cause de l'éducation en Canada, an point de s'attirer, plusieurs d'entr eux, le mauvais vouloir et même de mauvais traitements delà part de leurs paroissiens que des agitateurs politiques avaient excités, ameutés contre la loi d'éducation et contre ceux qui l'appuyaient. Ces excès n'ont heureusement eu lieu que dans quelques endroits, et, comparativement, de la part d'un très petit nombre d'habitants en tout autre temps toujours si respectueux et si déférents pour le clergé et pour ses conseils.
Donc l'opposition qui a été faite à la loi d'éducation ne venait ni du clergé ni du peuple proprement dit. Elle venait des préjugés aveugles et exploités par des hommes perfides qui ont abusé de sa faiblesse et de son ignorance. Elle venait des avares et des égoistes, des charlatans politiques et des chercheurs de place. Mais ces gens-là ne constituent pas le clergé ; ils ne constituent pas même le peuple ; les premiers en sont le rebut et les derniers le fléau.
Ce serait bien ici le lieu de faire le contraste entre la conduite généreuse et exemplaire des amis de l'éducation et celle si égoïste et scandaleuse des opposants ; mais la liste des premiers serait trop longue et celle des derniers trop humiliante. Cependant, les premiers ont fait trop de bien pour ne pas les louer collectivement au moins, sans distinction de lieu ni de personne, et les derniers ont fait trop de mal à la cause de l'éducation et à la réputation du pays, pour ne pas les signaler, au moins de la même manière, à la vindicte de la jeunesse et de la postérité. L'histoire dira sans doute combien la conduite des premiers est méritoire et louable, et combien aussi celle des derniers est pénible et blâmable.
La prudence et mon propre sentiment s'opposent à la narration pleine et entière des faits, et l'économie demande l'abréviation ; néanmoins, comme ce mémorial est jusqu'à un certain point historique, et que l'histoire exige toujours la vérité, je dois la mettre au moins partiellement au jour, en l'exposant un peu des deux côtés, afin de satisfaire, jusqu'à un certain degré, au droit de la justice et aux réclamations de l'histoire.
Je sens en même temps le besoin de dire que, à peu
d'exceptions près, les obstacles qu'on a offerts à la loi d'éducation et à sou fonctionnement, ne consistaient pas en une opposition personnelle au surintendant, surtout pendant les premières années de son administration. Ainsi, je puis dire, en toute vérité, que je n'ai pas de sentimsnt particulier à servir, ni d'injure personnelle à venger, dans le compte-rendu que je fais, un peu superficiellement et d'une manière un peu irrégulière des événements qui ont eu lieu au sujet de la loi d'éducation, pendant mon administration.
S'il est vrai de dire que, semblable à tout autre fonctionnaire public, je n'ai pu entièrement éviter toute espèce d'opposition personnelle, et échapper à toute espèce de critique pendant une longue administration où il y avait à prendre l'initiative, et où il y avait toute espèce de difficultés à surmonter, pour faire agréer et faire fonctionner avantageusement la loi d'éducation, il est également vrai que j'ai reçu invariablement du clergé et généralement du peuple un appui très efficace et des témoignages de confiance et de gratitude très flatteurs. Si ces témoignages ne sont pas substantiels, s'ils ne sont pas suffisants pour faire oublier tout ce que j'ai eu à souffrir personnellement et relativement, au sujet de la loi d'éducation, ils le sont au moins pour faire pardouuer les contretemps et les contrariétés que j'ai éprouvés, même les avanies et les injustices que j'ai eu quelquefois à souffrir, de la part des opposants dont les chefs, cause première de ces désordres, étaient les seuls blâmables.
Ces désordres ont été pour moi une cause de souffrances continuelles, quelquefois très cruelles, mais elles
ont été bien adoucies par la sympathie spontanée «t charitable des gens de bien, et surtout par la compensation que j'ai trouvée dans le succès signalé que, nonobstant, le fonctionnement de la loi d'é ducation a obtenu sous mon administration. Mais, si la satisfaction, intime et grande que j'ai trouvée dans ce fait, est consolante pour moi et honorable pour le pays, je puis toutefois dire qu'il n'en est résulté pour moi ou pour ma famille, aucun avantage réel. Tous ceux qui connaissent les circonstances en sont pleinement convaincus.
J'ai inauguré le sytème actuel de l'instruction primaire, j'en ai formé le département, et, suivant le temps et les circonstances, la jeunesse a reçu, sous ses auspices, le bienfait de l'éducation ; mais il est évident que je n'ai jamais reçu tout le prix de mon travail, puisque le plus haut salaire qui m'a été alloué n'a pas suffi à mon successeur qui a trouvé tous ces faits accomplis, et que, deux fois déjà, il a fallu l'augmenter en sa faveur, sans doute afin de lui éviter la position difficile et gênante dans laquelle je me suis trouvé, pendant tout le temps de mon administration et subséquemment.
Il est notoire que, à une bien petite exception seule, mou salaire, comme surintendant de l'instruction publique, n'a jamais été plus élevé qu'à la juste moitié des salaires qui ont été alloues à mon successeur.
Pendant trois ans, mon salaire ne s'est pas monté qu'à la modique somme de £375 par an, et, pendant près de dix ans, à celle de .£500 par an ; tandis que, en entrant, le salaire de mon successeur a été porté à la somme de «£750 par an, et que, depuis le premier Janvier 1857, il a été élevé à la somme de £1000 par an.
Tout cela est connu, et, en tant que mon successeur y est concerné, la chose est sans doute juste et convenable ; aussi, je ne trouve rien à y redire. Mais, s'il en est ainsi, et si la somme de £750 n'était pas assez, et si même celle de £1000 par an n'est pas trop, pour faire correspondre le salaire de mon successeur à la position qu'il occupe, comme surintendant de l'instruction publique, il doit paraître évident aux personnes justes et impartiables que la modique somme de £375, la seule qui m'a été accordée pendant trois ans, et que même celle de £500 par an n'était pas assez, pour me mettre en état de répondre convenablement aux besoins, j'ose dire aux exigences de la même position. Car la charge et la position que j'ai eues, comme surintendant, et que mon successeur occupe comme tel, sont identiquement les mêmes. Elles demandaient, dès lors, le même dévouement et le même décorum.
Sir Charles Bagot, l'un de nos plus regrettés gouverneurs, était d'opinion que la somme de £750 par an, telle que portée dans la loi d'éducation passée en 1841, n'était pas plus que convenable, comme salaire accordé au surintendant de l'éducation publique pour chaque section de la province, et voulant f( en faire un département important," il nous avait promis, à M. Murray et à moi, de nous faire allouer, à chacun, la somme d'au moins £600 par an, indépendamment de nos frais de voyage et de bureau. Mais n'ayant pu obtenir, dans la session alors prochaine, une législation à cet effet, parce que le parlement fut prorogé sans avoir pu s'occuper de cette mesure à laquelle sir Charles avait fait allusion dans son discours d'ouverture, et étant décédé peu de temps après, sa pro-
inesse n'eut aucune suite, et nous fûmes fort contrariés à cet égard.
Cependant, M. Miirray obtînt, en Octobre de 1844, une espèce de compensation par l'occupation de fa chaire de professeur de philosophie dans l'université de Toronto, à laquelle était attaché un salaire de £500 par an. D'ailleurs, il préférait bien cette position à l'autre, qu'une opposition personnelle, de la part d'un des ministres de la couronne, lui avait déjà rendue désagréable.
Mais moi, attaché par goût et par affection à la charge de surintendant de l'instruction publique, et déjà bien engagé dans le combat que, dès le début, il me fallut soutenir, pour faire triompher la loi d'éducation de l'opposition qu'elle rencontrait, et ayant, en conséquence, entièrement abandonné ma profession, je continuai en office, toutefois, dans l'espérance que la législature viendrait convenablement à mon secours, avec un effet rétroactif, comme la chose a eu lieu, nombre de fois, en faveur d'autres fonctionnaires publics. Une législation n'eut lieu, à cet effet, que trois ans après mon entrée en charge, et, au lieu de la somme de £600, on ne m'alloua que celle de £500 par an, et ce, sans effet rétroactif, sans compensation et sans indemnité aucune.
Même à ce taux, la modicité de mon salaire me plaça, à cet égard, sur un pied d'infériorité à la plupart même des assistants des autres départements du service public, et était plus préjudiciable qu'on ne pense généralement à mon administration, comme surintendant de l'instruction publique. Aussi, la chose a été apparemment comprise à l'arrivée de mon successenr, puisque, alors, on a ajouté Ja somme de £250 au plus haut salaire que j'avais
en, et que, un peu plus tard, on a porté son salaire à la somme de £1000 par an.
Dans tous les cas, à l'exception de six mois pour lesquels on m'a alloué la somme de £30, à raison d'une augmentation de £60 par an, à dater du premier Janvier 1S55, je n'ai jamais reçu plus que la juste moitié des salaires qui ont été alloués à mon successeur, et mes amis, au moins, n'ont jamais pu voir toute la raison de cette grande différence de traitement entre lui et moi.
Lors de cette faible augmentation de mon salaire en 1855, celui des employés, dans les autres bureaux du gouvernement, avait été généralement augmenté depuis environ deux ans, en considération de l'augmentation considérable du prix des denrées et de tous les articles de consommation nécessaires à la vie. Ainsi, cette augmentation tardive, telle qu'elle fut d'ailleurs, n'était pas pour moi une faveur personnelle. Elle était la suite d'une demande pressante de la part de tous les employés dans le département ne l'instruction publique. Nous eûmes tous en même temps une augmentation de salaire proportionnelle, non aux besoins extrêmes que nous en avions, mais au montant de nos salaires respectifs, et de l'augmentation qui avait été allouée aux autres employés.
Cette modicité du salaire qui m'a été alloué m'a toujours tenu dans une grande gêne à l'intérieur et à l'extérieur. Elle m'a fait une position fausse et très préjudiciable au bonheur domestique et au succès de mon administration. Cette position était parfois humiliante et pénible, puisqu'elle gênait mes relations avec les autres fonctionnaires publics, et avec les hommes de même condition à l'étranger ; gênait mon essor et l'encourage-
ment que je devais à mes collaborateurs et aux autres amis de l'éducation populaire, et retardait par le fait sa marche et son progrès dans le pays. Pénurie ou indifférence, de la part du gouvernement à cet égard, l'effet était pour moi et pour mon administration le même, également préjudiciable et regrettable.
Le fait est que, pour subvenir aux besoins rigoureux de ma famille, et répondre un peu aux convenances, pendant les premières années de mon administration, suivant la position que me faisait la charge que j'occupais, j'ai été obligé de dépenser le prix des propriétés foncières que je possédais en la paroisse de l'Assomption, au montant de £600, fruit des épargnes que j'avais faites, pendant que j'y exerçais ma profession.
Ma famille sera privée de ce petit patrimoine, et mci d'un asile commode, mou ancienne demeure, où je me proposais d'aller passer heureux mes vieux jours, daus un endroit qui m'est agréable et cher à plus d'un titre.
Au début, lorsqu'il s'agissait de fonder et d'ouvrir au public le bureau de l'instruction primaire, tout était exigible suivant l'importance de la chose et suivant le grand intérêt qu'on y portait généralement, et partant plus dispendieux pour le surintendant, afin d'initier convenablement son département, et de s'introduire luimême d'une manière influente et utile. De sorte que, pour atteindre ce double objet, il m'a fallu subir toutes les conséquences de dépenses faites au-dessus de mes émoluments, limités, alors, au montant de ceux accordés à de simples commis, (£375 par an). Pourtant, mes amis savent avec quelle économie j'ai agi en toutes choses.
Cependant, il est juste d'observer que je me suis trouvé, en qualité de surintendant, dans un temps de pénurie et de gène où le gouvernement n'était peut-être pas à même de faire pour moi ce que, sans cette malencontreuse circonstance, il aurait sans doute aimé à faire, pour me venir plus libéralement en aide et m'encourager, au moins dans l'intérêt de l'éducation primaire dont j'étais chargé de tracer et de diriger la marche. Aussi, ce n'est pas pour me plaindre spécialement de lui que je relate ces faits, mais bien pour compléter la narration de ceux qui se rattachent à mon administration passée, parce qu'ils sont du domaine de l'histoire. C'est donc comme fait appartenant à l'histoire que l'exposé de cette autre misère trouve ici sa place. Elle a plus ou moins affecté le résultat de mon administration et le sort de ma famille.
Quoiqu'il en soit, ces considérations peuvent paraître un peu intéressées; mais, je suis époux et père de famille. Or, l'on conviendra aisément que l'homme qui réunit ces deux qualités éminemment sociales et si respectées dans le monde chrétien, ne saurait être insensible, ni indifférent, ni tout-à-fait désintéressé ; s'il l'était, il en serait indigue à tous égards.