SECONDE LETTRE
Adressée à la Mère de Saint Claude, Supérieure de VRôtel- Dieu de Québec.
A Montréal, le 27 Août 1756.
Madame,
Continuez à m'accorder vos prières et celles de votre sainte Communauté. Ce n'est pas le tout que d'avoir pris Choueguan (1) ; il faut aller à Carillon. J'arrivai hier, et je repars dans trois ou quatre jours. Je me flatte que celui qui a pris Choueguan, saura repousser a Carillon les ennemis de sa religion. C'est Dieu (2) qui a fait un. vrai prodige dans cette occasion. Il a voulu se servir de mes faibles mains ; aussi je lui reporte tout, Et je reçois avec reconnaissance votre Compliment et celui de votre Illustre Communauté. Jay l'honneur d'être avec respect Madame
Votre très humble
eî très obéissant serviteur, MONTCALM." (Courier Hu Canada du 5 Octobre 1859.)
LES DAMES URSULII
Madame Madeleine de Chauvigny, veuve de la Peltrie, vint en Canada fonder, en l'année 1639, l'établissement des Ursulines à Québec, et la vénérable Marie Guyard, dite la Mère de l'Incarnation, en fut la première supérieure. Elles commencèrent à donner, sous des ten-
(1) Choueguan, ou Ostoego, était situe à la droite de l'embouchure de la rivière du même nom, qui se jette dans le lac Ontario, sur une petiie éminence dominée elle-même de plusieurs côtés. Le fort se composait d'une grande maison de pierre entourée, à peu de cl' d'une muraille flanquée de quatre petits bastions carrés, dans lesquels il y avait du canon. Après avoir d< >rt Ontario, qui était sur le bord opposé de la rivière, les troupe.; françaises se replièrent sur Choueguan, dont la garnison capitula le 14 Àoû
le midi. Les quatorze ou quinze cents hommes qui défendaient le fort, posèrent les armes. On y prit cinq drapeaux, cent vingt-troi3 bouches à feu, six barques armées de canon. ; i >x et beaucoup de munitions de toute sorte.
(2) Ces deux mots sont soulignés dans l'original.
tes, dans la forêt voisine, l'instruction aux petites sauvagesses.
Madame de Champlain, digne épouse de Samuel de Champlain, fondateur de Québec, qui avait devancé ces saintes femmes dans leur œuvre chrétienne et catholique en cette ville, étant devenue veuve en 1635, se fit ursuline en France où elle mourut comme elles en odeur de sainteté, dans une communauté qu'elle avait fondée à Maux.
L'institut des Dames Ursulines, bien que d'un ordre supérieur et d'un mérite incontestable, ne s'est guère multiplié en Canada. En dehors de Québec, cette fondation ne compte qu'un établissement sis à Trois-Bivières depuis 1697. Les Dames Ursulines y prirent possession de l'Hôpital-Général qu'y avait fait fonder Mgr. St. Valier pour y soigner les malades et y instruire les jeunes filles. Cette fondation, ainsi que celle de l'Hôpital- Général de Québec, honore infiniment la mémoire de Mgr. St. Valier. Cet établissement ayant été incendié en 1744-, fut rétabli de suite, par Mgr. de Pontbriand, 6e évêque de Québec.
Depuis 1731, les Dames Ursulines de Trois-Rivières sont indépendantes de celles de Québec.
En 1853, le nombre d'élèves qui ont été instruites par les Dames Ursulines des deux maisons, depuis leur établissement en Canada, se montait à près de 16000. De ce nombre, 150 appartenaient aux sauvages d'origine algonquine, iroquoise et abénaquise. En 1853,1e, nombre des élèves des Dames Ursulines de Trois- Rivières, tant pensionnaires, demi-pensionnaires qu'externes, s'élevait à 205.
On doit dire en toute justice que les Dames Ursulines
ont fait faire de grands progrès dans l'espèce d'instruction qui convient le mieux aux personnes du sexe qui appartiennent à des familles distinguées, soit par le rang, ou pour la fortune.
Pendant plus de 30 ans, la maison des Daines Ursulines à Québec a fourni des sujets et des supérieures à celle de Trois-Rivières. Elle a envoyé aussi des sujets à la Martinique, et, à deux fois, à la Nouvelle-Orléans, dans l'Etat de la Louisiane. Elles ont aussi un établissement à la Havane, et un autre à Gai veston, fondé en 1846.
Deux des filles du R. P. Barber, ministre anglican, converti, après plusieurs années de mariage, à la religion catholique, puis devenu Jésuite dans les Etats-Unis, ont fait partie des Ursulines du Canada. Elles émigrèrent de Boston, à la suite de l'incendie du couvent de Charleston, en 183-i. (1) J'en vis une en 1835, au couvent des Ursulines à Québec, et je lui rappelai que j'avais connu sa famille aux Etat-Unis en 1825, après la conversion de tous ses membres au catholicisme en 1823.
La dame et les quatre enfants, dont trois filles et un garçon, du R. P. Barber, se consacrèrent, comme lui, à la vie religieuse, à la suite de leur conversion. Il était chargé delà desserte d'une église anglicane à "Washington, capital des Etats-Unis, lorsqu'il se convertit à la religion catholique, et c'est de là qu'il disposa son vieux père, ministre comme lui, et chargé depuis 26 ans de la desserte d'une église anglicane à Claremont, Etat de
(1) Ce malheur, l'œuvre de l'intolérance et du fanatisme protestant, arrivé sous le ciel libre de la république des Etats-Unis de l'Amérique, n'ayant été ni réparé ni adouci, par la Législature de l'Etat à la protection et à la libéralité de laquelle les victimes en ont appelé, fera a. jamais la honte du Massaclmssets.
New-Hanisphire, à suivre son exemple, et le fils eut l'indicible joie de voir son père et près de 80 membres de son église et tous ceux de sa famille embrasser le catholicisme.
Un jour, ce respectable vieillard étant en visite avec un autre de ses fils, chez le Juge Higgley, son neveu, résidant à Castleton, Etat de Vermont, nous y fîmes, le soir, la prière catholique en commun avec le juge, protestant ainsi que sa famille.
La bibliothèque des Dames Ursulines de Québec se compose de plus de 5000 volumes très bien choisis.
Ci-suit le prospectus du couvent des Dames Ursulines de Trois-Rivières, lequel est, à peu de choses près, semblable à celui des Dames Ursulines de Québec, que je me dispense, pour abréger, d'entrer ici spécialement.