LES RÉCOLLETS
Les Récolhts (du mot latin recollectus , recueilli) ou F Franciscains, qui furent les premiers missionnaires ensais* Canada, y furent aussi les premiers instituteurs. Ils ont beaucoup contribué à répandre l’instruction dans le pays.
En 1614, Samuel de Champlain étant passé en France dans l’intérêt de la colonie qu’il avait fondée en 1608, et voulant lui donner un caractère de foi et de régularité en toutes choses qui fût une garantie de succès et de prospérité, pour l’avantage des colons et pour la gloire de Dieu qu’il cherchait avant tout, demanda au R. P. Duverger, Provincial des Franciscains, des religieux de cet ordre pour être missionnaires en Canada.
Le Père Duverger ne put de suite lui en accorder ; mais le Père Jacques Garnier de Chapouin, premier Provincial des Récollets à St. Denis, en envoya avec l’approbation du Prince de Coudé, vice-roi du Canada, et celle du Nonce du Pape Paul V, qui accorda, en 1618, un bref en faveur de cette mission. Plus tard, le roi de France donna aussi des lettres-patentes aux Récollets, établis en Canada, les autorisant à bâtir autant de couvents qu’ils jugeraient être nécessaires selon le temps et lesebesoins.
Les Récolîets se rendirent à Tadoussac, puis à Québec au nombre de quatre, en compagnie de M. de Champlain en 1615, et c’est bien d’eux qu’on peut dire qu’ils commencèrent au commencement, soit pour la propagation de l’Evangile, soit pour l’instruction dans la Nouvelle-France.
Les Récollets qui arrivèrent les premiers en Canada, furent les RR. PP. Denis Jamay, supérieur, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et le Frère Pacifique Duplessis. Le Père Dolbeau resta seul à Québec, et les trois autres se rendirent à la place où est aujourd’hui Trois-Rivières, et dès 1616, le Frère Pacifique tenait une école dans le canton où s’assemblaient les sauvages avant l’établissement de cette ville, en 1634-, par De Laviolette.
Cependant, le Père Joseph Le Caron alla s’établir à Tadoussac, et, le 7 Août 1618, il écrivait entre autres choses, au Père Provincial à Paris : “Je suis allé à Tadoussac pour assister les barbares de ces lieux, les instruire et administrer les sacrements aux Français et à ceux qui demeurent là durant la traite des marchands pendant l’hiver. ....... J’aurais eu un grand nombre
d’enfants pour les instruire des mystères de notre Sainte Religion, si j’avais eu de quoi leur donner pour vivre. J’ai montré l’alphabet à quelques-uns qui commencent assez bien à lire et à écrire. Monsieur Houel vous pourra faire voir un exemple que je lui ai envoyé. C’est ainsi que je me suis occupé à tenir école ouverte dans notre maison de Tadoussac, afin d’y attirer les sauvages et les rendre sociables avec nous, pour les aecoutumer à nos façons de vivre. ” .
Le Frère Pacifique Duplessis, décédé le 22 Août 1619, eut pour compagnon et successeur dans l’enseignement à Trois-Rivières, le Frère Pierre Langoisseux, surnommé Frère Charles, en mémoire de M. Charles de Boues, le bienfaiteur de la mission des Récoliets en Canada. Le Frère Pacifique, qui avait rendu autrement de grands services à la colonie, fut sincèrement regretté de tous. Les autorités ecclésiastique et civile réunirent tout ce qui était en leur pouvoir pour lui faire des obsèques aussi pompeuses que possible.
Ainsi, l’on peut dire que les Frères Pacifique et Charles, et le Père Le Caron furent les premiers instituteurs en Canada.
En 1617, deux ans après l’arrivée des premiers Récollets en Canada, le R. P. Paul Huet et le Frère Modeste Guines, en 1618, et plus tard les R-R. PP. George Lebaillif, Joseph de La Roche Daillon,etc.,etc., du même ordre, vinrent se joindre à cette importante mission dont le but était d’évangeliser et d’instruire.
Les Récollets se bâtirent un couvent à Québec, et y jetèrent en 1620, les fondements de la première église en Canada, sur les bords de la petite rivière St. Charles.
Le Prince de Condé donna 1500 francs pour cette double fondation, et plusieurs autres personnes charitables, résidant en France, contribuèrent aussi beaucoup à cette belle œuvre, entr’autres Messire Charles de Boues, Vicaire-Général de Pontoise, qui voulut bien être le protecteur de la mission des Récoliets en Canada. La petite rivière qui circule presque autour de cet établissement, fut, par les Récoliets, nommée St. Charles en l’honneur de ce bienfaiteur. Le R. P. Jean Dol-
beau, alors supérieur de l’ordre des Récollets en Canada, fit la bénédiction de la première pierre de ce couvent auquel il donna le nom significatif de u Notre- Dame des Anges.” Mais, Mgr. St. Valier, deuxième évêque de Québec, ayant en 1692 acheté ce couvent des Récollets pour y fonder l’Hôpital-Général qui l’occupe aujourd’hui, ces religieux s’établirent en la hauteville de Québec, dans un autre couvent qui est devenu depuis la proie des flammes.
En cette même année (1620), de Champlain faisait jeter à Québec les fondements du Château St. Louis, incendié en 1834, moins la partie adjacente bâtie au commencement de ce siècle. Comme le château primitif, cette bâtisse subséquente a servi de salle de réception et même de logement à plusieurs des Gouverneurs du Canada, pendant que le château subissait des réparations ou après son incendie. Lord Gosford surtout a, de cette manière, utilisé cette bâtisse dite du Château St. Louis ou se tient aujourd’hui l’Ecole-Normale catholique pour les garçons résidant dans le district de Québec. Ainsi, après avoir servi de demeure aux représentants des rois, le Château St. Louis, ou sa dépendance, sert aujourd’hui de Lycée où vont se former des instituteurs pour contribuer à instruire la jeunesse du pays. A peu de choses près, on peut en dire autant des bâtisses où se tiennent à Montréal le bureau de l’Instruction Publique et l’Ecole-Normale catholique pour les garçons. ( 1)
(1) Il y a trois écoles-normales en opération pour les garçons dans le Bas-Canada, et dont deux pour les catholiques et l'autre pour les protestants. En considérant les protestants comme représentant collectivement une croyance religieuse unique et uniforme, comparée à celle des catholiques, on verra que ces écoles sont à peu de choses prés en
Les Récollets ont tenu des écoles primaires dans les paroisses de campagne, mais surtout dans les villes de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal, avec un zèle et un succès qui leur ont mérité la reconnaissance du peuple et du clergé du pays.
En 1674, des propriétés considérables furent cédées au R. P. Gabriel de La Ribourde, alors supérieur des Récollets en Canada, pour l’instruction des enfants catholiques ; mais par suite de la cession de ce pays à l’Angleterre, ces biens ont subi le même sort que ceux des Jésuites. Ces biens ont été confisqués au profit de la couronne, et les Canadiens ont ainsi été privés des services et des bonnes instructions de deux ordres religieux enseignants qu’aucune institution séculière n’a pu remplacer dans l’enseignement.
Du vivant des Récollets, nous avons eu la douleur de voir leurs couvents occupés pour des usages profanes, et leurs églises pour le culte protestant.
A Québec, l’église anglicane et le palais de justice sont bâtis sur le terrain des Récollets, dont le couvent et l’église furent incendiés en 1796.
proportion du chiffre des populations que ces croyances représentent respectivement. Dans tous les cas, ces écoles devant être séparées, en garantie de la liberté religieuse et d’enseignement, les protestants devaient avoir la leur. En outre, ces écoles portent chacune un nom historique cher au pays. Ainsi, Laval, nom du premier évêque du Canada, est celui qui a été donné à l’école normale catholique établie à Québec ; Jacques Cartier, nom du découvreur du Canada, est celui qui a été donné à l’école-normale catholique établie à Montréal ; et Mc¬ Gill, nom du fondateur d’une université protestante à Montréal, est celui qui a été donné à l’école-normale protestante établie en cette ville sous les auspices de cette université.
A Montréal, nous avons vu le couvent des Récollets occupé par des troupes anglaises ; mais la fabrique delà paroisse de cette ville l’a acquis depuis pour y faire tenir des écoles, ainsi que leur église adjacente, pour en continuer l’usage au culte catholique. Elle a été réparée à neuf en 1845 pour cette fin, et elle sert spécialement aujourd’hui pour les offices de la Congrégation des hommes laïques en cette ville. (1)
A Trois-Rivières, l’église des Récollets a été convertie en église protestante à l’usage de l’Eglise anglicane, et le “ ParsoTi’s manor ” n’est rien moins que le beau couvent des Récollets sis près de leur église ainsi passée en mains étrangères et opposées au catholicisme.
Ce couvent, avant de recevoir cette destination en 1810, servait de cour de justice et de prison pour le district judiciaire de Trois-Rivières. Triste et bien désolante métamorphose aux yeux des catholiques qu’on injuriait de la sorte, en privant leurs instituteurs de leurs biens et des moyens de les instruire.
Non seulement les Récollets et les Jésuites furent dépouillés de leurs biens, par suite de la cession du
(1) Le portail actuel de cette église est celui de l’ancienne église paroissiale de Montréal, bâtie en 1725, et dont on voit les ouvrages en sculpture, et surtout le beau baldaquin, dans l’église de Bonsecours en cette ville. Ces ouvrages sont dûs à la main habile de Louis Quevillon de la paroisse de St. Vincent de Paul, artiste canadien distingué. Un de ses nombreux élèves sculpteurs et statuaires, Paul Rollin, a fait la belle statue de la Ste. Vierge que nous voyons au-dessus du maître-autel de la nouvelle et spacieuse église paroissiale, bâtie en cette même ville en 1823.
Paul Rollin, originaire de Longueuil, était frère deBenj. Rollin, avocat, qui présenta à M. Roque le pain béni, le jour de l’anniversaire de $a 50e année de prêtrise de ce vénérable septuagénaire, ancien directeur du collège de Montréal. Voir l’addendum à l’article touchant ce collège.
Canada à l’Angleterre en 1763, mais il leur fut défendu de se recruter et de se perpétuer dans le pays.
Cependant, les Jésuites, comme nous le verrons plus loin, tinrent ou firent tenir des écoles à Québec jusqu’en 1776, et les Récollets le firent aussi jusqu’en 1840.
Verchères, Montréal et Québec sont les endroits où les Récollets ont tenu leurs dernières écoles. Le Frère Paul, né Fournier, en a tenu une à Montréal jusqu’en Mai 1826. Ses élèves, la plupart encore vivants en cette ville, sont nombreux, et constituent presqu’autant de bons chefs de famille. Fils de parents généralement pauvres, ils appartiennent presque tous à la classe ouvrière, mais l’espèce d’éducation qu’ils ont reçue, suivant les préceptes de l’Evangile, en a fait des hommes religieux, modestes, pacifiques et contents de leur état. On peut dire aussi qu’ils sont industrieux, prospères et heureux.
On peut en dire autant des élèves du Frère Louis, né Bonamy et originaire de l’Assomption. Il a fait pendant plus de 40 ans l’école au faubourg St. Valier de Québec. Il n’a fermé son école qu’en 1840, et son mérite, comme instituteur, lui assure une place honorable dans l’histoire du pays.
Ces bons Frères, qu’on peut ajuste titre appeler des bienfaiteurs de l’humanité, non-seulement donnaient aux enfants qui leur étaient confiés une éducation qui était propre à en faire des hommes utiles et respectables, des hommes heureux et exemplaires, mais encore des hommes agréables par la douceur de leurs mœurs, par l’aménité de leur caractère, et par la pratique des arts d’agrément ; car ces arts, assez souvent
inconnus aux autres classes d’instituteurs, sont toujours cultivés avec plus ou moins de soin et de succès par les ordres religieux enseignants.
C’est ainsi que l’Eglise est redevable au Frère Paul de nombre de bons chantres qui ont reçu de lui les leçons et les exercices nécessaires pour se former à la musique vocale, surtout au chant grégorien, toujours si apprécié par ceux qui tiennent aux aspirations graves et pieuses.
Le Frère Paul est décédé à l’évêché de Montréal le 15 Novembre 1848, à l’âge de 78 ans et 10 mois. C’est là qu’on a eu, avant sa mort, la bonne idée de faire prendre son portrait qu’on y voit tiré en pied. C’est un beau morceau d’art qui rappellera longtemps à l’histoire les vertus de l'ordre des Franciscains, et à la reconnaissance publique le mérite personnel de l’original.
Cependant, les Récollets n’ont jamais eu de collège proprement dit, en Canada. Les Pères, c’est-à-dire, ceux qui avaient été ordonnés prêtres, s’occupaient principalement du ministère des autels, et leurs principaux établissements étaient à Percé, à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal.
Les Pères Récoilets se chargeaient volontiers aussi de la desserte des paroisses, et plusieurs sont morts curés. Le Père Ménard Pétrimoulx, ordonné prêtre le 13 Octobre 1754, succéda au Père Alexis de Berrey, à la cure de St. Joseph de Cnambiv qu’il desservit jusqu’en 1777,
* après quoi il devint curé de St. Pierre du Portage, vulgo L’Assomption, où il mourut le 11 Avril 1799, à l’â^e de 69 ans. Il avait jeté en cette belle paroisse les fonde-
ments d’un couvent pour les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. Elles en font usage depuis 1844, comme faisant partie du bel établissement qu’elles occupent maintenant pour des fins d’éducation en cette meme paroisse.
Son frère, Dominique J. Bte. Pétrirnoulx, ordonné prêtre en 1758, mourut le 4 Juin 1799, curé de la Rivière-du-Loup, dans le district de Trois-Rivières. Le Père Félix de Berrey, ordonné prêtre en 1713, nommé commissaire des biens de son ordre, et qui est censé en être le dernier supérieur en Canada, est décédé à Québec le 18 Mai 1800.
Le dernier Père Récollet, Louis-Jean, vel le Père Louis, né Deniers, ordonné prêtre le 24 Septembre 1757, est décédé à Montréal, le 2 Septembre 1813, en une petite maison qu’il occupait près de son église dont le gouvernement anglais l’avait dépossédé, mais où il avait, nonobstant, la permission d’exercer le ministère, lorsque les protestants ne s’en servaient pas pour y faire le prêche aux troupes dont partie logeait dans le couvent même, adjacent.
Le Père Louis demeurait en cette petite et humble case avec son frère, le Frère Alexis, comme lui très âgé, et une nièce les y servait en cet état de pauvreté et de caducité.
Le Père Louis se mêlait beaucoup de médecine où il passait pour être très expert. Ses onguents et ses emplâtres passaient pour être presque miraculeux. Toutefois, naturellement doué de talents supérieurs, d’un esprit fort et d’un cœur compatissant, il était généra-
lement très utile et très consolant auprès des malades, et il fut universellement regretté à sa mort.
C’est ainsi que s’est éteint en Canada, un ordre religieux dévoué à la Religion et à l’éducation, et dont les biens considérables, employés pour ces lins moralisatrices et salutaires, eussent puissamment contribué à répandre l’instruction et le bonheur dans le pays.