LES JÉSUITES
Les Jésuites qui sont partout, où l’amour du bien les transporte, à la fois missionnaires et instituteurs, arrivèrent à Québec en 1625, pour aider à évangéliser les sauvages, et, dans la suite, avec l’idée d’établir en Canada un collège classique pour la haute éducation de la jeunesse.
A cette époque mémorable du règne de Louis XIII, le Cardinal et Duc de Richelieu parvenait aux affaires du royaume de France, et Henri de Lévi, prêtre, chanoine de la cathédrale de Paris, Pair de France et Duc de Ventadour, venait d’être nommé Lieutenant général du roi en Canada, en remplacement du Duc de Montmorenci son oncle. Ces deux hommes éminents ne crurent mieux assurer le bien spirituel et littéraire des habitants de ce pays, qu’en y envoyant des Jésuites comme missionnaires et comme éducateurs, et c’est sous leurs auspices puissants que ces zélateurs du christianisme et de l’éducation y vinrent en cette année (1625).
Les Récollets, ordre religieux qui ne vivait que d’aumônes, voyant que le besoin spirituel demandait un plus grand nombre de missionnaires en Canada, tandis que la compagnie des marchands ne s’était en-
gagée à en sustenter que six, avaient invité les Jésuites à venir partager avec eux la tâche ardue et difficile d’instruire et évangéliser les sauvages qui paraissaient de plus en plus disposés à embrasser le christianisme^ Les Pvécollets avaient fait en Canada et en France des démarches formelles à cet ehët, et l’arrivée des Jésuites en ce pays en étaient le résultat.
Les premiers Jésuites qui vinrent en Canada furent les RIi. PP. Jean de Brébœuf, Charles Lalemant et Ennemond Masse (1) accompagnés de deux Frères de leur ordre. Ils hébergèrent pendant deux ans chez les Récollets qui allèrent au-devant d’eux à leur arrivée à Québec, et dès lors, ils s’occupèrent de faire un établissement d’éducation qui pût répondre aux besoins de l’Eglise naissante et de la bonne société en la Nouvelle-France ; mais
(l) Le R. P. Masse était compagnon du R. P. Pierre Biard dans la mission établie à Port-Royal, aujourd’hui Annapolis, dans l’Acadie, où ils arrivèrent en Juin ICI 1.
En 1607, trois villes avaient été fondées par les Européens dans l’Amérique du Nord ; savoir : St. Augustin dans la Floride, Jamestown dans la Virginie, et Port-Royal, propriété de Poutrincourt, dans l’Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Ecosse, et l’on voit que les Jésuites ne tardèrent pas à s’établir dans cette dernière ville, lieu de leur début évangélique sur ce continent. Cependant, le Père Coton, confesseur de Henry IV, qui avait reçu de sa majesté ordre d’envoyer des missionnaires en Acadie, put apprendre que Messire Josué Flèche, prêtre séculier, avait dévancé les Jésuites à Port-Royal, et avait, l’année précédente, baptisé 25 sauvages le jour de la St. Jean- Baptiste.
Le R. P. Biard est considéré comme le premier supérieur dts Jesuites dans l’Amérique Septentrionale. Ceux qui lui succédèrent dans la supériorité sont : les RR. PP. Charles Lalemant, Paul Lejeune, Barthélemy Vimont, Jérôme Lalemant, Paul Ragueneau, Frs. Jos. Lemercier, Jean de Quen, Claude Dablon, et Augustin Louis deGlapion. Celui-ci, arrivé à Québec en 1747, mourut en 1790, et fut le dernier supérieur général des premiers Jésuites en Canada. Le Père Pierre Etienne Floquet, décédé en 1767, fut le dernier supérieur Jésuite de la maison de Montréal,
cette belle œuvre ne put prendre une existence formelle que dix ans après leur arrivée à Québec.
Cependant, le R. P. Lejeune étant arrivé à Québec, avec le R. P. Anne de Noué, en Juillet 1632, l’institution prit, dès le 21 Décembre de la même année, une existence ostensible qui en était comme la pierre fondamentale. Les PwR. PP. Jésuites ayant dès lors pris avec eux des petits sauvages pour les élever et les instruire, le Père Lejeune se chargea de leur éducation, et la preuve du succès qu’ils obtinrent dans cette louable entreprise , se trouve souvent consignée dans les régîtres de Québec et de Montréal où l’on voit beaucoup d’actes de mariages que les témoins à ces actes et les parties contractantes, tous sauvages, signaient avec le missionnaire.
En 1845, j’ai vu sur les pans, à l’intérieur de l’église de Chicoutimi, bâtie sur le Saguenay, en 1726, par les premiers missionnaires Jésuites en ces parages, nombre de pieuses invocations écrites par les sauvages, lorsqu’ils y venaient faire la traite avec la compagnie du Nord- Ouest ou de la Baie d’Hudson.
Cette église que le Père de Crépieul fait remonter à 1691, a sans doute été bâtie deux fois ; mais elle fut abandonnée lors du décès, en 1782, du Père Labrosse, dernier missionnaire Jésuite dans cette partie importante de leur mission. Elle s’étendait depuis Tadoussac, où ce digne missionnaire est inhumé, jusqu’au lac St. Jean où les Jésuites avaient un bel établissement. O)
(!) Jacques Cartier découvrit le Saguenay en 1535, et le R. P. de Qu en le lac St. Jean en 1647, où il bâtit la première chapelle en Pdai 1652. Le lac St. Jean est à 40 lieues de Tadoussac, où il a son embouchure dans le fleuve St, Laurent.
En 1635, le R. P. Charles Lalemant commença les premières écoles régulières pour les enfants des Français résidant à Québec, et le R. P. Lejeune se chargea, ou plutôt continua de faire l’école aux petits sauvages résidant à Québec et dans les environs.
En cette même année, Québec avait la douleur de voir expirer Samuel de Champlain, fondateur de cette ville en 1608. Le Père Lejeune fut chargé de prononcer l’oraison funèbre de cet homme distingué.
Le R. P. Jean de Quen succéda au R. P. Lalemant dans l’enseignement, et y fut accompagné et suivi par de ses confrères, sans interruption remarquable, jusqu’en 1768, et ce, malgré les excursions continuelles qu’ils faisaient en même temps comme missionnaires, dans presque toute l’Amérique Septentrionale ; malgré les périls et les dangers qui les menaçaient dans ces excursions sur les rivières, sur les lacs et dans les forêts au milieu de barbares qui en faisaient souvent des victimes de leur zèle et des martyrs; (1) malgré, dans tous les cas, les fatigues et les privations de toutes espèces auxquelles ils étaient sans cesse exposés ; et encore malgré les guerres incessantes qui avaient lieu simultanément entre les colons de la Nouvelle- Angleterre et ceux de la Nouvelle- France depuis 1689 jusqu’en 1759, et entre ceux-ci et les sauvages qu’ils instruisaient, évangélisaient et édifiaient tout à la fois.
(I) Les RR. PP. Jean de Brébœuf et !saae Jogues s-mt les plus illustres de ces martyrs. Ces apôtres de la Nouvelle- France tombèrent entre les mains des b oquois, ennemis acharnés des Hurons et des Français, qui leur tirent souffrir à chacun un des plus cruels martyres. La famille du R. P. de Brébœuf fit faire un reliquaire en argent qu’elle envoya au collège de Québec, et dans lequel on conserve la tête du martyre à l’Hôtel-Dieu de cette ville,
Le R. P. Réné Roliauit, fils du Marquis de Gamaehes, est celui auquel nos ancêtres furent principalement redevables de l’établissement d’un collège à Québec où les Jésuites leur inculquèrent les préceptes de l’Evangile et les principes de la science, pendant plus d’un siècle et demi.
Le R. P. Rohault, jeune et encore novice, consacra une somme considérable pour l’érection, en 1635, du collège des Jésuites à Québec qui sert aujourd’hui de casernes aux troupes anglaises. Cette occupation a lieu depuis peu de temps après la cession du Canada à l’Angleterre. ( 1 )
Cependant, les Jésuites ont toujours tenu ou fait tenir des écoles dans leur collège à Québec, jusqu’en 1776. Mais alors, réduits à un très petit nombre, sans avoir le pouvoir ni l’espoir de remplacer les défunts, et le gouvernement s’étant déjà emparé, pour y placer les archives, du seul appartement où ils pouvaient recevoir des élèves, et manquant ainsi de professeurs et de local, ils furent obligés d’abandonner entièrement leur œuvre. Huit ans auparavant, en 1768, ils avaient déjà été obligés, par les mêmes causes, de cesser de donner l’enseignement classique à plus de 60 élèves qui suivaient leur cours avec succès.
Ainsi, ces instituteurs profonds, expérimentés et habiles, autant que modestes et personnellement désintéressés, qui auraient pu figurer avantageusement dans les premières institutions de la vieille Europe, finirent comme
(1) Le collège des Jésuites à Québec a été fondé une année plus tôt que l’universite Harvard, sise à Cambridge, près de Boston, Etat de Massachussets, et la plus ancienne institution classique des Etats-Unis.
ils avaient commencé, par l’enseignement élémentaire des connaissances usuelles.
En Avril 1632, le R. P. Lejeune dit: li je suis devenu régent en Canada ; j’avais l’autre jour un petit sauvage d’un côté et un petit nègre de l’autre auxquels j’apprenais à connaître les lettres. (1) Après tant d’années de régence, me voilà enfin retourné à l’A, B,C; mais avec un contentement et une satisfaction si grande, que je n’eusse pas voulu changer mes deux écoliers pour le plus bel auditoire de France.”
En 1633, le même Père Lejeune disait : “ j’étais, l’an passé, maître de deux écoliers ; je suis devenu riche, j’en
ai maintenant plus de vingt . Mes écoliers me
viennent trouver d’une demi-lieue de loin, pour apprendre
ce qui leur est nouveau. . Nous finissons par le
Pater Noster que j’ai composé quasi en rimes dans leur
langage, et que je leur fais chanter . C’est un
plaisir de les entendre chanter dans les bois ce qu’ils ont appris.”
Les RR. PP. Jésuites, comme on vient de le voir, commencèrent par donner une instruction purement élémentaire à leurs élèves de differentes origines, lesquels, réunis, ne devaient former, au début, qu’un très petit nombre, au moins pour l’étude des hautes sciences. Mais ces habiles instituteurs attentifs à tous les besoins, et fidèles observateurs de tous les moyens propres à y répondre dans tous les degrés, surent agrandir et modifier leur cours d’études en proportion du nombre, de l’âge, de l’aptitude et du degré d’avancement de leurs élèves, de manière à
(1) Ce petit nègre avait été laissé par les Anglais à une famille française en Canada.
comprendre tout un cours classique régulier et soutenu, d’après le plan suivi alors en France, au collège de Louis le Grand.
Louis Joliet, baptisé par le R. P. Vimonten Septembre 1645, fut un des élèves du collège des Jésuites à Québec. Le journal des supérieurs Jésuites dit : “ le 12 Juillet 1666, les premières disputes de philosophie se font dans la congrégation avec succès. Toutes les puissances s’y trouvent. M. l’Intendant, entr’autres, y a argumenté très bien, et M. Joliet et Pierre Francheville y ont très bien répondu de toute logique.”
Cet illustre Canadien, après avoir laissé le noviciat des Jésuites où il était entré, fut chargé, par le Comte de Frontenac, de découvrir le fleuve Mississipi. Le R. P. Marquette, suivant ses propres expressions, lui fut donné comme compagnon dans cette grande entreprise. L’exploration ayant été suivie du succès désiré, de manière à faire disparaître tout doute relativement au cours de ce grand fleuve, Joliet revint en Canada, et fit rapport au gouvernement de sa découverte qu'il accompagna d’une carte. Il reçut à titre de récompense, l’Isle d’Anticosti en seigneurie, mais il en fut dépossédé par les Anglais. (Voir Dictionnaire des hommes illustres. )
Le collège des Jésuites à Québec, a été pendant 33 ans le seul en Canada, et a eu une existence de 133 années, pendant laquelle il a formé des hommes éminents dans les arts et dans les sciences, et qui ont rendu de grands services à la religion et à la société dans la Nouvelle France.
Le collège établi par Mgr. Laval, et confié aux Messieurs du Séminaire de Québec en 1668, a été collabora-
teur du collège des Jésuites, puis son continuateur. Dans tous les cas, le collège dn Séminaire de Québec y a remplacé complètement celui des Jésuites depuis au moins 1768, époque à laquelle le Séminaire de Québec admit leurs élèves au collège de Québec.
Le R. P. Jean-Joseph Casot, le dernier des anciens Jésuites en Canada depuis la cession, étant décédé en Mars 1800, le roi d’Angleterre fit définitivement prendre possession de tous les biens des Jésuites en ce pays, quoique l’Assemblée Législative, voyant en 1793 que les Jésuites étaient presque tous décédés, avait dès lors prudemment réclamé ces biens pour être employés à l’éducation des Canadiens, suivant l’intention des donateurs.
Ces biens, moins le collège à Québec et quelques autres parties moins importantes, ont été, depuis 1832, mis à la disposition de la Législature Provinciale pour l’objet de l’éducation, en vertu de l’Acte 2e Guil. IV, cli, 41, continué en force par l’Acte d’Union, section 46, 50 et 55.
Les revenus qui proviennent des biens des Jésuites, moins ce qui en est distrait pour en payer l’agence, sont employés depuis 1856, à solder les instituteurs et à payer les frais des écoles-normales tenues dans le Bas-Canada, puis à faire des allocations aux maisons d’éducation supérieure, protestantes et catholiques, indistinctement. Mais ce n’est là qu’une petite restitution des biens des Jésuites à leur fin primitive, puisqu’ils avaient été donnés et acquis expressément pour l'éducation des catholiques, et que les protestants, qui forment aujourd’hui environ un tiers de la population du Bas-Canada, en prennent leur part proportionnelle pour l’éducation de leurs propres enfants, sous forme de solde aux instituteurs d’écoles-normales protes-
tantes, et d’allocations annuelles faites à leurs maisons d’éducation supérieure.
Cependant, en l’absence des Jésuites qui n’étaient véritablement que les dépositaires et les administrateurs de ces biens, il n’aurait été que juste de les mettre entièrement à la disposition des Evêques catholiques du Canada, pour être par eux employés exclusivement à l’éducation de la jeunesse catholique du pays. Aussi, Mgr. Hubert, évêque de Québec, les a-t-il réclamés exclusivement pour cette fin. Au moyen de ces biens, il voulait fonder un troisième collège dans le Canada. (1)
J’ai donné ouvertement mon opinion en faveur de cette réclamation toutes les fois que j’ai eu une occasion opportune de le faire, et notamment dans mes lettres de 1838 sur l’éducation, et auxquelles le journal intitulé ie les Mélanges Religieux,” publié à Montréal, fait allusion dans son 4e No. (du 13 Août 1841.)
Outre que les actes impériaux de 1774 et de 1790 ne proclamaient rien de positivement contraire à cette réclamation, l’acte provincial de 1832, plus formel, sans néanmoins l’être assez sur ce sujet, déclare que les revenus des biens des Jésuites seront afhctés à l’éducation, parce que telle était leur destination primitive, et qu’ils avaient été, pour cette fin, mis à la disposition d’un corps religieux enseignant.
D’ailleurs, Lord Goderich, secrétaire des colonies britanniques, avait admis, dans sa dépêche du 7 Juillet 1831, que les biens des Jésuites en Canada ont été spécialement destinés à 1 éducation. C’était déjà une admission
(1) Ce collège fut fondé quand-même: c’est celui de Nicolet ouvert en 1804.
bien précieuse, mais elle était inévitable. En effet, les Jésuites qui étaient déjà reconnus et approuvés- par les autorités civile et ecclésiastique, ayant obtenu du roi de France, en 1678, des lettres-patentes qui les constituaient corporation légale pour l’administration de ces biens, étaient tenus de les administrer suivant la volonté formellement exprimée par les donateurs, c’est-à-dire, pour des fins d’éducation, et l’on peut dire que, suivant les principes les plus élémentaires du droit, personne n’avait celui dé détourner ces biens de leur application spéciale et légitime.
Les revenus provenant des biens des anciens Jésuites doivent donc être employés à l’éducation : la chose est admise de tout côté.
Or, à l’époque où les biens des Jésuites en Canada furent ainsi consacrés à l’éducation, la foi du souverain, des donateurs et des donataires, des dépositaires, des administrateurs et des comptables d’iceux, était sans exception catholique. Ils n’avaient tous ensemble en vue qu’un seul et même but, 1 ^éducation catholique en la Nouvelle- France ; grand but qui était l’objet de leur occupation constante et de leur plus vive sollicitude. Les vœux, les efforts et les sacrifices du roi et du clergé de la vieille France, comme ceux du gouvernement et des missions de la Nouvelle, concouraient tous uniformément vers cet objet primordial sur la réalisation duquel ils fondaient naturellement toute leur espérance du bien moral et matériel qu’ils étaient appelés à faire en cette colonie importante, et jamais, sous les auspices des mêmes autorités et des mêmes lois, ces biens n’auraient été détournés de ce grand objet, et ce, d’autant moins que les Jésuites étaient cons-
titués, pour l’atteindre, l’organe à la fois de Rome et de la France.
Suivant un axiome constant et universellement reconnu, un don fait à un corps religieux régulièrement établi pour l’administration d’une institution d’éducation ou de bienfaisance, est un acte pie, et les biens misa sa disposition pour l’un ou l’antre objet, sont considérés, avec raison, comme consacrés à Dieu. Dans l’un et l’autre cas l’Eglise est naturellement la gardienne responsable de ces biens sous la protection des lois de l’état. (1)
Le principe de cet axiome est évident ; c’est celui de la liberté de conscience, au moins de la liberté individuelle et collective de faire du bien à l’humanité. Son application est toute dans l’intérêt de la conscience, du prochain et de la gloire de Dieu. Ce principe est juste et raisonnable ; il est fondamental et péremptoire, puisqu’il est fondé sur l’établissement même de l’Eglise dont les droits et privilèges, comme son caractère, sont sacrés et immuables. Ainsi, ces dons sont faits toujours dans un but de charité ou de justice, et suivant les maximes de l’Evangile.
Or, c’est d’après ce principe et en vue a*u moins de l’un de ces buts que les Jésuites et les Récollets en Canada se trouvaient en possession de biens considérables, lors de la ces-
(1) Un don fait pour des fins charitables et humanitaires est souvent un acte expiatoire, quelquefois même une restitution raisonnée et consciencieuse de la part du donateur. Dans l’un ou l’autre cas, qui a le droit d’intervenir entre la conscience timorée du donateur et Dieu ? Il est évident que, dans l’un et l’autre cas, les biens qui sont le produit de semblables donations, sont des propriétés sacrées, et que personne n’a le droit de les détourner de leur application primitive. Cette application doit donc avoir lieu sans modification, sans restriction ni réserve aucune.
sien de ce pays en 1763, par la France à l’Angleterre.
Ils leur avaient été légués, par des personnes charitables et pieuses, expressément pour la propagation de la foi et de l’éducation catholique. C’est à ces conditions, civilisatrices et humanitaires, qu’en leur double qualité de missionnaires et d’instituteurs, ils étaient tenus de les administrer sous les auspices de l’Eglise et de l’Etat dont ils tenaient simultanément à cet effet l’autorité nécessaire.
Ils éraient respectivement constitués en corporations canoniques et légales pour cette fin.
Ainsi, lea circonstances relatives aux biens des Récollets étant les mêmes que celles relatives aux biens des Jésuites, les mêmes raisons et les mêmes principes peuvent être invoqués, et nous conduire aisément à la même justesse des déductions qui en découlent j savoir : que les biens de l’un et l’autre corps sont incontestablement la propriété de l’Eglise catholique, pour être, par elle ou par ses chargés de pouvoir, employés exclusivement à la propagation de la foi et de l’éducation catholique en Canada. ce
(1) Les Canadiens, après avoir été dépouillés et privés d’une grande partie des moyens d’instruction dont ils avaient été si libéralement do- * tés par la religion et par la France catholique, ont naturellement été en proie au découragement, et même à la crainte à l’égard des établissements d’éducation qui leur restaient, puisqu’on a menacé le Séminaire de Québec, et surtout celui de St. Sulpice de Montréal, de s’emparer pareillement de leurs biens. Pendant longtemps la partie rurale du pays a généralement souffert de ce pénible état de choses, et les enfants ont été en grand nombre privés du bienfait de l’éducation. — Cependant, le clergé et les parents n’ont pas un seul instant cesser de s’occuper de suppléer convenablement au défaut de ces institutions ; mais ils ne pouvaient facilement le faire, à un degré suffisant, sans une aide permanente, et surtout sans l’assurance que nos établissements d’éducation seraient respectés et épargnés à l’avenir.
Cette assurance nous a été donnée par l’ordonnance du conseil spécial, passée en 1839, pour confirmer le Séminaire de St. Sulpice de
Il y avait donc toute raison de conclure que les revenus provenant des biens des anciens Jésuites seraient employés exclusivement à l’éducation catholique, et que, en l’absence de ce corps religieux enseignant, légalement établi en Canada, l’Evêque catholique de Québec serait, par l’acte de 1832, constitué l’administrateur de ces biens pour l’éducation de la jeunesse catholique en ce pays.
Les Rit. PP. Jésuites, non contents de pourvoir, selon leurs moyens, à l’instruction des garçons en Canada, voulurent contribuer aussi à celle des filles, et ils eurent la satisfaction de voir arriver à Québec en 1639, accompagnées du Père Earthélemi Vimont, des religieuses Ursulines, habiles institutrices, et des religieuses Hospitalières. Celles-ci se chargèrent de l’Hôtel-Dieu de Québec, le soin des malades devant être leur principale occupa-
Montréal dans la pleine possession et jouissance des biens qu’il tient du roi de France depuis 1677, pour desiins religieuses et d’éducation, et une aide permanente nous a été offerte pour l’objet de l’éducation, par l’acte des écoles primaires, passé en Septembre 1841. Bien qu’onéreuse et insuffisante pour répondre au besoin, cette aide a néanmoins été pour les amis de la bonne cause, un grand encouragement. L’inauguration de cette loi n’a eu lieu qu’en Mai 1842, et, malheureusement, sous des auspices très défavorables. Cette loi était très défectueuse, et en outre liée et subordonnée à une autre loi nouvelle instituant les municipalités rurales dans le Bas-Canada. Cette dernière loi, très impopulaire en ce pays, était inaugurée tout en même temps, mais ses dispositions, répudiées par le peuple, ne pouvaient que retarder le fonctionnement de la loi d’éducation.
Cependant, il ne fallut que cet encouragement et cette assurance pour voir par tout le pays des établissements d'éducation en voie de construction. Aussi, il serait difficile de montrer un pays où il y a eu plus de zèle pour l’éducation, et plus d’efforts et de sacrifices faits généralement pour la répandre depuis cette date qu’en Canada. On a donc eu grand tort d’accuser le peuple canadien et son vénérable clergé d’être opposés à l’éducation, et ce tort serait bien plus grave encore si cette accusation, injuste et injurieuse, était audacieusement portée contre nous par ceux-là même dont les maîtres nous ont dépouillés des biens qui étaient destinés à l'éducation de nos enfants.
tion ; mais elle se chargèrent en même temps de donner l’instruction aux jeunes filles qui leur seraient confiées pour leur éducation. *
Madame veuve de la Peltrie fut la fondatrice des Dames Ursulines en Canada, et la Duchesse d’ Aiguillon, nièce du Cardinal de Richelieu, celle des Dames de l’Hôtel-Dieu de Québec. Sans être venue en Canada, la Duchesse obtint, pour les Dames Hospitalières, la concession de terres considérables pour le soutien de leur établissement destiné aux malades pauvres et indigents.
(Voir les articles III, IV et celui des nouveaux Jésuites.)