‹ Mémorial de l'éducation du Bas-CanadaChapitre 54 sur 79 · C. S. Cherrier, Ecr · texte numérisé non relu

C. S. Cherrier, Ecr

Jacques Viger, Ecr.,

Damase Masson, Ecr.

Dr. Pierre Beaubien,

Dr. J. -B. Meilleur.

(J’ouvre ici une petite parenthèse pour y inclure le signalement d’un homme aussi modeste qu’érudit, qui, pour n’être au nombre ni des fondateurs défunts, ni des fondateurs vivants de nos établissements d’éducation, n’a pas moins contribué à l’avancement de l’instruction dans le Bas-Canada, par la part active qu’il a prise dans l’enseignement, et par ses nombreux écrits sur ce sujet et sur d’autres encore qui se rattachent à la religion, quelquefois même au droit public et à la politique. Je fais allusion à Messire Thomas Benj. Pelletier, ancien directeur du collège Masson, et maintenant à la Pointe-Lévi. Il a été pendant plus de 10 ans préfet des études aiPcollége Ste.-Anne,

C’est bien de lui que l’on peut dire : “ le mérite se cache.” Qui ne sera pas heureux de connaître l’humble retraite de ce digne compatriote et son mérite comme éducateur, comme littérateur et comme publiciste ?

M. T. B. Pelletier était notaire public, mais il a laissé la pratique du droit pour se livrer au service des autels et à l’enseignement de la jeunesse.}

Combien d’autres encore ont contribué à répandre l’instruction dans le Bas-Canada, soit comme fondateurs d’écoles primaires, soit comme donateurs, soit comme contribuables sous d’autres formes. De ce nombre, pris parmi les prêtres défunts seulement, nous voyons MM. Jean, curé de la paroisse de Lotbinière (1), Bertrand de la Rivière-du-Loup, Fournier de la Baie-du-Fèbvre, Orfroy de St.-Valier, Verreau et Brodeur de St.-Roch-des- Âulnets, Deschenaux, V. G., de Lorette, Dumoulin de Yamachiche, Mgr. Plessis à St.-Rocli de Québec, MM. Parent, curé de Repentigny, Brault et Paré de St. -Jacques de l’Aehigan, Pétrimoulx de l’Assomption, Kimber de Verchères, Kelley de Sorel, Pigeon de St. -Philippe, Déguisé de Varennes, Bélair de Ste. Rose, Raisonne de St.-Roch de l’Achigan, Bégin, arehiprêtre de St.-Vincent de Paul, Cherrier, V. G, de St. Denis de la rivière Chambly, etc., etc.

(I) M. le curé Jean avait légué £1.000 pour établir, après sa mort, un couvent de religieuses de Notre Daine de la Congrégation dans sa paroisse ; mais, malheureusement, cette somme ayant été enveloppée dans les affaires de sa succession, n’a jamais été employée à sa destination. En 184ô et 1846, l'Hon. Joly et moi avons fait des efforts pour recouvier cette somme pour l’objet de l’éducation, mais en vain.

Un autre legs fait pour le même objet a en le même sort. — M. Simon Sanguinette, membre distingué du barreau de Montréal, avait légué £800 pour aider à l’établissement d’une université en Canada, mai» cette somme ayant été enveloppée danu une succession, n’a pu être utilisée pour cett* fin.

L’école de St. Roch des Aulnets, fondée en 1813 par M. Verru, fut dotée par M. Brodeur, élève du collège de Montréal, puis missionnaire pendant nombre d’années dans les missions du Golfe-St.-Laurent, avant d’être curé de St.-Roch, où il est décédé.

Mgr. Plessis, fondateur de la paroisse de St.-Roch de Québec, avait attaché à l’église même de cette nouvelle paroisse une espèce de collège où M^Jeï©??» Deniers, a commencé ses humanités, et où M. Angus Mc¬ Donald, V. G., et Mgr. BailJargeon ont présidé.

Puis, outre d’autres contributions faites pour l’éducation sous formes de bourses et de pensions payées en faveur de jeunes gens pauvres, combien d’autres curés ont instruit, chez eux, des enfants recueillis, et en ont hébergé pour cette fin, 2, 3, 4, et même jusqu’à 5 à la fois. Voilà encore des éducateurs qui à force d’épargnes et de privations, ont doté nos collèges, non seulement de sommes considérables, mais encore .de bons sujets déjà en grande partie formés à l’étude des sciences et à la pratique des vertus chrétiennes.

Je termine ici la liste des éducateurs canadiens défunts qui ne sont pas fondateurs de collèges classiques, non pour m’occuper de nouveau de ceux qui ont le mérite et la gloire de les avoir établis, car ce serait empiéter trop sur les droits de l’histoire proprement dite, et risquer de ne pas leur rendre plus de justice, mais seulement pour référer le lecteur aux chapitres précédents et à la partie de mon rapport d’éducation du 28 Avril 1855 qui traite de ces établissements et de leurs fondateurs respectifs.

Le tout n’est qu’un abrégé de ce qui devrait constituer un ouvrage plus détaillé ; mais tel qu’il est, il don-

liera au moins une idée de nos institutions d’éducation et de nos éducateurs.

D’ailleurs, qu’on se donne la peine de visiter nos établissements d’éducation, et surtout nos collèges classiques et industriels, et l’on pourra aisément se convaincre que, s’il y a eu, en quelque partie du Bas-Canada, apathie ou indifférence pour l’éducation, il y a eu ailleurs, à cet égard, un esprit de sacrifice et un dévouement dignes de tous éloges. Tous les habitants, dociles à la voix fpersuasive des fondateurs de ces établissements, ont contribué volontiers et généreusement à les faire si nombreux, si beaux, si florissants et si recommandables. Aussi voyons-nous qu’ils ont fait l’admiration des étrangers, et que lord Durham, dans son rapport, tout en signalant le défaut d’écoles primaires, dans un temps où elles étaient généralement impossibles, n’a pu s’empêcher d’accorder à nos institutions classiques, pourtant moins nombreuses, et bien moins fréquentées alors qu’elles ne le sont aujourd’hui, un juste tribut d’éloges.

Comment se fait-il donc que, lors de la convention des savants membres de l’association américaine pour l’avancement des arts et des sciences qui a eu lieu à Montréal le 19 Août 1857, nos institutions littéraires et scientifiques n’y aient été ni représentées ni mentionnées, si ce n’est le collège McGill, qui l’a été, lui, largement, comme on le sait.

Sans doute, le collège McGill pouvait bien être représenté à cette savante convention, comme en effet il l’a été avantageusement par son habile principal, qui a contribué honorablement à la rendre instructive et intéressante. Mais le collège McGill devait-il y être représenté exclusivement, uniquement, et comme étant le

seul collège établi et prospère dans le Bas-Canada? Certainement non. A qui donc devons-nous attribuer la cause de cette exclusion de nos institutions littéraires des assemblées de ces savants étrangers ?

Dans cette section française de la province, dans une ville comme Montréal où l’on voit deux collèges français pour le moins aussi florissants, et dont l’un est de beaucoup plus ancien que le collège McGill, il semble que celui-ci ne devait pas figurer là sans ses devanciers, sans ses coopérateurs dans la carrière des arts et des sciences. Puis la littérature française ne devait-elle pas avoir là ses représentants et ses interprètes, comme elle a, dans nos institutions et dans le pays, ses émules et ses échos ?

Cependant, le collège McGill est le seul de tous les collèges du Bas-Canada qui ait été représenté dans les assemblées tenues par les savants de la convention du mois d’Août 1857. On n’y a vu aucun des directeurs ni des professeurs des autres collèges, pas même de l’Université Laval, établie à Québec sous le nom glorieux du premier évêque du Canada. La chose paraît incroyable, et c’est pourtant là un fait, aussi notoire qu’humiliant pour nous. Canadiens.

Un seul membre du clergé catholique du B. Canada s’y trouvait, homme distingué, sans doute, et qui jouit à juste titre d’une haute estime pu ■ mi nous ; mais il n’était là, apparemment, que comme curieux et comme amateur, et c’est en cette dernière qualité surtout, qu’en payant, il est devenu membre de la société de ces hommes éminents qui se réunissent généralement une fois par an sur quelque point de l’Amérique du Nord, pour travailler ensemble à l’avancement des arts et des sciences.

Il n’a pas même été une seule fois question, au moins publiquement, dans cette convention, de l’existence de nos institutions littéraires dans le Bas-Canada. Pas une seule voix parmi les éloquentes qui se sont fait entendre, pas une seule parole parmi les belles qui ont été adressées à la foule présente n’a été entendue en leur faveur, lors des assemblées des membres de cette savante convention : pas un seul mot n’a été prononcé pour proclamer l’existence et l’efficace de nos 20 collèges catholiques, ni pour dire le nombre des élèves qui les fréquentaient en 1855, porté à plus de 3,000, ni pour désigner, parmi les nombreux sujets distingués que ces institutions ont formés, au moins quelques-uns des plus remarquables pris entre les défunts qui nous ont fait tant d’honneur dans le clergé, dans les professions savantes, sur le banc de la justice, dans la législature, dans la politique et dans les arts et les sciences ; pas une seule syllabe n’a été articulée, pour signaler, d’une manière quelconque, nos compatriotes, dont les talents, les efforts et les sacrifices réunis, pour faire le bien de notre pays, nous ont procuré au-dedans tant d’avantages réels et précieux, et au-dehors tant d’honneur et de gloire. Bien n’a été dit, rien n’a été fait alors, pour prouver que sous ces divers rapports, nous avons pu non-seulement nous suffire à nous-mêmes, mais encore contribuer, dans le besoin, au service et au bien des autres pays. En effet, le Canada n’a-t-il pas donné à la France des ingénieurs, à l’Italie des artistes, à l’Angleterre des militaires distingués, et à la Nouvelle-Bretagne, aux Etats-Unis d’Amérique et à l’Ecosse des évêques aussi éminents par leur savoir que par leurs vertus ?

En nous bornant toujours à la liste des défunts, mais en en excluant ceux qui ont déjà été signalés, nous pouvions citer avec bonheur les noms honorables des de Léry, Cugnet, de Salaberry, Duberger, de Bonne, Bédard, H( rthelot, Bourdages, Borgia, Moquin, Idéney, Papineau père, Plamondon, Panet, Pelletier, Valière, Hudon, Lartigue, Plessis, Signay, etc., etc.

11 est clair qu’une invitation spéciale aurait dû avoir été envoyée au moins au directeur et au professeur de philosophie de chacune de nos institutions classiques, les priant d’assister aux assemblées de cette convention et de les y représenter, et que si nos institutions n’y étaient, pas ainsi représentées, on aurait dû au moins en signaler l’existence, le nombre et l’utilité, dans un court exposé dans lequel on aurait dû mettre en évidence les hommes et les choses, -de manière à impressionner favorablement ces érudits étrangers. Ils auraient alors laissé Montréal plus satisfaits de nous et de leur voyage 5 car, comme on dit vulgairement : “ ç’aurait payé davantage,” et de cette manière, notre réputation et notre honneur auraient été mieux servis et mieux établis auprès d’eux.

Nous aurions dû d’autant plus mettre de nos premiers hommes en évidence, que nous en avons un plus grand nombre distingués sous bien des rapports, et que nous avons plus de choix au point de vue scientifique parmi les défunts, et même parmi les vivants dont deux frères, membres du clergé, les deux Messieurs Desaulniers, qui ont reçu des degrés académiques honoraires des universités des Etats-Unis d’Amérique (1).

(1) L’un est le professeur de philosophie du collège de Nicolet, et l’autre de St.-Hyacinthe, ou l’a été avec distinction.

En présentant ces deux hommes distingués, accompagnés de plusieurs autres, pris parmi nos compatriotes gradués des universités des Etats-Unis ou du vieux continent, nous aurions en même temps établi une liaison plus générale et plus étroite, une espèce de fraternité scientifique, entre eux et les membres de cette illustre convention, qui aurait été très agréable pour le personnel et très honorable pour notre pays, quelque soit leur alma-mater respective.

Nous aurions pu, en effectuant cette heureuse fraternité, montrer que le Canada français est supérieur, sous le rapport des institutions littéraires et des connaissances classiques, au Canada breton ; et, sous d’autres rapports encore, nous aurions pu montrer en même temps, à ces fiers Américains, qu’il est des faits et des événements, et même des hommes qui nous sont également chers ; que nous pouvons réclamer en commun la renommée et la gloire d’hommes identifiés aux deux pays ; que de nos compatriotes distingués sont devenus leurs propres hommes, puisque les Etats-Unis ont été le théâtre de leur énergie, de leur courage et de leur héroïsme.

Nous aurions pu montrer à nos amis voisins l’illustre Joliet découvrant le Mississipi, le vaillant Iberville fondant la Louisiane, le preux Antoine Lemoine se signalant glorieusement dans cette florissante contrée, le marquis de Vaudreuil gouverneur d’icelle, l’entreprenant Gauthier de Lavérendrye découvrant le Missouri, le baron de Longueuil et Céleronde Blainville, gouverneurs du Détroit, Picoté de Belestre y commandant, Pierre Chouteauet Pierre Laclède fondant la ville de St. Louis de Missouri, Buisson de Vincennes dont la capitale de

l’Etat de l’Indiana porte le nom, Solomon Juneau dit Latulipe, fondant la ville de Milwakee, le sieur Dubuque fondant celle de Dubuque, le courageux Gabriel Franchère fondant la société de St. Jean-Baptiste à New-York, l’intrépide F. X. Aubry combattant victorieusement de féroces sauvages dans l’ouest, et Boudrias de Morat qui, de nos jours, étonne le continent par la dextérité, la hardiesse et le succès avec lesquels il sait manœuvrer les ballons à la vue de Cuba et de la Nouvelle-Orléans.

Or, tous ces hommes, de réputation historique, sont canadiens, et mêmes trois d’entre eux sont nés en la paroisse de Montréal, savoir : Iberville, le marquis de Vaudreuil et Boudrias de Morat, celui-ci, jeune contemporain qui rendrait jaloux les Montgolhers et les autres aéronautes défunts, s’il leur était donné de voir les merveilles de nos jours. (1)

(1) Morat, (J -B. A. Boudrias de) frère d’un habile professeur de l’école normale Jacques-Cartier à Montréal, est né sur la partie ouest du versant delà montagne de Montréal. Joliet, élève du collège des Jésuites, à Québec, est né en cette ville, Solomon Juneau dit Latulipe est né en la paroisse de Repentigny, à cinq lieues de Montréal, F. X. Aubry est né en celle de Maskinongé sise à mi-distance entre Trois- Rivières et Montréal; et le sieur Dubuque en celle de St. Pierre-les- Becquets, dans le district de Trois-Rivières.

Gliapitre quatrième.

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